Clint consacré

Dorotée Aznar | Mercredi 30 septembre 2009

Au coeur du festival, le Prix Lumière sera remis à Clint Eastwood, en sa présence, lors d'une soirée à la Salle 3000 qui s'achèvera avec la projection de Sur la route de Madison. Ce choix, effectué par un collège de cinéphiles et de critiques, récompense un cinéaste dont l'oeuvre a contribué à l'art cinématographique. C'est une belle revanche pour Eastwood, dont les films auront mis près de vingt ans, et la reconnaissance conjointe d'Impitoyable par la critique, le public et les professionnels — premier doublé meilleur cinéaste, meilleur film aux Oscars — pour être appréciés à leur juste valeur. Encore regardé de travers pour son personnage de Dirty Harry, vite taxé de fasciste par la presse à l'époque, la critique néglige ses premiers travaux derrière la caméra : l'impeccable thriller Un frisson dans la nuit et le mélodrame Breezy. Cherchant une parfaite liberté créatrice avec sa société de production Malpaso, Eastwood se forme une écurie de collaborateurs fidèles, une économie de tournage — beaucoup de préparation, peu d'axes de prises de vue — et alterne films commerciaux (parfois remarquables comme L'Épreuve de force ou Pale Rider) et films personnels (Bronco Billy, Honkytonk man ou Bird, belle biographie de Charlie Parker). Les années 90 sont pour Eastwood le moment de faire se rejoindre toutes ses aspirations et devenir le grand cinéaste classique, populaire et insoumis qu'il est aujourd'hui. Parmi ses films incontournables : Un monde parfait, Mystic River, Million dollar baby — deuxième doublé aux Oscars — et le diptyque magistral sur la bataille d'Iwo Jima.

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Un mois avec Clint Eastwood

ECRANS | En bonne place parmi les salles permanentes du Festival Lumière, le Pathé Bellecour a pu mesurer l’immense potentiel du cinéma de patrimoine auprès de son (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Un mois avec Clint Eastwood

En bonne place parmi les salles permanentes du Festival Lumière, le Pathé Bellecour a pu mesurer l’immense potentiel du cinéma de patrimoine auprès de son public. Le rendez-vous qu’il propose à compter de cette fin janvier devrait logiquement séduire les spectateurs sensibles à la « politique des auteurs », puisqu’il vise à “préparer“ la sortie d’une nouveauté d’un ou d’une cinéaste reconnu en diffusant, à raison d’un film par semaine, quatre de ses réalisations emblématiques précédentes. Une sorte de révision générale mâtinée de teasing cinéphilique. Premier auteur à bénéficier de cette mini-rétrospective, Clint Eastwood, dont Le Cas Richard Jewell est attendu sur les écrans le 19 février. Prélever quatre titres parmi la bonne trentaine des films qu’il a signés relève de la gageure, toutefois, le carré choisi s’avère représentatif de ses passions et des univers qu’il affectionne. Le western, pour commencer, avec Impitoyable (1992). Film de la consécration, tribut à Siegel et Leone, où son habituel personnage de perdant humilié se relè

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Gran Torino

Reprise | Au moment où sort La Mule, plaçant à nouveau Clint Eastwood derrière et devant la caméra, aux côtés d’une partenaire d’exception (sa voiture), revenons sur le (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Gran Torino

Au moment où sort La Mule, plaçant à nouveau Clint Eastwood derrière et devant la caméra, aux côtés d’une partenaire d’exception (sa voiture), revenons sur le dernier film en date du cinéaste-interprète (et sans doute son chef-d’œuvre) réunissant les mêmes conditions, Gran Torino (2008). Tous les paradoxes de ce humano-réac s’y retrouvent, farouchement NRAciste, mais viscéralement anti-raciste. La contradiction faite homme, Eastwood reste une énigme et un grand réalisateur. La séance, présentée par un intervenant et suivie d’une collation, est organisée en partenariat avec l'association Petite Lumière. Gran Torino À la Maison du Peuple de Pierre-Bénite ​le jeudi 24 janvier à 19h30

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"Sully" : ici la tour de contrôle ; à l’eau l’avion ?

ECRANS | de Clint Eastwood (E-U, 1h36) avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Eastwood a-t-il résolu de se momifier en aède de la geste étasunienne contemporaine ? Alors, autant qu’il s’intéresse à cette belle figure du pilote Chesley “Sully” Sullenberger, plutôt qu’à Chris Kyle, sujet de son précédent opus American Sniper (2014). Pour la simple raison que le premier a sauvé les 155 vies de son avion sur le point de s’abîmer en le posant sur la rivière Hudson ; le second ayant gagné sa notoriété en flinguant des ennemis. Mais si ces deux personnages sont considérés par leurs concitoyens comme des héros équivalents malgré leurs mérites opposés, Sully a fait l’objet d’un traitement particulièrement inique : on l’a accusé d’avoir agi de manière irréfléchie et périlleuse. Voilà ce qui a dû titiller Clint, prompt à défendre façon Capra l’honnête homme contre une machine juridico-financière en quête de responsable. Eastwood/Hanks, c’est l’alliance de deux Amériques idéologiquement contradictoires, partageant pourtant des valeurs humaines fondamentales ainsi qu’une foi d’enfant dans la Constitution ; une naïveté faisant que le bon verra tous ses mérites reconnus. Pas forcément ici-ba

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American Sniper

ECRANS | En retraçant l’histoire de Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de toute l’histoire américaine, Clint Eastwood signe un film de guerre implacable où la mise en scène, aussi spectaculaire qu'aride, crée une dialectique chère au cinéaste pour rendre la complexité de ce héros ambigu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

American Sniper

«Tu es un redneck» dit sa future femme à Chris Kyle — massif et impressionnant Bradley Cooper — lors de leur première rencontre. «Non, je suis Texan» lui répond-il. Et il précise : «Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux». Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait

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J. Edgar

ECRANS | Clint Eastwood revient à son meilleur avec cette bio de J. Edgar Hoover, dont la complexité et la subtilité sont à la hauteur de cette figure controversée de l’histoire américaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 janvier 2012

J. Edgar

Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un homosexuel honteux incapable de s’affranchir d’une mère castratrice ? Un junkie cherchant à repousser le moment tragique où il n’aura plus la puissance physique de résister à ceux qui réclament son départ ? Un mythomane qui ne cesse de réécrire son histoire, s’inventant un destin héroïque et romanesque ? Il était tout cela, mais ce tout est aussi un grand vide, et l’énigme Hoover demeure entière. Clint Eastwood, fidèle à sa dialectique qui lui permet de critiquer les mythes fondateurs de l’Amérique sans pour autant en dénoncer les valeurs, fait du portrait de Hoover un labyrinthe temporel où chaque séquence viendrait brouiller la précédente, où le personnage ne serait jamais saisi dans une alternance de blanc et de noir, mais dans de constantes zones de gris. De fait, si le cinéaste déconstruit Hoover, il refuse toute explication psychologique. Et pour cause : le film ne cesse de dire qu’Hoover n’existe pas, qu’il est une invention, un être dont la vie n’a été qu’une affaire d’adaptation, d’opportunisme et de survie. La grand

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Au-delà

ECRANS | Du drame surnaturel en forme de destins croisés que le sujet autorisait, Clint Eastwood ne conserve que les drames individuels de ses personnages, dans un film d’une grande tristesse et d’une belle dignité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 12 janvier 2011

Au-delà

Journaliste star de France Télévisions, Marie Lelay (Cécile de France, convaincante malgré quelques maladresses concernant l’activité de son personnage) est emportée par le tsunami thaïlandais de 2004. Elle vit alors une expérience de mort imminente au cours de laquelle elle distingue des silhouettes sur un fond blanc aveuglant. De retour en France, elle reste hantée par cette vision. Dans le même temps, à Londres, le frère jumeau de Marcus, Jacob, meurt écrasé par une voiture. Et à San Francisco, George Lonegan (formidable Matt Damon, aussi massif que fragile), medium vivant son «don» de communication avec les morts comme une «malédiction», tente de se reconstruire en travaillant à l’usine et en suivant des cours de cuisine. On voit bien les écueils qui guettaient "Au-delà" : son rapport au paranormal, qui a déjà donné naissance à une flopée de nanars new-age et son scénario en destins croisés et mondialisés façon Iñarritu. Mais Clint Eastwood, justifiant l’admiration qu’on peut avoir pour son cinéma, déjoue tout cela par la seule intelligence de son point de vue. Le surnaturel n’est pas son problème, mais celui de ses personnages ; ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir s’

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Invictus

ECRANS | Toujours au sommet, Clint Eastwood réussit avec classicisme et émotions l’évocation du premier défi lancé au président Mandela : réunir l’Afrique du Sud autour de son équipe de rugby durant la coupe du monde 95. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 9 janvier 2010

Invictus

La réussite d’Invictus tient à un fil, comme souvent chez Clint Eastwood. Une scène résume bien la chose : Nelson Mandela (Morgan Freeman, impeccable) vient d’être élu président de la République en Afrique du Sud. Il sort faire une promenade nocturne accompagné de ses deux gardes du corps, lorsqu’une voiture surgit au coin de la rue. Tentative d’assassinat ? Non, il s’agit seulement du livreur de journaux… Mandela s’approche alors pour regarder la Une, et découvre qu’elle met en doute sa capacité à diriger le pays. En un battement de plan, Eastwood passe ainsi de l’intrigue à ses enjeux profonds, du particulier au général. Cette manière de s’extraire par le haut d’une convention scénaristique rappelle le précédent Eastwood, Gran Torino. Mandela a d’ailleurs plus d’un point en commun avec Walt Kowalski : derrière l’image publique, on découvre un vieillard seul, fatigué, prêt à sacrifier sa personne pour réconcilier deux peuples qui se détestent. Eastwood ne cache pas son admiration envers le personnage, et il le filme avec une bouleversante délicatesse. La première partie montre comment il entre à pas feutrés dans ses habits de président. L’humanisme et l’équité

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Blog : Lumière jours 5 et 6 Dernières lueurs avant l’extinction

ECRANS | Autant passer tout de suite aux aveux : une autre casquette m’a poussé hier soir à sécher le Prix Lumière remis à Clint Eastwood… En même temps, aveu numéro 2 : après (...)

Christophe Chabert | Dimanche 18 octobre 2009

Blog : Lumière jours 5 et 6

Dernières lueurs avant l’extinction

Autant passer tout de suite aux aveux : une autre casquette m’a poussé hier soir à sécher le Prix Lumière remis à Clint Eastwood… En même temps, aveu numéro 2 : après 18 films et près de 35 heures de projection, le moteur est presque à sec, et c’est passablement épuisé que j’ai fini le festival, tentant vaillamment de garder les yeux ouverts à la projection ce dimanche matin de Et pour quelques dollars de plus. Quand ça ne veut plus, ça ne veut plus. C’est d’ailleurs une leçon de choses : le cinéma de patrimoine englobe des réalités tellement variables que l’on doit en quelques minutes passer d’un code de jeu à l’autre, traverser des époques entières à pied joint, reprendre tous ses repères à chaque film ou presque. En comparaison avec d’autres festivals, où le cinéma d’avant est une récréation bienvenue face au formatage des films contemporains qui composent la majeure partie de la programmation, Lumière nécessite une sacrée ouverture d’esprit et, plus encore, une grosse endurance intellectuelle quand on se plonge à haute dose dans les films qui y sont montrés… Un bon exemple avec Extérieur nuit, l’étrange film de Jacques Bral. Véritable OVNI dans la programma

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Blog : Lumière jour 4 : Clint et Don

ECRANS | Il n’y a pas que du bon dans ce festival Lumière. Le troisième jour de projections réservait même quelques déconvenues qui, dans un tel marathon, n’avait qu’un (...)

Christophe Chabert | Samedi 17 octobre 2009

Blog : Lumière jour 4 : Clint et Don

Il n’y a pas que du bon dans ce festival Lumière. Le troisième jour de projections réservait même quelques déconvenues qui, dans un tel marathon, n’avait qu’un seul intérêt : baisser la garde et souffler un peu. Le pire dans ce que l’on a vu, c’est L’Arche de chasteté, un des cinq films de Shin Sang-ok présentés au festival, cinéaste sud-coréen inconnu — on n’osera pas aller jusqu’à dire qu’il aurait mieux fait de le rester… Certes, l’état du matériel original, même restauré en numérique, handicape grandement la vision ; à certains moments, la bande-son semble parcourue dans son arrière-plan par les cris de possession de Linda Blair dans L’Exorciste lorsque le prêtre les réécoute sur son vieux magnéto. L’image aussi est parfois floue, ce qui ne rend pas justice au noir et blanc du cinéaste, qui devait avoir plus de classe à l’origine. Mais tout de même : ce mélodrame paraît terriblement attendu, sauf dans son point de départ — une femme sacrifie sa vie à une grand-mère acariâtre et obsédée par la chasteté, au point d’en abandonner amant et enfant. Shin Sang-Ok, par ailleurs, aime énormément filmer en mettant sa caméra de travers. Au début, ces cadres font leur

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Blog : Lumière jour 3 Un homme sans prix

ECRANS | L’expression «révisez ses classiques» fonctionne à plein sur ce festival Lumière… Quand, à 10h30 et après une nuit de sommeil pour le moins courte, on se (...)

Christophe Chabert | Vendredi 16 octobre 2009

Blog : Lumière jour 3
Un homme sans prix

L’expression «révisez ses classiques» fonctionne à plein sur ce festival Lumière… Quand, à 10h30 et après une nuit de sommeil pour le moins courte, on se retrouve devant un film de 2h40 que l’on connaît par cœur et qui, malgré la fatigue, vous subjugue de nouveau à chacun de ses plans, on ne peut que se rendre à l’évidence : voilà un chef-d’œuvre de l’histoire du cinéma. C’est donc par la projection, dans une copie restaurée magnifique, d’ Il était une fois la Révolution de Sergio Leone que l’on a entamé un jeudi mouvementé. Le cinéaste y effectue la deuxième mue de sa carrière : il s’éloigne en cours de route du western et, comme ses deux personnages, s’apprête à mettre le cap vers l’Amérique, la vraie, qui fournira le décor de son ultime film et l’accomplissement éblouissant de son œuvre. Pour arriver à ce but, il fait un détour par la Révolution mexicaine emmenée par Pancho Villa ; mais ce qui frappe le plus, c’est la manière dont Leone fait basculer son récit de la comédie à la tragédie en cours de route. Pendant une heure trente, on rit de bon cœur aux tribulations de John l’Irlandais revenu de ses illusions révolutionnaires et de Juan le Mexicain qui profite du ch

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Blog : Lumière jour 2 Dollars, désert, grève et justice

ECRANS | C’est avec le sourire que la journée commence : Marjane Satrapi, en grande forme, vient présenter la copie restaurée de Pour une poignée de dollars au Pathé (...)

Christophe Chabert | Lundi 29 avril 2013

Blog : Lumière jour 2 
Dollars, désert, grève et justice

C’est avec le sourire que la journée commence : Marjane Satrapi, en grande forme, vient présenter la copie restaurée de Pour une poignée de dollars au Pathé Bellecour, et arbore fièrement une (fausse) moustache avant de dégainer un colt et de tenter quelques moulinets en hommage à ceux effectués par Eastwood dans le film de Leone. Le cinéaste — dont c’était le deuxième long-métrage — y faisait son entrée dans le western, et posait les bases de ce qui, ensuite, allait faire sa légende. En comparaison avec les films suivants de Leone, Pour une poignée de dollars fait figure de série B brillante, avec des éclats de mise en scène déjà fulgurants qui viennent élever un scénario assez classique. C’est un remake déguisé du Yojimbo de Kurosawa, mais on peut aussi le lire comme une variation autour de La Moisson rouge de Dashiell Hammet, roman noir qui inspirera aussi les frères Coen dans Miller’s crossing. Pour une poignée de dollars fonctionne cependant encore aujourd’hui grâce à ce schéma assez jubilatoire : l’homme solitaire, fièrement individualiste, qui met en échec deux clans rivaux en passant de l’un à l’autre, monnayant à cha

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Blog : Lumière, jour 1

ECRANS | On le sait, les ouvertures de festival ne sont pas ce qu’il y a de plus trépidant pour le cinéphile. The place to be est rarement the place to see et (...)

Christophe Chabert | Mercredi 14 octobre 2009

Blog : Lumière, jour 1

On le sait, les ouvertures de festival ne sont pas ce qu’il y a de plus trépidant pour le cinéphile. The place to be est rarement the place to see et l’ouverture du festival Lumière n’a pas franchement dérogé à la règle, même si on a évité les scories les plus rasoirs du genre. À commencer par les discours des partenaires, dégagés avec humour par un Thierry Frémaux bondissant, toujours à l’aise dans son rôle de MC. Gérard Collomb lui a malgré tout forcé la main (et le micro) pour s’offrir un petit laïus d’une consternante banalité, qu’il pourra aisément recycler lors d’un prochain colloque international de chirurgiens proctologues. Passons aussi sur l’acoustique toujours aussi agréable de la Halle Tony Garnier, qui a transformé le morceau introductif d’Ennio Morricone en torture pour les tympans. Et, pour continuer sur les fausses notes, on se serait bien passé de la projection du court-métrage interactif Le Coq est mort, sorte de scie cinématographique ringarde reposant sur la reprise en canon d’une chanson qui, c’est la double peine du film, ne sortira plus jamais du crâne des spectateurs — j’ai vu le film il y a dix ans, je n’ai jamais pu me l’enlever de la tête ! Le hors-d’œ

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La Fête des Lumière

ECRANS | Cinéma / Pendant une semaine, Lyon va vivre au rythme du cinéma de patrimoine grâce à la première édition du festival Lumière. Un nouvel événement aux enjeux nombreux et passionnants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 octobre 2009

La Fête des Lumière

On a déjà beaucoup parlé ici du festival Lumière. On ne saurait trop vous recommander de vous procurer le supplément spécial que nous lui avons consacré, et qui sera distribué pendant toute la semaine sur les nombreux sites du festival. Non seulement il est fort bien fait (quoi, on n’a plus le droit de s’envoyer des fleurs ?), mais on y parle en long, en large mais pas tellement de travers des nombreux événements incontournables qui vont s’y dérouler. Pour ceux qui voudront en savoir encore plus au jour le jour, un blog quotidien sera disponible pendant toute la durée du festival sur notre site (petit-bulletin.fr). Prenons donc, avant l’orgie goûteuse qui s’annonce, le temps de se pencher sur les enjeux de ce nouveau festival de cinéma qui s’attaque à un territoire encore inédit en la matière (du moins, en France) : le cinéma de patrimoine. Lyon au patrimoine mondial de la cinématographie Équation simple : d’un fait historique — le cinéma a été inventé à Lyon par les frères Lumière, l’Institut Lumière a donc tiré un festival — c’est à Lyon que les films vont renaître. En coulisses, ce fut moins évident que cela : depuis des an

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Des invités partout chez eux

ECRANS | Les coulisses du festival Lumière / Avec l’ultime acte de son long dévoilement, celui des nombreux invités du festival, Lumière 2009 a enfin justifié sa dimension périurbaine : les cinéastes-cinéphiles iront présenter des films dans tous les cinémas de l’agglomération… CC

Christophe Chabert | Vendredi 2 octobre 2009

Des invités partout chez eux

À six jours de son ouverture, la révélation façon puzzle du festival Lumière touche enfin à son terme. Le village de jour sera inauguré ce vendredi (le cinéphile a déjà mal au porte-monnaie à l’idée de son passage au stand DVD), et la grande soirée d’ouverture aura lieu mardi soir à la Halle Tony Garnier. Sold out, et ce sur la seule promesse de voir des films Lumière restaurés numériquement (le reste est une surprise !) : de bon augure pour la suite des événements… Surtout depuis que les fameux invités du festival ont été dévoilés, avec une guest list qui envoie du bois : Kusturica venant présenter avec une certaine logique Il était une fois la révolution, ou Claudia Cardinale en chair et en os pour rendre un autre hommage au maître Sergio en accompagnant les séances d’Il était une fois dans l’Ouest ; c’est classe, et ce n’est pas tout… Gaspar Noé, les frères Dardenne, Paolo Sorrentino, Marjane Satrapi, Robert Guédiguian, Walter Salles, Souleymane Cissé, Aki Kaurismaki, Christian Mungiu, Raymond Depardon, Xavier Gianolli font aussi partie d’un impressionnant casting à forte tonalité internationale, avec quelques accroches purement locales (comme la présence, incongrue, de Laure

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«Le cinéma doit s'inventer un âge classique»

ECRANS | Entretien avec Thierry Frémaux, directeur de l'Institut Lumière et du festival Lumière.

Dorotée Aznar | Mercredi 30 septembre 2009

«Le cinéma doit s'inventer un âge classique»

Petit Bulletin : Quel est votre objectif avec ce festival Lumière ? Donner une image différente de la cinéphilie ? Créer un engouement populaire autour du cinéma de patrimoine ?Thierry Frémaux : Avec Bertrand Tavernier et Gérard Collomb, notre objectif est d'abord d'organiser un événement de cinéma à Lyon qui est l'une des rares grandes villes européennes et française à ne pas en avoir. Deuxièmement, un événement de grande envergure, populaire, grand public : rester entre spécialistes ne nous intéresse pas. Nous voulions aussi un festival qui corresponde à l'image de la ville et qui s'inscrive dans une problématique d'aujourd'hui : il est vite apparu naturel de se consacrer à l'histoire du cinéma parce que Lyon en est la ville natale mais aussi parce que la “civilisation numérique” est au coeur de la cinéphilie à travers les DVD, les restaurations, la VOD. On est actuellement dans un cycle très actif, à échelle internationale, et on souhaite en être le reflet, et dire que le cinéma doit s'inventer un “âge classique”, comme on le dit de la littérature ou de la musique. Si c'est à Lyon que ça se fait dans les années qui viennent, si on arrêt

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Leone, enfin !

ECRANS | Difficile à croire, mais les films de Sergio Leone ne sont pas visibles sur les écrans depuis de nombreuses années. Même en DVD, la copie de Pour une poignée de (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 30 septembre 2009

Leone, enfin !

Difficile à croire, mais les films de Sergio Leone ne sont pas visibles sur les écrans depuis de nombreuses années. Même en DVD, la copie de Pour une poignée de dollars est médiocre. À cela s'ajoutent les nombreuses versions de ses films, fruits d'incessants remontages liés aux exigences des producteurs. L'intégrale que lui consacre le festival Lumière est donc un événement : non seulement la plupart des copies ont été fraîchement restaurées (notamment celles d'Il était une fois la Révolution et du Bon, la brute et le truand, enfin dans leurs montages définitifs), mais elle permettra d'envisager l'importance capitale de cette oeuvre dans le cinéma mondial. Leone est certes l'inventeur du western à l'italienne (laissons le terme “western-spaghetti” à tous ceux qui l'imitèrent par la suite...) qui est autant une relecture qu'une renaissance du genre par un de ses admirateurs les plus fervents. Mais c'est surtout un adepte d'un cinéma total : spectaculaire, riche en émotions, ambitieux formellement, moderne face à l'histoire de son art et révolutionnaire face à l'Histoire tout court. Un cinéma qui passera, en vingt ans à peine, de l'archétype fulgurant (Pour une poignée de dollars,

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Lumière, Première !

ECRANS | Guide pratique du premier festival Lumière : cinq jours de cinéphilie intense à Lyon intra et extra muros, pour refaire de la ville le berceau d'un septième art à l'histoire plus vivante que jamais.

Dorotée Aznar | Mercredi 30 septembre 2009

Lumière, Première !

En choisissant de dédier un festival au cinéma “de patrimoine”, donc à l'histoire d'un art encore jeune mais déjà riche, l'Institut Lumière poursuit ce qui est son but depuis l'inauguration de sa nouvelle salle. C'est ici, à Lyon, que le cinéma est né, et chaque cinéaste a une petite dette envers cette “usine Lumière” immortalisée par deux frères entrepreneurs et pionniers dont l'invention allait connaître une pérennité qu'ils ne soupçonnaient sans doute pas. Le festival débutera donc par là, lors d'une soirée d'ouverture où les films Lumière seront projetés dans des versions restaurées numériquement. Puis les hostilités commenceront avec les films eux-mêmes, projetés dans quatre lieux principaux à Lyon intra-muros (le CNP Terreaux, le Pathé Bellecour, le Comoedia et l'Institut Lumière), ou plus occasionnellement dans d'autres salles lyonnaises (Pathé Vaise, UGC Ciné Cité et Astoria, Cinéma Opéra), mais aussi dans une trentaine de salles du Grand Lyon, de Villeurbanne à Charbonnières, de Bron à Décines, qui participeront à l'événement le mercredi et le week-end. Chaque film sera présenté par un invité, cinéphile, cinéaste, comédien venu indépendamment de toute opération de promo

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L’œil de Schatzberg

ECRANS | Cinéaste et photographe américain mythique, le grand Jerry Schatzberg sera l’invité du «village de jour» du festival Lumière pour une exposition inédite où son regard singulier s’est porté sur… Lyon ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 21 septembre 2009

L’œil de Schatzberg

Jerry Schatzberg est devenu, au fil des années, un «ami» de l’Institut Lumière. Il faisait partie des cinéastes qui, cent ans jour pour jour après le premier film tourné par les Frères Lumière, en avaient joué un remake au même endroit, les Usines Lumière devenues entre temps Hangar du Premier film. Et on se souvient de son émotion quand il était venu assister à la projection de son chef-d’œuvre, 'L’Épouvantail' : il n’avait pas revu le film sur grand écran depuis sa sortie ! Schatzberg est une figure mythique du nouvel Hollywood dans les années 70, mais son parcours est assez singulier par rapport à ceux de Coppola, Scorsese ou De Palma. Avant de passer derrière la caméra avec ce triptyque fondamental composé de 'Portrait d’une enfant déchue', 'Panique à Needle Park' (le premier rôle d’Al Pacino) et 'L’Épouvantail' (Palme d’or à Cannes en 1971), il avait obtenu la reconnaissance pour son travail de photographe au cours des années 60. Schatzberg a immortalisé toute la contre-culture de la décennie à travers des portraits publiés dans les magazines les plus hypes de l’époque ('Vogue', 'Life' ou 'Esquire'). Une de ses photos de Bob Dylan va même passer à la postérité, puisqu’elle

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Lumière sur l’affaire Étaix

ECRANS | Le festival Lumière 2009 sera, le temps d’une soirée, au cœur d’une actualité qui a enflammé la cinéphilie : l’affaire Pierre Étaix. Ou comment le droit moral d’un auteur sur son œuvre se transforme en procédure judiciaire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 14 septembre 2009

Lumière sur l’affaire Étaix

Pierre Étaix, aujourd’hui âgé de 80 ans, est une figure singulière du cinéma français. Clown, magicien, acteur et finalement auteur et réalisateur d’une œuvre qui doit autant à Tati — son maître, pour qui il a dessiné les affiches de Mon Oncle et scénarisé quelques-uns de ses gags — qu’à Buster Keaton — référence évidente, y compris physiquement. Ceux qui ont vu sur arte Le Soupirant (1962), lors de sa dernière diffusion télévisuelle il y après de quinze ans, savent que ce cinéma à l’humour essentiellement visuel, très beau et particulièrement poétique, a une importance particulère dans le grand chambardement qu’était le cinéma français des années 60. Premier cinéaste hexagonal a avoir tourné un film avec la technologie Imax, titulaire de prix dans la plupart des festivals et d’un oscar du meilleur court-métrage, Étaix a pourtant été largement oublié par les historiens du cinéma. Bataille cinéphile À ce déficit de notoriété s’est ajoutée une bataille juridique comme la cinéphilie n’en avait pas connue depuis l’affaire Langlois. Au moment de la restauration de Yoyo (son deuxième long métrage, tourné en 1964), une société de pro

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Pleine Lumière

ECRANS | Coulisses du festival Lumière / Le festival Lumière est en ordre de marche : la programmation est complète, la billetterie ouverte et la géographie du festival s’éclaire. En attendant la liste des invités… CC

Christophe Chabert | Vendredi 4 septembre 2009

Pleine Lumière

Lors d’une des soirées de présentation du futur festival Lumière, un spectateur exprima avec humour sa déception face à la programmation : «70 films en cinq jours, je n’aurai pas le temps de tout voir…» En effet, si on pouvait craindre, après l’été, un petit reflux quantitatif par rapport à ce qui fut d’abord annoncé, son dévoilement la semaine dernière a rassuré tout le monde : la liste des films à voir est aussi riche que variée. Aux titres déjà annoncés dans nos colonnes la semaine dernière, il faut ajouter le ciné-concert à l’Épicerie Moderne autour du Président de Dreyer, qu’assurera l’excellent Olivier Mellano, dont on avait applaudi en début d’année la relecture musicale du Duel de Spielberg ; dans la catégorie ressorties en copies neuves, Senso de Visconti, La Bandera de Duvivier, Les Visiteurs du soir de Carné, Brigadoon de Minelli et le film collectif Loin du Vietnam ; et les films de Eastwood qui accompagneront son Prix Lumière. Une judicieuse sélection loin d’être exhaustive qui pioche dans toutes les époques de sa carrière, des méconnus Breezy et Bronco Billy à la trilogie qui l’imposa comme un cinéaste majeur (Impitoyable, Un monde parfait et Sur la route de Madiso

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Lumière dans les villes

ECRANS | C’est le grand enjeu de la rentrée cinéma lyonnaise : un festival aux moyens conséquents, s’attaquant à un continent gigantesque de la cinéphilie (le cinéma de patrimoine), mêlant invités prestigieux et programmation pointue et investissant le territoire lyonnais et sa périphérie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 28 août 2009

Lumière dans les villes

Petit à petit, le festival Lumière prend forme. Rappel pour ceux qui sont partis prématurément en vacances : sous l’égide du Grand Lyon (la communauté de communes lyonnaise) et de l’Institut Lumière (avec à sa tête Thierry Frémaux, par ailleurs délégué général du Festival de Cannes), cette nouvelle manifestation cherche à mettre en «lumière» le cinéma de patrimoine, autrement dit le «cinéma d’avant», que ce soit celui d’hier, d’avant-hier ou d’il y a déjà un siècle. Un vaste territoire cinéphile, donc, pour un tout aussi vaste territoire géographique à investir, de la Presqu’île jusqu’aux Monts-d’or. Pas de compétition, ni de jury dans ce qui est avant tout une joyeuse vitrine cherchant à arrêter le temps du cinéma (et sa frénésie de nouveautés) autant qu’à le remonter. Moment central du festival, le Prix Lumière sera décerné à un cinéaste vivant dont l’œuvre a participé au rayonnement de l’art cinématographique. C’est Clint Eastwood qui inaugurera la distinction en personne, lui l’ultime et flamboyant représentant du cinéma classique américain. Son dernier film, Gran Torino, un des meilleurs de 2009, vient à lui seul justifier largement ce choix, tant Eastwood s’y livre à une b

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Lumière en clair obscur

ECRANS | Le futur festival Lumière 2009 a dévoilé ses grandes lignes et son principe. Mais il faudra encore attendre pour connaître le détail de sa programmation… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 26 juin 2009

Lumière en clair obscur

L’Institut Lumière, Thierry Frémaux et Maëlle Arnaud en tête, se lance dans le pari hautement louable d’un grand festival consacré au cinéma de patrimoine. Baptisé Lumière, il se déroulera du 13 au 18 octobre. Explosée le soir dans 37 salles du Grand Lyon (entité administrative métamorphosée pendant six jours en réalité culturelle), articulée autour d’un poumon central permanent (Institut Lumière, CNP Terreaux, Comœdia, Pathé Bellecour), encadrée par des séances événement dans des lieux massifs (l’Amphi 3000, la Halle Tony Garnier), la manifestation apparaît cohérente dans son concept comme dans son organisation. Elle répond surtout à une réalité publique et professionnelle : en ces temps de progressisme trafiqué et de consommation frénétique de n’importe quoi tant que c’est nouveau, coco ! spectateurs, critiques, cinéastes, distributeurs et exploitants sentent le besoin de se retourner sur l’Histoire du cinéma pour y tracer des perspectives pertinentes pour le présent et renouer du lien au-delà la simple projection. Le succès de certaines reprises et le développement d’initiatives locales (la Ciné-collection du GRAC, le cycle 70’s du Comœdia, la naissance de l’Étrange festival)

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«Je fais ce que j’ai envie de faire»

ECRANS | Livre / Dans un recueil d’entretiens avec Michael Henry Wilson, Eastwood acceptait comme jamais d’évoquer son travail de cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

«Je fais ce que j’ai envie de faire»

Peu loquace en interview, généralement réticent à parler du contenu de ses films, Clint Eastwood a fait de sa parole de cinéaste une denrée rare. C’est ce qui rend le recueil d’entretiens réalisés sur plus de vingt ans par Michael Henry Wilson, co-réalisateur des docus de Scorsese sur le cinéma américain, aussi précieux. Wilson aborde Eastwood en cours de carrière, peu de temps après la sortie de Sudden impact. Il le rencontrera ensuite régulièrement à chaque sortie de films (évitant judicieusement les rares faux-pas de sa filmographie) et même au début de son éphémère carrière politique. Au fil des discussions, le mystère Eastwood se dissipe. Ses thèmes d’abord, à commencer par le rejet des institutions bureaucratiques qui brident la liberté individuelle. Une idée qui effectivement relie les Inspecteur Harry à Mémoires de nos pères, les films «d’auteur» aux films de genre. La méthode ensuite : Eastwood ne signe pas ses scénarios, mais les prépare méticuleusement. Soit il fait réécrire avant de tourner, soit il réécrit pendant. Quand un scénario lui plaît, il le filme tel quel (comme celui de Million dollar baby) ; il peut même dans la foulée

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Gran Torino

ECRANS | Avec "Gran Torino", Clint Eastwood, devant et derrière la caméra, réalise un de ses meilleurs films, drôle et provocateur, émouvant et mélancolique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

Gran Torino

Walt Kowalski vient d’enterrer sa femme et s’apprête à retourner à une fin de vie routinière. Ancien de la guerre de Corée, le voilà entouré de ses «ennemis» d’hier dans un ghetto dont il ne veut pas bouger, peinard avec ses bières, sa chienne et la Gran Torino 72 qu’il a contribué à assembler lorsqu’il était ouvrier chez Ford. Kowalski est un bout d’Amérique échoué, qui marine dans son aigreur, ses préjugés raciaux et sa haine des générations suivantes en poussant des grognements de clebs à qui l’on tenterait de voler son os. Kowalski, c’est Clint Eastwood, de retour devant la caméra quatre ans après Million dollar baby, qu’il avait pourtant présenté comme son dernier rôle. Mais l’occasion était trop belle de remettre la défroque du comédien… Ce personnage est taillé sur mesure pour l’acteur devenu un mythe nourri de fulgurances et d’ambiguïtés. Kowalski synthétise sans tapage tout cela : les justiciers aux méthodes contestables, les éducateurs guerriers cherchant à transmettre leurs valeurs, les ratés vieillissants et torturés. Avec un seul objectif : être en paix avec lui-même au jugement dernier. John Wayne de proximité Depuis l’ex

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L’Échange

ECRANS | Le maître Eastwood aurait-il visé trop haut ? Complexe et bancal, L’Échange multiplie les lignes narratives et finit par brouiller son discours. Petite déception. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

L’Échange

On n’en voudra pas à Clint Eastwood, après avoir enchaîné des films aussi énormes que Mystic River, Million Dollar Baby et le diptyque Iwo Jima, de marquer le pas avec cet Échange bancal. Cela étant, le film ne se dégage pas d’un revers de coude et s’il rate sa cible, c’est plus par excès d’ambition que par manque d’inspiration. Car la mise en scène est là, classique, épurée, au service d’un scénario complexe à l’argument poignant : à Los Angeles dans les années 20, Christine Collins découvre que son fils a été enlevé. Après plusieurs semaines d’enquête, la Police lui apprend que son enfant est vivant. Mais lors des retrouvailles sur un quai de gare, c’est un autre gamin qui lui est restitué. Le shérif refuse d’entendre ses protestations, cherchant par cette action d’éclat à redorer un blason terni par les accusations de corruption portées par un pasteur influent. Toute cette introduction est remarquable : Eastwood montre un état qui fabrique un mensonge et met en œuvre une machine bureaucratique où des experts s’unissent pour plier la réalité à cette fiction. Impossible de ne pas penser, même si c’est une facilité, à la manière dont l’adminis

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Mémoires de nos pères

ECRANS | Réflexion dialectique sur l'héroïsme, film de guerre humaniste et messe lugubre à un temps qui s'éteint : Clint Eastwood signe un nouveau classique instantané. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 8 novembre 2006

Mémoires de nos pères

D'abord le titre : Mémoires de nos pères dit de manière pléonastique le titre français, soulignant une constance des derniers films de Clint Eastwood, célébration sans nostalgie d'un passé tout sauf idyllique perdu dans les vapeurs amères d'un présent pétrifié. Drapeaux de nos pères, dit le titre américain, renvoyant plus directement au cœur du film : six soldats dressant une bannière américaine sur la colline d'Iwo Jima à la mi-temps d'une bataille sanglante où est censé se jouer le résultat de la deuxième guerre mondiale. Deux photographes passent et immortalisent le moment, qui se transformera en symbole d'une Amérique victorieuse ou bientôt victorieuse («nous gagnons ou nous allons gagner», George W. Bush, 25 octobre 2006). Pour appuyer la propagande, on fait revenir au pays les trois survivants de la photo et on organise pour eux une tournée afin de récolter des fonds pour continuer à armer ceux qui sont restés là-bas. Trois soldats ordinaires progressivement rattrapés par la culpabilité d'être là, traités en héros alors que tant d'autres meurent dans l'indifférence sur le front. Héros malgré tout Construit en flashbacks entre ce

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