The Proposition

ECRANS | De John Hillcoat (Australie, 1h44) avec Guy Pearce, Ray Winstone, Emily Watson…

Christophe Chabert | Mercredi 9 décembre 2009

L'arrivée sur les écrans français, trois ans après sa sortie australienne, de cet excellent western, est liée au fait que son réalisateur John Hillcoat a depuis mis en scène l'adaptation (décevante) de La Route. Écrit par Nick Cave — d'où quelques dialogues poétiques un peu superfétatoires, le film raconte le pacte conclu entre un capitaine de l'armée britannique et un hors-la-loi australien qui doit ramener son frère aîné pour le faire exécuter s'il veut empêcher son cadet d'être pendu. La puissance de The Proposition, outre l'indéniable maîtrise plastique déployée par Hillcoat (et qui, contrairement à La Route, ne vire jamais au livre d'images froides), tient aux dilemmes moraux qui travaillent tous les personnages : Charlie Burns, qui doit sacrifier un frère pour en sauver un autre, mais aussi le capitaine Stanley, qui subit tragiquement le paradoxe de sa situation. Colon cherchant à «civiliser» par la guerre un pays qui n'est pas le sien, il a recours à une violence qu'il essaye pourtant d'endiguer, et qui ruine peu à peu son couple. Ray Winstone, acteur incroyable, donne une force peu commune à ce militaire, notamment dans les scènes où il doit faire face, impuissant, au mépris de son épouse. Cette complexité psychologique, associée à une atmosphère onirique et suspendue, fait de The Proposition un film fascinant. Il n'est pas trop tard pour le découvrir.

Christophe Chabert

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The Rover

ECRANS | Après "Animal Kingdom", David Michôd pratique un étonnant hara-kiri commercial avec ce film post-apocalyptique qui tient autant de Beckett que de "Mad Max", c’est-à-dire une véritable provocation au divertissement-roi. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

The Rover

The Rover, c’est Mad Max rencontre En attendant Godot. Rien que ça. Dès le carton pré-générique, on nous annonce que l’action se déroule en Australie quelques années «après la chute». La chute de quoi ? Du pays ? Du monde ? De l’économie ? Peu importe, car ce futur est saisi au présent, dans toute sa désolation, avec paysages arides et personnages hagards dont les motivations paraissent dérisoires. C’est le cas d’Eric, vagabond errant dans une bagnole qu’il a le malheur de se faire piquer par une bande de gangsters hallucinés, ayant laissé pour mort un des leurs, Rey, après un braquage qui a mal tourné. L’impassible Eric (sobre et étonnante composition de la part de Guy Pearce, d'ordinaire cabotin) va donc former un tandem improbable avec Rey (Robert Pattinson, excellent, dont la carrière post-Twilight prend un virage passionnant), soit un homme froidement brutal et un autre à moitié idiot et à moitié crevé, qui vont passer une heure quarante à arpenter les routes australiennes pour retrouver une voiture. Post-cinéma Si

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Noé

ECRANS | Sauf le respect qu’on doit à Darren Aronofsky, ses débuts dans le blockbuster à gros budget relèvent du naufrage intégral, et cette libre relecture du mythe biblique est aussi lourdingue que formatée, kitsch et ennuyeuse… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 13 avril 2014

Noé

Qui était Noé selon Darren Aronofsky ? Un fanatique écolo, illuminé par l’annonce d’un désastre et la damnation d’une humanité corrompue, entouré par des anges envoyés par Dieu et incarnés en géants de pierre aux yeux phosphorescents. Ce résumé lapidaire de la première heure — interminable — de Noé résume dans le fond le formatage auquel est soumis ce blockbuster : un peu d’air du temps, un peu de messianisme divin — quand va-t-on nous foutre la paix avec ces stupides histoires de religion et quand passera-t-on au XXIe siècle dans cet occident que l’on dit éclairé et que l’on trouve de plus en plus obscurantiste ? — et un peu d’héroïc fantasy. Comme liant, un sérieux papal dans des dialogues qui calquent grossièrement ceux de n’importe quel serial historique actuel — Game of thrones, pour ne pas le citer. Face à ce gros foutoir en forme de kouglof indigeste et laborieux, on attend, comme dans l’expression consacrée, le déluge, car tout Aronofsky qu’il soit, c’est bien ce qu’on demande à un cinéaste qui engloutit plus de cent millions de dollars dans un film sur l’arche de Noé : filmer ce putain de déluge, même si celui-ci n’est que l’addition d’effets n

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Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit des années 80 et s’inscrire dans une ligne post-"Avengers". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Iron Man 3

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d’avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d’âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux. Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier. Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d’une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros

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Des hommes sans loi

ECRANS | De John Hillcoat (ÉU, 1h55) avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jessica Chastaing…

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Des hommes sans loi

Un casting en or, un scénario signé Nick Cave, un cinéaste (John Hillcoat) jusqu’ici connu pour son intégrité, l’envie de transposer les codes du western à l’époque de la prohibition : sur le papier, Des hommes sans loi semblait être le film idéal, à la fois ambitieux et divertissant. Et pourtant, il n’est rien de tout ça. Phagocytée par la maniaquerie de sa reconstitution historique, la mise en scène ne prend jamais son envol, ne développe aucun style et échoue à rendre crédible ce qui se passe à l’écran. Le lien entre les trois frères est purement théorique, les relents mythologiques (l’invincibilité de Tom Hardy) sont si maladroitement amenés qu’ils finissent par virer au gag involontaire. Le sommet est atteint avec la prestation, à hurler de rire, de Guy Pearce en méchant dont l’acteur souligne à très gros traits l’homosexualité refoulée. Il faut dire qu’Hillcoat achève de lui savonner la planche lors d’une scène qui, au lieu de révéler au grand jour ce que tout le monde avait compris, noie stupidement le poisson pour éviter de se fâcher avec la censure. Timoré, impersonnel, d’une inexplicable lenteur, Des hommes sans loi n’est même pas un bon film de multi

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Lock out

ECRANS | De James Mather et Stephen St-Leger (Fr, 1h36) avec Guy Pearce, Maggie Grace, Peter Stormare…

Christophe Chabert | Jeudi 12 avril 2012

Lock out

Comme s’il voulait absolument ressembler à sa caricature des Guignols, Luc Besson continue de torcher à toute blinde des scripts débiles qu’il refourgue à d’obscurs réalisateurs pressés de rentrer dans le métier, débauchant quelques gloires sur le retour au casting et tournant l’ensemble dans le coin de l’Europe où la main-d’œuvre est la moins chère (ici, la Serbie). Lock out est donc le digne héritier des séries Z italiennes, avec plus de pognon mais tout autant de cynisme, repiquant sans vergogne l’argument de Los Angeles 2013, transformant Snake en Snow et l’envoyant dans une prison intergalactique à la place d’une ville- prison. Pauvre Guy Pearce, obligé de jouer les héros badass jusqu’au ridicule, balançant des vannes à chaque réplique comme le Chuck Norris de la grande époque. Le scénario, plein de trous, est régulièrement impossible à suivre, l’action se dissout dans des effets spéciaux numériques même pas à la hauteur d’un jeu vidéo et le tout se traîne de retournements de situation en retournements de situation jusqu’à une résolution pitoyable. Même bourré dans un multiplexe, vous trouverez le temps long…

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Cheval de guerre

ECRANS | Comme s’il avait fait de cette odyssée d’un cheval du Devon à travers la Première Guerre mondiale le prétexte à une relecture de tout son cinéma, Steven Spielberg signe avec "Cheval de guerre" un film somptueux, ample, bouleversant, lumineux et inquiet, où l’on mesure plus que jamais l’apport d’un metteur en scène qui a réinventé le classicisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 février 2012

Cheval de guerre

Il y a d’abord le souffle fordien des premières séquences. Quelque part dans le Devon, au début du XXe siècle, un jeune garçon voit naître un cheval, qu’il va tenter d’apprivoiser en quelques plans muets mais d’une grande force d’évocation. Ce cheval sera mis aux enchères et un fermier obstiné, alcoolique et sous le joug d’un propriétaire inflexible, s’entête à l’acheter, au grand dam de son épouse. Sauvage, le cheval doit servir pour labourer un champ à l’abandon, sec et rocailleux ; personne n’y croit sauf Albert, le fils, qui va arriver à le dresser, nouant une relation quasi-amoureuse avec lui. Steven Spielberg est alors de plain-pied dans le conte enfantin, le territoire naïf des productions Amblin et de son cinéma dans les années 80. S’il se mesure à ses maîtres (Ford donc, mais aussi David Lean), il rabat cependant cette première demi-heure sur ses propres thèmes (la générosité de l’enfance contre la cruauté des adultes) et ses figures habituelles de mise en scène, notamment ces travellings recadrant un visage qui s’illumine au contact du merveilleux. D’une certaine manière, toute cette exposition tient dans les interventions ponctuelles d’une oie de comédie qui mord les

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Animal Kingdom

ECRANS | De David Michôd (Aus, 1h52) avec James Frecheville, Jacki Weaver…

Dorotée Aznar | Jeudi 21 avril 2011

Animal Kingdom

Un ado de 17 ans, Josh, regarde un jeu télévisé quelconque, sa mère dans les vapes à côté de lui sur le canapé. Les pompiers débarquent, tentent de la réanimer ; Josh continue à suivre l’émission. Apparemment, la routine ; sauf que cette fois-ci, la junkie trépasse. Toujours aussi impassible, l’ado appelle sa grand-mère pour lui annoncer la nouvelle et lui demander de l’héberger. Et Josh de rallier cette famille dont sa mère l’avait préservé : la fratrie de ses oncles criminels, chaperonnée avec une bienveillance équivoque par une effrayante matriarche (l’incroyable Jacki Weaver). Comme le montre cette introduction déstabilisante, le personnage auquel le spectateur est censé s’identifier est une surface plane, un miroir vide d’émotions, dont le jeu tout en réserve de l’étonnant James Frecheville traduit à merveille la retenue. Une carapace naturelle contre un vécu qu’on devine chaotique, et que la suite des événements ne va pas apaiser. Ce retrait assumé de notre principal repère, plongé au beau milieu de figures infiniment plus charismatiques, pourrait plomber le récit : il en deviendra au contraire la véritable raison d’être. Lions et agneaux

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Hors de contrôle

ECRANS | De Martin Campbell (ÉU, 1h52) avec Mel Gibson, Ray Winstone…

Christophe Chabert | Jeudi 11 février 2010

Hors de contrôle

Drôle de film que ce "Hors de contrôle", qui marque le retour en tant qu’acteur de Mel Gibson grâce à l’adaptation par Martin Campbell, déjà réalisateur de la première version, d’une série anglaise des années 80. Le scénario est celui d’un classique film de justicier : la fille d’un flic est assassinée sous ses yeux ; il décide de venger sa mort et découvre un vaste complot politico-industriel. "Hors de contrôle" frappe d’abord par son rythme dépressif, à la lisière de l’ennui. Mais Campbell, adroitement, choisit de secouer le spectateur par des séquences d’une violence sans concession, et par un propos d’une noirceur totale, dont personne ne sort indemne. Plus que le personnage de Gibson, monolithique, on préfèrera celui de Ray Winstone : exécuteur des sales besognes des puissants, il en a développé un dégoût de lui-même qui le pousse à sympathiser avec ses victimes. Un personnage ambivalent qui rappelle celui que Winstone tenait déjà dans "The Proposition", et qui confère à "Hors de contrôle" un supplément d’âme bienvenu. CC

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La Route

ECRANS | John Hillcoat réussit une transposition fidèle, mais pas forcément payante, du roman de Cormac MacCarthy : une parabole épurée sur la transmission. CC

Christophe Chabert | Jeudi 26 novembre 2009

La Route

Ceux, nombreux, qui ont lu La Route de Cormac MacCarthy et ceux, à peu près aussi nombreux, qui l’ont aimé, attendaient avec impatience son adaptation à l’écran. Qu’on les rassure : les choses ont été faites dans les règles. Un cinéaste australien talentueux derrière la caméra (John Hillcoat auteur de Ghosts of the civil dead et du formidable western The Proposition), le grand Viggo Mortensen dans le rôle principal, Nick Cave et à la musique… De fait, La Route est un film impressionnant formellement, qui fait naître la mélancolie en filmant des corps perdus dans des décors dépouillés, et saisit des instants de terreur pure que le livre ne faisait que suggérer. C’est le cas de la scène de la cave, où Hillcoat filme des êtres nus et décharnés s’extirpant de la pénombre tels des rescapés des camps. Si l’on s’en tient là, La Route mérite tous les éloges. Le dernier homme sur la route Mais il y a le bouquin de MacCarthy, et cette foutue question de la fidélité. Le récit est aussi simple qu’une parabole biblique : après l’apocalypse, un père et son fils prennent la route pour se rendre au

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