Le Voyage du directeur des ressources humaines

ECRANS | D’Eran Riklis (Israël-Fr-Roumanie, 1h43) avec Mark Ivanir, Guri Alfi…

Christophe Chabert | Mardi 7 décembre 2010

Depuis son beau "La Fiancée syrienne", le cinéma d'Eran Riklis semble avoir complètement glissé dans les abîmes du cinéma Télérama, ces films-dossiers qui contiennent en eux leur propre commentaire pédagogique, flattant à peu de frais l'intelligence du spectateur. Après "Les Citronniers", il raconte ici comment un DRH dépressif et misanthrope va devoir trimballer dans toute l'Europe de l'Est le cercueil d'une employée roumaine dont le décès a été négligé par son entreprise. Si le premier quart d'heure fonctionne sur une mise en scène pince-sans-rire d'un monde du travail absurde et cruel, la suite n'est qu'un road movie lourdingue, folklorique et surtout neurasthénique. Riklis pense que l'humanisme suffit pour faire du cinéma ; il se trompe car les bonnes intentions sont avant tout des intentions. CC

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Cachées : "Le Dossier Mona Lina"

Espionnage | de Eran Riklis (Isr-All, 1h33) avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Lior Ashkenazi…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Cachées :

Remise d’une mission éprouvante, une agent du Mossad est affectée à une opération en théorie tranquille : veiller le temps de sa convalescence sur une transfuge du Hezbollah libanais, Mona, dans une planque sécurisée en Allemagne. Mais les anciens alliés de Mona sont sur ses traces… Qui manipule qui, qui est l’appât, qui est la proie ? À la base complexe — et plongée dans un vortex diplomatique depuis les décisions intempestives de Donald Trump — la situation géopolitique au Levant constitue un terreau favorable pour un bon thriller d’espionnage en prise avec le réel. Rompu aux questions de frontières (voir notamment La Fiancée syrienne), le réalisateur israélien n’hésite pas ici à critiquer le cynisme officines d’État — y compris le sien — manœuvrant en dépit de la morale et en fonction des intérêts du moment, quitte à sacrifier autant de pions (c’est-à-dire de vies) que nécessaire. Après un démarrage tonitruant porté par une musique et une distribution dignes des grandes productions internationales, le film s’engage dans un face à face prometteur puisq

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Les Citronniers

ECRANS | d'Eran Riklis (Israël-Fr-All, 1h46) avec Hiam Abbass, Ali Suliman...

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2008

Les Citronniers

On avait vraiment beaucoup aimé le précédent film d'Eran Riklis, La Fiancée syrienne ; d'où dépit face à ces Citronniers plutôt ratés, qui remplacent le regard doux-amer et tragi-comique par une démonstrative leçon de géopolitique. C'est le problème du cinéma concerné, accroché à son sujet et à son message : il oublie parfois simplement d'être du cinéma. Ici, chaque scène illustre non pas un enjeu dramatique, mais un morceau de la thèse défendue par le cinéaste, avec ce qu'il faut de métaphores et d'intentions soulignées par la caméra. D'autant plus que l'argument est un peu léger (un ministre israélien s'installe en face d'un champ de citrons appartenant à une famille cisjordanienne, vite encerclée par des barbelés pour des raisons de sécurité) et certains raccourcis carrément lourds : une grande réception est donnée chez le ministre mais, comme par hasard, on a oublié d'acheter des citrons pour les cocktails ! De quoi déclencher une micro-intifada d'agrumes ô combien symbolique... Les Citronniers, c'est vraiment un film-dossier comme Télérama les adore : parfait pour nourrir le débat après la projection, inapte à maintenir le cinéphile éveillé pendant.CC

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La fiancée syrienne

ECRANS | d'Eran Riklis (Fr-Israël-All, 1h37) avec Hiam Abbass, Makram J. Khoury, Julie-Anne Roth...

Christophe Chabert | Mercredi 16 mars 2005

La fiancée syrienne

Dans les montagnes du Golan, à la frontière entre Israël et la Syrie, on s'apprête à célébrer des noces entre la dernière fille d'un activiste récemment libéré de prison et d'un acteur de sitcom. Mais la jeune femme vit dans le no man's land frontalier et son futur époux habite en Syrie. Pendant que la famille (désunie) se retrouve pour préparer le mariage, une Française onusienne règle les détails administratifs, un fonctionnaire israélien reçoit un nouveau tampon pour valider les passeports, préparant ainsi le foutoir à venir... C'est l'originalité de ce joli film choral, où l'on suit dans un premier temps les péripéties picaresques de ces apatrides croqués avec un trait particulièrement inspiré (le frère dragueur et frimeur, l'ainée éprise d'indépendance, le fils qui a "trahi" en épousant une Russe) avant de les retrouver tous à la frontière. Cette mécanique scénaristique rend tous les personnages égaux devant l'absurdité de la situation : des gens sans nationalité qui préparent un mariage à l'aveugle (ou presque) et perpétuent des traditions qui se fissurent sous les volontés individuelles. Proche d'un Danis Tanovic dans No man's land (pour la rencontre entre l'histoire, le rir

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