Homme au bain

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 1h12) avec François Sagat, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mardi 14 septembre 2010

On ne voit que le scandaleux film de Valérie Donzelli "La Reine des pommes" pour égaler, au prix du foutage de gueule 2010, cet "Homme au bain" du multirécidiviste Christophe Honoré. Il détourne ici une commande de court-métrage du Théâtre de Gennevilliers (et de son directeur, le redoutable Pascal Rambert : association de malfaiteurs !) tournant autour de l'acteur porno gay François Sagat pour en tirer un long grossièrement cousu avec un home movie en DV de la présentation new-yorkaise de "Non ma fille tu n'iras pas danser" (d'où la présence de Chiara Mastroianni !). Dans "Homme au bain", il n'y a qu'une seule idée : faire du viril Sagat un amoureux fragile — ce qui ne l'empêche pas de rentrer dans tout ce qui bouge de sexe masculin, pendant que son ex jette son dévolu sur un soi-disant sosie d'Al Pacino. Le tous à poil général tient lieu de scénario, de mise en scène et de dialogue, agrémenté de deux moments politiques qui devraient logiquement faire rougir de honte l'auteur, en service commandé pour le PS. Ce cinéma français fier d'être vide, qui ne se regarde plus le nombril mais la bite, est pire que nul ; il est non avenu.
CC

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Enrico Casarosa, réalisateur de “Luca” : « je m’identifie beaucoup à Miyazaki »

Pixar | Le réalisateur du nouveau Pixar (exclusivement visible en streaming sur Disney+) évoque quelques-unes des inspirations ayant guidé son trait et sa palette vers cet univers bariolé peuplé de monstres marins et d’une Italie idéale : celle de la Dolce Vita et des côtes. Propos rapportés.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

Enrico Casarosa, réalisateur de “Luca” : « je m’identifie beaucoup à Miyazaki »

Pourquoi cette décision de réaliser le film dans un décor du littoral Italien ? Enrico Casarosa : J’ai eu la chance de grandir à Gênes. J’ai passé tous mes étés sur le littoral Italien, en compagnie de mon meilleur ami qui s’appelait vraiment Alberto. Nous avons sauté des falaises pour plonger dans la mer ensemble… Enfin, il m’a surtout poussé ! Le littoral en Ligurie a une cote particulière, très escarpée : les montagnes paraissent s’élever droit au-dessus de l’océan. Et j’ai toujours aimé tout particulièrement les Cinque Terre. On dirait que ces cinq petites villes viennent de sortir de la mer et s'accrochent à la montagne afin de ne pas tomber. C’est un lieu vraiment unique, qui me semblait l’endroit idéal pour rendre hommage à la culture italienne : la petite ville ouvrière, le bleu de la mer… C'est très particulier, et ça me rappelle mes souvenirs d’enfance, notamment cette notion autour des amitiés qui nous changent et nous font grandir qui est cœur du film. Quelles recherches avez-vous faites pour ce film ? Concernant les villes qui nous ont inspirés, il y avai

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“Luca“ : Italia belle eau

Sur Disney+ | Le dernier Pixar en date, court et beau, dispo sur Disney+.

Vincent Raymond | Vendredi 25 juin 2021

“Luca“ : Italia belle eau

Aux abord des côtes italiennes, Luca est un gentil petit monstre marin tenu à l’écart des humains par ses parents. Jusqu’à ce qu’il rencontre Alberto : celui-ci lui révèle qu'il peut prendre forme humaine sur terre. Les deux amis vont s’enfuir et s’inscrire à un concours leur ouvrant le monde… Luca tranche par la simplicité de son intrigue — ce qui ne signifie pas qu’elle soit simpliste — comme en atteste la brièveté du film. Rappelant par son esprit “entre terre et mer“ Ponyo sur la falaise ou Lou et l’île aux sirènes, l'arc dramatique principal, la quête de Luca et d’Alberto, est elle-même basique, à hauteur de rêve d’enfant (même si la Vespa symbolise davantage qu’un deux-roues, la liberté et l’émancipation de leur quotidien, l’adolescence, etc.) ; l'unité de temps (l’été), de lieu (le village façon Cinque Terre), et d’action (la préparation du concours) est par ailleurs respectée. Cette épure presque nippone s’avère aussi bienvenue : en resserrant le film sur l’essentiel, sans digression, elle permet aux plus jeunes spectateurs de mieu

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Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

La Fille au bracelet | Stéphane Demoustier signe un “film de prétoire“ inspiré d’un fait divers argentin en forme d’énigme absolue. Un film où la question de la culpabilité apparaît au second plan, derrière une étude fine de l’adolescence contemporaine…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

Pourquoi avoir voulu questionner l’adolescence à travers la justice ? Stéphane Demoustier : Parce que je trouve ça captivant ! On m’a parlé de ce fait divers argentin et, à la faveur de cette affaire, c’était un super moyen d’aborder l’adolescence comme de faire le portrait de cette jeune fille. Il y avait aussi la volonté de faire un film sur une question qui me hantait et que j’avais envie de partager : “connaît-on oui ou non ses enfants ?“. Un procès est un moment idéal pour cela : le père découvre sa fille sous un jour nouveau. Cette affaire m’a convaincu de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune fille et de faire en creux le portrait de son altérité. Cette idée d’altérité est exacerbée au moment de l’adolescence. Acusada de Gonzalo Tobal a-t-il été un obstacle entre ce fait divers et votre film ? Oui, car il était tiré du même fait divers. Je l’ai su et tout de suite s’est posée la question de leur angle. Ils étai

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Maillons à partir avec la justice : "La Fille au bracelet"

Drame | Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents...

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Maillons à partir avec la justice :

Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentours ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la “règle du jeu“ au public : « voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience ». Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en “s’invitant“ dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, bien au contraire. Il offre aussi des portraits pondérés de l’entourage, c’est-à-dire les parents confrontés à l’étonnant pouvoir de dissimulation de leurs ados ou à leur aveuglement, peinant à admettre que leurs “petits“ ont des désirs, bes

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Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Chambre 212 | Rêverie mélancolique et sensuelle dans une chambre d’un hôtel du “libre et change“, Chambre 212 est un film très sérieux sous ses airs de fantaisie sentimentale. Et vice-versa. Explications de l’auteur, le prolifique Christophe Honoré…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Auriez-vous le fantasme d’observer les fantômes de votre propre jeunesse ? Christophe Honoré : J’ai l’impression qu’on est toujours très peuplé par — je ne sais pas si l’on peut appeler ça des fantômes de sa jeunesse — ces “moi“ successifs que l’on a été. À certains moments de ma vie, je ne crois pas être si éloigné de la personne que j’étais quand j’avais 20 ou 30 ans. C’est ce que dit le film : on est souvent très nombreux à l’intérieur de soi ! Des gens que l’on n’a pas croisé pendant des années vous donnent souvent l’impression qu’ils vous revoient vieilli alors que vous pensez être toujours avec les mêmes aspirations, les mêmes goûts que quand vous aviez 25 ans… De la même manière, dans le milieu professionnel ou les moments amoureux plus intimes, on a des âges différents : c’est très rare que l’on soit conforme à son âge véritable. On fluctue énormément d’un âge à l’autre, et ces fantômes de la jeunesse ne sont pas tant des fantômes que des personnes bien réelles, et bien bruyantes, à l’intérieur de soi. Quel “âge intérieur“ aviez-vous lorsque vous avez commencé à écr

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La clef des songes : "Chambre 212" de Christophe Honoré

Drame sentimental | Vingt ans après le début de son idylle avec Richard, Maria quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

La clef des songes :

Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens, où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions — en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan — seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au générique. Christophe Honoré déploie ici tout son savoir-faire (qu’on sait immense) pour restituer la cotonneuse sensation d’une nuit blanche hantée par l’onirisme. Malgré son inventivité transmédiatique, malgré ses comédiens et comédiennes, malgré Apollinaire, son film laisse toutefois l’impression d’u

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Claire obscure : "La Dernière Folie de Claire Darling"

Drame | De Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Claire obscure :

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling. Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire — son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage, le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film — façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se

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Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures : "Plaire, aimer et courir vite"

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs, avec un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition Cannes 2018.

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures :

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur, un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris — ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida —, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non, ma fille tu n’iras pas danser (2009) pour l’inspiration bretonne et autobiographique et des Chansons d’amour (2007) ou d’Homme au bain (2010) pour la représentation d’étreintes masculines. L’ego lasse

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Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation, à destination des enfants autant que des adultes.

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris et la méfiance, et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche” lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes — ce que l’ouvrage dans sa forme théâtrale incite à faire et que l’amorce du film laisse croi

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Good Luck Algeria

ECRANS | de Farid Bentoumi (Fr, 1h30) avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Good Luck Algeria

Aux origines, une belle histoire… qui donne naissance à un film joliment ourlé. Pas si fréquent sous nos latitudes, alors qu'Hollywood est coutumier de ces contes exaltant le dépassement de soi, forgés à partir d’un exploit individuel accompli dans un cadre absurde. Comparable au mémorable Rasta Rocket (1994) et voisin de Eddie the Eagle (narrant le parcours du premier sauteur à ski olympique britannique, en avril sur les écrans), Good Luck Algeria s’inspire des rocambolesques péripéties du frère du réalisateur, un Rhônalpin désireux de concourir pour les JO et “promené” par les responsables de la fédération algérienne de ski, moins intéressés par l’athlète que par l’aubaine d’une subvention à détourner — des notables ici moqués avec causticité. À partir de l’anecdote familiale, Farid Bentoumi tisse un scénario plus complexe, où le résultat devient annexe, le défi seul étant prétexte à une redécouverte par le héros, Sam, de ses origines doubles ainsi qu’à une mise à plat des rapports entre lui, son père et ses oncles restés au bled. Si pour la course Sam affiche son attachement au drapeau paternel (ses racines retro

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3 Cœurs

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h46) avec Benoît Poelvoorde, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

3 Cœurs

Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un «thriller sentimental» ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au spectateur dans l’introduction, où, en plus des notes sombres qui parsèment la musique mélodramatique de Bruno Coulais, circule un climat fantomatique pour narrer le coup de foudre entre un type qui vient de rater son train —Pœlvoorde — et une fille qui erre dans les rues — Gainsbourg. Ils se donnent rendez-vous à Paris, mais en chemin, il est foudroyé par une attaque cardiaque. Cette entame étrange, abstraite, à la lisière du fantastique, est en effet ce que Jacquot réussit le mieux, le moment où sa mise en scène dégage une réelle inquiétude. En revanche, tandis que l’histoire se resserre autour d’un nœud sentimental — confectionné grâce à un sacré coup de force scénaristique — où Poelvoorde tombe amoureux de la sœur de Gainsbourg (Chiara Mastroianni) ignorant les liens qui les unissent, le suspense est comme grippé par l’approche psychologique et réaliste du cinéaste. Il faut dire que lorsque Jacquot tente de ramener de la quotidienneté dans le récit — que ce soit les séquences à la direction des impôts,

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Rencontre entre nos lecteurs et Christophe Honoré

MUSIQUES | Samedi 26 octobre, alors que le soleil tapait sur la baie vitrée du petit salon de l'opéra, onze lecteurs et lectrices du Petit Bulletin ont pu rencontrer (...)

Benjamin Mialot | Mardi 29 octobre 2013

Rencontre entre nos lecteurs et Christophe Honoré

Samedi 26 octobre, alors que le soleil tapait sur la baie vitrée du petit salon de l'opéra, onze lecteurs et lectrices du Petit Bulletin ont pu rencontrer Christophe Honoré le temps d'un "café" en petit comité. Le cinéaste, scénariste, metteur en scène de théâtre et écrivain y a abordé son travail sur le premier opéra auquel il a collaboré, Dialogues des Carmélites, présenté depuis le 12 octobre à l'Opéra de Lyon. Il a notamment fait part de son envie de réitérer cette aventure et annoncé que Serge Dorny, directeur de l'Opéra en partance pour Dresde, lui avait d'ores et déjà proposé de réitérer l'expérience avec lui en Allemagne. La prochaine actualité de Christophe Honoré sera toutefois cinématographique, avec la sortie en 2014 d’une adaptation des Métamorphoses d'Ovide. Il a pour l'occasion délaissé sa troupe habituelle (Louis Garrel, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier...) et les chansons d'Alex Beaupain pour se tourner vers des comédiens non professionnels, repérés dans rue. Il avoue toutefois n'être pas contre l'idée de retrouver prochainement sa clique,

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Dialogues avec une jeune chanteuse

MUSIQUES | L’Opéra de Lyon célèbre le 50e anniversaire de la disparition de Francis Poulenc avec "Dialogues des Carmélites", l'une de ses œuvres les plus mystique, sensuelle et profonde, ici mise en scène par le cinéaste Christophe Honoré. Pour l'évoquer, nous nous sommes mis à l’écoute d’Anaïk Morel, jeune et prometteuse interprète à la voix ronde et claire. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 4 octobre 2013

Dialogues avec une jeune chanteuse

Comment se met-on dans la peau de Mère Marie de l’incarnation, dans les habits d’une religieuse âgée, quand on est comme vous en tout début de carrière ? Anaïk Morel : Au départ, j’étais un peu anxieuse de jouer ce rôle. Mère Marie est une femme d’un certain âge, d’un certain rang, qui a beaucoup d’autorité. J’ai travaillé le personnage avec des idées assez précises mais lorsque j’ai commencé les répétitions avec Christophe Honoré, il nous a très vite dit à toutes, peut-être plus particulièrement à moi, qui suis la plus éloignée du personnage, de déconstruire nos idées et de ramener le personnage à quelque chose qui nous ressemblait plus. C’est à dire de ne pas essayer d’être une femme de soixante ans à l’autorité naturelle de par son expérience, mais de ramener tout cela à quelque chose de plus simple.   Comment avez-vous aborder le rôle ? Je me suis longuement renseignée, d’une manière personnelle d’abord, puis Christophe Honoré nous a montré des

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Ça bouge chez les classiques

MUSIQUES | Signe d’une grande et belle vitalité artistique, cette saison encore les plus grands interprètes seront à Lyon. De Grame à l’Auditorium en passant par l’Opéra, Piano à Lyon et tant d’autres, tous s’y mettent pour proposer à public exigeant toujours plus, encore mieux. Petit tour d’horizon… Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 20 septembre 2013

Ça bouge chez les classiques

Quelle autre ville que Lyon peut s’enorgueillir d’abriter en son sein autant de propositions musicales généreuses et surprenantes ? Pour son 31e Festival de musique baroque, Eric Desnoues surprend encore et fait venir à Lyon les immenses Savall (le 12 octobre à la Chapelle de la Trinité), Jaroussky (le 12 décembre), Minkowski (le 15 avril) et Herrweghe (le 11 juin). Cerise sur le gâteau, il accueillera le 20 mars le chef d’orchestre japonais Masaaki Suzuki, qui dirigera des cantates de Bach. Suzuki à la baguette et le Kapellmeister renait de ses cendres. Piano à Lyon, qui se délocalise pour une saison salle Rameau, offre de son côté dix concerts de haute volée, Jérôme Chabanne ayant tissé un programme où anciens et nouveaux se croisent. Gautier Capuçon et son complice Frank Braley reviendront ainsi ébouriffer le public lyonnais le 7 février tandis que l’hypnotique Alexandre Tharaud se frottera à l’Adagietto de la 5e symphonie de Mahler - qu’il a lui même transcrit pour piano - le 24 avril. Les Percussions Claviers de Lyon, quant à

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Les Salauds

ECRANS | De Claire Denis (Fr, 1h40) avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Les Salauds

J’ai pas sommeil, Trouble every day, Les Salauds : trois films qui, dans l’œuvre de Claire Denis, forment une sorte de trilogie de l’horreur, où elle fouille les désirs monstrueux pour en sortir des récits en forme de cauchemars éveillés. On peut aussi y voir l’asymptote d’une carrière, du vouloir-dire omniprésent (J’ai pas sommeil) à un plus rien à dire franchement gênant (Les Salauds), avec au milieu un point d’équilibre fragile (Trouble every day, son meilleur film). Les Salauds donc, est une sorte de magma filmique incohérent, que ce soit dans l’enchaînement des séquences ou celui des plans, où Denis s’enfonce dans le ridicule à mesure qu’elle s’approche de l’immontrable. Grotesque, ce plan récurrent de Lola Creton avançant nue sur une route le vagin ensanglanté ; ridicules, ces scènes de cul entre Lindon et Mastroianni ; risible, ce porno final qui semble répondre à ceux que projetait Lynch dans Lost highway. Tout cela paraît assemblé à l’arrache sur un banc de montage, comme un work in progress dénué de sens, masquant à grand pe

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Augustine

ECRANS | D'Alice Winocour (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Soko, Chiara Mastroianni…

Jerôme Dittmar | Mercredi 31 octobre 2012

Augustine

Si les images de Charcot n'ont cessé d'irriguer le cinéma (de Furie à A.I en passant par Carrie), rarement l'histoire du docteur et sa patiente star, Augustine, n'a fait l'objet d'un film. À Alice Winocour de compenser cette absence avec un premier long aussi ambitieux que petit à l'arrivée. La faute à une approche trop polie, presque scolaire, qui ouvre autant de pistes théoriques qu'elle enferme la mise en scène dans un carcan appliqué et limité. Tout est finalement si réfléchi, dans cette histoire sur les mystères de la sexualité féminine, qu'aucune ambiguité n'émerge. Là où devraient exister des personnages ébranlés par leurs désirs, fascinés par une attirance réciproque dans un monde aux portes de la psychanalyse et du spectacle permanent, surnagent deux acteurs filmés par une caméra proche de l'académisme télévisuel. Pas facile aussi d'être bouleversé par la semi-lourdeur de Soko dans le rôle d'Augustine. L'actrice, jamais troublante, plombant limite le film à elle seule. Jérôme Dittmar  

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Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

Christophe Chabert | Samedi 9 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques est le grand parrain du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie fantasque que lui c

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Non ma fille tu n'iras pas danser

ECRANS | Portrait de femme en mère, fille, épouse et amante contrainte, le nouveau Christophe Honoré confirme l’anachronisme du cinéaste dans le cinéma français contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 août 2009

Non ma fille tu n'iras pas danser

Il y a deux belles scènes dans le dernier film de Christophe Honoré : celle où un père s’adosse à un arbre pour s’adresser au spectateur et raconter, sur un ton grave, le roman familial. Le texte est beau, le mouvement de caméra fluide, la mélancolie règne… L’autre séquence réussie du film est plus tardive et plus longue : c’est un vieux conte breton qu’Honoré met en images, interrompant avec audace le cours de son récit pour mieux l’éclairer de cette allégorie. Il y est question d’une fille promise à un mariage de raison et qui, le jour de ses noces, voit son mari puis tous les hommes du village mourir à ses pieds, foudroyés alors qu’ils dansaient avec elle. L’héroïne du film, Léna (Chiara Mastroianni), est elle aussi contrainte par les désirs qui l’entourent et lui dictent sa conduite : le clan familial, son futur ex-mari, son amant… De tout cela, elle va chercher maladroitement à s’échapper, pour assumer son statut de mère libre et de femme indépendante. Danse solitaire Certes, le discours d’Honoré est bien rodé. Le problème, énorme, de son film, c’est que ce discours est un spectre qui ne s’incarne jamais

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Un chat un chat

ECRANS | De Sophie Fillières (Fr, 1h47) avec Chiara Mastroianni, Agathe Bonitzer…

Christophe Chabert | Mercredi 18 mars 2009

Un chat un chat

Déconnecté. C’est le mot qui vient à l’esprit après ce troisième film de Sophie Fillières (on gardait, sans savoir pourquoi, un souvenir évanescent mais agréable du précédent, Gentille). Un chat un chat, c’est une sorte d’abîme de l’auteurisme français, qui pense sérieusement que Jean-Claude Biette et Gérard Frot-Couttaz sont les plus grands cinéastes hexagonaux des trente dernières années. Ça, c’est pour la déconnection cinéphile… Un chat un chat, ce sont des situations à l’étrangeté calculée et du coup jamais drôles, des personnages qui sentent bon l’autofiction mal déguisée (une auteur de roman, une élève de khâgne), des dialogues avec une langue impossible, ni musicale, ni réaliste, juste décalée pour être décalée. Ça, c’est pour la déconnection scénaristique… Un chat un chat, c’est enfin un sommet de non-réalisation, avec un mouvement de caméra tous les trente plans, souvent un simple recadrage sur une action hiératique. Pas de direction artistique, certes, mais ni coiffeurs, ni costumes, à peine un chef opérateur, du son direct crade : une esthétique fière de sa pauvreté. Oh ! Y a quelqu’un derrière la caméra ? Et à la production

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La Belle Personne

ECRANS | de Christophe Honoré (Fr, 1h30) avec Léa Seydoux, Louis Garrel...

Dorotée Aznar | Jeudi 9 octobre 2008

La Belle Personne

Alors certes, l'intention ne manque pas d'un adorable panache quasi juvénile (démontrer que, contrairement à ce que prétend l'actuel chef de l'État, La Princesse de Clèves demeure un roman pertinent à l'heure d'aujourd'hui), mais force est d'admettre que Monsieur Honoré est en plein relâchement. En fait d'adaptation post-moderne du texte de Madame de Lafayette, Christophe Honoré nous livre ici un menu best-of assez indigeste de son cinéma (intermède chanté écrit par Alex Beaupain en option), ce qui ne nous aurait pas forcément déplu si le film avait moins donné l'impression d'avoir été bâclé, dans un souci assez cynique de capitalisation sur ses (maigres) acquis. Cadres foutraques, photo littéralement dégueulasse, dialogues à la limite de l'audible, confrontations à peine effleurées des niveaux de langage, inanité de la transposition contemporaine, le film nage dans un marasme artistique total. FC

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