Mother and Child

ECRANS | De Rodrigo Garcia (ÉU, 2h05) avec Annette Bening, Naomi Watts, Samuel Jackson…

Dorotée Aznar | Vendredi 12 novembre 2010

Depuis "Short Cuts", Los Angeles est devenu la terre promise du film choral. Dernier avatar en date, "Mother and Child" s'attaque au sujet casse gueule de l'adoption du point de vue des femmes. Un choix que le film de Rodrigo Garcia assume, mais au prix d'un scénario poussif et assujetti aux éternelles ficelles d'un genre qu'Inarritu, producteur (tiens donc), a mené très bas. Panel de personnages pluriethniques, destins croisés, déterminisme, héroïne sacrifiée arbitrairement, la formule, rabâchée, n'aide pas ce mélo soucieux de traiter son problème sous tous les angles. Pire, il finit même un peu par s'embrouiller en assénant un discours borderline sur la nécessité du rapport biologique. Moralité, l'adoption c'est compliqué. Sans blague.
JD

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

While We’re Young

ECRANS | Après Frances Ha, Noah Baumbach continue d’explorer le New York branché et sa bohème artistique, transformant "Solness le constructeur" d’Ibsen en fable grinçante et néanmoins morale où des bobos quadras se prennent de passion pour un couple de jeunes hipsters. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

While We’re Young

Quarante ans, toujours pas parents ; Josh et Cornelia — couple inattendu mais crédible formé par Ben Stiller et Naomi Watts — sont en pleine crise. Tandis que leurs amis BoBos new-yorkais s’assurent une descendance, eux semblent frappés de stérilité. Celle-ci n’est pas seulement sexuelle, elle est aussi créative, en particulier pour Josh, en galère pour terminer un documentaire fleuve qui, manifestement, n’intéresse que lui. Jusqu’au jour où ils rencontrent Jamie et Darby — Adam Driver et Amanda Seyfried, prototypes de hipsters ayant fait de la bohème une règle de vie. À leur contact, Josh et Cornelia trouvent une seconde jeunesse, revigorés par ce couple qui semble vivre dans un présent perpétuel. Noah Baumbach se livre alors à une comédie de mœurs contemporaine, même s’il s’inspire très librement d’une pièce vieille d’un siècle — Solness le constructeur d’Ibsen. Le ton y est mordant et le monde actuel en prend pour son grade : tandis que Josh se débat avec son portable, ses CD et son appartement design, Jamie ne jure que par les vinyles, les VHS et le mobilier vintage. La jeunesse s’empare des objets ringards de ses aînés et les rends

Continuer à lire

The Search

ECRANS | De Michel Hazanavicius (Fr, 2h14) avec Bérénice Bejo, Annette Bening, Maxim Emelianov…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

The Search

Mal accueilli à Cannes, judicieusement remonté depuis, The Search prouve que son cinéaste, Michel Hazanavicius, possède un très estimable appétit de cinéma. Après le triomphe de son néo-muet The Artist, il signe le remake d’un mélodrame éponyme de Fred Zinnemann, qu’il réinscrit dans le cadre de la deuxième guerre de Tchétchénie en 1999. En parallèle, on suit deux destins : l’errance d’un enfant dont les parents ont été massacrés sous ses yeux par l’armée russe recueilli par une chargée de mission de l’Union Européenne, et un jeune un peu paumé que ladite armée va transformer en machine de guerre. On ne révèlera pas ce qui les réunit, tant il s’agit d’un des tours de force de The Search. L’autre, c’est la sécheresse avec laquelle Hazanavicius parvient à raconter son histoire, différant longuement la montée émotionnelle pour s’en tenir à un classicisme bienvenu et efficace. Peu de musique externe, une volonté de trouver la bonne distance face aux événements et de ne pas chercher la fresque mais plutôt le désarroi qui émane des ruines ou des colonnes

Continuer à lire

Diana

ECRANS | D’Oliver Hirschbiegel (Ang-Fr-Belg, 1h47) avec Naomi Watts, Naveen Andrews…

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

Diana

Il y a une belle idée au début de cette bio filmée de Lady Di, prise entre la fin de son mariage avec le Prince Charles et l’accident au Pont de l’Alma : faire du personnage une femme blessée dans son orgueil, tentant vainement d’endosser un rôle auquel elle ne croit plus. Ce qui trouble ici, c’est que Naomi Watts semble s’engager dans une relecture du personnage qui l’a révélé, la Becky / Diane de Mulholland Drive. Le sourire publicitaire qui se transforme en rictus amer et la princesse répétant son show devant son miroir, la dépression et le playback : Diana est, dans son introduction, comme une remise à l’endroit du film de Lynch. Mais ce n’était qu’un leurre : le film s’enfonce ensuite dans un médiocre soap opera romançant l’histoire d’amour impossible entre Diana et le chirurgien Hasnath Kahn. Le dialogue baigne dans la pire eau de rose, la mise en scène ne possède aucun relief et la figuration est d’un rare amateurisme — tout le film a ainsi un côté cheap et télévisuel. Surtout, Hirschbiegel, qui passe sans transition de la chute d’Hitler à la love story

Continuer à lire

The Impossible

ECRANS | Fiction autour de l’histoire vraie d’une famille disloquée par le tsunami thaïlandais, le deuxième film de Juan Antonia Bayona joue brillamment la carte du "survival" dans sa première partie, moins celle du mélodrame dans la deuxième. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2012

The Impossible

Un carton nous annonce d’entrée ce que la plupart des spectateurs savent déjà : The Impossible se déroule durant le tsunami qui ravagea les côtes thaïlandaises à noël 2004, faisant des milliers de morts et de blessés, laissant la région dans le chaos et les survivants en état de choc. Histoire de redoubler cette introduction didactique par un petit jeu de mise en scène, Juan Antonio Bayona (le réalisateur de L’Orphelinat) nous fait entendre ensuite un crescendo strident évoquant la vague et les cris de ceux qu’elle emporta. Efficace, même si les 50 000 spectateurs de Vynian savent que Fabrice Du Welz avait fait la même chose dans son film maudit. Passons. Nous voilà dans l’avion qui amène la famille Bennett à Kaoh Lahk pour les fêtes : un couple de beaux anglo-saxons (dans la vraie histoire, c’étaient des Espagnols, mais The Impossible a de manifestes volontés exportatrices) et leurs trois enfants, qui s’install

Continuer à lire

Revolucion

ECRANS | De Gael Garcia Bernal, Carlos Reygadas, Rodrigo Pla, Rodrigo Garcia… (Mex, 1h50)

Christophe Chabert | Jeudi 5 mai 2011

Revolucion

Le film collectif à thème semble condamné à produire des œuvres inégales, et c’est une fois de plus le cas avec Revolucion, évocation du centenaire de la révolution mexicaine par la crème des cinéastes locaux. On est même dans le bas du panier, puisque peu de courts-métrages méritent vraiment qu’on s’y arrête. Certains réalisateurs se saisissent de l’occasion pour faire du style sans véritable fond (c’est plutôt bien avec Gerardo Naranjo, plutôt nul avec Rodrigo Garcia, qui conclue le film par un clip esthétisant assez ridicule), d’autres veulent faire passer un message mais oublient de le mettre en scène. Globalement, tous donnent de la révolution mexicaine une vision au mieux nostalgique, au pire résignée. Emblématique, le segment (pas mal du tout) de Rodrigo Pla où un héritier de la révolution mexicaine est promené comme un pantin de cérémonies commémoratives en festivités ringardes, sans jamais avoir le droit de s’exprimer. Le seul cinéaste qui pense que la révolution est encore possible, ici et maintenant, c’est Carlos Reygadas. Son film, furieux, anarchique, explosif, montre le peuple mexicain se réunir pour un grand raout transgressif aux abords d’une maison prot

Continuer à lire

Fair Game

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h46) avec Sean Penn, Naomi Watts…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

Fair Game

Espionne pour la CIA, Valerie Plame a eu le malheur d’être mariée à un diplomate américain, Joe Wilson, qui révéla dans la presse le bidonnage des preuves sur les armes de destruction massive en Irak. Pour allumer un contre-feu, l’Agence lève l’alias de Valerie, ce qui provoque son licenciement et son discrédit. Beau sujet au demeurant : comment au nom d’une raison d’État défaillante, une vie peut être ruinée jusque dans son intimité (c’était aussi celui de "L’Échange" de Clint Eastwood). "Fair game", pourtant, ne tire de cet argument qu’une pénible fiction de gauche hollywoodienne, avec tous les tics du genre : un excès de dramatisation, des grands sentiments en lieu et place d’une véritable réflexion, une mise en scène qui confond efficacité et précipitation. L’ordinaire du cinéma anti-Bush, un peu à la bourre pour le coup, et qu’un film comme "Green zone" avait largement ringardisé. Reste le couple Watts-Penn. OK, ils en font des tonnes ; mais ils donnent de la consistance humaine à ce film schématique, simpliste et dans le fond, anodin.CC

Continuer à lire

Tout va bien, The Kids are all right

ECRANS | De Lisa Cholodenko (ÉU, 1h46) avec Annette Bening, Julianne Moore, Mark Ruffalo…

Christophe Chabert | Lundi 4 octobre 2010

Tout va bien, The Kids are all right

Au croisement de deux sujets forts (l’homoparentalité et la question de l’insémination artificielle du point de vue des enfants), "The Kids are all right" s’avère un film incroyablement normé, rabattant tous les enjeux possibles de son scénario sur un vaudeville prévisible. C’est sans doute le but de Cholodenko : montrer que des questions comme la famille, le couple ou la recherche de son identité sont universelles, non réductibles à la sexualité des parents ou à l’origine biologique des enfants. Il y aurait même matière à en rire, mais le film est si standardisé, dans sa forme comme dans ses péripéties, que la comédie s’avère poussive et attendue. Baigné dans le rock branché, estampilllé à chaque plan cinéma indépendant Sundance, "The Kids are all right" étonne par son manque d’envergure, sa transparence cinématographique et le cabotinage un peu lourd de son casting (Moore et Ruffalo, notamment, on fait beaucoup mieux). CC

Continuer à lire

Les Passagers

ECRANS | De Rodrigo Garcia (ÉU, 1h35) avec Anne Hathaway, Patrick Wilson…

Christophe Chabert | Jeudi 5 mars 2009

Les Passagers

Artisan de réussites magistrales sur HBO comme Les Soprano, Six feet under ou Deadwood, Rodrigo Garcia avait réalisé deux longs métrages attachants, Ce que je sais d’elle d’un simple regard et Neuf vies. Un gars bien, donc… On lui en veut un peu de s’être laissé couillonner par le scénario des Passagers, énième resucée de Sixième sens. On se demande qui pourra bien se laisser abuser par ces twists métaphysiques qu’on a devinés sans grand effort au bout de vingt-cinq minutes. Qu’importe, si le film tenait des personnages forts, des enjeux existentiels crédibles… Mais c’est de la psychologie sous vide et des pantins désarticulés qu’on nous propose à la place, dans une mise en scène ultra-académique sans aucune aspérité. Et puis cette mode du film post-traumatique sert largement la soupe à un discutable discours évangéliste où Dieu est bien planqué derrière l’idée d’une après-vie qui viendrait légitimer notre passage sur terre. Si l’enfer est pavé de bonnes intentions, le paradis, lui, est pavé de mauvais films ! CC

Continuer à lire