Tokyo !

ECRANS | Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-Ho MK2 vidéo

Christophe Chabert | Jeudi 4 juin 2009

Film à sketchs est en général synonyme d'œuvre inégale. D'où surprise à la vision de Tokyo ! : si on peut préférer un segment plutôt qu'un autre, aucun de ces trois moyens-métrages ne démérite à l'arrivée. La commande de départ (demander à des cinéastes étrangers d'imaginer une histoire se déroulant à Tokyo) aurait pu aboutir à un Tokyo je t'aime indigeste. Mais Gondry, Carax et Bong ont pris les choses au sérieux, et non comme une récréation à l'intérieur de leur œuvre. C'est particulièrement vrai avec Merde de Carax, puisqu'il s'agit de son retour au cinéma neuf ans après Pola X. Les tribulations d'un clochard parlant une langue inconnue et projetant de détruire la civilisation japonaise pour des motifs obscurs, sont l'occasion d'une comédie farfelue tournée à l'arrachée et en DV, parfaitement synchrone avec l'esprit de l'époque (nombreuses allusions à l'actualité et incorporations de flashs télé et d'images volées sur Internet). Le film est effectivement furieux, et donne envie d'en voir plus (c'est le projet de Carax : une suite aux États-Unis). À côté, les fantaisies poétiques de Gondry et Bong Joon-Ho peuvent paraître sages : mais entre cette femme qui se transforme en chaise et cet ado ayant choisi de se couper de toute vie sociale, les deux autres segments complètent le portrait d'une mégalopole qui ne sait plus quoi faire des êtres humains qui la surpeuplent. Rattrapage impératif ! CC

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Leos et les bas

ECRANS | Six films (dont un court métrage) en 28 ans avec de grandes galères et de longues traversées du désert : la filmographie de Leos Carax est un roman.

Christophe Chabert | Jeudi 28 juin 2012

Leos et les bas

1984 : Boy meets girl Le programme du titre n’est pas trompeur : dès son premier film, Leos Carax s’affirme avant tout comme un metteur en scène plus que comme un raconteur d’histoires, souvent banales chez lui. En noir et blanc, il filme la rencontre entre Alex, ado lunaire, et Mireille (Perrier), comédienne rongée par le mal-être. L’influence de Godard est sensible dans les nombreuses dissonances visuelles et sonores qui forment déjà le style Carax, mais aussi dans la rumination sur le cinéma en déclin, assassiné par la vidéo. 1986 : Mauvais sang Le tournage, compliqué, de ce deuxième film couronné par le prix Louis Delluc, va forger la réputation d’un Carax perfectionniste et irresponsable. Avec le recul, on voit bien quel mur le cinéaste s’apprête à se prendre en pleine face : alors qu’il radicalise encore son esthétique, où chaque plan doit être une œuvre en soi et où le scénario (qui entrecroise histoire d’amour, polar et trame d’espionnage) n’est que le prétexte à cette quête de la sidération, Carax engloutit des fortunes que même certains films «populaires» n’osent pas impliquer. Par ailleurs, Mauvais sang marque sa

Continuer à lire

Politique de l’environnement

ECRANS | Suite du feuilleton de la rentrée : comment le décor et l’espace redeviennent, dans le cinéma d’aujourd’hui, des moteurs décisifs de la fiction… CC

Christophe Chabert | Lundi 27 octobre 2008

Politique de l’environnement

Résumé de l’épisode précédent : depuis la sortie des Ruines, petite bande d’horreur pas si petite que ça, tous les films qui impriment durablement la rétine font de l’environnement un personnage essentiel de leur récit. Ces dernières semaines, c’est même devenu évident juste à la lecture des titres : Eden Lake, Tokyo !, Dernier maquis… On mettra de côté Entre les murs qui, s’il se définit par son décor, l’incorpore immédiatement à son dispositif de mise en scène — on est entre quatre murs, on n’en sort pas. Par contre, chez Ameur-Zaimeche, le Dernier Maquis du titre est un espace à la géométrie incertaine, dont les murs (de palettes) sont sans arrêt déplacés, comme les positions politiques des personnages. Les deux autres décors (une mosquée et une rivière) ont aussi une fonction cruciale : passage de la concorde à la discorde et signe qu’un autre monde poétique est possible au-delà de l’aliénation religieuse et ouvrière. Le cinéma est une villeCe n’est pas innocent si ce retour du décor au cinéma se fait au moment où la télé, crispée sur se

Continuer à lire