Wall street : l'argent ne dort jamais

ECRANS | Oliver Stone profite de la crise financière pour donner une suite à son "Wall street" de 1988, marquant ainsi le retour du trader machiavélique Gordon Gecko, pour un résultat anachronique, poussif et daté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

Photo : © Fox 2009


Ne ratez pas le début de ce nouveau "Wall street" signé Oliver Stone : il contient la meilleure scène du film. Michael Douglas, retrouvant son personnage de Gordon Gecko, sort de prison après y avoir purgé une peine de vingt ans. On lui rend ses effets personnels où figure un antique téléphone portable ressemblant à un gros talkie-walkie. Le monde a changé, nous dit Oliver Stone, mais en apparence seulement : la bourse, déjà folle en 88, est devenue complètement barge à la fin des années 2000, provoquant la catastrophe que l'on sait. Mais là où les traders arrogants d'hier étaient punis par la justice, ceux d'aujourd'hui, encore plus irresponsables, sont sauvés au nom de la préservation d'un modèle économique. Libre, Gecko devient alors une sorte de messie donnant des conférences pour expliquer le pourquoi de la crise, sur le mode du «j'ai changé», mais sans roulements d'épaules sous la veste.

Gecko 2.0

Le monde a changé mais pas le cinéma d'Oliver Stone ; pire, il ne s'embarrasse plus d'avant-gardisme visuel ou de complexité scénaristique, se contentant d'un recyclage paresseux des ficelles du premier volet. Ainsi, Shia LaBeouf (acteur sans saveur façon Josh Hartnett) reprend peu ou prou le rôle du trader naïf joué auparavant par Charlie Sheen. Totalement improbable : on le fait tomber amoureux de la fille de Gecko, tellement en froid avec son padre qu'elle en a viré altermondialiste. Évidemment, Gecko se rapproche de son disciple pour tenter une salutaire réconciliation familiale… Ce nœud neuneu occupe une grosse partie de l'intrigue, évitant du coup à Stone de traiter ce pour quoi on l'a fait revenir : les mécanismes de la finance qui transforment le citoyen en pion impuissant face à l'économie. Quand de temps à autre il s'y colle, Stone réussit pourtant quelques séquences marquantes : la description des discussions menées par les diverses générations de banquiers et d'industriels ressemblent aux conciliabules mafieux du Parrain ou aux réunions à la Maison Blanche de son précédent W. D'ailleurs, la meilleure idée de ce "Wall street" est d'avoir confié le rôle du grand méchant à Josh Brolin. L'acteur ramène dans son sillage le souvenir de son incarnation du Président Bush Jr, créant à l'écran un sous texte discret désignant les vrais responsables du fiasco. Si le film avait suivi cette ligne, il aurait pu être passionnant ; mais il préfère l'eau de rose et les effets 80's à la noirceur de l'actualité. 

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Ryan Reynolds : « Deadpool est libérateur ; c’est un clown »

Entretien | Derrière le masque de Deadpool, figure celle de Ryan Reynolds, beau gosse aux traits d’esprits aussi caustiques que le personnage immortel à qui il a donné vie au cinéma. Vous suivez ? Justement, il parle de la suite, Deadpool 2.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Ryan Reynolds : « Deadpool est libérateur ; c’est un clown »

Ce deuxième épisode se présente davantage comme une surenchère qu’une suite du premier : l’humour et l’action sont ici amplifiés… Ryan Reynolds : Tout à fait. En étant programmé pour sortir aux beaux jours, il se devait de comporter plus d’action. Mais il fallait conserver le côté décalé du premier, et la dimension “anti-héros“ du personnage. Par ailleurs, il y plus d’histoires à raconter, des nouvelles têtes (Domino, X-Forces, Cable…). Bref, cela faisait beaucoup de matière pour enrichir cet opus. Quels points communs revendiquez-vous avec le personnage de Deadpool ? J’en ai beaucoup ! (rires) Dès l’instant où je l’ai rencontré voilà onze ans, j’ai insisté pour que le premier film existe, et j’ai dû aller voir tous les studios possibles pour cela. Mais finalement, cela a été un mal pour un bien : le temps ayant passé, il se trouve qu’il était beaucoup plus adapté à l’époque à laquelle nous l’avons sorti. Sinon, c’est vrai que je pense un peu comme Deadpool, mais à sa différence, j’ai un filtre — dans ma vraie vie, certaines des c

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Y en a un peu plus, je vous le laisse quand même ? : "Deadpool 2"

Nice Suit(e) ! | de David Leitch (E-U, 2h) avec Ryan Reynolds, Josh Brolin, Morena Baccarin…

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Y en a un peu plus, je vous le laisse quand même ? :

Ayant trop exterminé de malfaisants, Deadpool reçoit en représailles une “visite“ à domicile causant la mort de sa fiancée Vanessa. D’abord désespéré et suicidaire, Deadpool trouve une raison de vivre et de combattre. Ainsi que de nouveaux alliés, qu’il recrute dans sa X-Force… Et si Ryan Reynolds était en train d’accomplir avec Deadpool, en version ludique et trash, ce que Spielberg avait manqué dans Ready Player One : produire le divertissement adulte célébrant la culture pop dans sa jouissive transversalité absolue ? Incluse dans le cosmos Marvel officiel, mais jouant de la marginalité totale de son personnage-titre pour s’autoriser déviances, provocations et outrages, la franchise possède un enviable statut : Deadpool incarne le “Ça“ de la famille, le dépositaire des pulsions inconvenantes, du mauvais goût et de la transgression. L’onanisme, le meurtre, la grossièreté ou le vice sont interdits aux autres boy-scouts ? Lui se délecte de les pratiquer à l’envi. Usant volontiers d’apartés pour asseoir sa connive

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Gazon béni : "Borg/McEnroe"

Le Film de la Semaine | Janus Metz autopsie le parcours de deux totems du sport contemporain à l’occasion du non moins légendaire match les opposant en 1980 sur le green britannique. Trop de la balle pour mesurer en cinq sets la tragique gravité du tennis et sa haute cinégénie.

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Gazon béni :

Wimbledon, 1980. Quadruple tenant du titre et n°1 mondial, Björn “Ice” Borg est défié en finale par son dauphin au classement ATP, un jeune Étasunien irascible réputé pour son comportement de voyou sur les courts. Contrairement aux apparences, les deux se ressemblent beaucoup… Si l’on parle volontiers du terrain de sport comme d’une arène ou d’un “théâtre”, le court de tennis est, au même titre que le ring, apte à cristalliser des dramaturgies hautement cinématographiques. Quant à cette finale opposant Borg à McEnroe, elle va bien au-delà de l’épithète “anthologique” : Serge Daney écrivait que l’on touchait ici aux « beautés de la raison pure. » Le film ne se cantonne pas à une reconstitution méthodique du match épique. Sa réalisation rend justice à la grâce et la pugnacité des deux athlètes, sculptant par un montage acéré l’incomparable chorégraphie des échanges. Le bouillant Shia LaBeouf s’empare de la raquette de l’explosif gaucher avec un mimétisme raisonnable : nul autre que lui n’aurait été crédible dans ce rôle. Q

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"American Honey" : le miel de la misère américaine

ECRANS | La trajectoire de Star, ado du Kansas fuyant un foyer délétère, pour intégrer une bande de VRP à son image, cornaqués par un baratineur de première. Un portrait de groupe des laissés pour compte et des braves gens d’une Amérique sillonnée dans toute sa profondeur, où même la laideur recèle une splendeur infinie.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Quand on a 17 ans et aucune autre perspective que fouiller les poubelles pour nourrir sa fratrie ou se faire peloter par son épave de père, on n’hésite pas longtemps lorsque s’offre une occasion de quitter son trou à rat. Pour Star, elle se présente sous les traits de Jake, hâbleur et fantasque chef d’une troupe d’ados vendant des magazines en porte-à-porte pour le compte de la belle Krystal. Séduite et cooptée, Star rejoint son escadron de bras cassés cueillis au gré des haltes du cortège. De grands gamins paumés mais pas méchants, formant un clan où Star se sent “à part”… Étoile fuyante À de rares exceptions près, vous ne trouverez guère dans les JT d’images authentiques de cette Amérique profonde, malade et déclassée, qui a fini par voter Trump par désarroi ou désespoir. Plusieurs longs-métrages ont cependant diagnostiqué la lèpre sociale rampante, de Winter's Bone de Debra Granik (2010) à The Other Side (2015), sans ménagement ni complaisance. Visages édentés, corps ravagés par le crack, inceste et délinquance en sus, les tableaux de ce quotidien abominable y étaient d’une noirceur épouvantable, aggrav

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"Snowden" : pleurez, vous êtes fliqués

ECRANS | Suivant à la trace Laura Poitras (Citizenfour, Oscar du documentaire), Oliver Stone s’intéresse à son tour au lanceur d’alerte Edward Snowden, et raconte son combat souterrain contre la NSA, en l’accommodant façon film d’espionnage. Didactique, classique, mais efficace.

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

Affecté aux services de renseignements des États-Unis, un informaticien brillant et patriote, découvre avec stupeur que les grosses compagnies liées aux télécommunications collectent et transmettent les données privées de leurs utilisateurs sans leur consentement. Ulcéré, il décide de dénoncer publiquement cet espionnage général infondé. Quitte à renoncer à sa liberté. Guerres, terrorisme, biopics de stars ou de personnalité politiques… Pareil à nombre de ses confrères, Oliver Stone a signé la majorité de ses films en réaction à des événements ayant dramatiquement marqué l’histoire immédiate et/ou la société américaine. Parallèlement, à chaque fois qu’il s’est octroyé une escapade vers une autre “contrée“, il a donné l’impression de tourner un film par défaut, n’ayant pas eu à se mettre devant la caméra de sujet plus conforme à ses attentes — en témoignent le péplum Alexander (2004) et même la suite de Wall Street, L’Argent ne dort jamais (2010). Contrôles : halte + sup ! Sno

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Inherent Vice

ECRANS | En adaptant "Vice caché" de l’immense Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson prouve, après "The Master", qu’il n’aime rien tant qu’aller à l’encontre de sa maîtrise, éprouvée et incontestable. De fait, ce polar pop, enfumé et digressif est un plaisir intense, où il est avant tout question de jeu, dans tous les sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Inherent Vice

Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier — marié — et dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter, moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture beatnik, adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent Vice rappelle inévitablement les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman — Le Privé — ou les frères Coen — The Big Lebowski. Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si Vice caché se nourrissait de cette mythologie propre à la littérature criminelle, il la cabossait par un réf

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Last days of summer

ECRANS | De Jason Reitman (ÉU, 1h51) avec Kate Winslet, Josh Brolin…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Last days of summer

Chronique antidatée années 80 d’un jeune garçon qui voit sa mère, un peu dépressive, retrouver le goût de la vie et des tartes à la pêche en hébergeant un taulard en fuite puis en tombant amoureuse de lui, Last days of summer tente un étrange croisement entre le mélo à Oscars et la production Amblin / Spielberg, référence assumée dans les posters accrochés aux murs de l’ado. La greffe ne prend pas vraiment, notamment dans la laborieuse exposition du film, où tout semble factice et artificiel, à commencer par le brusque syndrome de Stockholm qui voit la maman succomber aux charmes du bad guy sexy qui la séquestrait une scène auparavant. La suite est plus intéressante, et Jason Reitman, cinéaste sans personnalité qui adapte son artisanat en fonction des scénarios qu’il illustre, réussit à attraper quelque chose de l’émoi adolescent et de ses troubles pulsions, ainsi qu’un petit parfum mélancolique qui ne sauve pas le film de l’anodin, mais l’empêche de sombrer dans l’ennui. Christophe Chabert Sortie le 30 avril

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Ma vie avec Liberace

ECRANS | Pour ses adieux au cinéma, Steven Soderbergh relate la vie du pianiste excentrique Liberace et de son dernier amant, vampirisé par la star. Magistralement raconté, intelligemment mis en scène et incarné par deux acteurs exceptionnels. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 12 septembre 2013

Ma vie avec Liberace

Tout ce qui brille n’est pas or. Pour Liberace, pianiste virtuose et showman invétéré, c’est surtout le strass qui doit briller, en mettre plein la vue au point d’entraîner une étrange cécité chez ses fans. Lorsque Scott Thorson découvre son spectacle et l’enthousiasme du public straight et âgé qui le regarde, il se demande : «Comment peuvent-ils aimer un truc aussi gay ?». Son compagnon lui répond qu’ils ne veulent pas voir ce qui pourtant saute aux yeux. En cela, Liberace est autant un formidable personnage qu’un pur produit de son époque : du queer criard qui se terminera dans un grand crash larmoyant. La beauté du dernier film de Steven Soderbergh, c’est qu’il fonctionne sur le même type de santé paradoxale : le scénario de Richard LaGravenese est un modèle de storytelling, plein de verve et de répliques cinglantes, mais il explore les facettes les plus sombres de Liberace. Quant à la mise en scène, elle capte le kitsch scintillant qui constitue l’univers domestique du pianiste, avant d’en révéler la dimension cauchemardesque, à l’image de cette moumoute qui, une fo

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Gangster squad

ECRANS | De Ruben Fleischer (ÉU, 1h52) avec Josh Brolin, Ryan Gossling, Sean Penn…

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Gangster squad

Le ratage de ce Gangster squad est plutôt surprenant : un casting en or, une relecture du film de gangsters par un cinéaste habile à revigorer les codes des genres (son Zombieland était grandiose à ce niveau)… Assez vite, il faut se rendre à l’évidence : le script n’est qu’un laborieux décalque de celui des Incorruptibles, sans les dialogues admirables de David Mamet, mais avec beaucoup de grandes phrases toutes plus ridicules les unes que les autres. Du coup, les acteurs sortent les rames. Sean Penn a beau en faire des caisses dans le rôle de Mickey Cohen, on ne voit que son maquillage qui lui donne des allures de freak grotesque. Très mauvais aussi, Josh Brolin, mâchoire serrée et front plissé tout du long. On aimerait sauver le duo archi-glamour Emma Stone-Ryan Gossling du naufrage, mais leur couple ressemble plutôt à des icônes lisses sorties d’un poster d’époque. Quant à la mise en scène, desservie par une photo numérique d’une absolue laideur, elle tente de noyer le poisson en en rajoutant dans la violence (et même le

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Savages

ECRANS | On espérait que, loin des pamphlets politiques et des fresques historiques qui ont fait sa gloire, Oliver Stone allait retrouver un peu d’efficacité et de modestie dans ce thriller narcotique sur fond de ménage à trois. Mais faute de choisir un ton, un style et un point de vue, son "Savages" est plus ridicule que distrayant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Savages

En introduction, la belle O (pour Ophelia, attention, référence !) raconte que ce n’est pas parce qu’elle nous explique l’histoire du film en voix-off qu’elle en est forcément sortie saine et sauve. Joignant le geste cinématographique à la parole, Oliver Stone bloque son ralenti en noir et blanc, rembobine le film telle une antique VHS et reprend le récit à son début. L’idée est excitante : désigner ses personnages comme de pures créatures de celluloïd, des images malléables que l’on brinquebale d’un bout à l’autre de l’intrigue et qui finissent par lui survivre. Cette plasticité est la marque du cinéma de Stone depuis Tueurs nés, même si on peut aussi constater qu’elle est ironiquement devenue le symbole de sa carrière récente, où une emphatique fiction patriotique (World trade center) voisine avec un sobre docu-drama à charge sur George W. Bush ou une suite paresseuse d'un de ses plus grands succès (Wall street : l'argent ne do

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L’Œil du mal

ECRANS | De D.J. Caruso (EU, 1h54) avec Shia LaBeouf, Michelle Monaghan…

Christophe Chabert | Vendredi 19 décembre 2008

L’Œil du mal

Le pauvre Jerry traverse une période de poisse certaine. À peine a-t-il le temps de pleurer la perte de son frère jumeau qu’une mystérieuse interlocutrice téléphonique le pousse sur la voie bien malséante du terrorisme, à grands coups d’ordres abscons mettant en péril la sécurité de l’Etat. Il faudra peu de temps au spectateur un minimum rompu à ce genre de suspense pour découvrir le pot-au-rose, lequel évacue miraculeusement toute tentation discursive sur la paranoïa sécuritaire, sujet apparent de ce thriller prostré dans l’inconfortable position dite du cul entre deux chaises. Tour à tour trop ou pas assez improbable, L’Œil du mal s’apparente très vite à une variante cyber technologique du fameux “Jacques a dit“, où les rebondissements les plus absurdes s’enfilent comme des perles. Sur un canevas similaire et tout aussi rocambolesque, John McTiernan avait fait des miracles dans Une Journée en enfer, à la grâce d’une mise en scène faussement instinctive mais vraiment trépidante, pompée sans vergogne depuis des années par des tâcherons sans talent. D.J. Caruso s’ajoute donc à cette liste, sans panache, avec un zeste de malice bon teint dans l’observation distanciée de ses personnag

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W.

ECRANS | C’est l’histoire d’un plouc américain qui déteste bosser, mais aime picoler et draguer les filles. Pas de bol pour lui, ce redneck ordinaire a pour père un (...)

Christophe Chabert | Jeudi 23 octobre 2008

W.

C’est l’histoire d’un plouc américain qui déteste bosser, mais aime picoler et draguer les filles. Pas de bol pour lui, ce redneck ordinaire a pour père un politicien ambitieux qui deviendra président des États-Unis. Face à ce paternel qui le méprise et lui préfère son frère propre sur lui, un désir de revanche et de reconnaissance se développe, qui finira par influer dramatiquement sur le cours du monde. La thèse d’Oliver Stone sur George W. Bush peut paraître simpliste ; mais en ces temps de biopics tièdes et sans point de vue (Coluche, Mesrine), cela fait du bien de voir un cinéaste mouiller sa chemise, même si sa proie a déjà un sacré genou à terre ! Stone, dans un joyeux désordre chronologique, dresse un portrait de ce type qui représente un morceau d’Amérique que l’on ne peut négliger (celle des oisifs élevés dans le culte de la réussite et la haine de la culture) et qui a juste le tort de se retrouver au pire endroit et au pire moment. Josh Brolin, grand acteur, incarne à la perfection cet homme écartelé entre la rigidité des codes démocratiques et la grossièreté des mœurs texanes. W. se pose ainsi en tragi-comédie, avec des pointes de b

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«Ne pas tirer sur l’ambulance»

ECRANS | Entretien / Oliver Stone, réalisateur de W. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Jeudi 23 octobre 2008

«Ne pas tirer sur l’ambulance»

Mythologies«Bush est la personnalité politique la plus intéressante depuis JFK. Il a changé les règles du monde et de l’Amérique, renforcer le pouvoir exécutif à un point jamais atteint jusqu’ici… C’est aussi un personnage improbable, un fils prodigue qui retourne chez lui et qui ne s’avère pas si prodigue que ça ! Il y a aussi un côté Icare chez lui : il veut voler plus haut que son père et finit par se brûler les ailes. Ce mélange de mythologies est ce qui me semblait original dans l’approche de Stanley Weiser, l’auteur du scénario. Je n’avais pas besoin d’aller trop loin dans la critique de Bush, je me suis refusé d’utiliser des idées trop personnelles. Je ne voulais pas tirer sur l’ambulance». Simplicité«Faire simple est ce qu’on peut faire de mieux avec un sujet aussi controversé que George W. Bush. On a tourné vite et je faisais le montage pendant le tournage. Je ne suis plus très intéressé par les films à gros budgets avec des effets spéciaux. Il y en a beaucoup aujourd’hui, et ils se ressemblent tous. Ce n’est plus ma façon de faire du cinéma». Compassion«Avoir de la compassion p

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No country for old men

ECRANS | Avec "No country for old men", les frères Coen réalisent un film rare, à la croisée du cinéma de genre (western, film noir) et du film d'auteur personnel, un concentré de cinéma brillant et intelligent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2008

No country for old men

Le désert, la route, des motels et des diners : un paysage américain traditionnel. Des tueurs, un magot, un shérif : des ingrédients empruntant autant au film noir qu'au western. Et un mélange d'humour noir, d'ultra violence et de métaphysique : l'archétype d'un film des frères Coen, tiré d'un roman de Cormac McCarthy. No country for old men pourrait se résumer à cette formule-là, et son commentaire à l'alchimie inexplicable qui s'en dégage. Difficile par exemple d'expliquer pourquoi les fusillades qui constituent le cœur du film sont si grisantes : une certaine perfection dans le traitement de l'espace, du temps et du son fait que l'on se sent immédiatement impliqué dans le suspense dément qui s'y instaure. Pareil pour la qualité du dialogue, point fort des frangins depuis un bail, mais atteignant ici un degré de maîtrise tel qu'il permet de rendre inoubliables les répliques laconiques du tueur implacable (Javier Bardem) comme le magnifique monologue final de Tommy Lee Jones. En cela, No country for old men est un film touché par la grâce. La musique du hasard Cependant, ce film impressionnant de maîtrise est aussi un film sur... le hasard. L

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