«Dewaere, un acteur cérébral»

ECRANS | Rémi Fontanel, professeur de cinéma à l’Université Lumière Lyon 2, publie un ouvrage consacré à Patrick Dewaere, qu’il présentera au Zola jeudi 28 octobre avec la projection de "F comme Fairbanks". Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mercredi 20 octobre 2010

Petit Bulletin : C'est la première fois que vous écrivez sur un acteur. Pourquoi vous être intéressé à Patrick Dewaere ?
Rémi Fontanel : L'ouvrage est une commande de Christian Viviani dans la collection «Jeux d'acteurs». Il m'a demandé si je voulais bien écrire sur un acteur, et spontanément j'ai évoqué Patrick Dewaere. Pas par passion de longue date pour l'acteur, mais parce qu'il m'a paru intéressant d'aborder son jeu. Il existe quatre biographies de Dewaere : sa vie tourmentée et sa disparition brutale ont éclipsé l'acteur et sa technique. Ce n'est donc pas un ouvrage biographique, il respecte le cahier des charges de la collection : une première partie sur ce que dégage l'acteur d'un point de vue physique, mais aussi le type de rôles que le cinéma lui a confié : des révoltés, des séducteurs, des marginaux. La deuxième partie est plus technique, c'est l'analyse de sa gestuelle, de ses mouvements, de ses déplacements.

On a l'habitude de dire de Dewaere qu'il est un acteur intuitif, mais c'est aussi un acteur très technique, qui maîtrise les contre-pieds, les ruptures, qui dissocie le verbe et le corps…
C'est exactement ça ! Il y a une part d'intuition très forte chez lui, mais aussi beaucoup de concentrations, de maîtrise, des gestes très naturels et pourtant très raisonnés qui servent la psychologie de ses personnages. C'est un acteur cérébral. L'histoire du contre-pied, je la développe dans un chapitre : c'est un acteur qui aimait surprendre, il disait qu'il aimait «faire des croche-pattes au spectateur», par un silence, une intonation, un geste inattendu ou décalé.

Dewaere n'a-t-il pas souvent transcendé les films dans lesquels il a joué ?
Il a une filmographie assez contestable. Il n'a pas tourné de grands chefs-d'œuvre, il a même fait de vrais navets. Il y a beaucoup de films qui n'auraient pas eu cette reconnaissance si Dewaere n'avait pas joué dedans. D'ailleurs, une dizaine de rôles qu'il a interprétés ont été écrits sur mesure pour lui.

Est-ce vous qui avez choisi "F comme Fairbanks" pour cette soirée au Zola ?
Oui. Ce n'est pas le film le plus connu de Dewaere, mais c'est celui qui résume tout ce qu'il était, à la fois tragique et comique. Dugowson voit en lui un Fairbanks, mais il l'engage dans une voie dont il ne sortira plus : les paumés, les suicidaires, les dépressifs. Surtout, c'est le film de sa vie : il vient de se séparer de Miou-Miou, mais ils se sont engagés sur ce film bien avant. Ce qu'ils vivent dans la fiction en tant que personnages, c'est ce qu'ils vivent dans la vie réelle. Cela rend le film très troublant.

F comme Fairbanks
Au Zola, jeudi 28 octobre
Rémi Fontanel, «Patrick Dewaere, le funambule» (Scope éditions)

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Des polars à bon port

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