Hôtel Woodstock

ECRANS | D’Ang Lee (ÉU, 2h02) avec Demetri Martin, Emile Hirsch, Liev Schreiber…

Christophe Chabert | Mardi 15 septembre 2009

Le cinéphile français attaché à la politique des auteurs ne peut qu'être désorienté par le parcours du tandem Ang Lee/James Schamus (son scénariste attitré). Sans véritable thème (sinon, et encore, l'homosexualité), sans style visuel défini (avec des grands écarts entre la sophistication formelle de Hulk et la sobriété romanesque de Lust, caution), ces deux-là sont des caméléons promenant leur cinéma à travers le monde, les genres et les budgets. Hôtel Woodstock surfe ainsi sur la vague des 'feel good movies', avec une pointe de Wes Anderson en prime. Surprise : ce cocktail est franchement plaisant, et même euphorisant. Traitant le mythique festival de rock par le petit bout de la lorgnette (une famille juive coincée dont le fils pense effectuer une bonne affaire en faisant venir la manifestation dans la petite ville sans histoire où ses parents tiennent un hôtel), jusqu'à en éclipser toute image de concert, Hôtel Woodstock raconte l'anecdote et laisse la légende au documentaire de Michael Wadleigh, dont le film plagie les scories visuelles avec un certain brio. Évidemment, l'un n'est jamais très loin de l'autre : le vent de liberté (et de marijuana) va souffler sur ce foyer conservateur et névrosé, restaurant la libido des parents et révélant l'homosexualité du fils (incarné par l'inconnu mais pas pour longtemps Demetri Martin). Quand au spectateur, c'est surtout la bonne humeur générale du film et ses nombreux détails pittoresques qui l'emportent : Liev Schreiber en travelo-agent de sécu, Paul Dano en hippie sous LSD, ou encore la peinture assez ironique des organisateurs en rockers-businessmen entourés de costards cravates l'œil rivé sur le tiroir-caisse… L'objectif est donc atteint : on sort de cet Hôtel Woodstock en s'y sentant mieux que quand on y est rentré. 

Christophe Chabert

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Ang Lee : « garder l’émotion en élargissant mon champ d’expérimentation »

Gemini Man | Avec Gemini Man, le plus polyvalent des cinéastes contemporains poursuit son insatiable exploration formelle et métaphysique avec un film d’action qui aurait beaucoup plus à Philip K. Dick. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Ang Lee : « garder l’émotion en élargissant mon champ d’expérimentation »

Pour mettre en scène Gemini Man dont le héros est un personnage existant simultanément à plusieurs âges de sa vie, vous êtes-vous reposé sur les différents réalisateurs que vous étiez à l’époque de Tigre et Dragon, de Hulk, de L’Odyssée de Pi et de Un jour dans la vie de Billy Lynn ? Ang Lee : Pour chacun de mes films, je veux à la fois suivre un fil, conserver les meilleurs côtés de mes réalisations et explorer de nouvelles directions. Tigre et Dragon marquait mes débuts dans l’action. Alors que j’avais commencé dans le drame, je suis passé peu à peu à une dimension plus visuelle — ce que vous, les Français, appelez le “cinéma pur“. À travers mes films j’essaie toujours de garder le même cœur, la même âme, la même émotion, tout élargissant mon champ d’expérimentation. Mais quand vous dirigez un film d’action comme Gemini Man, avez-vous l’impression de faire le même métier que lorsque vous réalisez un film plus intimiste tel que Brokeback Mountain ? Dans les deux cas, je cherche à conserver la même

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Je est un autre moi-même : Will Smith cloné dans "Gemini Man"

Le Film de la Semaine | Un exécuteur d’État est traqué par son clone rajeuni de 25 ans. Entre paradoxe temporel à la Chris Marker et cauchemar paranoïde façon Blade Runner, Ang Lee s’interroge sur l’essence de l’humanité et continue à repenser la forme cinématographique. De l’action cérébrale.

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Je est un autre moi-même : Will Smith cloné dans

Employé comme exécuteur par une officine gouvernementale, Henry Brogan découvre qu’on cherche à l’éliminer ainsi que les membres de son équipe. Partant en cavale avec Danny, une équipière, il constate que le tueur à leurs basques est son portrait craché… plus jeune de 25 ans. Le coup de l’agent bien noté considéré tout à coup comme une cible à abattre par ses anciens partenaires doit figurer en haut du classement des arguments-types pour films d’espionnage. À peu près au même niveau que le recours à un jumeau maléfique dans les polars ! Même s’il est justement ici question d’un combo chasse à l’homme/clones, on aurait tort de sous-estimer l’influence et les apports de Ang Lee sur Gemini Man. Un authentique auteur — au sens défini par Truffaut dans son article Ali Baba et la “Politique des Auteurs“ — qui, lorsqu’il s’empare d’une intrigue connue pour avoir été mille fois illustrée à l’écran, est capable d’en offrir une approche nouvelle et, surtout, singulière. DePalma en incarne un autre exemple sur le même thème avec Mission : Impossible. D’une projection, l’autre Ce qu

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Les noces rebelles : "Wildlife - Une saison ardente"

ECRANS | De Paul Dano (É-U, 1h45) avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Les noces rebelles :

Joe vient d’emménager avec ses parents dans un patelin des États-Unis des années 1960. Très orgueilleux mais incapable de garder un emploi, son père refuse que son épouse travaille. Il doit alors s’engager sur le front des incendies dans l’arrière-pays, accélérant la dissolution du couple… Ce premier long-métrage réalisé par le comédien Paul Dano ressemble à ces verreries craquelées qu’on craint d’effleurer de peur de les briser. Non que le film soit fragile — il révèle au contraire une belle maîtrise de mise en scène et des dispositions dans la direction d’acteurs — mais parce que l’histoire et les personnages eux-mêmes, à fleur de peau et de chagrin, transpirent leurs douleurs. Il y a de la grandeur tragique dans ces fêlures. Vu par un adolescent (étonnant Ed Oxenbould, avec sa physionomie de “jeune vieux“), ce récit de l’inéluctable éloignement d’un couple est aussi celui de la désagrégation désabusée d’un idéal : le Rêve américain, dont quelques ultimes miettes de réussite peuvent encore subsister. Lesquelles sont menacées par les flammes pré

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"The Jane Doe Identity" de André Øvredal : chair inconnue

ECRANS | de André Øvredal (G-B ; E-U, int. -12 ans avec avert., 1h39) avec Emile Hirsch, Brian Cox, Ophelia Lovibond…

Vincent Raymond | Mardi 30 mai 2017

Un médecin-légiste et son fils entreprennent la dissection du corps incroyablement intact d’une jeune inconnue trouvée sur une scène de crime barbare. Peu à peu, d’étranges phénomènes paranormaux interfèrent avec l’autopsie, menaçant leur santé mentale, voire leur vie… Quasi huis clos en quasi temps réel, ce thriller horrifique dissimule sous sa gangue de série B une pulpe complexe, révélant à l’examen d’appétissants composants : traces d’Histoire, extraits de politique, essence de légendes urbaines… À la vérité, c’est la raison d’être du film d’épouvante que de transmuter des éléments sulfureux et de les hybrider avec des germes gothiques pour en tirer des allégories contemporaines : Hawks a ainsi évoqué le communisme dans The Thing (1951), Siegel le conformisme dans Body Snatchers (1956) et Coppola le sida dans son Dracula (1992). André Øvredal crée donc un jeu de piste pour carabins à travers les organes de la malheureuse victime qui montre bien comment l’Homme réagit face à l’irrationnel : l’obscura

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"Un jour dans la vie de Billy Lynn" : Post trauma, luxe

Le film de la semaine | De ses dommages collatéraux en Irak à ses ravages muets sur un soldat texan rentré au bercail pour y être exhibé comme un héros, la guerre… et tout ce qui s’ensuit. 24 heures de paradoxes étasuniens synthétisés par un patron du cinéma mondial, le polyvalent Ang Lee.

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Suggérant à la fois un roman de Zweig et une chanson des Beatles, le titre français de Billy Lynn's Long Halftime Walk ne trahit pas, loin s’en faut, l’esprit du film de Ang Lee ; son apparente banalité le contient en effet dans son entier, respectant l’unité de temps en dessinant une perspective plus vaste. Tout se déroule durant la journée particulière de Thanksgiving : ayant accompli un acte héroïque en Irak, le jeunot Billy Lynn bénéficie d’une permission exceptionnelle au Texas afin, notamment, de parader au sein de son unité durant le spectacle de mi-temps d’un match de football américain. Avant de participer à cette mise en scène aussi grotesque qu’obscène — censée galvaniser ou distraire, on ne sait guère, une populace déconnectée de la réalité du terrain —, le troufion aura essuyé les suppliques de sa sœur l’incitant à se faire réformer, découvert la béance entre l’image que se font les civils du front et la réalité, mais surtout été bombardé intérieurement d’envahissants souvenirs constitutifs d’un traumatisme latent. Full frontal, Foule frontale Ang Lee montre dans ce stupéfiant raccourci la germinatio

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12 years a slave

ECRANS | Après "Hunger" et "Shame", Steve McQueen adapte l’histoire vraie de Solomon Northup, homme libre devenu esclave, mais hésite entre grande forme hollywoodienne et effets de signature, entre son héros au parcours édifiant et l’esclavagiste fascinant incarné par sa muse Fassbender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

12 years a slave

Django unchained, Lincoln, 12 years a slave ; la question de l’esclavage aura inspiré récemment des cinéastes importants, chacun avec leur angle et leur manière. Western pop et politique marqué par la blaxploitation pour Tarantino, biographie dialectique, lyrique et fordienne pour Spielberg… L’approche de Steve McQueen est la plus frontale : le film se targue de regarder en face la question, ce que résume le premier plan où les esclaves alignés regardent la caméra et le spectateur. Au centre de ce théâtre ordinaire de l’asservissement, Solomon Nothrup ne se distingue pas du groupe, et pourtant son histoire est littéralement extra-ordinaire : homme libre, marié et père, violoniste dans la bonne société new-yorkaise, il est kidnappé et vendu à un propriétaire sudiste qui finira à son tour par le céder pour éponger ses dettes à un autre "maître" plus cruel et violent. La figure de Nothrup lance 12 years a slave sur les rails d’une fresque édi

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Prince of Texas

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h34) avec Paul Rudd, Emile Hirsch…

Christophe Chabert | Lundi 28 octobre 2013

Prince of Texas

Après trois comédies graduellement décevantes, Prince of Texas marque le retour en forme de David Gordon Green, dont on avait tant aimé L’Autre rive. Retour discret toutefois : ce road movie minimaliste où deux hommes tracent une route au milieu de nulle part séduit par sa nonchalance, son humour pince-sans-rire et son goût des creux dramatiques. Il ne s’y passe donc pas grand chose, et lorsque des événements importants arrivent aux personnages, c’est hors de leur périmètre, méticuleusement respecté. Le film ne quitte donc jamais cette route sans début ni fin, mais y fait transiter des lettres, des anecdotes et des fantômes, le temps de séquences suspendues où les caractères vacillent peu à peu — le psychorigide comprend la vacuité de son existence, le chien fou se découvre doué d’une forme insoupçonnée de compassion. Petit film donc, parfait pour patienter avant le prochain David Gordon Green, Joe, avec Nicolas Cage. Christophe Chabert

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Prisoners

ECRANS | Deux enfants kidnappés, un père prêt à tout pour les retrouver, un suspect tout trouvé, un détective tatoué et solitaire : les ingrédients d’un film noir très noir sur la contagion du mal signé Denis Villeneuve qui, après "Incendies", réussit haut la main ses débuts aux États-Unis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Prisoners

Qu’y a-t-il dans les caves des honnêtes gens ? Des cadavres, des enfants martyrisés, mais aussi de la paranoïa sécuritaire et de la mauvaise conscience qui peut, à tout moment, refaire surface et transformer une grise mais paisible bourgade en succursale de l’enfer. Le labyrinthe de Prisoners — figure que le film utilise comme un motif de l’intrigue mais aussi comme modèle de narration — est sans issue, et c’est ce qui impressionne en premier lieu : Denis Villeneuve, pour ses débuts aux États-Unis, ne fait aucune concession rassurante au spectateur. Aidé par un scénario remarquable, il plonge aux confins de la noirceur humaine pour montrer comment le mal se propage et finit par tout gangrener. C’est l’enlèvement de deux fillettes qui enclenche l’engrenage : le père de l’une d’entre elles — stupéfiant Hugh Jackman dans un de ses meilleurs rôles — se persuade que le coupable est un vieux garçon un peu attardé, malgré les dénégations du suspect et sa remise en liberté au terme de sa garde-à-vue. Il va donc le séquestrer et le torturer pour provoquer ses aveux. En parallèle, un flic désespérément solitaire et

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L’Odyssée de Pi

ECRANS | Longtemps entre les mains de Jean-Pierre Jeunet, cette adaptation d’un best seller canadien racontant l’histoire d’un adolescent indien perdu au (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 décembre 2012

L’Odyssée de Pi

Longtemps entre les mains de Jean-Pierre Jeunet, cette adaptation d’un best seller canadien racontant l’histoire d’un adolescent indien perdu au milieu du Pacifique sur un canot de sauvetage avec comme seul compagnon un tigre peu amical, a finalement atterri entre celles d’Ang Lee. Les trente premières minutes donnent d’ailleurs le sentiment que le réalisateur de Brokeback mountain fait du Jeunet à sa sauce, c’est-à-dire en gommant les contours des vignettes colorées très Amélie Poulain pour tester la plasticité de ses images. Car Lee, lorsqu’il s’attaque à des blockbusters, devient un cinéaste expérimental. C’est sans doute ce qu’il y a de plus impressionnant dans L’Odyssée de Pi, cette manière de fondre les plans les uns dans les autres, de faire sortir l’image de son cadre, de jouer avec les formats, de créer de purs moments de sidération plastique par l’effet conjugué de la 3D et d’une picturalité saisissante. Cette sophistication entre toutefois en conflit avec le programme familial du scénario et avec un

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Killer Joe

ECRANS | À 77 ans, William Friedkin prouve qu’il n’a rien perdu de sa rage corrosive avec cette comédie très noire autour d’une famille de Texans dévorés par une même cupidité. Cru et violent, génialement écrit et servi par un casting parfait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Killer Joe

Il y a deux types de cinéastes vieillissants : ceux qui adoptent une forme de sagesse et affinent film après film leur point de vue — l’école Eastwood ; et ceux qui s’autorisent un surcroît de fantaisie — l’école Resnais. En fait, il faut en ajouter un troisième, minoritaire : les metteurs en scène qui retrouvent dans cette dernière ligne droite une rage juvénile qu’on ne leur soupçonnait plus. Cela donne Battle Royale de Fukasaku et aujourd’hui cet incroyable Killer Joe d’un William Friedkin de retour au sommet. Bug, son film précédent, montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide, du texte original. Un choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec so

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La Dernière Piste

ECRANS | De Kelly Reichardt (ÉU, 1h44) avec Michelle Williams, Paul Dano, Bruce Greenwood…

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

La Dernière Piste

Avec La Dernière Piste, la réalisatrice d’Old joy et Wendy et Lucy prend à revers le revival du western américain. Il s’agit pour elle non pas de revisiter ses codes, mais d’en tirer une épure méditative en raréfiant enjeux et dialogues. L’introduction décrit en quelques plans ascétiques des pionniers muets écrasés par l’espace désertique qui les entoure. Et pour cause : ce convoi est perdu dès la première image. Une brève séquence nous apprend que c’est en suivant le «raccourci» indiqué par Stephen Meek, cowboy sale et grossier (génial Bruce Greenwood) qu’ils se sont égarés. La question est posée : faut-il lyncher Meek, qui malgré son assurance et sa connaissance de cet ouest sauvage, reste un étranger à la communauté ? Reichardt va redoubler le conflit lorsqu’un Indien est capturé par Meek, et que le groupe se divise sur ce qu’il faut en faire : l’exécuter ou le suivre en espérant qu’il les conduise à un point d’eau salvateur ? C’est la très belle idée de La Dernière Piste, à la fois interrogation lancée à l’Amérique d’aujourd’hui et déclaration d’indépendance cinématographique : faut-il accueillir dans une société ce qui lui résiste (l’Indi

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Gigantic

ECRANS | De Matt Aselton (ÉU, 1h37) avec Paul Dano, Zooey Deschanel…

Christophe Chabert | Lundi 21 décembre 2009

Gigantic

Sur le papier, "Gigantic" a tout du petit film sympathique, avec son charmant duo d’acteurs (Dano et Deschanel), son ton de comédie mélancolique, ses apartés bizarres… Mais, probablement par peur de raconter linéairement une histoire il est vrai conventionnelle (un vendeur de lits déprimé tente d’adopter un bébé chinois et tombe amoureux d’une fille à papa un peu artiste et un peu cinglée), Aselton laisse dériver son scénario au gré de fantaisies inexplicables, cherchant le détail absurde et le clin d’œil complice au détriment de l’élémentaire lisibilité de son récit. En gros, ça part dans tous les sens, notamment lors des apparitions de Zach Galifianakis (oui, celui de "Very bad trip") en SDF menaçant. Incarnation de l’esprit torturé du héros ? Ou vraie mauvaise conscience urbaine rôdant comme un spectre autour de ces petits-bourgeois avec des petits problèmes ? "Gigantic" ne prend pas la peine d’élucider la question, et on a le sentiment que tout cela n’a pas grande importance, dans un film qui confond légèreté et inconséquence. CC

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Speed Racer

ECRANS | De Larry et Andy Wachowski (ÉU, 2h07) avec Emile Hirsch, Christina Ricci, Matthew Fox, John Goodman…

Christophe Chabert | Dimanche 15 juin 2008

Speed Racer

Speed Racer sort en France après s’être ramassé avec fracas dans tous les territoires où le film a été distribué, à commencer par son Amérique d’origine. Rude atterrissage pour les Wachowski après la trilogie Matrix… Entre temps, les frangins s’étaient illustrés en produisant leur adaptation de V pour Vendetta, une fable stupéfiante d’audace politique, dont ils avaient laissé la sage réalisation à James MacTeigue. Speed Racer, c’est l’anti-V pour Vendetta : un film décérébré mais d’une extrême sophistication formelle, un blockbuster expérimental pour enfants de 5 ans. Transposant une série d’animation japonaise sur de futuristes courses automobiles et leurs pilotes iconisés, ils inventent un univers ripoliné, où le virtuel est omniprésent au point que les acteurs, tous talentueux, ne ressemblent plus qu’à des papiers découpés perdu au milieu des effets spéciaux. Le scénario accumule les clichés, les situations sirupeuses, les bons sentiments et les méchants caricaturaux (à noter cependant que le mal absolu est une incarnation du capitalisme broyant les petits artisans passionnés !). Débile, et même débilitant, le

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There will be blood

ECRANS | Attention, chef-d’œuvre ! Cette fresque nihiliste sur la quête de l’or noir par un entrepreneur sans scrupule au début du XXe siècle confirme que Paul Thomas Anderson est un cinéaste majeur, et Daniel Day Lewis un acteur époustouflant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 20 février 2008

There will be blood

Seul, le visage noirci, la barbe en bataille, reclus dans une mine dont il creuse la roche. À la recherche de quoi ? Or ? Charbon ? Pétrole ? Oui, c’est ça, du pétrole, qu’il découvre au prix d’une jambe cassée qui le laissera boiteux toute sa vie. Investissement initial pour lancer une entreprise juteuse : des puits, des tours de forage, un pipeline… Daniel Plainview a la soif de l’or noir. Qui est cet homme ? D’où vient-il ? Et comment en est-il venu à nourrir cette obsession-là, source d’une fortune colossale et d’une solitude toute aussi gigantesque ? Paul Thomas Anderson refuse de répondre et filme son héros comme un Adam du capitalisme, le temps d’un premier quart d’heure sans aucun dialogue, juste une suite d’ellipses portées par une musique abstraite (signée Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead) qui ne sont pas sans évoquer le début de 2001, l’odyssée de l’espace. L’ombre de Kubrick, référence écrasante mais relevée haut les gants par le réalisateur de Magnolia, ressurgira deux heures plus tard, lors de la conclusion hallucinante de ce chef-d’œuvre qu’est There will be blood. 1902, odyssée de l’or noir

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Le Secret de Brokeback mountain

ECRANS | Avec "Le Secret de Brokeback mountain", western mélodramatique entre deux cow-boys à l'homosexualité contrariée, l'insaisissable Ang Lee slalome adroitement entre tous les travers de son sujet et arrive à émouvoir sans forcer sur le pathos. Fameux ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 25 janvier 2006

Le Secret de Brokeback mountain

Il faut lever d'entrée le secret de Brokeback Mountain : un été, dans une montagne du Wyoming, deux garçons de 18 piges doivent garder des moutons et vont vivre ensemble une relation homosexuelle dont on ne saura si elle est seulement physique (fougue de la jeunesse et conséquence de la promiscuité) ou également amoureuse. Et qui aime qui, ça aussi, on se le demande bien. Il y aura donc deux secrets : celui que ces sheep-boys gardent aux yeux du monde (y compris quand, chacun de leur côté, ils trouveront femmes et enfants) et celui, plus épais, des sentiments qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Cela, Ang Lee le cache longtemps au spectateur. Doublement longtemps d'ailleurs : 2h20 de film et 25 ans de vie à l'écran. Gay comme un cow-boy La durée est définitivement l'alliée de ce très beau film : une durée romanesque et cinématographique que le cinéaste travaille avec une attention constante, en brossant chaque séquence comme un bloc de temps séparé du suivant par des ellipses fulgurantes, si bien que l'on met à notre tour du temps à savoir combien d'années s'écoulent entre les deux. Chaque maigre certitude est ainsi remise en question par ce gouffre qui

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Into the wild

ECRANS | Même s'il dilue la force de ses premiers films dans une mise en scène parfois attendue, Sean Penn confirme qu'il est un cinéaste important avec ce road-movie existentiel sur les traces du cinéma américain des 70's. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 janvier 2008

Into the wild

La légère déception ressentie face à Into the wild est facile à expliquer. Depuis qu'il a décidé de passer derrière la caméra, Sean Penn s'est transformé en poète d'une Amérique éternelle qu'il contemple avec un romantisme noir et élégiaque, empruntant parfois les codes du cinéma de genre pour mieux les renverser au profit de la tragédie de ses personnages. Indian runner, Crossing guard et surtout le fabuleux The Pledge plaçait l'homme au milieu d'une nature qui rendait peu à peu dérisoires ses obsessions, ses peurs et ses passions. Into the wild prend les choses dans l'autre sens, ce qui est beaucoup plus attendu : Christopher MacCandless (Emile Hirsch, fantastique, paie de sa personne pour être à la hauteur du personnage) refuse la vie de petit-bourgeois qui lui tend les bras et décide de partir à l'aventure. Entre clochard céleste à la Kerouac et retour à l'état de nature façon Thoreau, il devient Alexander Supertramp, et arpente l'Amérique avec pour destination finale l'Alaska, choisie à cause de son environnement sauvage et hostile. Sean Penn pose donc de nouveau l'opposition nature/culture, mais c'est à nouveau quand il revient

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