Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour…

ECRANS | De Pascal Thomas (Fr, 1h39) avec Marina Hands, Julien Doré, Guillaume Gallienne…

Dorotée Aznar | Jeudi 1 avril 2010

On aime bien Pascal Thomas, mais il y a des limites. Pour comprendre ce qui coince avec Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour, il faut convoquer Le Grand Appartement, petit chef d'œuvre de comédie vitaliste, bordélique, généreuse, libre et sereinement irresponsable. Un petit chef d'œuvre volontairement naïf aussi, ce qu'aimerait être ce roman photo un peu aberrant dont accouche ici Thomas. Si l'on retrouve des points communs (un même ton, joyeux, bouffon, malin, entier et marginal), c'est d'abord l'opérette (citée dans Le Grand Appartement) que le film veut revisiter - sans parole ni musique, plutôt une question de style et d'état d'esprit. Pas forcément une mauvaise idée, sauf que le casting ne suit pas. Ainsi Marina Hands et Julien Doré jouent aux candides amoureux tels deux ados attardés, l'humeur est pouet pouet comme l'humour, et l'image, cheap, n'a pas peur du mauvais goût puisqu'elle l'assume ; en témoignent les génériques empruntant leur habillage au plus hideux des faire-part de mariage. Décalé tout en se voulant premier degré, le film se cherche sur le terrain de la bluette extatique et satirique alors qu'il se révèle juste agressivement too much.

Jérôme Dittmar

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“Kaamelott – Premier Volet“ de et avec Alexandre Astier : le Retour du Roi

Comédie | À la fois prologue et poursuite de la série télévisée, film d’épée et de fantasy, épopée dramatique teintée de notes burlesques et d’éclats symphoniques, Kaamelott – Premier Volet marque le retour attendu de l’inclassable saga arthurienne comme celui du réalisateur Alexandre Astier. Une concrétisation artistique ouvrant sur une prometteuse trilogie.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Kaamelott – Premier Volet“ de et avec Alexandre Astier : le Retour du Roi

Deux tailles, deux ambiances… La porosité est faible entre le petit et le grand écran. S’il arrive qu’un succès au cinéma trouve des prolongations en feuilletonnant à la télévision en version longue des sagas (Le Parrain, Jean de Florette/Manon des Sources) ou en donnant naissance à une déclinaison/spin off (M*A*S*H, Fame, L’Arme Fatale, Star Wars : Clone Wars, The Mandalorian…), plus rares sont les séries TV à atteindre les salles. Et encore : sous forme de reboot semi-nostagique, comme en témoignent Chapeau melon et bottes de cuir (1998), The Wild Wild West (1999), Starsky et Hutch (2004) ou The Man from U.N.C.L.E. (2015). Rares exceptions à ce jour, Espace détente (long métrage autour de Caméra café, 2005), Sex and the City (2008) ou Downtown Abbey (2019) ont poursuivi dans la foulée de leur diffusion — et avec leur distribution originale — des aventures conçues pour la récurrence télévisuelle. Mais elles ressemblaient surtout à des épisodes de luxe. Jusqu’à Kaamelott - Premier Volet, excep

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Alexandre Astier : « vous croyiez connaître Arthur… »

Kaamelott | Alors que sort le mercredi 21 juillet le film plus attendu de l’année, Alexandre Astier revient sur la genèse et le tournage de "Kaamelott - Premier Volet". Écriture, personnages, musique, image, distribution… L’auteur-réalisateur-compositeur-interprète aborde tous les postes et ouvre des perspectives. Attention, spoilers ! Vous viendrez pas nous dire qu’on vous aura pas prévenus !

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

Alexandre Astier : « vous croyiez connaître Arthur… »

Dix ans se sont écoulés entre la fin du Livre VI de la série télévisée et Kaamelott - Premier Volet. La même durée dans la fiction pour les personnages (donc l’équipe) que pour le public… Néanmoins, vous avez vécu à la fois avec et sans Arthur durant tout ce temps puisqu’il a été celui de la préparation du film… Alexandre Astier : Il y a déjà un avantage à cet arrêt : la série se termine sur un mec lui-même à l’arrêt, plus du tout concerné par ce qui se passe dans une Bretagne sur laquelle il n’a plus aucun impact, et qui erre à Rome comme un clochard. Le royaume de Logres, aux prises avec ses anciens camarades, est devenu un état dictatorial mené par un taré, dans un bain de collaboration et de résistance. Du point de vue d’Arthur, comme ça ne le concerne plus, ça aurait pu durer vingt ou trente ans. Dire « je pars ; non, je déconne, en fait je reviens », ça ne peut pas marcher ! Il faut justement que celui qui ne voudrait pas revenir soit obligé de revenir sur une seule patte. L’autre avantage concerne l’écriture. À part quelques grands traits, je ne pouvais pas s

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Du plomb à la patte : "Le Dindon"

Comédie | Séducteur impénitent, Pontagnac suit chez elle Victoire qu’il aimerait mettre dans son lit, ignorant qu’elle est l’épouse de son ami Vatelin. Quand celui-ci apparaît, il faut composer. Encore plus quand un autre soupirant de Victoire débarque. Et davantage à l’irruption de Mme Pontagnac…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Du plomb à la patte :

Transposer une pièce de Feydau : pourquoi pas ? La situer au début des années 1960 : l’idée se défend, révélant à quel point les codes de la bourgeoisie patriarcale ont peu évolué jusqu’au schisme sociétal de 68. Reste la question de l’adaptation… C’est-à-dire pas uniquement un ripolinage cosmétique visant à “actualiser“ ici quelques répliques, là du décor, ailleurs des situations ou des personnages ; juste rendre le matériau compatible avec les contraintes propres à l’écran. Bien sûr, il ne faut pas attendre d’un vaudeville sa métamorphose en fresque de David Lean (ce serait un contresens stupide), mais à tout le moins qu’il trouve une équivalence dans sa mécanique rythmique. Ici, seul le deuxième acte parvient à s’abstraire de la langue pour donner vie aux corps en osant burlesque et absurde : le premier reste prisonnier d’une exposition laborieuse et le troisième d’un dénouement mollasson. Dommage, car le générique vitaminé laisser espérer mieux. Le Dindon Un film de Jalil Lespert (Fr, 1h25) avec Dany Boon, Guillaume Gallienne, Alice Pol…

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Les femmes… et leurs amants marris : "À cause des filles…?"

Comédie | À la fois désuète et très contemporaine, cette imbrication de sketches parlant de l’éternel jeu de chat et chien que se jouent femmes et hommes signe le retour de Pascal Thomas dans son genre de prédilection : la comédie de mœurs chorale. Sous le satin, le papier de verre…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Les femmes… et leurs amants marris :

Sortant de l’église où elle vient de convoler, une mariée voit avec stupeur son époux s’enfuir avec une autre femme. Lors de la noce qui s’ensuit, invités et témoins de ce coup de théâtre rivalisent d’anecdotes illustrant l’insondable versatilité de la vie conjugale… Les plus vénérables se souviendront de La Vie à deux (1958) un florilège d’histoires de couples glanées dans les œuvres de Guitry, dessinant une mosaïque du tandem conjugal à l’époque du vieux maître. Pascal Thomas nous offre une réactualisation de ce portrait de plus en plus abstrait, de sa touche alerte et fantaisiste. Défauts inclus : on ne le reprendra plus sur ses post-synchro hasardeuses qui, avec le temps, confinent à la marque de fabrique autant que ses distributions d’habitués (Christian Morin, Bernad Ménez, Victoria Lafaury) ou ses aphorismes. Celles qui nous ont bien eus Parmi cette collection de sketches, certains semblent adaptés de ces histoires insolites (et pourtant authentiques) jadis racontées par Pierre Bellemare — telle celle du cha

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Pascal Rambert se noie dans les bons sentiments avec "Actrice"

Théâtre | L'auteur et metteur en scène Pascal Rambert signe un nouveau spectacle ampoulé où, à trop clamer son amour pour son art, il se noie dans les bons sentiments et de vrais/faux règlements de comptes.

Nadja Pobel | Mardi 27 février 2018

Pascal Rambert se noie dans les bons sentiments avec

C'est ce qui s'appelle un beau spectacle. 2h15. Un décor touffu composé de gerbes de fleurs en vases par dizaines, un lit d'hôpital vagabond et quelques bancs. Une quinzaine de comédiens et comédiennes, dont deux principales qui n'ont plus à démontrer leur talent (Marina Hands et Audrey Bonnet). Et un texte avec de grandes phrases bien cousues, sur le chagrin notamment (« dans les larmes d'Eugénia, nous voyons notre pays » / « les larmes sont des chiens qui nous mordent en silence »...). Pascal Rambert, quinqua multi couronné et traduit, livre une "pièce russe", imaginée pour la troupe du théâtre d'art de Moscou. Si elle ne s'est toujours pas montée là-bas, la voici ici, créée aux Bouffes du Nord en décembre. Une "actrice" va mourir au fait de sa gloire. Pendant qu'au dehors, nous dit-on, patientent des fans inquiets, autour de son lit funeste défilent ses vieux parents, sa sœur de retour d'exil, ses enfants dont elle s'est peu occupée et ses acolytes de travail. À chaque fois, Pascal Rambert décline des sentences sur la liberté que confère l'art et sa déperdition annoncée puisque « les salles so

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Démise en scène : "Maryline"

ECRANS | de Guillaume Gallienne (Fr, 1h47) avec Adeline D'Hermy, Vanessa Paradis, Alice Pol…

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Démise en scène :

Venue de sa province, Maryline se rêve comédienne. Outre la blondeur attachée à son prénom si lourd à porter, elle dégage un je-ne-sais quoi séduisant les cinéastes. Las ! Son incapacité à fendre l’armure la plombe et elle végète, quand elle ne s’auto-détruit pas dans l’alcool… La bonne nouvelle, c’est que Guillaume Gallienne a renoncé à jouer dans son second long-métrage — il nous devait bien cela, après avoir doublement imposé sa présence dans Les Garçons et Guillaume, à table ! La mauvaise, c’est le choix de la presque jeune Adeline D’Hermy, empruntée au Français. Son visage marqué est dépourvu de la cinégénie requise pour ce rôle : on ne perçoit jamais la radieuse séduction censée émaner de son personnage. La malheureuse semble pourtant se donner du mal pour être à la hauteur ; sans beaucoup de succès : on est plus enclin à la conspuer avec ses opposants qu’à éprouver de la compassion pour elle. Paradoxalement, le réalisateur parvient à tirer de ce malaise un effet productif à la toute fin, quand Maryline au

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"Cézanne et moi" : peindre ou faire la moue

ECRANS | Un film de Danièle Thompson (Fr, 1h54) avec Guillaume Gallienne, Guillaume Canet, Alice Pol, Déborah François…

Vincent Raymond | Vendredi 23 septembre 2016

Cézanne vient visiter son camarade Zola en sa demeure, avec au cœur l’envie d’en découdre : Paul n’a pas apprécié d’avoir servi (à son insu) de modèle pour le roman d’Émile L’Œuvre. Et zou, flash-back dans leur enfance provençale, leur jeunesse bohème — sans Aznavour — mais avec de la vache enragée à Paris, leurs succès et échecs, leurs femmes ; le tout sous de la belle lumière avec de l’accent qui chante… Le cinéma qualité française n’est pas mort, il bouge encore. Enfin, il se contente d’exhaler un parfum de térébenthine patinée et de dérouler des saynètes minutieusement datées comme on arrache les feuillets d’un éphéméride. Dans cette carte postale, les deux Guillaume font ce que l’on attend d’eux : l’un galliennise l’exubérance méridionale libertaire jusqu’au bout du pinceau, l’autre canettise la componction du notable parvenu et tente de nous convaincre qu’il a un gros ventre — sans y parvenir, d’ailleurs. Vraiment, Danielle Thompson a bien fait d’arrêter les films de groupes et de familles hystériques pour se consacrer au futur contenu télévisuel des fins d’après-midis d’hiver…

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Un Feu sur la langue

MUSIQUES | Rien que de très classique dans cette saison francophone. Du très bon, du bon, du moins bon, Kyo, et au milieu coule une rivière en Feu! Chatterton, inconcevable objet pop aux aspirations littéraires qui feront se gausser ou s'incliner. C'est à voir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Un Feu sur la langue

Oubliez les Sébastien Tellier (le 18 octobre au Transbo), Julien Doré (le 15 décembre au Radiant) et Stromae (le 1er novembre à la Halle) qui repassent une énième fois par ici ; zappez les vingt ans des Ogres de Barback et le retour de Kyo, tous deux au Radiant (les 6 et 27 novembre), repaire de morts-vivants. Omettez ces trois grands Bretons que sont Miossec, Daho, Tiersen (19 et 5 décembre au Transbo, 16 octobre à l'Epicerie) et Emilie Simon (7 novembre au Radiant, forcément). Bon si vous aimez tous ces artistes, ce qui pour la plupart d'entre-eux est bien légitime (cherchez néanmoins l'intrus), vous pouvez tout de même vous faire plaisir en allant les voir, on ne vit qu'une fois après tout, sauf Daho et Kyo. Mais rappelez vous une chose : la next big thing, celle dont tou

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Yves Saint Laurent

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr, 1h40) avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Lundi 6 janvier 2014

Yves Saint Laurent

Énième bio filmée d’une figure patrimoniale et contemporaine de l’Hexagone, ce Yves Saint Laurent en accumule les défauts jusqu’au désastre intégral. Dès le premier plan sur Pierre Niney en YSL, avec faux nez et diction maniérée, le carnaval façon Patrick Sébastien commence ; le comédien imite mais n’interprète jamais son modèle, dans une quête de réalisme vaine car elle ne fait qu’en souligner les artifices. Idem pour le pénible défilé qui consiste à présenter chaque personnalité célèbre par son nom et son prénom dès son entrée en scène — seul un faux Andy Warhol perruqué et gesticulant en prenant des photos n’aura droit qu’à un cameo muet et anonyme —, convention de mauvais scénariste raccord avec un dialogue qui accumule les grandes sentences et nie toute quotidienneté aux personnages. Le film baigne ainsi dans une imagerie de reconstitution paresseuse, clichés visuels d’un côté — l’Algérie coloniale, les clubs de jazz — anachronismes ridicules de l’autre — le défilé de 1971 sur de l’électro-pop ! Même la narration est bâclée, notamment l’intro qui hésite entre chronologie et flashback méditatif avec voix-off, sans parler d’une fin qui accélère les événements pour ten

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La Loi du retour

MUSIQUES | A force de la pratiquer, on le sait, la programmation musicale n’est régie par rien d’autre que les antiques lois de l’éternel retour. Nouvelle année, nouveau printemps, perpétuel recommencement. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 janvier 2014

La Loi du retour

On peut, en cette période d’Epiphanie généralisée et à la manière de Nietzsche dans le Gai Savoir, voir l’«éternel retour du même» comme une malédiction ou une bénédiction. C’est tout l’enjeu de l’expérience humaine. Pour ce qui nous intéresse ici, gageons qu’il faille prendre le mouvement renouvelé des saisons musicales, la succession des «cycles de manifestation», pourrions nous-dire en tordant un concept si cher à l’essayiste Pacôme Thiellement, comme une chance de (re)vivre des instants essentiels. A ceux pour qui rater un concert équivaut à passer à côté de sa vie, quelle belle saison s’ouvre devant vous après un automne de carême : auriez-vous loupé, en vrac, le lutin démiurgique Woodkid (le 21 février à la Halle), les exorcistes de la «Mauvaise Nouvelle» Fauve («Ne crains rien, car je suis avec toi. (…) Je te fortifie, je viens à ton secours, je te soutiens de ma droite triomphante

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Les Garçons et Guillaume, à table !

ECRANS | De et avec Guillaume Gallienne (Fr, 1h25) avec André Marcon, Diane Krüger…

Christophe Chabert | Mercredi 13 novembre 2013

Les Garçons et Guillaume, à table !

Ce premier film de Guillaume Gallienne tiré de la pièce de Guillaume Gallienne avec Guillaume Gallienne dans le rôle de Guillaume Gallienne — à quand le mug ? —, provoque des ovations partout où il passe. Qu’y voit-on pourtant, sans grossir le trait ? Gallienne entrer sur scène pour y jouer ledit spectacle, avant que celui-ci ne s’anime sous la forme d’une suite de saynètes souvent vulgaires et réalisées comme des programmes courts pour la télé, avec toujours le texte de Gallienne en voix-off. Ça reste du théâtre, mais c’est surtout du "théâââtre", c’est-à-dire cette écriture factice, pleine de licences poétiques et de bons mots, ce que le cultureux aime à appeler avec une pointe de condescendance une "langue". Le cinéma, lui, est oublié en route sinon lorsque Gallienne incarne aussi cette drôle de créature qu’est sa mère, même si elle n’est qu’un alibi pour revenir au vrai sujet du film : le comédien lui-même et son identité (sexuelle). Et là, l’incompréhension monte d’un cran ; efféminé et maniéré, le regard que sa famille pose sur lui le persuade d’abord qu’il est une fille.

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Jappeloup

ECRANS | De Christian Duguay (Fr, 2h10) avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil…

Christophe Chabert | Mercredi 6 mars 2013

Jappeloup

Plus scandaleux que l’affaire des lasagnes, l’acharnement du cinéma français à mettre du cheval à toutes les sauces sur les écrans. Après la comédie hippique qui pique comme un vin éventé (Turf), voici le biopic de la monture et de son destrier certifié 100% histoire vraie, avec la fine fleur des acteurs cavaliers dans les rôles principaux. Jappeloup cherche d’un bout à l’autre un angle pour raconter cette success story à la française, pendant que son réalisateur Christian Duguay, yes man canadien à qui on a curieusement accordé un titre de séjour, lui cherche vainement une forme. On sent l’armada de monteurs venus sortir le truc de la panade, tentant de dynamiser l’alternance mécanique de gros plans, plans à la grue et ralentis sur le canasson qui saute un obstacle, pendant qu’un groupe de script doctors prenait la décision, absurde, de changer toutes les trente minutes de sujet : d’abord le jockey indécis, puis le lien père/fils, puis la réflexion sur le cavalier qui doit aimer son cheval, puis le triomphe seul contre to

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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Sport de filles

ECRANS | De Patricia Mazuy (Fr, 1h41) avec Marina Hands, Bruno Ganz…

Dorotée Aznar | Lundi 23 janvier 2012

Sport de filles

Il y a un grand film à réaliser sur le dressage équestre, les rapports entre le cavalier et son animal, leurs correspondances indicibles – mais de toute évidence, ce n’est pas celui-ci. Le gros problème, c’est qu’on ne sait pas vraiment de quoi cause Sport de filles, tant sa forme est en permanence à contretemps du fond. Le script embrasse plusieurs pistes qu’une mise en scène et un montage indolents peinent à suivre ; même les compositions originales de John Cale semblent victimes d’une greffe ratée sur les séquences qu’elles illustrent. On peut se reposer sur les honnêtes performances d’un casting foutraque et attachant pour passer le temps, et on ne pourra pas s’empêcher, pendant toute la durée du film, de rêver aux promesses du Cheval de guerre de Steven Spielberg.François Cau

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Des histoires de France…

ECRANS | Alors que son dernier film est toujours à l’affiche, Pascal Thomas voit enfin une partie de son œuvre éditée en DVD. Trois films essentiels d’un cinéaste fièrement insituable qui montre la France provinciale avec naturel. CC

Christophe Chabert | Lundi 26 avril 2010

Des histoires de France…

Il est temps de reconnaître la place tout à fait unique de Pascal Thomas dans le cinéma contemporain français. Venu de la critique, il a tourné des films où les références sont peu évidentes — il cite Dwan et Tourneur comme ses maîtres ; sa carrière à éclipses en a fait le phoenix d’un cinéma artisanal, qui s’est retrouvé avec une étiquette («le nouveau naturel») dont il a été l’unique représentant. Enfin, son œuvre, bien que souvent diffusée à des heures improbables sur les chaînes câblées, ne semblait pas susciter de mise en perspective profonde. La sortie en DVD de trois films majeurs dont deux tournés pendant son époque bénie des années 70, pourrait réparer cette injustice. Après le succès des "Zozos", il enchaîne en 1973 avec l’excellent "Pleure pas la bouche pleine". Thomas ne se concentre plus sur les garçons mais sur les filles, à travers le portrait d’une adolescente à la campagne qui hésite entre son fiancé parti à l’armée et un dragueur un peu minable mais disponible. Celui-ci est interprété par l’acteur fétiche de Thomas, Bernard Menez, qui prendra l’année d’après le premier rôle du "Chaud Lapin". Carte du tendre M

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Story of Jen

ECRANS | De François Rotger (Fr-Can, 1h52) avec Laurence Leboeuf, Marina Hands…

Dorotée Aznar | Lundi 8 juin 2009

Story of Jen

Bienvenue chez les rednecks : Jen vit avec sa jeune mère dans un coin paumé d’Amérique, où les voisins n’ont pas grand-chose d’autre à faire que de pérorer et de lancer des rumeurs sur leur compte. Quand une figure vaguement paternelle s’installe dans leur grange, Jen cède à des impulsions inédites… La seconde réalisation de François Rotger nous cueille dans sa dernière partie, où le drame limite claustro se transforme avec une certaine évidence en survival abstrait, mis en valeur par des choix esthétiques pertinents. Le seul souci, c’est l’installation, souvent fastidieuse, précédant ce troublant zénith artistique. Rotger y succombe à de nombreux tics d’un cinéma d’auteur français confondant mélancolie et pose, installe les jalons d’une atmosphère mortifère bien trop vaporeuse pour réellement toucher au but. Un déséquilibre qui malheureusement aurait tendance à amoindrir l’impact de sa pourtant convaincante conclusion. FC

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Pascal Thomas

ECRANS | Coffret, volume 1 Studio Canal vidéo

Christophe Chabert | Samedi 1 novembre 2008

Pascal Thomas

Enfin ! Enfin en DVD, les œuvres clés tournées dans les années 70 par Pascal Thomas, populaires en leur temps, oubliées ensuite, et que l’on redécouvre au moment où le public se régale de ses adaptations d’Agatha Christie. Dans ce coffret, laissons de côté l’excellent Mercredi, folle journée, récent et déjà disponible en DVD, pour ne parler que des Zozos et de Confidences pour confidences. En 1971, pour son premier long, Pascal Thomas signe une chronique de l’adolescence provinciale dans un collège pas encore mixte mais où les garçons rêvent plus que jamais de «baiser» des filles. Loin des gaudrioles d’un Michel Lang, Les Zozos est porté par une énergie qui n’est pas que sexuelle, un naturel étonnant de la part des acteurs et finalement une mélancolie terrible. Les séquences en Suède, toute en gène et malentendus, montrent à quel point du discours aux actes le fossé est difficile à franchir. Confidences pour confidences (1978) est sans doute le film le plus dramatique de Thomas : trois sœurs grandissent dans la France gaulliste et gèrent comme elles peuvent le décalage entre des mœurs qui se lib

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Le Crime est notre affaire

ECRANS | De Pascal Thomas (Fr, 1h49) avec André Dussollier, Catherine Frot, Claude Rich…

Christophe Chabert | Mercredi 8 octobre 2008

Le Crime est notre affaire

Pendant que Belisair Dussollier met son ordinateur «à la poubelle», Prudence Frot lui lance un cinglant «Ça sent le vieux !». Sacré Pascal Thomas ! Il faut être sûr de son coup pour ouvrir un film sur une séquence qui résume, avec humour, toute son œuvre récente. Alors, oui, cette suite de Mon petit doigt m’a dit sera encore plus old school et fière de l’être. Après le bâclé L’Heure zéro, Le Crime est notre affaire fait preuve d’un solide sens de la mise en scène, et l’intrigue d’Agatha Christie a cette fois suffisamment de substance pour contenter le spectateur jusqu’à la dernière séquence. Mais ça, à la limite, on s’en fout ! Scindant son couple de détectives amateurs en deux pour les besoins de l’histoire, Pascal Thomas propulse Prudence dans un château enneigé. Elle y découvre une famille partiellement rescapée du dernier Desplechin qu’un vieillard pingre — Claude Rich, avec une réplique géniale : «Elle est bonne, la soupe !» — couvre de reproches. De ce choc générationnel, il ressort que les vieux ne sont pas ceux que l’on croit, et qu’une quadra bien conservée suscite un appétit sexuel plus affolant qu’une blonde minette — qui court en jupe plissée dans les couloirs, au cas o

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Le dilettant

ECRANS | Entretien / Pascal Thomas, cinéaste, jalon important et encore sous-estimé du cinéma français des années 70, continue sa brillante deuxième partie de carrière avec un joyeux bordel de film autobiographique, Le Grand Appartement. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 janvier 2007

Le dilettant

Il y a quelques années, vous m'aviez raconté cette anecdote : Jacques Rozier vivait chez vous, avec votre famille... Quand avez-vous eu l'envie d'en tirer un film ? Pascal Thomas : Nathalie Lafaurie, qui vivait avec moi dans cet appartement, trouvait tellement riche ce qui s'y passait, avec les enfants, les grands-mères, Rozier, les répétitions, qu'elle pensait qu'il fallait en faire la chronique. Depuis Truffaut, un metteur en scène doit faire sa Nuit américaine, c'est-à-dire un film sur sa façon de faire des films, sa façon de vivre. Le Grand Appartement était le bon prétexte pour ça. Vous avancez complètement démasqué dans le film : le lapsus sur le nom de Rozier, Mathieu Amalric vous ressemble... Pour le bonus DVD, je vais sortir le film que j'ai fait sur Vincent Price. La monteuse regardait les rushs et elle me dit «Viens voir...» ; et je vois Mathieu à côté de Vincent Price qui avance vers nous. Je me dis : «Qu'est-ce qu'il fout là ?». Et en fait, c'était moi, jeune, mince comme Mathieu, avec la veste qu'il a dans le film, que je lui ai passée pour le tournage, les mêmes lunettes. La ressemblance était évidente... Quant au lapsus, Bernard Verley, voyant la composition d'Ar

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