Droit de passage

ECRANS | De Wayne Kramer (ÉU, 1h53) avec Harrison Ford, Ray Liotta…

Christophe Chabert | Jeudi 8 juillet 2010

Sous genre du film choral, le film choral thématique a pour modèle le déjà pénible "Collision" de Paul Haggis. Wayne Kramer, réalisateur du nerveux et violent "La Peur au ventre", a tourné avec "Droit de passage" un décalque presque complet du film de Haggis, remplaçant le racisme par l'immigration. Le problème est donc exactement le même : les personnages sont doublement prisonniers du sujet et de la forme, chacun de leurs actes venant illustrer un aspect du dossier (l'ado présumée jihadiste, l'Australienne prête à tout pour obtenir sa carte verte, le gamin asiatique qui pense que la citoyenneté américaine se gagne dans la rue arme au poing…), l'important étant que leurs chemins se croisent à un moment ou à un autre du récit. Arrosé d'une dose de pathos maladroit, curieusement fade dans sa réalisation (Kramer est pourtant un cinéaste assez graphique), "Droit de passage" n'est à l'arrivée qu'un sous-produit auteuriste.
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Loup y es-tu ? : "L'Appel de la forêt"

Aventure | La destinée de Buck, bon gros chien arraché à sa famille du sud des États-Unis pour être revendu au Yukon en pleine fièvre de l'or ; son parcours de maître en maître et son éveil à son instinct primitif, jusqu'à ce que le loup en lui parvienne enfin à s'exprimer à nouveau…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Loup y es-tu ? :

À l’instar de Joseph Conrad, Jack London “vécut“ avant d’écrire (même s’il sut marier les deux de concert) et donc écrivit sur l’aventure en connaissance de cause. Ce n’est sans doute pas un hasard si ses romans d’apprentissage rencontrent encore aujourd’hui un succès inentamé par-delà les générations et au-delà des transpositions — en témoigne la récente variation sur Martin Eden signée par Pietro Marcello. Plus remarquable encore est le fait que le roman d’apprentissage d’un non-humain, un chien, touche autant nos congénères ; d’autant qu’à rebours de son époque exaltant l’industrialisation triomphante, London y exaltait des valeurs quasi rousseauistes de retour à la nature ! Par un des étranges renversements auxquels l’Histoire nous a habitués, les notions de recherche ou de préservation de l’étincelle de sauvagerie innée sont au cœur des préoccupations contemporaines : à l’asservissement et la standardisation urbaine jadis célébrés, on préfère désormais l’authentique et la nature. L’Appel de

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L’avenir, c’était moins pire avant : "Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve

Science-Fiction | Denis Villeneuve livre avec Blade Runner 2049 une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de Dick & Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan “Ford Escort” Gosling.

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

L’avenir, c’était moins pire avant :

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner, K. est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que le monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, “celui qui s’est risqué” à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié par Ridley Scott. Demi-suite en forme de résonance — y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer — ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur Terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact). Bref, de remettre en cause ce qui s’apparente de près ou de loin à une certitude d’airain. La singularité de Blade Runner en était une. Plus maintenant. Du futur, fai

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Cogan

ECRANS | Exemple parfait d’une commande détournée en objet conceptuel, le nouveau film d’Andrew Dominik transforme un thriller mafieux en métaphore sur la crise financière américaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2012

Cogan

Brad Pitt en blouson de cuir avec un fusil à canon scié : c’est l’affiche de Cogan, et tout laisse à penser que ça va envoyer du bois. Générique : alors qu’on entend une déclaration de Barack Obama durant la campagne de 2008, une silhouette s’avance sous un hangar pour déboucher sur un terrain vague. Est-ce Brad ? Non, juste un petit voyou venu monter un coup avec un autre gars de son engeance. S’ensuit un dialogue coloré qui laisse à penser que ce Cogan sera en définitive plutôt dans une lignée Tarantino/Guy Ritchie. Un braquage en temps réel, filmé avec une certaine tension même si l’enjeu paraît étrangement dérisoire, contribue à brouiller encore les pistes. Quant à la star, au bout de vingt minutes, on ne l’a toujours pas vue à l’écran. Lorsqu’elle débarque, c’est pour aller s’enfermer dans une voiture et discuter à n’en plus finir avec un type en costard cravate officiant pour les pontes de la mafia (génial Richard Jenkins, au passage). À cet instant, le spectateur doit se rendre à l’évidence : Cogan n’est pas plus un polar que le précédent film d’Andrew Dominik,

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Morning glory

ECRANS | De Roger Michell (ÉU, 1h47) avec Rachel McAdams, Harrison Ford…

Christophe Chabert | Jeudi 31 mars 2011

Morning glory

Les as du marketing hollywoodien ont découvert un filon juteux : le film pour seniors. Après "Sans plus attendre" (le mélo) et "Red" (le film d’action), voici la comédie romantique. Où l’on voit une jeune productrice aux dents longues (McAdams) débaucher un grand nom du journalisme vieillissant (Harrison Ford) pour animer une émission matinale d’infotainment. Le scénario expose avec une franchise désarmante sa philosophie : qu’est-ce qu’on en a à foutre des problèmes du monde et de l’actualité ? On veut de la régression et du divertissement ! Le film fait ainsi l’éloge du renoncement, du succès à tout prix et de la gaudriole pour ménagères sans aucun complexe, ridiculisant tout sur son passage — Diane Keaton qui danse le bras levé avec 50 cents ; une certaine idée de la déchéance. Cinq jours à relire Kant ne suffiraient pas à se laver le cerveau de ce truc hallucinant de crétinerie satisfaite. Christophe Chabert

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