Winnipeg mon amour

ECRANS | De Guy Maddin (Canada, 1h19) avec Darcy Fehr, Ann Savage…

Dorotée Aznar | Lundi 19 octobre 2009

Il était une fois un réalisateur complètement hors du temps nommé Guy Maddin. Son œuvre, toute aussi expérimentale que profondément ludique, repose en grande partie sur une esthétique datée -empruntant au cinéma muet son noir et blanc syncopé- et sur son travestissement jouissif pour narrer des contes déviants, où l'imagerie transgressive se mêle à des touches d'autobiographie. Avec ce nouveau long-métrage, le cinéaste franchit encore un cap en s'attaquant à l'histoire de sa ville natale, Winnipeg, et, du même coup, à la construction de son propre imaginaire. Loin de fonctionner en vase clos, le film est au contraire plus abordable que son opus précédent, l'hystérique Des trous dans la tête, et constitue même la meilleure introduction à l'univers barré de son créateur. D'une liberté formelle rare, célébration d'une nostalgie se nourrissant du passé pour réinventer le présent, Winnipeg mon amour est une nouvelle déclaration d'amour de Guy Maddin au cinéma.

François Cau

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Ulysse, souviens-toi

ECRANS | De Guy Maddin (Can, 1h34) avec Jason Patric, Isabella Rossellini…

Christophe Chabert | Jeudi 16 février 2012

Ulysse, souviens-toi

Représentant d’un cinéma d’avant-garde qui n’aurait pas totalement jeté les amarres avec la figuration et la narration, Guy Maddin trace un sillon déconcertant et construit une œuvre où tout ne se vaut pas, loin de là. Après le très ludique Des trous dans la tête qui, bien avant Michel Hazanavicius et The Artist, tentait l’aventure du film muet contemporain, Ulysse, souviens-toi réécrit L’Odyssée dans une maison abandonnée peuplée de fantômes et de gangsters, de filles nues et de conversations ésotériques. Un grand foutoir plutôt habituel pour Maddin mais qui, cette fois-ci, s’accompagne d’un assez saoulant délire formel à base de surimpressions permanentes, de plans de traviole montés au hachoir et de musique dissonante. Par moments, on se croirait dans une parodie de David Lynch faite par un étudiant en cinéma ! Curieusement, Maddin a embarqué dans cette affaire expérimentale un tas de comédiens connus qui ont l’air

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Des trous dans la tête

ECRANS | De Guy Maddin (Canada-ÉU, 1h35) avec Isabella Rossellini…

Christophe Chabert | Jeudi 18 septembre 2008

Des trous dans la tête

En vingt ans de carrière et une dizaine de longs-métrages, Guy Maddin s’est affirmé comme un cinéaste absolument singulier, artiste têtu d’une œuvre sans équivalent, parfois déroutante, toujours surprenante. Des trous dans la tête appartient à sa meilleure veine : à la manière d’un film muet en noir et blanc raconté par une voix off et des cartons, il propose une reconstitution fantasmée de l’enfance du réalisateur. L’histoire, située sur une île perdue où trône un phare ô combien symbolique, est franchement baroque : pendant que le père de Maddin fabrique un sérum de jouvence tiré du cerveau d’orphelins, sa sœur vit une romance avec un ado détective qui est en fait une fille travestie, alors que sa mère, terrifiante, couve son rejeton d’un peu trop près… Derrière ses atours expérimentaux, le film est une déclaration d’amour au cinéma des premiers temps, celui de Méliès et de Feuillade, et aux feuilletons enfantins façon Club des cinq, relus avec beaucoup de malice à travers le prisme de la psychanalyse contemporaine. Christophe Chabert

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