Captifs

ECRANS | De Yann Gozlan (Fr, 1h25) avec Zoé Félix, Éric Savin…

Christophe Chabert | Mardi 28 septembre 2010

Le cinéma de genre français est tellement en retard sur ses homologues anglais ou espagnols qu'il en est encore à se convaincre de la légitimité de son existence. Rassurons Yann Gozlan et ses producteurs Sombrero, déjà à l'origine de "Mutants" et "Vertige" : "Captifs" est tout à fait crédible. Bien filmé, bien interprété (oui, Zoé Félix est meilleure ici que chez Esposito), l'affaire est présentable. Mais voilà : cette histoire de kidnapping en ex-Yougoslavie sur fond de trafic d'organes n'a rien d'autre à offrir que cette qualité technique. Le récit est programmatique, comme emprisonné lui aussi dans un présent sans ligne de fuite, sans autre enjeu que la survie des personnages. Pas de perspective historique ou politique, à peine un vague trauma à exorciser (plutôt banal, d'ailleurs !) ; "Captifs" frappe par sa vacuité, et son souci exclusif d'efficacité finit par se retourner contre lui.
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"Boîte noire" de Yann Gozlan : crime en bande réorganisée

Thriller Politique | Un analyste opiniâtre du BEA ayant découvert que les enregistrements d’un crash aérien ont été truqués, se trouve confronté à l’hostilité générale… Yann Gozlan creuse le sillon du thriller politique, lorgnant ici le versant techno-paranoïde et transposant l’esprit du ciné US des années 1970 aux problématiques contemporaines. Brillamment réalisé.

Vincent Raymond | Mercredi 8 septembre 2021

Après le crash du vol Dubaï-Paris, un jeune analyste prodige détecte que les pistes sonores des boîtes noires ont été trafiquées. Au fur et à mesure d’une enquête qui l’isole de plus en plus et mine son couple, il réalise la compromission de responsables industriels et politiques. Et que sa propre vie paraît, elle aussi, en danger… Toute incursion dans le thriller politique — jadis domaine régalien du cinéma américain, un peu en déshérence depuis une vingtaine d’années — est la bienvenue. À condition évidemment qu’il y ait à la fois en enjeu politique cohérent et un traitement suffisamment rythmé pour répondre aux exigences de ce registre : les barbouzeries et collusions entre officines para-gouvernementales avaient ainsi permis à Coppola (Conversation secrète), Pollack (Les Trois jours du Condor), Pakula (The Parallax View) ou De Palma (Blow Out) de placer haut la barre au milan des années 1970, avant que le

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Un homme idéal

ECRANS | À cause d’une imposture littéraire devenue succès de librairies, un jeune auteur est entraîné dans une spirale criminelle ; Yann Gozlan signe une réussite inattendue du thriller hexagonal, avec un Pierre Niney excellent en héros négatif. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Un homme idéal

Les yeux cernés, le visage fiévreux, un jeune homme hurle en jetant sa voiture contre une paroi rocheuse. Flashback : trois ans auparavant, on le découvre, pas forcément mieux dans ses baskets, suant sang et eau pour accoucher d’un roman finalement refusé par tous les éditeurs parisiens et contraint de végéter dans un emploi minable de déménageur. Lors d’une de ses missions, il tombe sur les carnets d’un homme fraîchement décédé où celui-ci raconte sa vie de soldat pendant la guerre d’Algérie. Ni une, ni deux, Mathieu fauche le tapuscrit, le rentre dans son Mac et l’expédie fissa à un éditeur… qui accepte instantanément de le publier. Succès critique et public ; voici l’imposteur promu star de la littérature française. Dans ce premier acte, Yann Gozlan, auteur de l’oubliable Captifs, enclenche le turbo pour raconter à toute vitesse cette ascension fulgurante, non sans la pimenter d’un regard incisif sur les mœurs des lettres actuelles. La manière dont Mathieu invente son personnage en s’inspirant des apparitions télé d’auteurs célèbres — Gary, Houellebecq et… Yann Moix ! exprime

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