Le Premier qui l'a dit

ECRANS | De Ferzan Ozpetek (Italie, 1h48) avec Riccardo Scamarcio, Nicole Grimaudo…

Christophe Chabert | Jeudi 8 juillet 2010

Ferzan Ozpetek est un peu le François Ozon italien ; assumant joyeusement de faire un cinéma gay tout en cherchant à l'inscrire dans la tradition nationale (ici, la comédie de mœurs à l'italienne). Pendant une heure, "Le Premier qui l'a dit" réussit assez bien ce programme : un beau garçon revient de Rome dans sa riche famille d'industriels des Pouilles pour faire son coming out. Mais au moment du dîner, son frangin, qui s'apprêtait à reprendre le business de pâtes familiales, lui grille la politesse et claque la porte de l'entreprise. Il doit donc ajouter une autre imposture à ce mensonge en se transformant en patron… Enlevée, bien écrite, rythmée, cette première partie est franchement plaisante. La suite l'est moins, notamment quand Oztepek fait débarquer dans la demeure familiale les quatre potes follasses du héros, le film utilisant d'un coup les stéréotypes et les clichés qu'il avait évités jusqu'ici. Du coup, même la fin, volontariste dans la mélancolie, sent le fabriqué.
CC

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Placebo la vie : " Euforia"

Mélo | De Valeria Golino (It, 1h55) avec Riccardo Scamarcio, Valerio Mastandrea, Isabella Ferrari…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Placebo la vie :

Entrepreneur fortuné évoluant dans le milieu de l’art, Matteo mène une existence de plaisirs loin de son village d’origine. Lorsqu’il apprend que son frère est condamné par la maladie, il le fait venir chez lui et lui fait croire à un traitement miracle. Mais pour adoucir le moral de qui ? Préparez vos mouchoirs : voici un mélodrame d’amour. Mais d’un genre inhabituel, puisque le lien unissant les protagonistes est fraternel, au sens propre — au reste dans un mélo, il y a toujours un regard empli de désir émanant du ou de la cinéaste sur ses interprètes ; il suffit de se remémorer Sirk et Hudson. À l’instar de son premier long-métrage Miele, Valeria Golino se saisit de la maladie et de la mort pour, en creux, exalter l’intensité de la vie ; ses films agissent un peu comme des vanités, à l’envers ou à l’endroit. Ici, le personnage de Matteo va prendre conscience de son égoïsme de jouisseur en considérant ceux qu’il perd et auxquels il survit. Il faudra que son frère meure pour qu’il apprenne à vivre. Douloureuse leçon de philosophie, un peu trop démonstra

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Valeria Bruni Tedeschi : « on est tous plein de blessures et de chagrins »

Les Estivants | Autour de leur partenaire et réalisatrice Valeria Bruni Tedeschi, Pierre Arditi et Valeria Golino évoquent leur travail sur Les Estivants, et de la manière dont la fiction télescope la réalité (et réciproquement) depuis le mouvement #MeToo…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Valeria Bruni Tedeschi : « on est tous plein de blessures et de chagrins »

Avez-vous eu les mêmes difficultés à convaincre la Commission d’avance sur recettes de financer votre film que votre personnage au début des Estivants ? Valeria Bruni Tedeschi : Elle n’a pas beaucoup de mal à monter son film, puisqu’elle le tourne à la fin — c’est génial avec une scène aussi catastrophique. En tout cas, je trouve que je n’ai pas trop de mal. Je fais des films avec pas trop d’argent : celui-là a coûté trois millions d’euros, avec des acteurs peu payés, et très peu de jours de tournage, sept semaines. Je ne suis pas contre le fait que ça soit un peu difficile de faire le film ; après ça serait bien d’avoir un tout petit peu plus de moyens… Dans cette séquence, les membres de la commission parlent des similitudes entre vos films. Les ressentez-vous ? VBT : (rires) J’ai l’impression que je conte toujours un peu la même chose, mais ce n’est pas grave ! J’aime bien donner la parole aux gens qui me critiquent en me disant que c’est toujours la même chose ; à ceux qui me disent des choses un peu désagréables ; du coup ça devient drôle. Mais on travail

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Congés rayés : "Les Estivants"

Comédie dramatique | De & avec Valeria Bruni Tedeschi (Fr.-It., 2h08) avec également Pierre Arditi, Valeria Golino, Riccardo Scamarcio…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Congés rayés :

Son compagnon venant de la quitter, Anna se trouve fragilisée. Pas les meilleures dispositions pour écrire son nouveau film, ni pour passer des vacances dans la villa de sa richissime famille, entre souvenirs, fantômes et vieux différends. Et si du chaos naissait pourtant un nouvel ordre ? Sur le papier, ce film cumule les handicaps : quel intérêt pourrait-on éprouver à suivre, après Il est plus facile pour un chameau et Un château en Italie, une énième variation sur les désarrois intimes et les relations compliquées de la cinéaste avec sa fameuse sœur et le non moins célèbre époux de celle-ci, de surcroît dans leur lieu de villégiature ? Ne nous permettrait-elle pas là de satisfaire un trivial goût pour l’indiscrétion, comme si l’on feuilletait une version respectable (et autorisée) d’un magazine people ? Et cependant, on est vite gagné par cet effet de dédoublement et de distance qu’elle s’impose. Par l’emboitement des mises en abyme et des échos rebondissant de film en film, également, d’une grande complexité théoriq

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L’Italie à sa botte : "Silvio et les autres"

Bunga-Bunga | de Paolo Sorrentino (It-Fr, 2h38) avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio…

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

L’Italie à sa botte :

Sergio, petit escroc provincial cherche à s’attirer les faveurs de Berlusconi afin de monter en gamme dans le bizness. S’il dispose des atouts nécessaires (des jeunes femmes), il lui faut trouver la connexion idoine. Au même moment, dans sa villa, l’ex Cavaliere se prépare à revenir au pouvoir. La première séquence montre un agneau innocent entrant par mégarde dans la demeure de Berlusconi. Fatale erreur : fasciné par la télévision diffusant un jeu quelconque, il s’écroule raide, traîtreusement pétrifié par la climatisation glaciale, aussi sûrement que par une œillade de Méduse. Malheur à tous ces Icare et Sémélé ayant désiré approcher leur divinité : leur chute sera à la hauteur de leur orgueil. Cette ouverture en forme de parabole résume tellement bien le propos du film qu’on se demande, un peu inquiet, si ce qui suit peut être du même niveau. Même si Sorrentino fait une proposition intéressante en abordant Berlusconi par une périphérie canaille et envieuse, en retardant son apparition au deuxième voir troisième acte à la façon du Tartuffe

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Dalida : “Moi je veux mourir sur scène”

ECRANS | de Lisa Azuelos (Fr, 2h04) avec Sveva Alviti, Riccardo Scamarcio, Jean-Paul Rouve…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Dalida : “Moi je veux mourir sur scène”

Une bonne décennie après la mini-série télévisée de Joyce Buñuel, pourquoi diable entreprendre un nouveau biopic sur Dalida ? Si grâce à son producteur de frère la discographie de feue Iolanda Gigliotti s’est enrichie d’une vingtaine de titres — performance remarquable pour une artiste décédée en 1987 —, force est de reconnaître que Lisa Azuelos n’a rien à nous apprendre de nouveau. Entre deux séquences clipées hachant son ascension, la réalisatrice se borne à dévider l’existence malheureuse de la chanteuse en suivant un double-fil pas vraiment cachemire : c’était une collectionneuse de relations autodestructrices, mais aussi une femme de tête en quête de stimulations intellectuelles… Wow… Entonnant volontiers le couplet de la star adulée échouant de naufrage sentimental en fiasco amoureux, le film transforme Dalida en une sorte de Pierre Richard tragique, accumulant avec brio les amants suicidés sous l’œil noir d’un Orlando plus vrai que nature — Riccardo Scamarcio est, avec Vincent Perez en Barclay et Timsit en Coquatrix, l’un des seuls attraits du f

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Gibraltar

ECRANS | De Julien Leclercq (Fr, 1h53) avec Gilles Lellouche, Tahar Rahim, Riccardo Scamarcio…

Christophe Chabert | Jeudi 5 septembre 2013

Gibraltar

Avec à son passif un film de SF épouvantable (Chrysalis) et un tract de propagande pour le GIGN (L’Assaut), il y avait de quoi redouter le troisième long-métrage de Julien Leclercq. D’autant plus qu’il s’est associé avec Abdel Raouf Dafri, scénariste surcoté de Mesrine et de la saison 2 de Braquo. La (relativement) bonne surprise de Gibraltar, c’est que tous deux optent pour un traitement sobre et rigoureux de leur sujet : la descente aux enfers d’un patron de bar criblé de dettes qui accepte de jouer les indics pour les douanes françaises sur le rocher de Gibraltar, plaque tournante du trafic de drogue. Pas d’"enculé" à toutes les répliques, ni de découpage frénétique de l’action, mais un film-dossier qui tente de raconter simplement cette histoire vraie et de dénoncer au passage l’hypocrisie et la lâcheté du pouvoir. On se croirait face à un vieil Yve

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La Prima Linea

ECRANS | De Renato De Maria (It, 1h40) avec Riccardo Scamarcio, Giovanna Mezzogiorno…

Dorotée Aznar | Vendredi 9 avril 2010

La Prima Linea

Pour évoquer les "années de plomb", période sanglante de l’histoire italienne, le réalisateur Renato De Maria choisit de s’intéresser au destin de Sergio Segio, l’un des initiateurs de Prima Linea (groupe armé d'extrême gauche fondé en 1976). Il situe l’action en 1982, quand Segio fut arrêté par la police. Face caméra, mine grave, l’acteur interprétant l’ancien terroriste raconte la naissance du mouvement, le passage à des actions meurtrières ; et surtout sa rencontre avec Susanna, une autre militante qu’il aima follement. Par le biais de cette reconstitution fidèle et crédible de l’époque (vieilles bagnoles, costumes cheap, coupes de cheveux so 70’s), De Maria livre un véritable témoignage… néanmoins sans aucun recul. Fondé sur l’autobiographie de Sergio Segio, le film se transforme rapidement en sorte de repentance cinématographique morale malsaine ; le plus fort arrivant à la fin lorsqu’une petite phrase de justification nous informe que Segio et ses amis, tous libérés, travaillent maintenant comme bénévoles. Comme si l’on avait affaire ici à la rédemption suprême. AM

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