Lucky Luke

ECRANS | De James Huth (Fr, 1h44) avec Jean Dujardin, Michael Youn, Melvil Poupaud, Alexandra Lamy…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 octobre 2009

Seule l'Italie a su déterritorialiser le western en préférant le baroque au respect des traditions. Mais on se souviendra que ces relectures transalpines ont aussi méchamment viré à la parodie : ce fût l'heure de gloire des Trinita avec Terence Hill. Ce dernier, justement, signait en 1991 une première adaptation de Lucky Luke. Si James Huth et Dujardin font mine de l'avoir oublié, leur horizon est pourtant semblable. Rien à attendre donc de cette nouvelle version. Par vague fidélité au matériau d'origine, le film ressert une soupe parodique indigeste, hystérique et lourdingue. Acteurs en roue libre, récit chaotique aux enjeux flous, seule la mise en scène dévoile quelques fulgurances. Entre Jan Kounen et Jean-Marie Poiré, ce Lucky Luke tient de l'ovni volant à très basse altitude.

JD

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La rouée vers l’Ouest : "Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary" de Rémi Chayé

Animation — dès 6 ans | Une évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes.

Vincent Raymond | Mercredi 14 octobre 2020

La rouée vers l’Ouest :

Tolérée dans un convoi de pionniers rigoristes, la famille Cannary fait désordre. Quand le père malchanceux se blesse, sa fille Martha Jane choque en prenant les rênes, puis en s’habillant en garçon. Injustement accusée d’un vol, la pré-ado rebelle quitte cette horrible compagnie et part à l’aventure… Cette évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes/féminines, est moins une biographie qu’une chronique de cette époque de toutes les fortunes ou l’occasion d’en revisiter les codes : caravanes, ville-champignon avec saloon, régiment de cavalerie, trappeurs, mine d’or, aiglefins, Indiens… C’est un concentré du mythe fondateur de l’Amérique que Chayé nous offre, avec en sus cet art poétique de la couleur n’appartenant qu’à lui, et dont on avait pu profiter dans Tout en haut du monde. Ses jeux d’aplats et son flat design créent, étonnamment, une grande profondeur à ses images. Plus haute distinction pour un long-métrage au Festival d’Annecy, le Cristal qu’il a décroché est largement mérité.

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Peau d’âme : "Le Daim"

Le Film de la Semaine | Revenant de quelques infortunes artistiques, Jean Dujardin se prend une belle veste (au sens propre) taillée sur mesure par Quentin Dupieux en campant un monomaniaque du cuir suédé. Un conte étrange et intriguant totalement à sa place à la Quinzaine des Réalisateurs.

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Peau d’âme :

Ça a tout l’air d’une tocade, et pourtant… Georges, 44 ans, a tout quitté pour acheter une fortune la veste en daim de ses rêves, au fin fond d’une région montagneuse. Ainsi vêtu, il se sent habité par une force nouvelle et se lance dans un projet fou, aidé par Denise, la barmaid du coin… Propice aux films de zombies (plus nombreux que des doigts sur un moignon de mort-vivant), l’année serait-elle aussi favorable aux récits de fringues maudites ? Après In Fabric de Peter Strickland (la déclinaison sur-diabolique de La Robe de Van Warmerdam vue notamment au festival Hallucinations Collectives), Le Daim renoue avec cette vieille tradition héritée de la mythologie où l’habit influe sur l’humeur ou la santé de celui qui le porte. À l’instar de la tunique de Nessus fatale à Hercule, ou de la tiare d’Oribal pour les lecteurs d’Alix, le blouson ocre va conditionner Georges, le menant à supprimer ses semblables — comprenez ceux du porteur de daim ainsi que tous les autres blousons du monde. Vaste programme, aurait pu dire de Gaulle.

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Vies, modes d’emploi : "Les Grands Squelettes"

Drame | De Philippe Ramos (Fr, 1h10) avec Melvil Poupaud, Denis Lavant, Anne Azoulay…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Vies, modes d’emploi :

Une heure dans la vie de passants ; une heure parmi leurs pensées, leurs désirs, leurs amours, leurs douleurs. Une heure empruntée à chacune et chacun, figée dans le grand manège de la journée et du monde… Impossible de ne pas penser d’entrée à La Jetée (1962) de Chris Marker, référence obligée lorsqu’un cinéaste s’aventure dans un film à narration photographique. Au-delà de la performance ou du gadget, la forme doit servir le fond et c’est bien entendu le cas ici — au reste, Philippe Ramos avait déjà montré son appétence pour les tableaux fixes dans l’excellent Fou d’amour. En saisissant au vol des individus lambda, en s’immisçant dans leur course ordinaire, il réalise des instantanés de leur vie, au plus intime de leur psyché et de leur affect. L’interruption de leurs mouvements rend leur voix plus audible et l’oreille plus captive aux inflexions ténues de leurs confessions : ce qu’ils se disent à part soi, ils ne le confieraient sans doute pas à des tiers. Tout juste long-métrage,

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La voix est libre : "Grâce à Dieu"

Le Film de la Semaine | D’une affaire sordide saignant encore l’actualité de ses blessures, Ozon tire l’un de ses films les plus sobres et justes, explorant la douleur comme le mal sous des jours inattendus. Réalisation au cordeau, interprétation à l’avenant. En compétition à la Berlinale 2019.

Vincent Raymond | Lundi 11 février 2019

La voix est libre :

Lyon, années 2010. Fervent chrétien de quarante ans, Alexandre découvre qu’un prêtre ayant abusé de lui lorsqu’il était jeune scout est encore au contact de mineurs. Il saisit donc la hiérarchie épiscopale et Mgr Barbarin afin que le religieux soit écarté. Un long combat contre l’hypocrisie, l’inertie et le secret s’engage, révélant publiquement un scandale moral de plusieurs décennies… Il faut en général une raison impérieuse pour qu’un cinéaste inscrive à sa filmographie une œuvre résonant avec l’Histoire immédiate. Surtout si l’originalité de son style, sa fantaisie naturelle et ses inspirations coutumières ont peu à voir avec la rigueur d’une thématique politique, sociétale ou judiciaire. De même que Guédiguian avait fait abstraction de son cosmos marseillais pour Le Promeneur du Champ de Mars, François Ozon pose son bagage onirique pour affronter un comportement pervers non imaginaire dans un film filant comme une évidence de la première image du trauma à la révélation. A-t-on déjà vu en France pareille écriture scénaristique, à la fois méthodique et

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Melvil Poupaud : « j’ai toujours visé le long terme plutôt que le succès immédiat »

Grâce à Dieu | Dans le film d’Ozon, il incarne celui grâce auquel le scandale éclate enfin. Riche d’une carrière de plus de trente ans dans le cinéma (mais pas seulement), Melvil Poupaud enchaîne les partitions exigeantes et variées sans jamais se diluer. Conversation avec un comédien si précieux qu’il en devient indispensable…

Vincent Raymond | Lundi 11 février 2019

Melvil Poupaud : « j’ai toujours visé le long terme plutôt que le succès immédiat »

Dans Grâce à Dieu, François Ozon a fait appel à vous pour la troisième fois. À chaque fois, c’est dans ses drames les plus réalistes. Est-ce le fait du hasard, ou bien discutez-vous ensemble de la manière dont il vous emploie ? Melvil Poupaud : Je ne sais pas, je serais effectivement curieux de savoir pourquoi il pense à moi pour des rôles toujours assez dramatiques. Dans ma carrière, je n’ai pas fait énormément de franches comédies — plutôt des comédies romantiques. Peut-être qu’il sent en moi un potentiel de tragédien. Mais je ne peux pas me plaindre : ce sont des rôles qui ont toujours marqué. Le Refuge était plus petit, mais Le Temps qui reste ou celui-ci marquent ma filmographie et mon expérience d’acteur. Je ne vais pas lui demander de changer de registre (sourire), ça me réussit plutôt pas mal. À tous les deux, d’ailleurs. Votre liberté dans le cinéma français est très singulière : vous épousez des rôles forts (prêtre suborneur chez Ramos, victime combative chez Ozon, personne intergenre en quête d’identité chez Nola

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Jeunesse qui rouille fait l’andouille : "Une jeunesse dorée"

Autobiopic | De Eva Ionesco (Fr-Bel, 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

 Jeunesse qui rouille fait l’andouille :

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune — tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, l

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Faible fable : "I Feel Good" de Benoît Delépine & Gustave Kervern

Bad Trip | de Benoît Delépine & Gustave Kervern (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jean-Benoît Ugeux…

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Faible fable :

Partisan du libéralisme et du moindre effort depuis sa naissance, Jacques est aussi convaincu qu’il aura un jour l’idée qui le fera milliardaire. C’est pourtant en peignoir qu’il débarque chez sa sœur Monique, à la tête d’une communauté Emmaüs. Fauché comme les blés, mais avec une idée… Les Grolandais ont fait suffisamment de bien au cinéma ces dernières années pour qu’on ne leur tienne pas rigueur de cet écart, que l’on mettra sous le compte de l’émotion suscitée par la disparition prématurée de leur président Salengro le 30 mars dernier. Le fait est que la greffe Dujardin ne prend pas chez eux, même si son personnage est censé porter des valeurs totalement étrangères à leur cosmos habituel. Sans doute s’agit-il de deux formes d’humour non miscibles, faites pour trinquer hors plateau, pas forcément pour s’entendre devant la caméra. I Feel Good se trouve aussi asphyxié par son manque d’espace(s). Baroque et hétéroclite, le décor de la communauté est certes inspirant, avec ses trognes explicites et son potentiel architectural (hélas sous

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L’art de miser sur le bon cheval : "Le Poulain"

Politique-fiction | de Mathieu Sapin (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield, Gilles Cohen…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

L’art de miser sur le bon cheval :

Étudiant surdiplômé, Arnaud se retrouve fortuitement embauché comme assistant d’une directrice de campagne électorale à l’approche de la Présidentielle. À ses côtés, il va découvrir la réalité d’un métier où l’image compte davantage que les mots, et les opportunités que les convictions… Cela ne pouvait finir autrement. À force de se frotter à la sphère politique (pour ses reportages dessinés en immersion lors de la présidentielle 2012 ou dans les coulisses élyséennes) ; à force de frayer avec Gérard Depardieu, des exploitants (le documentaire Macadam Popcorn) mais aussi des confrères illustrateurs ayant déjà franchi le pas (Joann Sfar, Riad Sattouf…), Mathieu Sapin était forcé de passer à la réalisation. Et d’aborder la chose politique par la voie intérieure. Voyage d’un candide apprenant à nager dans un marigot de requins, cette fable documentée ne prétend pas brosser un portrait fidèle d

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Moi, en pas mieux : "La Belle et la Belle"

Encore ? | de Sophie Fillières (Fr, 1h35) avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Moi, en pas mieux :

Quand Margaux, 20 ans, rencontre Margaux, 45 ans… Chacune est l’autre à un âge différent de la vie. La surprise passée, l’aînée paumée tente de guider la cadette en l’empêchant de commettre les mêmes erreurs qu’elle. Mais qui va corriger l’existence de qui ? À l’instar de nombreux “films du milieu” tels que Camille redouble, ou Aïe de la même Sophie Fillières, il flotte dans La Belle et la Belle comme une tentation du fantastique — mais un fantastique un brin bourgeois, qui ne voudrait pas (trop) y toucher ; admettant sagement les faits disruptifs et restant à plat, en surface, sans déranger le moindre objet. Un effet de style ? Plutôt l’incapacité à créer une ambiance par la mise en scène, puisqu’ici tout se vaut. Vous qui entrez dans ce film, ne redoutez pas les atmosphères à la Ruiz, de Oliveira ou des Larrieu ; ne redoutez rien, d’ailleurs, si ce n’est le mol écoulement du temps. On a coutume de qualifier ces comédies d’auteur redondantes tournées dans des catalogues Ikéa à poutres

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À la petite semaine : "7 jours pas plus" de Héctor Cabello Reyes

Du sur mesure pour Benoît Poelvoorde | de Héctor Cabello Reyes (Fr, 1h31) avec Benoît Poelvoorde, Alexandra Lamy, Pitobash…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

À la petite semaine :

Quincailler pointilleux attaché à ses habitudes de célibataire, Pierre se trouve contraint d’héberger un Indien dépouillé de ses biens et papiers, le temps qu’il parvienne à contacter sa famille. Pierre lui a donné sept jours, pas plus. Et c’est déjà énorme pour lui… Pour sa première réalisation, Héctor Cabello Reyes signe le remake de El Chino (2012), comédie sud-américaine ayant connu son petit succès en salles — troquant par le jeu de la transposition, le massif Ricardo Darín contre l’explosif Poelvoorde et le Chinois contre un Indien. Commun outre-Atlantique, où les films étrangers sont rarement vus (et recherchés), ce type d’adaptation reste marginal dans l’Hexagone, gouverné par la tradition de l’auteur. Mais quel est ici l’auteur réel ? Le cinéaste ayant flairé un matériau adéquat pour Poelvoorde mais qui se borne à une réalisation utilitaire théâtralisante, ou bien le comédien déployant impeccablement ses gammes de l’hystérie à l’émotion, dans un emploi sur mesure, comme jadis de Funès, Fernandel ou le Gabin tar

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"Nos Patriotes" de Gabriel Le Bomin : le soldat noir

ECRANS | Que la guerre, en tant que concept, travaille Gabriel Le Bomin est compréhensible ; c’est surtout une évidence. Depuis son court-métrage Le Puits (2001), il (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Que la guerre, en tant que concept, travaille Gabriel Le Bomin est compréhensible ; c’est surtout une évidence. Depuis son court-métrage Le Puits (2001), il a exploré la majeure partie des champs de bataille français du XXe siècle, de manière documentaire ou fictionnelle ; traditionnelle ou plus expérimentale — voir son premier long Les Fragments d’Antonin (2006). Avoir à ce point fait le tour de la question devrait à tout le moins l’inciter à quelques audaces ; où diable sont-elles dans Nos Patriotes ? Adaptant ici Le Terroriste Noir de Tierno Monénembo, il raconte l’histoire authentique d’Addi Ba, tirailleur sénégalais caché par des villageois des Vosges, devenu l’une des pièces maîtresses d’un maquis de la région, avant d’être arrêté et exécuté. S’il faut bien sûr reconnaître au cinéaste le mérite d’illustrer un chapitre longtemps occulté de l’histoire officielle, quel dommage qu’il ait souscrit à une forme aussi policée, accumulant tant de facilités et de conventions : pers

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Claude Lelouch : « je crois à l’incroyable fertilité du chaos »

4 questions à... | Claude Lelouch n’en a pas fini avec l’envie de filmer. Et ce n’est pas parce qu’il tourne autour des Hospices qu’il songe à l’hospice : son truc à lui, ce serait plutôt les bons auspices…

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Claude Lelouch : « je crois à l’incroyable fertilité du chaos »

Comment avez-vous repéré les talents d’acteur de Me Dupond-Moretti ? Claude Lelouch : C’est mon métier, je ne sais rien faire d’autre (sourire). C’est quelqu’un que j’ai admiré. J’avais l’impression de voir Lino Ventura : ce type a une force incroyable ! Si je pouvais la conserver derrière une caméra, ce serait génial. Je l’ai rencontré par un copain, on a sympathisé et il m’a invité à une audience. Sa plaidoirie a duré 1h30, le temps d’un long-métrage. J’ai regardé tous les gens qui jugeaient l’accusé et je me suis dit que c’était eux qu’il fallait juger : l’avocat général qui réclame la perpétuité, le président qui se prend pour Dieu, les gens dans la salle qui viennent pour déguster le malheur des autres, les jurés… J’ai imaginé que tous avaient des casseroles : on a tous les qualités de nos défauts, on a tous des jardins secrets. Est-ce la vie qui vous donne l’envie de faire du cinéma, ou bien le cinéma qui vous donne le plaisir de la vie ? Je vie une double histoire d’amour avec le cinéma et la vie. L’un renforce l’autre, ils sont complémentaires. La vie est le plus grand

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"L’Embarras du choix" : ou pas…

ECRANS | Maladivement incapable de choisir, Juliette s’embarque dans une double relation avec deux hommes apparemment parfaits. Chacun lui proposant de (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Maladivement incapable de choisir, Juliette s’embarque dans une double relation avec deux hommes apparemment parfaits. Chacun lui proposant de l’épouser, elle va devoir trancher… À Alexandra Lamy, il sera toujours beaucoup pardonné : l’actrice se montre en toute circonstance d’un indéfectible enthousiasme et d’une absolue sincérité. Cette générosité naturelle lui fait hélas du tort lorsqu’elle s’embringue dans des films hâtivement bâclés tel que celui-ci, précipitamment torché par Éric Lavaine, un an à peine après leur précédente collaboration — le plutôt aimable Retour chez ma mère. Ce n’est point tant la prévisibilité de l’intrigue qui pêche (on se doute bien, que dans une comédie romantique, la dame finit avec au moins un des deux messieurs), mais plus l’écriture en gruyère moisi, à base de trous scénaristiques — des manques qui n’ont rien à voir avec des ellipses — et d’excroissances inutiles (mais pourquoi ce caméo Franck Dubosc ?).

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"Victoria" : Perdita

ECRANS | de Justine Triet (Fr, 1h36) avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mercredi 14 septembre 2016

Une avocate mère célibataire blonde vivant dans une tour, héberge un ancien dealer qu’elle emploie comme nounou, plaide au tribunal avec un chien et un singe… Vous en voulez encore pour faire une comédie française branchouille ? Alors, faites infuser avec une distribution ébouriffante d’originalité : Virginie Efira (“tellement à contre-emploi”, comme à chaque film, alors qu’elle choisit toujours des rôles de mère/femme dépassée demeurant malgré tout impeccable et pimpante), Vincent Lacoste (“tellement avec des lunettes”) et Melvil Poupaud (“tellement revenu en grâce”). On sent bien que Justine Triet lorgne du côté de la comédie cukoro-capro-hawksienne, mais elle n’a pas l’équipage adapté, ni les trépidations du scénario pour rivaliser avec les cavalcades de Cary Grant ou Katharine Hepburn. Factice et convenu, Victoria bénéficie de rares bouffées détonantes grâce au personnage de l’ancien compagnon de l’héroïne, un écrivain pervers lymphatique joué par Laurent Poitrenaux vampirisant dans ses romans la vie de son ex. Pas de quoi s’étra

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"Retour chez ma mère" : un double portrait de femmes réussi

ECRANS | Un film de Éric Lavaine (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Josiane Balasko, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Auteur du très injustement mésestimé Protéger et Servir (comme du moins mémorable Barbecue), Éric Lavaine adore adapter au format de la comédie des sujets de société ne prêtant pas forcément à rire. Se saisissant des désarrois de la “génération boomerang” humiliée par un retour subit et subi chez môman, il signe un double portrait de femmes d’autant plus réussi qu’il est dépourvu de vulgarité, ce saprophyte du rire ordinaire. Malgré les apparences, la mère n’y est pas qu’une mamie poussiéreuse dépassée par la modernité ; elle possède son petit tempérament — sans surprise, Josiane Balasko se montre parfaite pour jouer sur les deux registres. Quant à Alexandra Lamy en fille déprimée, elle se ferait presque manger par sa sœur à l’écran, Mathilde Seigner : en peau de vache, la seconde retrouve enfin de la subtilité dans son interprétation et redevient attachante. Certes, la presque trop grande efficacité du dialogue, aux répliques sur-ciselées façon Francis Veber, donne à l’ensemble des allures de succès des planches transposé devant la caméra. Ma

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Fou d’amour

ECRANS | ​Récemment muté dans un petit village, un curé charmeur et beau parleur fait perdre la tête à ses paroissiennes. La sienne finira par rouler au fond d’un panier... Justement récompensé au Festival des Films du Monde de Montréal, le nouveau Philippe Ramos évoque, sans le plagier, l’esprit de Luis Buñuel.

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Fou d’amour

Quel dommage que Philippe Ramos soit à ce point rare et discret, voire sauvage ! Car à chaque fois qu’il s’empare d’un sujet, c’est pour soumettre une réelle proposition de cinéma, légitimant le recours à la caméra (tous les réalisateurs ne peuvent pas, hélas, en dire autant). Abordant des thèmes en apparence asséchés — Moby Dick dans Capitaine Achab (2007) ou la Pucelle d’Orléans dans Jeanne Captive (2011) — le cinéaste parvient à créer du spectaculaire dans l’infime ou l’intime. Même heureux constat ici, avec ce fait divers qu’il situe dans les années cinquante : un curé succombant aux beauté terrestres, séduit et met enceinte une jeune aveugle avant de l’assassiner. Loin de se contenter d’une adaptation historique plate, Ramos dégage l’essence trouble et mystique de ce drame complexe, faisant du prêtre (ou plutôt de sa tête décapitée) le narrateur du film. Une sacrée provocation, puisque le suborneur se trouve en position de plaider des circonstances atténuantes : il passe presque pour victime de ne pas avoir pu donner librement l’amour dont il était sincèrement empli. La culpabilité étant, à mots couverts, volonti

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Fidélio, l’odyssée d’Alice

ECRANS | "Une fille dans chaque port" : c’est une devise des marins, et elle en dit long sur l’univers hautement viril qui règne au sein des équipages. Fidélio, (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Fidélio, l’odyssée d’Alice

"Une fille dans chaque port" : c’est une devise des marins, et elle en dit long sur l’univers hautement viril qui règne au sein des équipages. Fidélio, premier long de Lucie Borleteau, vient mettre un bon coup de girl power dans ce petit monde, en propulsant la trentenaire Alice sur un cargo pour une mission de trois mois en tant que mécanicienne. À terre, elle a laissé son copain Felix — Anders Danielsen Lie, le héros d’Oslo 31 août ; à bord, elle retrouve son grand amour, Gaël, capitaine du Fidélio — Melvil Poupaud. Le féminisme du film n’a pourtant rien d’un chemin de roses : Alice doit d’abord s’imposer face à des marins en manque, pensant trouver en elle une proie facile. Sa stratégie est double : d’un côté, marquer ses distances, de l’autre, jouer d’égale à égaux, quitte à accepter certaines coutumes très masculines — un boy black "offert" pour son anniversaire au cours d’une escale. Vient aussi se greffer le souvenir du mécanicien précédent, mort dans des circonstances troubles, dont le journal intime révèle ses failles affecti

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De toutes nos forces

ECRANS | De Nils Tavernier (Fr, 1h30) avec Jacques Gamblin, Alexandra Lamy…

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

De toutes nos forces

Attention, recrudescence de téléfilms sur grand écran en ce début de saison ! À ce titre, le film de Nils Tavernier — fils de Bertrand, qui donne ici une furieuse et imprévue modernité au cinéma de son père — est quasi-imbattable. Les bons sentiments, les rebondissements téléphonés, la platitude visuelle et les dialogues surannés renvoient impitoyablement à la plus mauvaise des télévisions, et le scénario se contente de recycler les schémas éculés du mélodrame sportif. À ceci près que le héros est handicapé physique et qu’il va convaincre son père — Jacques Gamblin, à la filmographie longtemps irréprochable, et qui commence à enchaîner les faux-pas — de courir à nouveau un triathlon mythique, en tandem cette fois. Cette originalité-là consignée, rien ne différencie De toutes nos forces de n’importe quel Rocky, où doute, culpabilité, élan, effort, découragement et dépassement de soi se succèdent selon une construction archi-prévisible, avec les inévitables brouilles et réconciliations familiales en sauce froide mélodramatique. Christophe Chabert

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Le Loup de Wall Street

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

Le Loup de Wall Street

«Greed is good». C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur — grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée — attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré les leçons du passé… L’important, ma

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Möbius

ECRANS | D’Éric Rochant (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Cécile De France, Tim Roth…

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Möbius

La carrière d’Éric Rochant restera comme un énorme crash ; ce Möbius, qui devait sonner son grand retour après un exil télévisuel du côté de Canal +, ressemble au contraire à un terrible chant du cygne. Revenant au film d’espionnage (qui lui avait permis d’être à son meilleur au moment des Patriotes), Rochant se contente d’en offrir une lecture approximative et purement illustrative. Qu’a-t-il à dire sur la mondialisation des échanges financiers et sur son corollaire, la nécessaire coopération des services secrets pour en endiguer les fraudes ? Rien. Se concentre-t-il alors sur un divertissement ludique où les frontières de la manipulation resteront floues jusqu’à la conclusion ? Même pas, Möbius étant plus confus que virtuose dans son écriture et se contentant souvent d’aligner mollement les plans plutôt que de mettre en scène les séquences. Que reste-t-il ? Une histoire d’amour entre Cécile De France (très moyenne) et Jean Dujardin (qui s’en tire déjà mieux) aux dialogues impossibles (ah ! les «bras concrets»…), à l’érotisme grotesque et à la crédibilité très limite (la fin, notamment, est dure à avaler). Le gâchis est total et l’espoir de v

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J'enrage de son absence

ECRANS | De Sandrine Bonnaire (France, 1h38) avec William Hurt, Alexandra Lamy, Jalil Mehenni...

Jerôme Dittmar | Jeudi 25 octobre 2012

J'enrage de son absence

Deuxième réalisation de Sandrine Bonnaire après un premier docu sur sa soeur autiste, J'enrage de son absence prouve, encore, que les films d'acteurs font rarement des miracles. Histoire d'un deuil impossible : traumatisé par la mort de leur enfant, un homme hante la vie recomposée de son ex pour nouer une relation maladive avec son fils, cette nouvelle incursion dans la folie part pourtant sur de bonnes intentions. Consciente de devoir faire cinéma, Bonnaire aimerait filmer d'abord les corps et l'espace. Problème : ce qui avait tout pour devenir un Dark Water français se voit sans cesse rattrapé par la psychologie et son incapacité à pousser les choses dans une étrangeté plus radicale et surtout formelle. Le film s'enlise alors, suivant l'enfermement d'un William Hurt poussif dans une cave d'immeuble dont Bonnaire ne sait plus que faire, sinon un bon gros symbole. Le sens s'y retrouve étouffé, exsangue devant ce désir bizarre de rendre la peine de l'autre indiscutable. Jérôme Dittmar

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Laurence anyways

ECRANS | Bonne nouvelle : Xavier Dolan fait sa mue et commence à devenir le cinéaste qu’il prétend être. Si Laurence anyways est encore plein de scories, d’arrogances et de références mal digérées, on y trouve enfin de vraies visions de cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 juillet 2012

Laurence anyways

Jusqu’ici, on avait du mal à excuser le côté tête à claques de Xavier Dolan, sinon par la fougue de sa jeunesse (il n’a que 23 ans et signe déjà son troisième film). S’imaginant à la fois comme un esthète et un penseur, il enfilait les clichés comme des perles et surfilmait ses maigres fictions, n’en révélant finalement que la profonde vacuité. La première heure de Laurence anyways montre Dolan tel qu’en lui-même. Pour raconter la décision de Laurence Alia (Melvil Poupaud, deuxième choix du réalisateur après la défection de Louis Garrel, une bonne chose à l’arrivée) de devenir une femme au grand désarroi de son amie Fred (Suzanne Clément, parfaite), il sort l’artillerie lourde : citations littéraires et références cinématographiques, hystérie pour figurer les rapports amoureux, ralentis chichiteux pour souligner les émotions et une barrique de tubes 80’s afin de coller avec l’époque du récit… C’est très simple : on se croirait face à un vieil Adrian Lyne ! Le clou étant cette fête costumée sur l’air de Fade to grey, où Dolan pousse son goût du vidéoclip kitsch jusqu’à son point de non retour. Désordre(s) Alors qu’on s’apprêtait à ferme

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Possessions

ECRANS | Pour son troisième film, Éric Guirado s’inspire de l’affaire Flactif pour explorer, à travers une mise en scène passant sans cesse du chaud au froid et un quatuor d’acteurs excellents, le fossé grandissant entre les possédants et les dépossédés. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 1 mars 2012

Possessions

L’affaire Flactif (ou affaire du Grand Bornand) avait marqué la France : un couple de prolos du nord avait assassiné puis tenté de faire disparaître les corps d’une famille, dont les époux étaient aussi leurs propriétaires. Qu’on le prenne par tous les bouts, le fait-divers disait avec une grande brutalité l’écart béant qui se creusait entre ceux qui ont tout (réussite, argent, maison) et ceux qui doivent leur donner le peu qu’ils ont. Éric Guirado, en transposant librement cette histoire traumatisante, fait lui aussi un grand écart avec l’optimisme réconciliateur du Fils de l’épicier : Possessions est une œuvre au noir, jamais rassurante, et c’est cette obstination à plonger au fond de l’horreur qui en fait le prix. L’or blanc vire au rouge Le couple formé par Jérémie Rénier (gras et lourd : parfait !) et Julie Depardieu (inquiétante de ressentiment contenu) a tout du cliché : lui adepte du tuning, elle braquée sur des images de bonheur superficiel, co

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Les Infidèles

ECRANS | De Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot, Éric Lartigau, Alexandre Courtès, Fred Cavayé (Fr, 1h48) avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Dimanche 26 février 2012

Les Infidèles

Film à sketches dans la tradition des comédies italiennes (Les Monstres, surtout), Les Infidèles s’apprécie en dehors de ce qui en forme la colonne vertébrale : son prologue et son épilogue, qui labourent un humour beauf dont on ne sait trop si Dujardin et Lellouche se moquent ou s’ils le célèbrent. Sans parler des saynètes trash signées Alexandre Courtès, pas très drôles et surtout prétexte à inviter les copains (Canet, Payet…). C’est bel et bien quand de vrais cinéastes s’emparent de certains épisodes que le film s’avère étonnant (et franchement grinçant, dans la lignée du Houllebecq des débuts). Michel Hazanavicius dans La Conscience réussit le segment le plus étrange et dépressif, remarquablement mis en scène avec un Dujardin que le réalisateur utilise comme un stradivarius, développant un comique de l’embarras proche des OSS 117. Emmanuelle Bercot s’offre son Eyes wide shut avec le même Dujardin et sa compagne Alexandra Lamy, un peu appuyé mais là enc

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The Artist

ECRANS | Hommage déférent et fétichiste au cinéma muet hollywoodien, le nouveau film de Michel Hazanavicius échoue à dépasser son maniérisme pour raconter une histoire forte et attachante, et la fantaisie de départ se transforme en cours de route en ennui. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 octobre 2011

The Artist

The Artist commence par un tour de force très impressionnant : nous regardons un film muet avec dans le rôle de la star Georges Valentin. C’est une comédie un peu inepte, mais le pastiche est réussi. Le rideau se ferme, le cadre s’élargit et l’on découvre les spectateurs du film. Et là, stupeur, leurs applaudissements ne produisent aucun son. Astucieuse mise en abyme qui permet à Michel Hazanavicius de justifier instantanément le postulat arbitraire de The Artist : faire en 2011 un film à la manière des muets hollywoodiens des années 30. La période n’est pas innocente, car il s’agit du moment où le parlant va faire son apparition, balayant ainsi toute une génération de comédiens incapables de s’adapter à cette révolution dans leurs codes de jeu. Si Chantons sous la pluie de Stanley Donen envisageait la chose du point de vue des metteurs en scène, si Sunset boulevard en inspectait les conséquences tardives et névrotiques chez une star persuadée qu’elle pouvait encore faire son come back, The Artist saisit le désa

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Un balcon sur la mer

ECRANS | De Nicole Garcia (Fr, 1h45) avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze…

Christophe Chabert | Lundi 13 décembre 2010

Un balcon sur la mer

Marc, agent immobilier à Aix, voit ressurgir dans sa vie la fille qu’il a aimée enfant dans les rus d’Oran, et avec elle le souvenir de la guerre d’Algérie. "Un balcon sur la mer", c’est un canevas parfait pour que Nicole Garcia déploie son habituel cinéma psychologique à la mise en scène guindée et surdramatisée. Cette fois, elle est allée chercher "Vertigo" à la rescousse, dont elle réagence tous les éléments (la brune / la blonde, le fantôme du souvenir et même le complot, la part la plus faible du film) sans faire surgir aucun mystère, aucun trouble, aucune passion. Seule satisfaction : dans ce cinéma où la légèreté est absolument interdite, Dujardin arrive toutefois à rapatrier un peu de sa sympathie naturelle, et à faire exister un personnage juste et touchant. CC

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Fatal

ECRANS | De et avec Michael Youn (Fr, 1h35) avec Stéphane Rousseau, Fabrice Éboué…

Christophe Chabert | Mercredi 9 juin 2010

Fatal

Fatal, après Coco et Cyprien, traduit le désarroi du cinéma populaire français quand il tente de gonfler un personnage venu de la scène (ici, du clip) sur grand écran. Le film tient plutôt bien dans ses vingt premières minutes, quand Youn accumule faux clips, fausse émission de télé, fausse cérémonie de récompenses musicales et fausses pubs. Il y a un côté Tonnerre sous les tropiques dans cette entrée en matière qui fait du cinéma sans cinéma, raconte une histoire sans écrire de scénario… C’est justement quand Fatal rentre dans les clous du cinéma mainstream que le film se plante magistralement. Youn se contente de reproduire des schémas archi-éculés, les habillant en piquant à droite à gauche (Talladega nights, Zoolander, ou un épisode de South Park, Le Bruit marron). Du coup, Fatal est un gros pâté graduellement insupportable (mention spéciale au passage dans les Alpes, atroce), dont on ne sait plus s’il se moque des clichés qu’il convoque ou s’il les utilise pour séduire la frange la plus beauf du public. CC

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Au fond Dujardin

ECRANS | Portrait / Dans Rio ne répond plus, une séquence montre l’art éclatant de Jean Dujardin quand il s’agit de créer physiquement un personnage de pur burlesque : il traverse une pluie de balles en se tenant légèrement accroupi, avec son bras droit au-dessus de son visage comme seul bouclier.

Christophe Chabert | Lundi 6 avril 2009

Au fond Dujardin

Portrait / Dans Rio ne répond plus, une séquence montre l’art éclatant de Jean Dujardin quand il s’agit de créer physiquement un personnage de pur burlesque : il traverse une pluie de balles en se tenant légèrement accroupi, avec son bras droit au-dessus de son visage comme seul bouclier. On se souvient alors que ce bras était déjà celui qui «cassait» dans Brice de Nice ; à la souplesse du surfeur répond ici la rigidité de l’espion, mais l’efficacité comique est à peu près égale. En France, on voit peu de comédiens capables de tenir un personnage avec cette seule aisance physique, cette prodigieuse manière de faire parler son corps plutôt que sa voix. Dans ce deuxième OSS 117, il est passionnant de voir comment par exemple, avant d’éclater de rire, le visage de Dujardin s’ouvre en une grimace d’inquiétude et de perplexité, sans qu’on sache s’il s’agit de retenir le fou-rire à venir ou s’il y a là une hésitation quant à savoir si ce que dit son interlocuteur est drôle ou non. Dujardin explique qu’entre le premier et le deuxième épisode, «le personnage ne m’a pas quitté pendant trois ans». Et il ajoute : «J’ai l’impression de moins poser que dans le premier où j’étais encore dans la

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OSS 117 : Rio ne répond plus

ECRANS | "Rio ne répond plus", deuxième volet des aventures d’OSS 117 revues et pastichées par Michel Hazanavicius et Jean Dujardin est une réussite étonnante, politiquement féroce et plastiquement remarquable : un pavé dans la mare de la comédie française. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 6 avril 2009

OSS 117 : Rio ne répond plus

Il y a trois ans, OSS 117, Le Caire nid d’espions avait provoqué un mini-séisme. En France, on pouvait donc faire de la comédie avec une réelle ambition, un humour qui n’est pas qu’un recyclage poussif de recettes usées en one-man-show mais véhiculant des idées politiques et critiques gonflées. On attendait, logiquement, la suite des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath, espion des services secrets français et incarnation des pires travers de son pays. Rio ne répond plus est à la hauteur, et même plus, des attentes. Premier coup de génie : l’action s’est transportée douze ans plus tard, en 1967. Les temps ont donc changé, notamment la République Française, la IVe et son emblème René Coty ayant été balayée par la Ve du Général de Gaulle. Mais OSS 117, lui, n’a pas bougé d’un iota. Du point de vue de ses idées, rances et conservatrices, source principale des irruptions comiques du film ; mais physiquement surtout, l’incroyable Jean Dujardin paraît toujours plus lisse, figé dans ses mimiques grotesques et ses sourires factices. La clé du dispositif inventé par Michel Hazanavicius et le scénariste Jean-François Halin est là : OSS 117 est une pure surface travers

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Ricky

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez…

Christophe Chabert | Mercredi 4 février 2009

Ricky

Après le ratage d’Angel, François Ozon revient à un cinéma modeste proche de ses premières œuvres avec ce très curieux Ricky. La première demi-heure est une belle surprise : Ozon s’y frotte au quotidien d’une ouvrière dans une usine de produits chimiques (Alexandra Lamy, tout à fait crédible et assez épatante), mère célibataire nouant une relation avec un autre ouvrier (Sergi Lopez, très bon lui aussi). Le réalisme de cette ouverture ne se dépare pas d’une sècheresse de trait et d’un sens de l’inquiétude qui laissent penser que le cinéaste signe ici son retour en forme et en force. Mais tout cela ne fait que préparer le twist énorme qui est en fait le vrai sujet du film : la naissance d’un bébé ailé, que l’on cache puis que l’on tente maladroitement d’exhiber au monde, avant de le laisser s’envoler comme dans un conte pour enfants. Ozon nous supplie de croire à l’impossible, mais avec des effets spéciaux de téléfilm et des séquences franchement foirées (la scène du supermarché avec ses figurants aux taquets !), c’est beaucoup demander au spectateur. Il est lui-même trop conscient de ce qu’il raconte, notamment des sous-textes évidents charriés par son histoire,

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