À propos d'Elly…

ECRANS | Le cinéma iranien n’en finit plus de surprendre : tendue comme un thriller, cette chronique d’une disparition signée Asghar Farhadi frappe par sa liberté de ton et de forme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 septembre 2009

Il y a quelques semaines ressortait le très beau Picnic at hanging rock de Peter Weir. Le souvenir du film revient en mémoire à la vision d'À propos d'Elly…, tant tous deux se structurent autour d'un black out qui est aussi un point de bascule. Chez Weir, des adolescentes disparaissaient dans des montagnes menaçantes lors d'une balade scolaire un jour de Saint-Valentin ; dans le film d'Asghar Farhadi, c'est une jeune femme, Elly, qui va s'évaporer lors d'un week-end en bord de mer avec des étudiants en droit. Plus que les raisons de ce «départ» (accident ? Fugue ? Enlèvement ?), ce sont ses conséquences chez ceux qui restent qui intéressent les deux cinéastes : comment un groupe doit affronter la brutale révélation de ce qui le fonde, lâchetés et réflexes de classe inclus.

Ivre de liberté

Dans le film, Elly est belle et, pour ceux qui l'ont invitée à cette virée festive, libre. Parfaite donc pour la caser avec Ahmad, qui rentre d'Allemagne où il vient de divorcer. La peinture de cette jeunesse insouciante, loin de Téhéran, s'épanouissant entre blagues machistes, jeux de vacances et repas arrosés, est déjà en soi une surprise : cette vie qui circule joyeusement à l'écart d'un pouvoir occulté, fait son petit effet dans l'esprit d'un spectateur encore marqué par les images des révoltes post-électorales en Iran. Mais les choses ne sont pas si simples, dans la réalité comme dans le film. Car le système patriarcal et les conventions sociales, même en mode détente sympa, rodent dans les interstices des séquences. Elly garde une mélancolie et un mystère qui intriguent et dérangent les petits-bourgeois qui l'entourent, et elle en souffre jusqu'à l'asphyxie. Farhadi lui offre une magnifique porte de sortie : le temps de deux scènes d'une grande puissance cinématographique, elle va donc s'évanouir dans un rire fou et exalté, décuplé par l'ivresse d'une caméra accompagnant son envolée. Le drame qui suit est comme le contrechamp de cette poussée de fièvre, subtile manière de détourner le regard du spectateur pour mieux lui renvoyer ensuite en pleine figure sa négligence. Le reste du film se déroule comme un thriller à la mise en scène tendue (avec, il est vrai, une dizaine de minutes de trop), où les explications entraînent des questions complexes où chacun doit, à un moment ou un autre, choisir entre la vérité cruelle et le mensonge arrangeant. À propos d'Elly...est aussi passionnant que ses personnages : il se refuse aux solutions faciles et préfère, courageusement, arpenter des territoires autrement plus mouvants et inquiétants.

À propos d'Elly…
D'Asghar Farhadi (Iran, 1h56) avec Golshifteh Farahani, Taraneh Alidousti…

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Au revoir mon amour : "L'Angle Mort"

Fantastique | Dominick possède depuis l’enfance l’étrange pouvoir de se rendre invisible. Une faculté dont il fait un usage modéré — chaque “passage“ lui coûtant cher en énergie vitale — car elle suscite aussi, surtout, moult quiproquos gênants avec ses proches. Est-ce un don ou une malédiction ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Au revoir mon amour :

Les histoires de couples perturbés par des interférences créées par des mondes parallèles — ésotériques ou psychiques — forment “l’ordinaire fantasmatique“ du cinéma de Bernard & Trividic, collectionneurs de discordances en tous genres. Dancing (2003) et L’Autre (2009) traquaient déjà en effet des irruptions singulières dans ce que l’on nomme la normalité, en adoptant des constructions cinématographiques volontiers elliptiques, mentales ou peu linéaires. Est-ce ici l’influence d’Emmanuel Carrère, qui leur a soufflé l’argument de L’Angle Mort ? Sans déroger à leur propension au fantastique, ce film manifeste un changement de forme radical, adoptant une narration plus posée et une structure de conte contemporain à morale philosophique — comme si Rohmer s’était aventuré dans le registre du super-héros décalé, ou Alphonse Daudet au cinéma. Drame à double niveau sur la question de la disparition du corps social — ce qu’il advient de l’individu lorsque sa présence physique s’évanouit au sens propre, mais aussi lorsque son ex

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Cachées : "Le Dossier Mona Lina"

Espionnage | de Eran Riklis (Isr-All, 1h33) avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Lior Ashkenazi…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Cachées :

Remise d’une mission éprouvante, une agent du Mossad est affectée à une opération en théorie tranquille : veiller le temps de sa convalescence sur une transfuge du Hezbollah libanais, Mona, dans une planque sécurisée en Allemagne. Mais les anciens alliés de Mona sont sur ses traces… Qui manipule qui, qui est l’appât, qui est la proie ? À la base complexe — et plongée dans un vortex diplomatique depuis les décisions intempestives de Donald Trump — la situation géopolitique au Levant constitue un terreau favorable pour un bon thriller d’espionnage en prise avec le réel. Rompu aux questions de frontières (voir notamment La Fiancée syrienne), le réalisateur israélien n’hésite pas ici à critiquer le cynisme officines d’État — y compris le sien — manœuvrant en dépit de la morale et en fonction des intérêts du moment, quitte à sacrifier autant de pions (c’est-à-dire de vies) que nécessaire. Après un démarrage tonitruant porté par une musique et une distribution dignes des grandes productions internationales, le film s’engage dans un face à face prometteur puisq

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Ce qui nous liait : "Everybody knows"

¿Quién? | Sous le délicieux présent, transperce le noir passé… Asghar Farhadi retourne ici le vers de Baudelaire dans ce thriller familial à l’heure espagnole, où autour de l’enlèvement d’une enfant se cristallisent mensonges, vengeances, illusions et envies. Un joyau sombre. Ouverture de Cannes 2018, en compétition.

Vincent Raymond | Mercredi 9 mai 2018

Ce qui nous liait :

Comme le mécanisme à retardement d’une machine infernale, une horloge que l’on suppose être celle d’une église égrène patiemment les secondes, jusqu’à l’instant fatidique où, l’heure sonnant, un formidable bourdonnement précipite l’envol d’oiseaux ayant trouvé refuge dans le beffroi. C’est peut dire que l’ouverture d’Everybody knows possède une forte dimension métaphorique ; sa puissance symbolique ne va cesser de s’affirmer. Installée au sommet de l’édifice central du village, façon nez au milieu de la figure, cette cloche est pareille à une vérité connue de tous, et cependant hors des regards. Elle propage sa sonorité dans les airs comme une rumeur impalpable, sans laisser de trace. Battant à toute volée sur une campagne ibérique ensoleillée, telle une subliminale évocation de l’Hemingway période espagnol, cette cloche rappelle enfin de ne « jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour [soi]. » Pour l’illusion du bonheur et de l’harmonie, également, dans laquelle baignent Laura et ses enfants, qui revient en Espagne pour assister au mariage de sa sœur. Et retrouver sa f

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Zombies et homme : "La Nuit a dévoré le monde"

BRAIIIN ! | Escape game dans les conditions d’un réel apocalyptique, ce premier long-métrage aussi sobre que maîtrisé réunit un trio brillant autour d’un scénario rigoureux. En peuplant la capitale de zombies désarticulés, Dominique Rocher gagne haut le moignon son Paris.

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Zombies et homme :

Au lendemain d’une nuit agitée, dans un recoin de l’appartement de son ex — où il était venu chercher ses affaires en pleine soirée festive —, Sam découvre que le monde est désormais peuplé de zombies. Se pourrait-il qu’il soit l’ultime homme sur Terre ? À lui d’organiser sa survie… De son titre poétique à sa réalisation d’une efficacité à faire pâlir George A. Romero — lequel, là où il réside à présent, ne doit plus avoir le mélanocyte très vaillant —, La Nuit a dévoré le monde s’impose par sa singularité dans un paysage contemporain montrant une insatiable appétence pour le cinéma de genre, et tout particulièrement horrifique. Les séries à succès telles que The Walking Dead ou Les Disparus n’y sont sans doute pas étrangères, qui contribuent de surcroît au décloisonnement des univers, et prouvent aux derniers rétifs que Cronenberg ou Carpenter sont davantage que des seigneurs (saigneurs ?) dans leur partie gore. Naufrage, ô désespoir

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Lutins de sa glace ! : "Santa & Cie"

Comédie de Noël | de & avec Alain Chabat (Fr, 1h35) avec également Pio Marmaï, Golshifteh Farahani, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Lutins de sa glace ! :

Comme par un fait exprès, la Saint-Nicolas tombe cette année le jour de la sortie de la nouvelle comédie d’Alain Chabat consacrée au Père Noël. Un Père Noël à sa hotte, c’est-à-dire prêt à transgresser les conventions. En l’occurence de quitter le pôle Nord en avance afin de venir chercher de quoi soigner la soudaine épidémie frappant ses lutins. Sauf que Santa Claus n’ayant pas l’habitude des usages du monde réel, ni des enfants éveillés, va un peu patiner… Chabat ne cesse de se bonifier avec le temps. Au départ très inféodé aux ZAZ — ces stakhanovistes du gag visuel/référentiel le distribuant à la mitraillette dans Y a-t-il un pilote dans l’avion et compagnie —, le réalisateur-comédien s’est depuis affranchi de ces tutelles d’outre-Atlantique hurlantes pour travailler un registre où la connivence demeure, mais à un niveau plus souterrain : la parodie n’étant plus une finalité, il dispose de plus de place pour sa vaste fantaisie. Ses multiples niveaux de lecture font de ce film une authentique comédie grand public et familiale, dépourvue de ce kitsch fa

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Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Portrait | Il a révélé en France Asghar Farhadi ou Joachim Trier, et accompagne désormais Nuri Bilge Ceylan ou Bruno Dumont. À Cannes cette année, le patron de Memento Films présente quatre films, dont 120 battements par minute de Robin Campillo, en lice pour la Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Sur un plateau de tournage, il pourrait passer pour la doublure lumière de Pierre Deladonchamps ou de quelque jeune premier blond. Silhouette élancée et regard bleu franc, ce tout juste quadragénaire ne colle pas à ces portraits de producteurs dessinés par Hollywood : volumineux, grincheux, tonitruants ; bref, à l’image des frères Weinstein. Alexandre Mallet-Guy parle d’une voix mesurée. Et si son débit parfois se précipite avant de s’étouffer dans un sourire timide, n’en tirez pas de conclusions hâtives : il a le caractère aussi solide que son goût est affirmé. Depuis 2003 aux manettes de Memento Films, la structure de production, distribution et ventes internationales qu’il a créée ex nihilo, l’homme revendique une ligne éditoriale parmi les plus exigeantes de la profession. Ce qui ne le prive pas d’aligner un palmarès enviable. Le produit de la chance et d’un indubitable flair : « Chez Memento, il n’y a pas de comité de visionnement. Les personnes travaillant sur les acquisitions viennent avec moi sur les festivals, je les écoute… ma

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"Paterson" : Poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors, la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée — semble-t-il — pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit —

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"Go Home" : maison, dure maison

ECRANS | de Jihane Chouaib (Fr-Sui-Bel-Lib, 1h38) avec Golshifteh Farahani, Maximilien Seweryn, François Nour…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Longtemps après avoir dû quitter la maison familiale, une Libanaise exilée en Europe est de retour pour exhumer des souvenirs et élucider un mystère datant de son enfance… malgré l’indifférence — voire l’hostilité du village. Creuser le passé comme on déblaye un sol jonché de détritus ; réinvestir sa maison pour se réapproprier son histoire… La métaphore choisie par la réalisatrice est plutôt transparente dans ce film à certains égards austère : silences, obscurité, intériorité, permanence d’un deuil, tension continue et surtout machisme latent. Dans ce village où règne la tradition du patriarcat, Nada l’héroïne est ignorée, tandis que son frère est considéré comme un Messie — guère surprenant, mais toujours consternant. Jihane Chouaib dépeint l’inconscient d’un pays marqué par la guerre, où le refoulé a encore de beaux jours devant lui grâce à l’omerta. Comédienne caméléon pour toutes les productions moyen-orientales, Golshifteh Farahani constitue davantage qu’une colonne vertébrale à ce film, hanté à chaque plan ou presque par sa beauté douloureuse ; elle en est quasiment la raison d’être.

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"Le Client" : justice est défaite

Le film de la Semaine | Un homme recherche l’agresseur de son épouse en s’affranchissant des circuits légaux. Mais que tient-il réellement à satisfaire par cette quête : la justice ou bien son ego ? Asghar Farhadi compose un nouveau drame moral implacable, doublement primé à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Devant déménager en catastrophe, Rana et Emad se voient proposer par leur confrère comédien Babak l’appartement tout juste récupéré d’une locataire “compliquée”. Mais à peine dans les lieux, Rana est agressée par un étrange visiteur nocturne, pensant avoir affaire à la précédente résidente — une prostituée. Blessé dans son orgueil, Emad traque le coupable… Moins oublié en apparence que Mademoiselle au palmarès du dernier festival de Cannes, Le Client fait figure en définitive de grand perdant, tout en étant le film le plus lauré : il a décroché deux très belles récompenses, les Prix du scénario et d’interprétation masculine pour Shahab Hosseini. Nul besoin d’être grand clerc pour en déduire qu’une bonne histoire bien jouée promet un grand film, surtout signée par l’auteur de Une séparation et de

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Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation, à destination des enfants autant que des adultes.

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris et la méfiance, et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche” lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes — ce que l’ouvrage dans sa forme théâtrale incite à faire et que l’amorce du film laisse croi

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Le Passé

ECRANS | Pour son premier film tourné hors d’Iran, Asghar Farhadi prouve à nouveau qu’il est un des cinéastes importants apparus durant la dernière décennie. Mais ce drame du non-dit et du malentendu souffre de la virtuosité de son auteur, un peu trop sûr de son talent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Le Passé

Il n’aura pas fallu longtemps à Asghar Farhadi pour devenir la star du cinéma d’auteur mondial. Découvert par les cinéphiles avec le très fort A propos d’Elly, puis couvert de récompenses — ours d’or, césar, oscar — et adoubé par le grand public pour Une séparation, le voilà qui quitte son Iran natal pour tenter l’aventure en français dans le texte avec Le Passé. Il faut rappeler ce qui a fait la force du cinéma de Farhadi : une vision inédite des classes moyennes iraniennes, dont les cas de conscience exposés dans des récits puissants et brillamment construits avaient quelque chose d’universel, et que le cinéaste parvenait à faire vivre grâce à des mises en scènes tendues comme des thrillers. Le Passé peut d’abord  se regarder comme un grand jeu des sept erreurs : qu’est-ce qui reste du Farhadi iranien dans sa version française, et qu’est-ce qui s’en écarte ? La classe moyenne est toujours au centre du récit, mais comme une donnée presque routinière, et le choc des cultures entre un mari iranien et sa femme française, qui plus est vivant avec un nouvel amant d’origine algérienn

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Syngué Sabour

ECRANS | Atiq Rahimi a-t-il eu raison d’adapter son roman, lauréat du Prix Goncourt, à l’écran ? Pas vraiment, tant le film a du mal à aérer son huis-clos et à échapper aux scories d’un world cinéma académique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Syngué Sabour

Syngué Sabour, le livre, reposait sur un monologue-confession fait par une femme afghane auprès de son mari dans le coma, blessé d’une balle dans la nuque. Comment porter à l’écran ce récit anti-spectaculaire ? Comment passer de la parole pure à sa mise en espace ? Il faut reconnaître à Atiq Rahimi une bonne décision, peut-être la seule de cette auto-adaptation : miser énormément sur son actrice principale, l’épatante Golshifteh Farahani, pour apporter une force d’incarnation très troublante à son personnage. À la fois fragile et déterminée, sensuelle et contrainte à la pudeur, elle lui confère une vie que le scénario, chargé d’intentions et de vouloir-dire, ne cesse de lui dénier. Car le premier écueil de Syngué Sabour, c’est la lourdeur de son discours : il ne s’agit pas seulement pour cette femme de raconter le présent des événements à cet époux sans réaction, mais aussi de révéler derrière le héros de guerre célébré le mari négligent, sourd au désir de sa compagne, égoïste et in fine machiste. Récit d’émancipation très théorique, dont l’horizon est beaucoup trop évident : dire que la femme afghane n’a pas encore gagné le droit d’exister en tant que

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Une séparation

ECRANS | Avec un drame empruntant la forme d’un thriller social, Asghar Farhadi dresse le tableau accablant d’une société iranienne grippée par ses contradictions et ses non-dits. François Cau

Dorotée Aznar | Jeudi 2 juin 2011

Une séparation

Grande cause défendue par des actrices en robe Chanel dans les prestigieuses cérémonies de festivals internationaux, le cinéma iranien, qu’on se le tienne pour dit, ne brille pas uniquement par ses metteurs en scène muselés, comme en témoigne Une séparation, film implacable dans tous ses degrés de lecture. Déjà auteur du formidable À propos d’Elly, Asghar Farhadi parvient de nouveau à se jouer des conventions, des interdits, et des traditions pour offrir un instantané déroutant dans sa forme et son propos de la société iranienne contemporaine. Tout est posé dès la saisissante intro : Nader et Simin, le couple au cœur de l’intrigue, “négocient“ leur potentiel divorce avec un juge. La scène est filmée en plan-séquence, du point de vue de l’auditeur – les acteurs, troublants de naturel, s’adressent du coup à la caméra. Le procédé passe encore un cran lorsque Simin évoque ce qui la pousse à vouloir quitter le pays, parlant de «la situation». «Quelle situation ?», lui répond-on, et Simin de traduire dans le silence qui suit tout ce que les discours “concernés“ peinent à effleurer. La lutte déclasse

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Si tu meurs, je te tue

ECRANS | D’Hiner Saleem (Fr, 1h30) avec Jonathan Zaccaï, Golshifteh Farahani…

Dorotée Aznar | Lundi 21 mars 2011

Si tu meurs, je te tue

Philippe, sympathique paumé, se lie d’amitié avec Avdal, Kurde de passage à Paris pour y traquer un criminel de guerre irakien. Manque de bol, son nouvel ami décède de façon pour le moins impromptue, et Philippe se retrouve avec son cadavre et sa famille sur le dos… Le caractère instable du premier acte nous fait redouter un film carte postale, une sorte de Paris je t’aime avec un tout petit peu plus de substance sociopolitique – une impression confirmée par les apparitions clin d’œil plus ou moins pertinentes de Jane Birkin et Maurice Bénichou. Mais avec une finesse appréciable, Saleem a la judicieuse idée de partager son film entre un aspect comique, figuré par la communauté kurde parisienne (autoproclamée «démocrate, progressiste, socialiste et patriote» à tout bout de champ !), et un côté tragique incarné par le père traditionnaliste d’Avdal. Avec comme enjeu central Siba, la fiancée endeuillée de ce dernier, qui trouvera dans ce drame l’occasion de s’émanciper. Certes, à force de courir plusieurs lièvres à la fois, le film s’égare souvent, écarte des pistes narratives jusqu’à les oublier, mais son équilibre maîtrisé dans l’énergie tragi-comique et sa lumineuse conclusion at

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