«Je travaille à l'ancienne»

ECRANS | Entretien / Terry Gilliam, réalisateur de 'L’Imaginarium du Docteur Parnassus'. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Jeudi 29 octobre 2009

Petit Bulletin : Peut-on considérer le Docteur Parnassus comme votre alter ego de fiction ?
Terry Gilliam : Il y a une grande transparence, en effet. Quand vous faites des films, vous avez envie d'être George Lucas ou Steven Spielberg, de connaître un succès commercial… Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Je voulais atteindre le grand public, mais je me contente aujourd'hui de la qualité plutôt que de la quantité. Par ailleurs, j'avais oublié que la fin du film était un hommage à Méliès. Et j'ai appris hier soir que Méliès avait fini sa carrière en vendant des jouets devant une gare. Et cette gare, c'était la gare Montparnasse !

Est-ce que le diable du film est une métaphore du costard-cravate hollywoodien ?
Non. Mister Nick est beaucoup plus intelligent ! C'est quelqu'un avec qui j'ai pris plaisir à vivre, contrairement aux executives des studios. Parnassus et Mister Nick se sont tellement fréquentés qu'ils ont fini par devenir amis. Mister Nick, comme tous les «bons» diables, connaît les faiblesses humaines et les utilise. Mais dans le fond, il est quelqu'un de très solitaire.

En quoi la révolution numérique a-t-elle affecté votre manière de faire des films, sachant que vous avez commencé par des choses très artisanales avec les Monty Python ?
Cela n'a pas beaucoup changé. J'ai créé ma propre société d'effets spéciaux après Sacré Graal. On a commencé avec des maquettes, puis on s'est adapté à la révolution numérique. Aujourd'hui, j'utilise la meilleure solution technologique, et surtout celle qui a le meilleur rapport qualité/prix ! Beaucoup de cinéastes dirigent les acteurs et laissent le responsable des effets spéciaux faire un autre film de leur côté. J'aime tout faire moi-même, notamment être devant l'ordinateur, demander des modifications, des détails… Je travaille à l'ancienne, je suis le seul cinéaste sur le plateau.

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La Malédiction : "L’Homme qui tua Don Quichotte"

Enfin ? | Pendant un quart de siècle, Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnage et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

La Malédiction :

De retour en Espagne, où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative retrouve le cordonnier à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le Chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception de L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même, jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi suscité une attente démesurée auprès du public, sa

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Sacré Terry !

ECRANS | Cinéma / À l’occasion de la rétrospective Terry Gilliam qui commence cette semaine à l’Institut Lumière et avant la sortie de 'L’Imaginarium du Docteur Parnassus' mercredi prochain, portrait du plus obstiné des cinéastes de l’imaginaire, des délires de Monty Python aux galères de Don Quichotte… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 30 octobre 2009

Sacré Terry !

L’œuvre de Terry Gilliam commence par des dessins découpés et animés sommairement, et s’achève (provisoirement) par un petit théâtre de marionnettes manipulées grossièrement dans la rue. La boucle est bouclée, se dit-on. Lui aussi, d’ailleurs. «Quand j’ai fini ‘L’Imaginarium du Docteur Parnassus’, je me demandais vraiment ce que j’allais faire après», dit-il lors de la conférence de presse donnée à Lyon au lendemain de la présentation du film. «Il fallait trouver un projet avec lequel je pouvais avoir autant de plaisir, qui exprimerait aussi bien ma vision du monde. J’ai repris Don Quichotte, et je me demande ce qu’il va être. Le film grandit tout seul, comme quelque chose d’organique, avec sa vie propre…». Gilliam revient donc sur les lieux du crime, ce tournage apocalyptique et ce film inachevé qui a scellé (avec l’aide du documentaire ‘Lost in la mancha’, un «unmaking of» stupéfiant) son image de cinéaste maudit. Une étiquette qui l’a poursuivie ensuite, jusque sur le tournage de ‘Tideland’ (2005) où il en est encore à se lamenter sur les tuiles (pourtant très ordinaires) qui lui tombent dessus. Mais Gilliam a changé, et entend bien le faire savoir : malgré

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Gilliam en quatre films essentiels

ECRANS | Sacré Graal !Co-réalisé avec Terry Jones, il reste le sommet de sa période Monty Python : une relecture bidonnante du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table (...)

Christophe Chabert | Jeudi 29 octobre 2009

Gilliam en quatre films essentiels

Sacré Graal !Co-réalisé avec Terry Jones, il reste le sommet de sa période Monty Python : une relecture bidonnante du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde, où le grand récit épique se heurte à la lâcheté et à l’incompétence des protagonistes. BrazilSam Lowry, terne employé de bureau dans un futur totalitaire en proie à une vague de terrorisme, devient par amour un héros contestataire malgré lui. Un chef-d’œuvre indémodable, dans un monde où les tuyaux sont plus importants que ce qu’ils contiennent. Fisher kingUn clodo illuminé en rencontre un autre, plus terre-à-terre, et l’entraîne dans son improbable quête du Graal en plein New York. Le premier film de commande de Gilliam, peut-être son plus émouvant. L’Armée des 12 singesBruce Willis plonge dans une suite de voyages temporels dont l’issue serait la survie de l’humanité. Le twist final confère une toute autre dimension au récit, et a donné au film des allures de petit classique culte.

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L’Imaginarium du Docteur Parnassus

ECRANS | Critique / Il ne faut jamais parier sa tête avec le Diable… Pour avoir oublié cette maxime fellinienne, le Docteur Parnassus, qui autrefois faisait (...)

Christophe Chabert | Jeudi 29 octobre 2009

L’Imaginarium du Docteur Parnassus

Critique / Il ne faut jamais parier sa tête avec le Diable… Pour avoir oublié cette maxime fellinienne, le Docteur Parnassus, qui autrefois faisait tourner le monde en en racontant le grand récit universel, est devenu un vieux camelot à la tête d’un théâtre ambulant anachronique. Et c’est maintenant sa fille, Valentina, qui à l’approche de ses seize ans risque de finir dans l’escarcelle du malin. Ce petit cirque brinquebalant va croiser la route de Tony, escroc sauvé de la mort alors qu’il était pendu sous un pont ; le bel intrigant va trouver dans cet imaginarium un endroit idéal pour fuir son passé. Comme d’habitude chez Terry Gilliam, le pitch du film est prétexte à tous les délires baroques, notamment quand Tony pénètre de l’autre côté du miroir, changeant de visage (idée inventée par l’auteur pour terminer un tournage brisé par la mort de Heath Ledger ; Jude Law, Colin Farrell et Johnny Depp viennent donc jouer les doublures de luxe…) et arpentant des mondes visuellement déments. Mais ce n’est pas cela qui séduit le plus dans le film — son abus de fond vert est même un péché coupable. En recentrant (contraint et forcé ?) son histoire autour du docteur Parnassus, Gilliam pro

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