La mécanique du coeur

ECRANS | De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerite, le film envoûtant et méconnu de Paul Newman, ressorti quelques jours avant le décès de l'acteur-réalisateur, est à l'affiche de la ciné-collection en avril… Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 7 avril 2009

Lors de sa disparition à l'automne, il a beaucoup été question dans les hommages des yeux bleus et de l'humanisme de Paul Newman. De sa filmographie sélective ont été extraites ses interprétations made in Actor's studio dans La Chatte sur un toit brûlant, Butch Cassidy et le Kid, la Tour infernale, L'Arnaque et La Couleur de l'argent. Son passage à la mise en scène se fait dans cette même démarche de l'amour de l'acteur. En 1968, il réalise Rachel Rachel avec, dans le rôle titre, son épouse Joanne Woodward. Elle sera de la partie dans les cinq films de son mari — sauf dans le western Le Clan des irréductibles, qu'il renie. C'est d'ailleurs pour elle qu'il achète les droits du texte du prix Pulitzer Paul Zindel en 1972 ; il souhaite lui trouver «un rôle impossible à jouer». Raté : elle obtient l'année suivante le prix d'interprétation féminine à Cannes. Il s'agit toutefois bien d'un rôle casse-gueule. Beatrice, veuve, élève à 40 ans ses deux adolescentes comme elle peut dans l'Amérique profonde des années 70, sale et anonyme. Plus que perdre pied financièrement dans sa vie étriquée faite de bouts de ficelles, elle se noie dans sa solitude, aime trop et mal ses enfants, pas assez les autres (elle héberge pour gagner quelques sous une grabataire qu'elle malmène). Dans ce capharnaüm, Newman s'efface et rend hommage aux femmes qui bon an, mal an, tiennent aussi à bout de bras une Amérique en mutation. Souvent comparés au duo Cassevetes/Rowland, Newman/Woodward forment un couple que l'on sent plus poreux encore aux micro-failles de l'âme humaine. Des rayons gamma salvateurs
Les deux filles de Beatrice se protègent de leur mère dépressive. La grande tente les excès de son âge et joue la pom-pom girl quand elle n'imite pas l'aspect borderline de sa mère en cours de théâtre dans un cruel moment de malaise. Matilda, 13 ans, fille à la ville de Woodward et Newman, est mutique mais irradie le film par sa détermination. C'est elle qui porte le titre du film sur ses frêles épaules. Échappée dans sa bulle de sciences, rivée à ses études aussi pragmatiques que son quotidien est chaotique, elle constate que les marguerites réagissent différemment selon l'exposition qu'elles reçoivent, métaphore à peine voilée de son existence. La mise en scène, sobre, laisse toute la place à une interprétation souvent déchirante de justesse ; Paul Newman travaille une photo aux gammes automnales, et c'est dans la pénombre que les personnages donnent toute leur énergie pour tenter se s'aimer avec, en surimpression, la musique discrète et bienveillante d'un autre disparu, Maurice Jarre.

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