Monsters

ECRANS | Au milieu du chaos, Gareth Edwards joue avec une finesse remarquable sur les multiples sens du mot “alien“ tout en regardant un amour éclore. Une surprise fantastique, dans tous les sens du terme là aussi. François Cau

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

Un alien, depuis le film de Ridley Scott, c'est devenu dans le langage commun un extraterrestre, qui ne vient a priori pas en paix. Mais c'est avant tout, dans la langue de Shakespeare et de Lady Gaga, un étranger, un immigré, dans le sens péjoratif de quelqu'un qui ne serait pas à sa place. C'est le sentiment qui va peu à peu envelopper Andrew Kaulder, un photographe en plein reportage au Mexique, non loin d'une zone d'infection extraterrestre, chargé par son boss de rapatrier sa fille Samantha aux États-Unis dans les plus brefs délais. De rades approximatifs en moyens de transports tous plus incertains les uns que les autres, de revendeurs de billets arnaqueurs en passeurs aux airs de miliciens, le duo va expérimenter les aléas coutumiers des clandestins mexicains d'aujourd'hui dans des paysages de plus en plus désolés.

Téléphone maison

Ce résumé permet de pointer deux des formidables qualités du premier long-métrage de Gareth Edwards. Dans un premier temps, son évocation limpide et sans esbroufe de l'argument science-fictionnel : en dehors d'une scène d'introduction choc qui ne cessera de prendre du sens au fil du film, les présences extraterrestres ne sont que suggérées car prises pour acquises par les personnages, via des flashs infos récurrents, des épaves de véhicules militaires jonchant le trajet – en quelques scènes, l'univers est crédible car déjà ancré dans un quotidien anxiogène. Ensuite, le discours redouté car trop évident sur l'immigration est très subtilement mené : déjà par l'inversion des rôles (ce sont ici des américains qui tentent de passer la frontière), et surtout par sa mise en abyme avec la situation des créatures, dont la nature hostile sera de plus en plus interrogée. En se reposant uniquement sur ces deux aspects, Monsters serait déjà un film de genre convaincant, mais il réserve une surprise de taille : l'attirance entre les deux personnages principaux vient s'immiscer entre ces thématiques, avec une sensibilité pour le moins inattendue. Par des gestes tendres, des attentions anodines, les regrets d'une nuit trop arrosée, l'alchimie magnifique entre Whitney Able et Scoot McNairy (tous deux excellents) ne parasitera jamais le récit. Bien au contraire, elle lui donnera tout son sens lors d'une séquence finale à la beauté et à la tristesse insondables, qui propulse Monsters au rang de classique instantané, le tout pour un budget à même de foutre la honte à tout exécutif hollywoodien se respectant encore un minimum.

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Rogue One : A Star Wars Story

Pas encore vu | de Gareth Edwards (E-U, 2h13) avec Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn…

Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

Rogue One : A Star Wars Story

Dans l’Univers étendu de Star Wars™, George Lucas® a trouvé le moyen de rentabiliser les interstices entre chaque épisode de chacune de ses trilogies© : en autorisant la création de spin-off, c’est-à-dire d’extensions de l’histoire originelle autour de nouveaux personnages. Si grâce à ce subterfuge, les fans hardcore trépignent à l’idée de retrouver à tous les Noëls ou presque un nouveau film (avec sa cargaison de produits dérivés), ils ne mesurent pas le potentiel migraineux de l’ensemble de ces opus : la multiplication des arcs narratifs ne peut en effet que provoquer des conflits dans la continuité générale. Certains exégètes trouveront le moyen de s’en réjouir, passant de fait quelques dizaines d’heures de plus sur les forums dédiés afin d’expliquer en quoi les incohérences apparentes n’en sont pas, et relèvent même d’un haut degré de génie intersidéral. Sinon, comme nous n’avons pas vu le film — mais l’aurions-nous vu que nous aurions été astreints à un embargo —, nous pouvons seulement révéler ce que tout le monde sait déjà : Rogue One se déroule entre la seconde trilogie et la première, donc entre la “prélogie“ et la vraie trilogie, so

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«La peur des monstres est une peur primaire»

ECRANS | Entretien avec Gareth Edwards, réalisateur de Godzilla. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 mai 2014

«La peur des monstres est une peur primaire»

Faire un Godzilla «Pour être honnête, quand j’ai reçu ce coup de téléphone me demandant si j’étais intéressé pour faire un remake de Godzilla, je me suis dit «putain de merde». Ensuite, j’ai demandé s’ils ne s’étaient pas trompés de numéro. J’avais beaucoup de craintes car il y avait beaucoup d’attentes ; mais j’avais encore plus peur d’être le type qui a dit non et qui passe le reste de sa vie à regretter cette opportunité de faire un grand film qui aurait lancé ma carrière.» Films de monstres «J’aime tous les genres de films, mais mes genres préférés sont sans aucun doute la science fiction et le fantastique. Et à l’intérieur de ces genres, j’aime encore plus les films de monstres. Mais je ne veux pas faire des films de monstres pendant le reste de ma vie ! Cela vient à mon avis du fait que pendant des années nous avons fait partie d’un ordre naturel. Et nous vivions dans l’angoisse qu’un animal nous attaque. Ces dernières années, nous avons créé des moyens de repousser la nature, mais au plus profond de notre ADN, cette crainte est restée vivante. C’est une peur primaire, mais

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Godzilla

ECRANS | Gareth Edwards ose un remake gonflé avec cette version plutôt fidèle à la tradition et à ses déclinaisons, mais qui refuse la surenchère dans le spectacle, préférant les hommes aux monstres, la sidération visuelle à l’action pure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 mai 2014

Godzilla

Étrange blockbuster que ce Godzilla, où la frustration le dispute avec le sentiment d’assister à l’éclosion d’un auteur doué et intransigeant, suivant une ligne casse-cou dont il ne s’écarte jamais. C'est donc l’œuvre d’un cinéphile qui a réussi à digérer une tradition pour la synthétiser dans un geste assez gonflé de mise en scène. Car Edwards choisit son camp : celui des humains plutôt que des monstres, réduits la plupart du temps à un hors champ menaçant. Brassant une demi-douzaine de personnages que le film prend soin de présenter dans leur intimité familiale et leur environnement professionnel, le cinéaste semble adopter la voie Abrams pour faire renaître la mythologie Godzilla : on voit donc un père rongé par la culpabilité d’avoir sacrifier son épouse, délaissant un fils qui lui-même privilégie sa carrière militaire à sa présence auprès de sa femme et de son enfant. Cette première demi-heure est un exercice de storytelling d’une évidente élégance formelle — superbe photo de Seamus McGarvey, musique inspirée d’Alexandre Desplat — mais très éloigné du film de monstres promis. Quand ils finissent par débarquer dans les plans, ils sont presque immédi

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The Monsters Club

MUSIQUES | Anti-Robert Johnson helvétique et pasteur flippant rincé au plomb fondu, le Reverend Beat-man revient à Lyon avec sa formation originelle de presque trente ans d’âge. Celle par laquelle tout a commencé ou presque : The Monsters. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 8 avril 2014

The Monsters Club

On vous a déjà parlé du fort bien prénommé Beat Zeller alias Reverend Beat-man, prêcheur blues non pasteurisé à la trogne décadente et à l’allant démoniaque. Pour resituer : Beat-Man c’est cet étrange bonhomme mi-Cinoque (Les Goonies) mi-pasteur Powell (La Nuit du chasseur) qui raconte volontiers qu’à treize ans, le Diable – sans doute exilé fiscal en Suisse – est venu lui proposer un deal d’âme pour faire de lui une rock star et qu’il l’a envoyé se faire griller la couenne ailleurs ; que pareillement, quelques années plus tard, il eut une révélation qu'il embrassa cette fois, quand après un accident de concert qui le cloua au lit comme Jésus sur la croix, Dieu s’adressa à lui sous la forme d’une pin-up à l'origine de sa vocation de prosélyte blues – bien sûr tout ceci est totalement apocryphe, alors bon. C’est aussi à lui, ce bon révérend, que l'on doit la meilleure exportation suisse de ces dernières années : le trio zydeco-frénético-cajun Mama Rosin. Et plus généralement la création du label Voodoo Rhythm et de la "Blues Trash Church", un culte non officiel qui n’a de cesse d’attirer les ouailles à coups de prêches épileptiques et r

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Monstres et cie

MUSIQUES | En attendant la venue du désormais trésor national Sigur Rós à Fourvière, l'Islande nous envoie sa nouvelle petite pépite : Of Monsters and Men. Soit une fanfare mi-pop mi-folk aux chansons enivrantes, en passe de conquérir le monde. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 20 juin 2013

Monstres et cie

Faut-il y voir un signe de reprise économique après la terrible crise qui a mis l'Islande à genoux il y a de cela quatre ans ? Une crise telle que le pays de Björk a bien failli ne jamais s'en relever, perdant trois banques nationales et laissant une dette équivalente à dix fois son PIB – mais c'est mal connaître, loin de tout cliché nordique, la capacité de résilience des Vikings de la Terre de glace. Toujours est-il qu'après avoir connu un hiatus musical spectaculaire – les groupes islandais n'étant tout simplement plus en mesure de financer leurs tournées sur le continent – les affaires semblent reprendre comme jamais. Et l'on ne parle pas ici du retour triomphal de Sigur Rós – panthéonisé par Les Simpsons – ou des récentes extravagances scéniques de Björk. Mais plutôt d'une nouvelle génération de groupes du cru déjà ultra-populaires sur leur île et qui arrivent enfin sous nos latitudes. Symbole de ce "printemps islandais", p

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Nuits Sonores 2013 - Jour 1

MUSIQUES | Après un warm up aussi vert et bon enfant qu'une réunion de fruits Oasis et une inauguration moins guindée que celle de l'an passé, Nuits Sonores 2013 est entré hier dans le vif du sujet. Retour sur une première journée qui, bien que déséquilibrée, n'a pas été avare en torgnoles soniques. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 9 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 1

La tentation était trop grande, y céder n'a pas été sans conséquences : programmés sur la scène principale des Subsistances, l'illustre Carl Cox (qui se produisait pour la première fois au festival) et le fidèle Laurent Garnier ont vampirisé la quasi totalité du public du premier NS Days, jusqu'à imposer au personnel de sécurité l'improvisation, à l'entrée d'une verrière rapidement devenue impraticable, d'un système de file d'attente. On pourrait le déplorer. On pourrait si ces deux "dinosaures" n'avaient pas d'ores et déjà assuré deux des prestations les plus mémorables de Nuits Sonores 2013, le premier dans le registre fédérateur et bouncy qui a fait sa réputation, le second avec l’œcuménisme et la passion qu'on lui connaît depuis maintenant neuf éditions. On pourrait si ce monopole avait empêché les Bordelais de J.C.Satàn, chefs de file du renouveau garage, de livrer un concert survolté et poisseux, et les Strasbourgeois de Electric Electric de prouver qu'avec ou sans Colonie de vacances, ils comptent parmi les faiseurs de bruit les plus excitants du pays.

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The Wedding Present

MUSIQUES | Rares sont les groupes qui comme The Wedding Present n'ont, en près de 20 ans d'existence – en soustrayant le hiatus 1996-2005 –, quasiment jamais pu être (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 5 octobre 2012

The Wedding Present

Rares sont les groupes qui comme The Wedding Present n'ont, en près de 20 ans d'existence – en soustrayant le hiatus 1996-2005 –, quasiment jamais pu être pris en défaut. Y compris sur leur production tardive. Car oui, en 2012, The Wedding Present continue de sortir de foutus bons albums, comme si le temps n'avait pas de prise sur son leader David Gedge. Fut-ce le cas, que ce serait en l'occurrence tout à fait anecdotique puisque la formation de Leeds – remaniée depuis le temps – vient tout exprès au Marché Gare le 13 octobre pour, comme c'est un peu la tendance, jouer l'un de ses albums mythiques. C'eut pu être George Best, leur disque inaugural, ou Bizarro, le suivant, ou n'importe quel autre ; ce sera le troisième, Seamonsters (1991) – que les fans identifient comme «l'album avec des titres de chansons en un mot», à rebours de certains intitulés à rallonge de Gedge. La particularité de Seamonsters : avoir été enregistré à Minneapolis par Steve Albini. L'autre particularité : ça ne s'entend pas, ou peu. The Wedding Present y sonne comme du Wedding Present : guitares acérées, rythmique qui court derrière un train, voix façon Ian Curti

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MONSTERS OF FOLK Monsters of Folk Rough Trade

MUSIQUES | On vit vraiment une époque «super». Alors que depuis quelques années, les super-héros envahissent les écrans avec leurs pyjamas blindés, en musique c’est la (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 5 octobre 2009

MONSTERS OF FOLK
Monsters of Folk
Rough Trade

On vit vraiment une époque «super». Alors que depuis quelques années, les super-héros envahissent les écrans avec leurs pyjamas blindés, en musique c’est la mode non plus des suicides mais des super groupes. Bon, c’est vrai, la formule est vieille comme le rock (The Million Dollar Quartet en 1956 avec Elvis, Jerry Lee Lewis, Johnny Cash et Carl Perkins) : plusieurs musiciens majeurs s’associent pour devenir plus fort, plus rock, plus hype. Derniers avatars en date : Dead Weather (White Stripes + The Kills + QOTSA), Discovery (Vampire Week-end + Ra Ra Riot) et donc Monsters of Folk (M.Ward, Jim James de My Morning Jacket, Conor Oberst de Bright Eyes, plus le producteur Mike Mogis). Bien sûr, comme au Real, il ne suffit pas toujours d’aligner les noms galactiques sur le papier, même glacé, pour finir en orbite. Mais dans le cas de Monsters of Folk, force est de constater que le résultat, qui ratisse plutôt large, est alléchant : folk certes (‘Ahead of The Curve’), country évidemment (‘The Right Place’) mais aussi rock FM (‘Losing your Head’), balades (‘Slow Down Joe’) et même tempo r’nbisant (‘Dear God’), tout y passe et rappelle un peu, par son éclectisme, son inspiration et sa somm

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