Le Roi de l'évasion

ECRANS | D’Alain Guiraudie (Fr, 1h45) avec Ludovic Berthillot, Hafsia Herzi… (sortie en salles le 15 juillet)

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Armand est gros, pédé et il vend des tracteurs dans le Tarn. C'est une donnée objective, naturelle du nouveau film d'Alain Guiraudie, la norme de son héros qui, comme tous les héros, va la bousculer pour sortir de ce monde devenu trop étroit. Après sa rencontre avec Curly, jeune fille de seize ans (Hafsia Herzi, superbe de sensualité naïve), il vire sa cuti, l'arrache à ses parents et part avec elle sur les chemins de traverse pour une cavale sexuelle où les deux amants se défoncent à la dourougne. La dourougne ? Un «champignon qui tire sur le kiwi avec un arrière-goût de vanille», en fait un super-aphrodisiaque qui provoque instantanément une accélération maousse de la libido.

Guiraudie nous avait habitué à ce genre d'inventions poético-bizarres, et il ne s'est jamais privé pour inscrire ses récits contemporains dans des grands espaces de (sud-)western. Mais le mélange d'amateurisme et d'auteurisme qui plombait son œuvre est gommé dans Le Roi de l'évasion par une rigueur nouvelle qui est un pas de géant vers le spectateur : les comédiens sont (presque) tous bons, les méandres du scénario n'ont rien d'arbitraire, le discours n'est jamais surplombant.

Surtout, le film est souvent très drôle, jusque dans ses scènes de sexe crues mais jamais vulgaires, où les corps généralement interdits d'écrans se révèlent beaux, désirables et fascinants.

Christophe Chabert

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"Sex Doll" : London Darling

ECRANS | de Sylvie Verheyde (Fr, 1h42) avec Hafsia Herzi, Ash Stymest, Karole Rocher…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Escort girl travaillant à Londres pour le compte de Raphaëlle et menant grand train, Virginie est approchée par Rupert, un mystérieux jeune homme fréquentant souvent les prostituées de son genre. Dans un but très précis… On ne changera pas Sylvie Verheyde, qui n’aime rien tant que décrire les faunes populo-marginales et les filmer entre chien et loup. Sauf qu’elle en tire des histoires arty confuses se regardant la misère (du Claire Denis, mais en plus sinistre), bien cachées derrière un alibi social — ce qui ne manque pas d’arriver, ici encore. Oh, on voudrait bien y croire, ne serait-ce que pour lui faire plaisir ; seulement, il y a un hic : l’interprète du rôle principal, Hafsia Herzi. Ses qualités de jeu ne sont pas en cause, entendons-nous bien ; elle n’a juste pas le physique bimboesque requis pour rendre crédible sa situation de demi-mondaine. Lorsqu’on y songe, c’est plutôt rassurant pour la comédienne…

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À la Biennale, "Auguri" : ça tourne !

Biennale de la Danse | Olivier Dubois a secoué la Biennale de la Danse avec sa nouvelle création : une pièce aussi puissante qu'asphyxiante.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 septembre 2016

À la Biennale,

Lundi, nous avons découvert le film d'Alain Guiraudie, Rester vertical. Jeudi, la nouvelle création du chorégraphe Olivier Dubois, Auguri (entre-temps, Christian Rizzo et Rachid Ouramdane avaient lancé à la Biennale un nouveau courant chorégraphico-dentaire : celui de la "danse creuse"). Lundi, nous nous sommes un peu ennuyés, jeudi pas une seconde. Pourtant, nous défendrions plus facilement le film de Guiraudie que la pièce, toute en surplomb, de Dubois... Les deux œuvres jouent sur des trajectoires circulaires, sur des éternels retours qui tentent de relancer, à chaque "tour", un nouveau désir ou un nouveau pan de condition humaine. Sur une bande son techno dramatique, Olivier Dubois fait courir, en cercle et à toute allure, ses vingt-quatre danseurs, avec des entrées et des sorties réglées au cordeau, des rythmiques effrénées impressionnantes, et un sens de la scénog

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Voilà l'été : un jour, une sortie #8

Saison Estivale | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

La rédaction | Mercredi 24 août 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #8

50 / Mercredi 24 août : culte Breakfast Club Tout l’été, la classe revue Rockyrama investit le rooftop pour projeter huit films (de Akira à Poltergeist) directement corrélés à sa ligne éditoriale : du culte, si possible tamponné eighties. Ce soir, le kitch Breakfast Club, archétype du teen movie, sorti en salles en 1985 : parfait avant la rentrée. Attention, contient du Simple Minds dans la BO. Au Sucre dès 18h30 51 / Jeudi 25 août : cinéma Rester Vertical On peut compter sur Alain Guiraudie pour montrer autre chose de la vie à la campagne qu’une symphonie pastorale avec bergère menant son troupeau sur le causse et paysan bourru labourant à bord d’un tracteur écarlate. Si dans ses films, le cultivateur est gay comme le bon pain... (

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"Rester vertical" : en mode absurdo-comique

ECRANS | Un film de Alain Guiraudie (Fr, 1h40) avec Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thiéry…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

On peut compter sur Alain Guiraudie pour montrer autre chose de la vie à la campagne qu’une symphonie pastorale avec bergère menant son troupeau sur le causse et paysan bourru labourant à bord d’un tracteur écarlate. Si dans ses films, le cultivateur est gay comme le bon pain et met volontiers la main sur la braguette du godelureau de passage (au cas où), l’homosexualité rurale, dévoilée ou contrariée, n’est pas sa seule source d’inspiration. Guiraudie parle en annexe de la pluie et du beau temps, c’est-à-dire de la misère des villes et des champs, des gens en lutte ou en solitude. Une sorte de chronique sur un mode absurdo-comique, scandée d’images oniriques, portée par son grand dadais de héros, un procrastinateur à l’impassibilité majuscule. Le tableau pourrait être très plaisant (comme dans so

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Alain Guiraudie : «Faire le tour de la question du désir»

ECRANS | Avec "L’Inconnu du lac", Alain Guiraudie entre dans le cercle des grands cinéastes français. Une semaine après la sortie du film, il était plus que logique d’aller rencontrer un cinéaste dont l’honnêteté vis-à-vis de son œuvre et la modestie envers son statut de cinéaste tranchent avec les discours habituels du cinéma français. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

Alain Guiraudie : «Faire le tour de la question du désir»

Quand vous avez présenté L’Inconnu du lac à Cannes, vous avez fait monter une vingtaine de personnes sur la scène… C’est un geste qui résume votre démarche politique de cinéaste : un film, c’est plus une équipe lancée dans une aventure qu’un cinéaste tout seul.Alain Guiraudie : Effectivement, on fait le film avec tout le monde. Même des gens qu’on a tendance à considérer comme des figurants faisaient vraiment partie de l’équipe, ils étaient avec nous tout le temps. Les cinéastes doivent beaucoup aux techniciens, aux comédiens. J’ai longtemps cru à l’idée de l’auteur comme garant de la cohérence du film, et je m’aperçois de plus en plus que sans certaines personnes, je serais tombé dans des travers pas forcément intéressants. Je suis revenu de ce statut d’auteur sur un piédestal… Quant à la difficulté d’un tournage entièrement en extérieur…Le temps qui nous était imparti était très ric rac. On a beau tourner en Haute Provence pendant six

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L’Inconnu du lac

ECRANS | Quelque part entre Simenon et Weerasethakul, Alain Guiraudie installe une intrigue de film criminel sur les bords d’un lac transformé en paradis homo, interrogeant les mécanismes du désir et l’angoisse de la solitude. Drôle et envoûtant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 juin 2013

L’Inconnu du lac

L’Inconnu du lac, c’est d’abord un espace scrupuleusement posé : un lac, une plage ; autour de la plage, une petite forêt ; et au-delà de la forêt, un parking. De cet espace, le film ne sortira jamais, préférant combler les ellipses du récit par les allusions du dialogue. Même la plage elle-même possède sa topographie, qu’Alain Guiraudie dessine avec méticulosité, au point de créer d’entrée une familiarité entre le spectateur et le lieu. Cette familiarité, c’est aussi celle qu’entretient Franck avec l’endroit et ses habitués : des hommes, rien que des hommes, qui viennent bronzer (à poil ou pas, la liberté est de mise) et faire trempette en ce début d’été. Accessoirement, après quelques regards échangés, ils se retrouvent pour baiser dans les bosquets alentours. Le lac est un lieu de drague homo mais c’est aussi un petit paradis à l’abri de toute morale déplacée, où l’hédonisme sexuel s’accomplit avec un certain sens de la courtoisie — les amants se préviennent toujours avec politesse du moment où ils vont jouir. «Il n’y a pas grand monde» dit Franck lors de s

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La Source des femmes

ECRANS | De Radu Mihaileanu (Fr, 2h04) avec Leila Bekhti, Hafsia Herzi, Hiam Habass…

Christophe Chabert | Mardi 25 octobre 2011

La Source des femmes

Avec Le Concert, Radu Mihaileanu avait prouvé qu’il aimait bien les clichés ethniques et pittoresques pour construire de la comédie à vocation internationale. Au moins faisait-il preuve d’un petit talent de storyteller… Avec La Source des femmes, il n’y a plus que la maladresse et les clichés, le scénario se délayant dans une longue et confuse fiction chorale illustrée façon téléfilm de luxe. Chez Mihaileanu, au nom du conte, on peut prendre des actrices françaises et résumer grossièrement leurs origines (pas marocaines, algériennes ou tunisiennes ; juste arabes) ; oui, mais c’est un film féministe ! On peut aussi diviser l’orient en deux catégories : les musulmans gentils (poètes, tolérants, respectueux de leurs femmes) et les musulmans méchants (le Coran à la main pour flanquer des roustes à leurs épouses) ; oui, mais c’est un film humaniste ! On peut enfin, en guise de conclusion rassurante façon feel good movie, terminer son film par de la danse et des chansons, des beaux costumes, des youyous et tout le monde est content ; oui, mais c’est un film d’auteur ! Au secours…Christophe Chabert

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L’Apollonide, souvenirs de la maison close

ECRANS | De Bertrand Bonello (Fr, 2h05) avec Jasmine Trinca, Hafsia Herzi, Noémie Lvovsky…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 septembre 2011

L’Apollonide, souvenirs de la maison close

Avec L’Apollonide, Bertrand Bonello nous enferme dans un bordel à la charnière du XIXe et du XXe siècles, avec ses filles (belles, dénudées, frivoles, solidaires), sa mère maquerelle (qui gère et protège sa maison) et ses clients (obsessionnels plus qu’obsédés). La structure du film est celle d’une spirale ou d’un disque rayé, la scène initiale et traumatique (une des filles a été défigurée et ses cicatrices la condamnent à un sourire perpétuel et inquiétant) revenant à intervalles réguliers pour souligner le crépuscule dans lequel s’enfonce cette maison close. Bonello a au moins réussi cela : créer par sa narration, son ambiance sonore et ses images la sensation opiacée d’un monde qui disparaît. Le problème, énorme, de L’Apollonide, c’est que son réalisateur ne résiste jamais à la tentation de se mettre en avant au détriment de ce qu’il raconte : accumulant les références à des cinéastes qui le dépassent de la tête et des épaules (Cronenberg, Kubrick, Argento, Hou Hsiao Hsien, et même Renoir !), sautant sur la première idée couillonne qui passe (une scène grotesque où les filles dansent sur Nights in white satin des Moody Blues, un client qui court après sa panthère en répétant

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Jimmy Rivière

ECRANS | De Teddy Lussi-Modeste (Fr, 1h30) avec Guillaume Gouix, Hafsia Herzi…

Dorotée Aznar | Vendredi 4 mars 2011

Jimmy Rivière

Ça y est, à force de nous imposer ses crises de foi en série, le cinéma d’auteur français nous a soulevé le bide. Malgré ses maigres bonnes intentions, ce chemin de croix d’un jeune gitan tiraillé entre sa nouvelle confession pentecôtiste et ses passions pour la boxe et le corps de sa copine est aussi incertain que son héros et semble même pétrifié à l’idée de traiter véritablement son sujet. La mise en scène hésite en permanence entre naturalisme et esthétisation, pour un rendu tout sauf immersif. Le scénario, tout en boucles mal fermées et répétitions pénibles, s’enfonce dans le sol à force de piétiner, et la direction d’acteurs chaotique (même Hafsia Herzi en devient insupportable) achève malheureusement de rendre la vision de ce premier film assez douloureuse. FC

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Les Secrets

ECRANS | De Raja Amari (Fr-Tun-Alg, 1h31) avec Hafsia Herzi, Sondos Belhassen, Wassila Dari…

Dorotée Aznar | Vendredi 14 mai 2010

Les Secrets

Il faudrait réécrire l’article de Truffaut sur le cinéma français. On pourrait dire, notamment, que ce qui le distingue du cinéma américain, plutôt tourné vers l’action (au sens descriptif, historique et politique), tient au fait qu’ici nous préférons un cinéma des idées. Et on pourrait prendre pour illustrer, par exemple, Les Secrets de Raja Amari, puisqu’on l’a sous la main. Pour son second film, la réalisatrice, d’origine tunisienne mais ex-élève de la Fémis (donc un peu française), passe son temps à filmer une idée. Celle que le titre résume tel un paradigme. Les Secrets est donc un film sur les secrets, autant dire un pléonasme. Problème : Raja Amari pense que sa mise en scène sert et justifie la démonstration de cette idée. Qu’elle spatialise à travers une maison étrange et le corps de trois femmes, sur plusieurs générations, vivant dans l’anonymat, cachées, sous la coupe quasi carcérale de la plus âgée. Rien de sociologique, heureusement. Plutôt l’envie de tutoyer le film de genre, tout en élaborant un cinéma théorique, plastique, sensible, féminin. Sauf qu’au troisième plan, la cinéaste a tout dit. Le reste n’étant qu’une illustration des tensions et frustrations dont le

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