Tetro

ECRANS | De Francis Ford Coppola (Esp-It-Arg, 2h07) avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich…

Christophe Chabert | Mercredi 16 décembre 2009

Comme sorti de nulle part, Tetro frappe d'abord par sa beauté plastique : dans un noir et blanc superbe et des plans magnifiquement composés, un jeune marin débarque à Buenos Aires pour y retrouver son frère, un écrivain qui n'écrit plus depuis qu'il a quitté l'Amérique et sa famille. Il se fait appeler Tetro, sa jambe est dans le plâtre après un accident de voiture, et il affiche un mélange d'aigreur et de désinvolture qui donne le ton du film, drôle et mélancolique, dans sa première partie.

Après un Homme sans âge plutôt déroutant, Coppola reprend les choses en main et rappelle, sans tapage, quel grand cinéaste il est. S'il joue désormais profil bas, le réalisateur du Parrain ne trompe personne : intimiste et modeste, Tetro ne l'est que superficiellement. Au fil des flashbacks en couleur, à mesure que l'intrigue familiale se développe, Coppola impose au spectateur une tragédie qui se mesure largement au théâtre grec ou à celui de Shakespeare : un père spolie son frère et dérobe la femme de son propre fils, réduit du coup à masquer sa paternité pour cacher sa honte. Cette matière éminemment ambitieuse, la mise en scène, remarquable, la sublime littéralement.

Le cinéma de Coppola dans sa nouvelle manière n'appartient plus qu'à lui, c'est un cinéma sans âge, qui défie les modes et le temps. Si le film précédent manquait cruellement d'émotions, celui-ci en déborde, porté par des acteurs formidables et très bien regardés : Vincent Gallo, qu'on est content de retrouver, et la révélation Alden Ehrenreich, dont on devrait entendre à nouveau parler très vite.

Christophe Chabert

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Coppola : le Parrain, dernière époque

Festival Lumière | Le Padre padrone de la famille Coppola arrive cette semaine pour recevoir son dû lyonnais. Plus que la jolie plaque en bois gravée à son nom, c’est l’ovation associée qui devrait lui arracher l’un de ses trop rares sourires. En l’attendant, refaisons connaissance avec lui…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Coppola : le Parrain, dernière époque

Dans la carrière de Coppola, ce ne sont pas les arbres qui cachent la forêt, mais des séquoias. Bien singulier est en effet le tracas d’un cinéaste dont la filmographie est semée d’une collection d’œuvres si puissantes qu’une seule aurait suffi à l’inscrire au Panthéon du 7e art. Signer la trilogie du Parrain, voire les deux premiers, voire la première époque uniquement, l’aurait déjà consacré entre Lean et Leone ; Conversation Secrète en aurait fait un frère de Jerry Schatzberg, John Schlesinger, Arthur Penn, Alan J. Pakula ou Mike Nichols. Quant à Apocalypse Now, il l’autorisait à parler d’égal à égal avec Kubrick. Mais en-dehors de ces films-monstres, si splendidement dissemblables les uns des autres, Francis Ford Coppola a tourné de nombreux autres longs métrages d’importance, privés parfois de notoriété, de succès et/ou de postérité. Si certains furent imposés par des nécessités financières impérieuses, cela ne les empêchaient pas d’être impérieusement composés : comme si la contrainte de commande aiguisait la créativité du cinéaste et l’incitait à mettre dava

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Encore plus d’étoiles devant les yeux

Festival Lumière | Francis Ford Coppola, Bong John Ho, Ken Loach, Daniel Auteuil et Marina Vlady ne seront pas seuls à visiter les salles obscures lyonnaises en octobre prochain : Frances McDormand, Donald Sutherland, Marco Bellocchio, Gael Garcia Bernal ou Vincent Delerm seront aussi du voyage…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Encore plus d’étoiles devant les yeux

Paradoxe n°1 : à Lyon, on le sait, plus les salles sont obscures, plus l’on a de chances d’y trouver des étoiles — surtout à l’automne. Paradoxe n°2 : il fallait se rendre au Cinéma du Panthéon à Paris pour découvrir les nouveautés de la programmation du 11e Grand Lyon Film Festival dévoilées par son directeur, Thierry Frémaux. Valaient-elles le détour ? Sans nul doute pour certaines. D’abord, toutes les annonces de juin ont été confirmées et complétées — la précision n’est pas superflue, si l’on se remémore la triste déconvenue du Projet Godard l’an passé. Auteur d’une « œuvre d’un chaos insensé » selon Thierry Frémaux, Coppola sera bien présent parmi les Ghosn… pardon, les gones. Et son Prix Lumière sera l’occasion de re-projections d’une part non négligeable de sa filmographie : des raretés de ses débuts comme Dementia 13 ou La Vallée du Bonheur, Les Gens

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Une rentrée en C majeurs

Institut Lumière | Cassavetes, Coppola, Carpenter, Clint… Étrange convergence d’initiales, mais surtout de prestigieuses signatures à l’affiche de l’Institut Lumière en ce mois de septembre, où l’on joue avec vertiges du rétroviseur et de la lorgnette.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Une rentrée en C majeurs

Navigant entre passé, futur — l’avant-première des Misérables le 25 — et anticipation d’un retour vers le futur (la reprise de films de Francis Ford pour annoncer sa venue lors du Prix Lumière), la programmation ressemble en effet à un délicieux travelling compensé. À force de sauts temporels, on en finirait presque à se prendre pour l’héroïne de Peggy Sue s’est mariée, l’un des films sélectionnés avec le rétro Outsiders et le palmé Conversation secrète en guise d’apéritif ! Du Festival Lumière, il en sera question aussi avec Mystic River de Clint Eastwood projeté en hommage aux 10 ans de la remise du Prix à son premier récipiendaire (jeudi 5). Tout aussi mélomane (mais dans un autre registre) que Clint et aussi féru de westerns que lui, John Carpenter sera également à l’honneur pour un format adapté à ses atmosphères : une nuit comptant quatre titres. The Thing, Fog, Les Aventures de Jack Burton et, pour finir, son prophétique chef-d’œuvre

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Festival Lumière 2019 : de plus en plus Ford !

Lumière 2019 | Coppola en tête d’affiche, le retour de Ken Loach, des zombies et Bong Joon-ho. La première fournée d’annonce du Festival Lumière 2019 a été faite. Préparez vos coups de cœur !

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Festival Lumière 2019 : de plus en plus Ford !

« Un démiurge », « un mammouth ». C’est par ces mots que le directeur de l’Institut Lumière a salué le récipiendaire du Prix Lumière 2019. Onzième à recevoir la distinction (mais lauréat de « l’édition des dix ans », pour reprendre les termes du directeur du festival), Francis Ford Coppola et sa légitimité ne sauraient être contestés. Riche d’une carrière s’étendant sur six décennies, jalonnée d’œuvres fondatrices, marquantes ou à (re)découvrir, le jeune octogénaire figure parmi les créateurs du Nouvel Hollywood et demeure un inlassable expérimentateur. Entré au Panthéon cinématographique bardé de lauriers il y a quarante ans — il avait alors déjà décroché deux Palmes d’Or, deux Oscars du Meilleur film —, le cinéaste n’a depuis cessé de remettre le fruit de ses succès dans de nouvelles aventures cinématographiques, composant une œuvre où, régulièrement, la jeunesse américaine voit ses ambitions fracassées par les guerres ou les crises. S’il faut s’attendre (avec impatience) à la traditionnelle rétrospective et à la masterclass du cinéaste, on peut espérer que celui-ci vien

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Francis Ford Coppola, 11e Prix Lumière

Festival Lumière | Le Prix Lumière 2019 sera décerné à Francis Ford Coppola au cours de la 11e édition du Festival Lumière qui se tiendra du 12 au 20 octobre à Lyon.

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Francis Ford Coppola, 11e Prix Lumière

Il est le premier cinéaste à avoir remporté l’Oscar pour un film et sa suite (Le Parrain et Le Parrain 2e partie), à avoir décroché deux Palmes d’Or “de l’ère moderne“ (Conversation secrète et Apocalypse Now)… Producteur, scénariste, monteur, viticulteur, à la fois figure tutélaire du Nouvel Hollywood et patriarche d’une impressionnante dynastie de cinéma, Francis Ford Coppola succède donc à son camarade Martin Scorsese (2015, également passé chez Roger Corman) et à Jane Fonda (2018) — deux autres grandes figures du Nouvel Hollywood. Âgé de 80 ans, Coppola qui n’a plus sorti de long-métrage depuis 2012 et son fascinant Twixt, n’a pour autant pas pris sa retraite et développe de nouveaux projets. Il profitera peut-être de sa venue à Lyon entre les 12 et 20 octobre prochains pour en révéler la teneur. Le Prix Lumière, qui constitue une reconnaissance pour la contribution du récipiendaire au cinéma mond

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In Godfather we trust

ECRANS | Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue (...)

Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

In Godfather we trust

Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue gimmick : «Une proposition que vous ne pouvez pas refuser». Et puis une foule d’images toutes plus mythiques les unes que les autres : une tête de cheval coupée dans un lit, un homme criblé de balles lors d’un traquenard à un péage… C’est évidemment du Parrain, de son affiche, de sa musique et, plus globalement, de l’aura culte qui l’entoure et qui continue à fasciner toutes les générations de spectateurs que l’on parle. C’est un fait : découvrir Le Parrain, c’est faire l’expérience d’un immense classique du cinéma qui, pourtant, a sonné comme une révolution. Révolution dans le traitement des codes du film de gangsters : nous voilà au cœur de la mafia italo-américaine, de ses rites, de ses rivalités, de ses trahisons, sans le contrechamp moral de la loi qui la mettrait hors-jeu. Au cœur d’une famille dont on suit sur trois générations la grandeur et la chute : l’arrivée d’un gamin sicilien aux États-Unis au milieu de milliers d’immigrés puis son installation au sommet du crime organisé (

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Nos funérailles

ECRANS | Abel Ferrara Filmedia

Christophe Chabert | Mardi 10 avril 2012

Nos funérailles

Depuis longtemps épuisé dans sa précédente édition DVD, Nos funérailles était devenu un objet de culte, même pour ceux qui ne partagent pas une passion démesurée pour son auteur Abel Ferrara. Il faut dire que non seulement celui-ci était, au moment de la sortie, dans sa phase la plus créative (avec King of New York, Bad Lieutenant, Snake Eyes et même son étrange version de Body snatchers), mais aussi car Nos funérailles relève d’un classicisme à part dans son œuvre. Il appartient à un genre, le film de gangsters, codifié et face auquel Ferrara adopte une posture humble et respectueuse. Il s’agit d’observer la désagrégation d’une fratrie mafieuse suite à l’assassinat de l’un des leurs, commis avant même le début du film. Image d’autant plus marquante que le cadavre a les traits de Vincent Gallo, lui aussi en plein boum de sa carrière, et l’on se doute bien que Ferrara ne fera pas que filmer ce comédien archi-charismatique dans une posture de gisant. Les flashbacks vont donc éclairer les racines du drame, et surtout montrer qu’aux activités illégales des frangins (magistralement campés par Chris Penn et Christopher Walk

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Twixt

ECRANS | Adoptant l'adage bressonien voulant que le public ne sache pas ce qu'il veut, Francis Ford Coppola ne se soucie plus de plaire, il est libre. L'Homme (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 5 avril 2012

Twixt

Adoptant l'adage bressonien voulant que le public ne sache pas ce qu'il veut, Francis Ford Coppola ne se soucie plus de plaire, il est libre. L'Homme sans âge et Tetro annonçaient cette nouvelle condition surgissant comme un long processus de maturation dans sa carrière. Twixt lui ouvre une nouvelle voie, plus escarpée, plus radicale, qu'il faut atteindre avec la même exigence folle que son auteur. On ne trouvera pas chez lui d'objet plus vertigineux que cet épisode des Contes de la crypte tourné comme un film d'avant-garde rétro futuriste. Chef d'œuvre total aux allures de série B hybride, Twixt dresse une grande ligne verticale dans la filmographie de Coppola. Pour en sortir un méta-film onirique flottant sur les terres détournées de Stephen King ; un voyage mélancolique où le spectre d'Edgar Allan Poe guide Val Kilmer, écrivain sur le déclin, dans les limbes rêvées où gît le deuil de sa fille. Les grands motifs de l'auteur se mélangent : le temps

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Essential killing

ECRANS | La fuite désespérée d’un taliban afghan dans l’Est de l’Europe, ou comment un acteur physique et mutique, Vincent Gallo, se livre à corps perdu à son metteur en scène, Jerzy Skolimowski, pour une œuvre prenante et picturale. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 1 avril 2011

Essential killing

Étrange aventure que cet "Essential killing". Aventure est le mot qui convient, tant le film sur l’écran paraît se confondre avec les conditions de son tournage, et tant son acteur, l’immense Vincent Gallo, semble éprouver réellement la souffrance de son personnage. Gallo incarne un taliban afghan qui, après un attentat contre des soldats américains, réussit à s’échapper de la prison où on l’a torturé, et se lance dans une cavale à travers une Europe de l’Est enneigée. Mais le film de Skolimowski n’a que peu à voir avec la tradition du survival movie ; on est ici dans une œuvre radicale, un film de metteur en scène et un one man film d’autant plus impressionnant que l’homme en question n’y prononce pas un seul mot. L’idée derrière ce silence est simple : plus Gallo retourne vers une forme d’animalité pure, plus l’humanité de son personnage éclate à l’écran. Du rouge sur une toile blanche Pris dans un piège à loup, dormant dans une mangeoire remplie de paille, mangeant des baies ou dévorant un poisson encore vivant, Gallo fait l’expérience d’une régression vers l’état de nature. Mais quelque chose ramène le personnage vers le m

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L'Homme sans âge

ECRANS | De Francis Ford Coppola (Fr-Roum-All, 2h20) avec Tim Roth, Bruno Ganz...

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2007

L'Homme sans âge

Un vieux professeur, foudroyé en pleine rue, est transporté comme grand brûlé à l'hôpital. Quand il retrouve l'usage de la parole, les médecins se rendent compte qu'il a rajeuni d'une trentaine d'années. Ce miracle inexpliqué ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd : nous sommes en Roumanie en 1942, et les Nazis s'interrogent sur les capacités de cet "homme sans âge" qui, autrefois, travaillait sur l'origine du langage. Le problème étant que cet homme-là est atteint d'une forme étrange de schizophrénie, et qu'il ne peut effacer de sa mémoire le souvenir de la femme qu'il a aimée. Passé et présent, éternel retour et cours de l'Histoire, quête philosophique et tragédie amoureuse : pour son grand retour derrière une caméra après dix ans d'absence, Francis Ford Coppola montre qu'il a gardé son ambition intacte. L'Homme sans âge, adapté d'un roman de Mircea Eliade, est un film-monde où le cinéaste tente un grand pont entre le Rosebud de Citizen Kane et l'os transformé en vaisseau spatial de 2001, entre le romanesque à l'épreuve du siècle et la métaphysique la plus pointue. Car ce qui surprend, en plus de la maestria des images et de la mise

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