Scott Pilgrim

ECRANS | D’Edgar Wright (ÉU, 1h52) avec Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead…

Christophe Chabert | Mardi 23 novembre 2010

On pouvait attendre beaucoup de "Scott Pilgirm" : Wright avait co-réalisé "Shaun of the dead" et "Hot fuzz", Cera est un des jeunes acteurs américains du moment, le comics d'origine possédait son cercle d'adorateurs. Le ratage est pourtant cuisant, et souligne les limites de la culture geek, quand ce sont les geeks eux-mêmes qui lui rendent hommage. Car Wright a choisi de compresser le récit, de surcharger l'image de trouvailles visuelles et de multiplier les références pour initiés au point de négliger personnages, intrigue et même l'élémentaire lisibilité des plans. Deux choses sont frappantes : le film ne cherche jamais à contourner son programme (Scott va combattre les neuf ex maléfiques de sa copine, point), et maltraite avec une misogynie sidérante les femmes du film. En gros, des emmerdeuses, des sacs à problème, des vagins dentés, sauf si elles lisent des BD et jouent de la batterie (si ce sont des hommes, donc !). Déplaisant à regarder, "Scott Pilgrim" est donc aussi déplaisant dans sa vision d'un monde qui n'est virtuel que quand ça l'arrange.
CC

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Ang Lee : « garder l’émotion en élargissant mon champ d’expérimentation »

Gemini Man | Avec Gemini Man, le plus polyvalent des cinéastes contemporains poursuit son insatiable exploration formelle et métaphysique avec un film d’action qui aurait beaucoup plus à Philip K. Dick. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Ang Lee : « garder l’émotion en élargissant mon champ d’expérimentation »

Pour mettre en scène Gemini Man dont le héros est un personnage existant simultanément à plusieurs âges de sa vie, vous êtes-vous reposé sur les différents réalisateurs que vous étiez à l’époque de Tigre et Dragon, de Hulk, de L’Odyssée de Pi et de Un jour dans la vie de Billy Lynn ? Ang Lee : Pour chacun de mes films, je veux à la fois suivre un fil, conserver les meilleurs côtés de mes réalisations et explorer de nouvelles directions. Tigre et Dragon marquait mes débuts dans l’action. Alors que j’avais commencé dans le drame, je suis passé peu à peu à une dimension plus visuelle — ce que vous, les Français, appelez le “cinéma pur“. À travers mes films j’essaie toujours de garder le même cœur, la même âme, la même émotion, tout élargissant mon champ d’expérimentation. Mais quand vous dirigez un film d’action comme Gemini Man, avez-vous l’impression de faire le même métier que lorsque vous réalisez un film plus intimiste tel que Brokeback Mountain ? Dans les deux cas, je cherche à conserver la même

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Je est un autre moi-même : Will Smith cloné dans "Gemini Man"

Le Film de la Semaine | Un exécuteur d’État est traqué par son clone rajeuni de 25 ans. Entre paradoxe temporel à la Chris Marker et cauchemar paranoïde façon Blade Runner, Ang Lee s’interroge sur l’essence de l’humanité et continue à repenser la forme cinématographique. De l’action cérébrale.

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Je est un autre moi-même : Will Smith cloné dans

Employé comme exécuteur par une officine gouvernementale, Henry Brogan découvre qu’on cherche à l’éliminer ainsi que les membres de son équipe. Partant en cavale avec Danny, une équipière, il constate que le tueur à leurs basques est son portrait craché… plus jeune de 25 ans. Le coup de l’agent bien noté considéré tout à coup comme une cible à abattre par ses anciens partenaires doit figurer en haut du classement des arguments-types pour films d’espionnage. À peu près au même niveau que le recours à un jumeau maléfique dans les polars ! Même s’il est justement ici question d’un combo chasse à l’homme/clones, on aurait tort de sous-estimer l’influence et les apports de Ang Lee sur Gemini Man. Un authentique auteur — au sens défini par Truffaut dans son article Ali Baba et la “Politique des Auteurs“ — qui, lorsqu’il s’empare d’une intrigue connue pour avoir été mille fois illustrée à l’écran, est capable d’en offrir une approche nouvelle et, surtout, singulière. DePalma en incarne un autre exemple sur le même thème avec Mission : Impossible. D’une projection, l’autre Ce qu

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Tranche de quartier de Big Apple : "Manhattan stories"

New-yorkais | de Dustin Guy Defa (É-U, 1h25) avec Abbi Jacobson, Michael Cera, Tavi Gevinson…

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Tranche de quartier de Big Apple :

Morceaux choisis prélevés dans l’un des plus fameux arrondissements new-yorkais au cours d'une journée ordinaire (?) en compagnie d’une apprentie journaliste, d’un amateur de vinyles, d’un dépressif, d’une lycéenne et de tous ceux qu’ils rencontrent au gré des hasards de la vie… Entremêlant ses intrigues façon patchwork, ce faux film à sketches lorgne moins l’ode solennelle de Woody Allen que le puzzle baroque de Wayne Wang et Paul Auster consacré au borough quasi-limitrophe, Brooklyn Boogie (1995), voire le roman fondateur de Dos Passos, Manhattan Transfer, célébrant la diversité profuse et cependant, déjà, interconnectée des habitants de l’île. Bon, pour la diversité, on repassera : les protagonistes sont, pour la plupart, de braves bobos nantis de problèmes de riches. Cela n’exclut pas des faits de délinquance pouvant aller jusqu’à l’homicide. Mais leur nature, leur mobile, leurs mode d’exécution n’ont rien à voir avec un Scorsese d’antan, ni un blaxploitation vintage : ici, la présumée meurtrière ressemble aux coupables des épisode

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"Baby Driver" de Edgar Wright : Ils en font des caisses

Film de voitures | de Edgar Wright (G-B, 1h53) avec Ansel Elgort, Lily James, Kevin Spacey, Jamie Foxx…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Petit génie du volant, le mutique et mélomane Baby est le pilote préféré de Doc, un criminel envers qui il a une dette et qui le force à conduire sur des braquages. Quand Baby veut se ranger des voitures, Doc ne l’entend pas de cette oreille. Ça va swinguer. Au commencement, il y eut The Driver (1978) de Walter Hill, polar taciturne et nocturne à cylindrées hurlantes, hystérisé par Bruce Dern pétant des durites. Puis vint la relecture purple-electroclash de NWR, Drive (2011), accélération sensible et refroidie par l’épure. Très logiquement surgit à présent la version bubble-gum, soigneusement clipée par un Edgar Wright vibrant davantage pour le rythme musical de son film que par les ronflements de moteurs — tant mieux, on n’est pas dans Fast and Furious non plus.

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10 Cloverfield Lane

ECRANS | de Dan Trachtenberg (É-U, 1h50) avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

10 Cloverfield Lane

En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux found footage et monstres exterminateurs dans Cloverfield, une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s’inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s’attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment que l’on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille ! Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d’un bunker et sa promiscuité. C’est que les temps ont changé : l’inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n’est plus le seul fait d’entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros rednecks se révélant immédiatement

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English résolution

ECRANS | Le cinéma britannique, comme le Royaume-Uni lui-même, est une entité plurielle. Entre le cinéma social et la tradition du cinéma de genre, entre les stylistes (...)

Christophe Chabert | Vendredi 24 janvier 2014

English résolution

Le cinéma britannique, comme le Royaume-Uni lui-même, est une entité plurielle. Entre le cinéma social et la tradition du cinéma de genre, entre les stylistes et les réalistes, il y a parfois des gouffres… Le festival Ciné O’Clock du Zola se charge de réunir tout cela en une dizaine de jours, mélangeant fleurons récents, classiques et avant-premières. Dans cette programmation éclectique, recommandons d’abord une séance délocalisée au Scénario de Saint-Priest, celle du Dernier pub avant la fin du monde, ultime volet de la "trilogie Cornetto" d’Edgar Wright et Simon Pegg. Passée inaperçue à sa sortie, il s’agit pourtant de leur œuvre la plus accomplie et ambitieuse, la satire sociale attendue se muant en cours de route en remake déglingué de Body Snatchers, mais aussi, et c’est assez nouveau, en réflexion acide sur la joyeuse démission de l’humanité face à l’idée même de civilisation. Sans parler de ses incroyables scènes d’action, où le mobilier des pubs anglais se transforme en armes renvoyant aux chorégraphies du cinéma asiatique. Niveau inédits, il faudra guetter For those in peril de Paul Wright, qui fit forte impression à la dernière Semain

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Magic Magic

ECRANS | De Sebastián Silva (ÉU, 1h37) avec Juno Temple, Michael Cera…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Magic Magic

Pendant que Roman Polanski faisait défiler son cinéma entre les quatre murs d’un théâtre — La Vénus à la fourrure, choc de la rentrée — le réalisateur chilien de La Nana tentait un hommage au maître avec Magic Magic, essai qui se transforme en échec complet. Alicia (Juno Temple, actrice fascinante,  qui se sauve vaillamment du traquenard) part en vacances au Chili avec des amis qu’elle connaît à peine, et développe une névrose dont le film peine à cerner les contours. Et pour cause : parano comme dans Rosemary’s baby, phobique du sexe comme dans Répulsion, atteinte d’un délire de persécution carabiné comme dans Le Locataire, Alicia est un fantasme cinéphile incarné. Tout le film souffre de cette stratégie d’empilement citationnel, oubliant un ingrédient élémentaire : la crédibilité. Du coup, Magic Magic n’e

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Le geek face à lui-même

ECRANS | Le plaisant "Paul", sorti la semaine dernière, marque une nouvelle étape dans la mutation de la figure geek, entamée avec "The Social Network" de David Fincher. CC

Christophe Chabert | Vendredi 4 mars 2011

Le geek face à lui-même

"The Social Network", "Scott Pilgrim", "The Green Hornet" et maintenant "Paul" : voilà quatre films qui auront permis au geek de ne plus être qu’une cible pour les costards-cravates du marketing mais aussi un enjeu complexe de cinéma. Il ne s’agit plus de leur tirer le portrait comme dans les films produits par Judd Apatow, mais de les confronter à l’écran à leurs fantasmes soudain devenus réalité. Chaque film se focalise sur un des piliers de la culture geek plutôt que de la saisir dans sa globalité : l’informatique ("The Social Network"), les jeux vidéos ("Scott Pilgrim"), les super-héros ("The Green Hornet") et la science-fiction ("Paul"). Mais la stratégie est similaire : Fincher en donne le mode d’emploi dans la séquence extraordinaire où Zuckerberg invente le site Facemash dans sa piaule d’Harvard. En parallèle, on assiste à une soirée privée où deux étudiantes dénudées grimpent sur une table devant le regard lubrique et aviné de leurs camarades. Zuckerberg, en virtualisant ce clash féminin, le rend public et, du même coup, entre là où il n’avait jamais eu le droit de rentrer. Le rêve du geek devient réalité si c’est lui qui le recrée avec ses propres armes.

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Be bad !

ECRANS | De Miguel Arteta (ÉU, 1h31) avec Michael Cera, Portia Doubleday…

Dorotée Aznar | Jeudi 26 août 2010

Be bad !

Après des années de molles recherches et de farouches ratés, Hollywood a enfin mis la main sur l’adolescent parfait. Une bouille attachante flanquée d’un corps malingre, suintant l’embarras sexué par tous les pores. Une maladresse et une justesse bouleversantes, à même de faire fondre le plus endurci des cœurs : voici Michael Cera. Un irrésistible freluquet que l’on peut voir grandir d’œuvre en œuvre (la géniale série Arrested Development, Supergrave, Juno), avec un bonheur toujours égal. Avant son accession au stade de jeune adulte irresponsable dans Scott Pilgrim, voici une dernière chance de le voir s’ébrouer dans les tourments pubères, dans un double rôle qui plus est. Soit Nick Twisp, ado effacé, partagé sans passion entre ses parents divorcés, qui se crée un alter ego français (donc moustachu, fumeur et fan de Gainsbourg) pour gagner en assurance et conquérir la belle Sheeni, quitte à s’encanailler plus que de raison. Ne vous laissez pas abuser par une bande-annonce dévoilant sans vergogne ses gags les plus énormes : Be bad ! est avant tout une comédie dramatique au ton singulier, à mille lieux du teen movie lambda qu’on s’échine à vous vendre. Miguel Arteta se distingue d

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Juno

ECRANS | On va se faire lyncher, mais tant pis : la seconde réalisation de Jason Reitman n'est pas l'œuvre culte annoncée partout, mais juste un divertissement sympathique. François Cau

Christophe Chabert | Mercredi 13 février 2008

Juno

Juno, ado gouailleuse, a couché avec son meilleur ami plus par jeu que par passion. Quand elle s'aperçoit qu'elle est tombée enceinte, elle renonce rapido à avorter (car après tout, «les bébés ont des ongles») et part en quête d'une famille d'accueil assez cool pour elle... L'attente était démesurée, conséquence d'un coup médiatique savamment orchestré. Une auteur hype (Diablo Cody), remarquée sur le web, qui voit son script adoubé par l'industrie du cinéma indépendant américain et porté à l'écran de façon efficace, avec pléthore de stars du petit écran en options. Un succès surprise au box-office suit les vivats de la presse, et le buzz est lancé, expliquant en partie la déception occasionnée. De fait, comme Little Miss Sunshine, autre phénomène cinématographique au destin similaire, le film de Jason Reitman a tout pour séduire : un générique accrocheur, des personnages atypiques ou forts en gueule campés par des comédiens investis, des dialogues ciselés, des plages musicales bucoliques garnissant une bande originale pop folk (destinée à devenir aussi culte que le film). Fatalitas Le film prend soin de créer un univers rempli de gimmicks assu

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