Thierry Frémaux

ECRANS | Directeur de l’Institut Lumière, délégué général du festival de Cannes. CC

Dorotée Aznar | Mercredi 8 décembre 2010

Petit Bulletin : De 1997 à aujourd'hui, quelle est votre vision de l'évolution culturelle de Lyon ?
Thierry Frémaux : Vaste question ! L'évolution culturelle de Lyon, comme souvent dans cette ville, passe par la gestion lente mais sûre de son projet général. La culture en fait partie et il me semble que la ville a toujours su tirer parti de ses acteurs culturels, qu'ils soient institutions ou hommes/femmes. Il y a toujours eu à Lyon une sorte de dream team de la culture parce que la ville est à une bonne échelle humaine. Les arts nobles (Opéra, Musées, Spectacle vivant, Musique, Bibliothèque Municipale) continuent d'avoir la plus belle place, tant sur le plan financier que symbolique mais d'autres sont venus s'installer tout en haut : les musiques contemporaines, les musiques électroniques, le cinéma, la vidéo, et la littérature même. Il a fallu lutter et rien n'a été donné spontanément mais les deux maires (Raymond Barre, puis Gérard Collomb) ont suivi. Il manque juste d'en favoriser l'éclosion des marges, de créer des lieux alternatifs plus nombreux, de permettre aux bars d'entretenir la flamme. Mais pour cela il faut des gens de talent.

Durant cette période, quel(s) événement(s) culturel(s), vous concernant ou non, vous paraissent avoir résumé cette évolution ?
Le premier élément fondamental, c'est le public lyonnais, autrefois réputé pour sa supposée froideur et qui fait la preuve, année après année, qu'il est le premier interlocuteur des publics, des journalistes, des institutions culturelles, qu'il construit, au fond, la politique culturelle de la ville en faisant le succès de ce qui lui plait. Sinon, je prendrai le trio suivant : Nuits sonores, Assises du Roman et Festival du cinéma, qui se sont inventés récemment, se sont installés et donnent le sentiment (et je le dis modestement pour celui dont j'ai la charge) qu'ils ont toujours été là. On pourrait dire la même chose des Nuits de Fourvière. J'ajoute que le travail des deux Musées principaux (beaux-arts et art contemporain) s'est considérablement renouvelé et permet à ces deux institutions d'impacter beaucoup plus fortement la vie locale.

Si vous ne deviez retenir qu'une oeuvre qui résumerait cette période, laquelle serait-elle et pourquoi ?
Ni livre, ni film, ni spectacle, l'événement culturel le plus important, pour moi, ce sont les berges du Rhône et la Confluence à venir – et les Vélo'v. Ici, la forme fait le fond et le surgissement même de ces nouvelles pratiques ont placé Lyon dans une autre dimension.

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Thierry Frémaux : projection particulière

Récit | Avant les tapis rouges, Thierry Frémaux a longtemps foulé avec une respectueuse gravité les tatamis de judo. Dans "Judoka", un récit où rien ne fait écran à cette part d’intime, le directeur général de l’Institut Lumière/délégué général du Festival de Cannes revient sur son rapport au sport et à l’intériorité.

Vincent Raymond | Vendredi 26 février 2021

Thierry Frémaux : projection particulière

On était ressorti avec un sentiment mitigé de la lecture Sélection officielle (Grasset, 2017), le précédent ouvrage signé Thierry Frémaux, journal d’une année calendaire type de l’homme occupant l’un des centres de gravité du cinéma mondial — le Festival de Cannes — et gravitant dans tous les autres. Précieux mémoire décrivant de l’intérieur la structuration d’une saison “normale” dans la vie du 7e Art (sa foultitude de coulisses organisationnelles, ses mondanités nécessaires, ses voyages à décalages horaires partout mais aussi ailleurs…), gagnant à se détacher de l’actualité immédiate pour offrir de la matière aux historiens des temps futurs, l’ouvrage était aussi constellé de séquences moins gracieuses. À commencer par les catalogues épuisants de célébrités de tous poils et l’avalanche de fleurs jetées sur chacune et chacun qui, entre deux petites forfanteries cyclistes, donnaient de l’homme une impression floue : comme s’il ne s’était pas résolu à aller au-delà de l’écorce, reflétant

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L’Institut Lumière aux rayons X de la Chambre Régionale des Comptes

Cinéma | Coutumier d’une certaine discrétion, parfois autarcique, l’Institut Lumière a été contraint à plusieurs séances de rayons X économiques prescrites par la Chambre Régionale des Comptes. Le bilan vient d’être rendu public : si la santé est plutôt correcte, le médecin formules quelques recommandations. Et pour commencer, de bien suivre les protocoles…

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2021

L’Institut Lumière aux rayons X de la Chambre Régionale des Comptes

La CRC (Chambre Régionale des Comptes) vient de publier trois Rapports d’observations définitives portant sur trois structures ayant leur siège rue du Premier-Film : Association Institut Lumière, Société Cinémas Lumière, Société Sortie d’Usine Productions. Trois études connexes puisque la même entité, l’Institut Lumière, les unit et la même personne, Thierry Frémaux, les chapeaute. Trois mémoires mettant au jour non ces

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Métropole de Lyon : 200 000 euros pour le Festival Lumière

Covid-19 | La commission permanente de la Métropole de Lyon a voté ce lundi 14 septembre une subvention exceptionnelle de 200 000€ pour garantir la tenue d'un Festival Lumière fragilisé par la crise sanitaire.

Sébastien Broquet | Mardi 15 septembre 2020

Métropole de Lyon : 200 000 euros pour le Festival Lumière

Cédric Van Styvendael, tout nouveau vice-président à la Culture de la Métropole de Lyon — et maire de Villeurbanne — l'annonçait dans nos colonnes en juillet : c'est une année compliquée pour le Festival Lumière et Thierry Frémaux, son directeur, n'avait alors pas réuni la totalité des fonds nécessaires à l'organisation du festival dans sa forme habituelle, suite au désistement de mécènes durant la crise sanitaire. Ce petit coup de pression d'une nouvelle équipe tout juste élue n'était pas passé inaperçu, d'autant que celui qui est présenté comme le "monsieur cinéma" de Lyon n'avait alors rencontré ni Cédric Van Styvend

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Thierry Frémaux : « pourquoi Lyon, sa ville natale, n’en fait-elle pas plus pour le cinéma et les Lumière ? »

Institut Lumière | Alors qu’il vient de délivrer la liste des 57 films dotés du label Cannes 2020, Thierry Frémaux évoque la situation actuelle du cinéma post-Covid, et notamment ses impacts possibles sur l’Institut et le Festival Lumière qu’il dirige. Cela, l’année des 125 ans du Cinématographe Lumière. Une année particulière…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Thierry Frémaux : « pourquoi Lyon, sa ville natale, n’en fait-elle pas plus pour le cinéma et les Lumière ? »

Après l’annonce de la sélection officielle du 73e festival de Cannes mercredi dernier, quel a été votre sentiment : du soulagement, des regrets ou de l’impatience ? Thierry Frémaux : Chaque année, je me demande ce qui va empêcher que Cannes se tienne, et chaque année — miracle — rien ne pose problème ; là on a bien vu que l’affaire était sérieuse. Le report au mois de juillet nous a permis d’espérer tout en n’y croyant guère et quand le président de la République a dit « il ne se passera rien cet été », on a compris. Mais on a eu la conviction qu’il fallait rester présent. On recevait des films — plus de 2000 –, ça nous a obligé. Cannes ne pouvait pas avoir lieu sous forme d’événement mais Cannes n’est pas que ça : c’est une distinction, c’est un goût, une façon de mettre le cinéma au cœur du monde ; on a décidé de lui faire prendre une forme différente et d’abord d’annoncer une Sélection officielle et de réunir les professionnels en ligne. Mercredi dernier, grâce à

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Lumière se rallume avec son Festival (et Audiard)

Festival Lumière | Le Festival Lumière, qui se déroulera (presque) comme prévu en octobre prochain, dévoile les premiers noms de sa programmation.

Vincent Raymond | Jeudi 28 mai 2020

Lumière se rallume avec son Festival (et Audiard)

Après deux mois d’extinction des feux et de quasi silence médiatique, l’Institut Lumière sort de sa veille. Dans la soirée du mercredi 27 mai, son directeur général Thierry Frémaux signait un communiqué adressé aux publics, adhérents et abonnés pour les informer que l’équipe, partiellement de retour depuis le 11 mai, réfléchissait « à une réouverture pertinente et cohérente de [ses] différents secteurs » — soulignant au passage que le mode de fonctionnement de l’Institut consistait « depuis plusieurs années (…) à ne pas faire abusivement et systématiquement appel aux subventions publiques, plus utiles à [ses] yeux pour d’autres causes et dont l’usage systématique a parfois dégradé dans l’opinion l’image des institutions culturelles. » Indiquant qu’il annoncerait ultérieurement les modalités diverses de remboursement ou de compensation pour les personnes n’ayant pu assister aux séances déjà payées, il glissait aussi que le Festival Lumière était dans la liste des tâches en cours. Comme u

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Thierry Frémaux et Cécile Bourgeat : « dans dix ans, le cinéma classique continuera d'être partout »

Festival Lumière | À la veille de l’ouverture de la 10e édition du Festival Lumière, il nous semblait naturel d’interroger celui qui en est à l’origine, le dirige en assumant par ailleurs au cours de l’année les fonctions de directeur de l'Institut Lumière et de délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux. Il a choisi de répondre avec Cécile Bourgeat, secrétaire générale du festival — une première. L’occasion d’évoquer le passé, le futur immédiat, mais aussi l’avenir.

Vincent Raymond | Lundi 15 octobre 2018

Thierry Frémaux et Cécile Bourgeat : « dans dix ans, le cinéma classique continuera d'être partout »

En neuf éditions, le festival a-t-il pris la forme que vous escomptiez et atteint sa forme d’équilibre : dix jours, des rendez-vous et des lieux clairement identifiés, et peu ou prou 180 films ? Thierry Frémaux : Le festival Lumière a pris la forme populaire dont nous rêvions, et plus encore. Nous voulions ça : un festival pour tous, une pâtisserie de cinéma classique qui donne le désir d'aller en salles voir ou revoir de grands films. À quelques jours du festival, nous avons déjà vendu 80 000 tickets ! Cécile Bourgeat : Le souhait au départ était de permettre au public de goûter le cinéma de multiples manières : en allant voir des films en salles, en écoutant des artistes dans des masterclass, en se rendant au village pour acheter des DVD et des livres, pour écouter des comédiens sur le plateau de Radio Lumière. C’est bien que la ville natale du cinéma le célèbre ainsi, avec le sentiment que tout le monde y participe. Et ce tout le monde, c’est aus

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Lumière : et la couleur fut

Exposition | La très réussie exposition consacrée aux frères Lumière s'installe dès cette semaine au Musée des Confluences, légèrement revisitée : une plongée dans l'histoire d'une famille, mais surtout aux origines du cinéma comme de la photographie couleur.

Sébastien Broquet | Mardi 13 juin 2017

Lumière : et la couleur fut

Évidemment ! L'on pénètre dans le dédale en gardant un œil sur l'une des trois vues de La Sortie de l'usine : comme au Grand Palais à Paris et comme à Bologne où elle a fait halte auparavant, l'exposition Lumière ! le cinéma inventé, s'ouvre par le premier film de l'Histoire, tourné à quelques encablures. Car enfin, la voici à la maison, cette exposition : « nous avions souhaité débuter à Paris, au Grand Palais, à proximité de là où a eu lieu la première séance publique de cinéma » explique Thierry Frémaux, le directeur de l'Institut Lumière, qui s'est mis dans la peau du guide le temps d'une visite. Sa verve légendaire trouve ici matière à faire feu de tout bois : tout dans cette exposition prête à l'anecdote, à la digression, au plaisir de conter cet éternel sujet pour nuits blanches qu'est le cinéma. Mais pas seulement. Et c'est là, aussi, la grande richesse de ce rendez-vous avec le Musée des Confluences : la geste des frères Lumière ne se limite pas au cinéma. Frémaux le rappelle : « ils arrêtent le cinéma car ils pensent avoir rempli leur mission, et veulent inventer la photographie couleur

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"Lumière ! L’aventure commence" : retour en salles

ECRANS | de Louis Lumière et de nombreux opérateurs (Fr, 1h26) documentaire commenté par Thierry Frémaux

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Qui a déjà assisté à une séance d’ouverture/clôture du Festival Lumière, voire à l’invitation à un(e) cinéaste ou à quelque personnalité rue du Premier-Film, a forcément entendu Thierry Frémaux s’acquitter d’un commentaire en direct de vues Lumière, dévidant force anecdotes historiques sur le mode badin — il est rompu à cet exercice depuis le Centenaire du Cinématographe, en 1995. Ces inestimables bobines des premiers temps du 7e art venant d’être restaurées numériquement, l’idée a germé d’en faire revivre une sélection sur grand écran, histoire que les yeux du XXIe siècle redécouvrent le monde du XIXe. Au bilan, 108 vues figurent dans ce programme composé suivant des chapitres thématiques plus que chronologiques ; 108 ultra courts métrages “escortés” par la voix du patron de l’Institut Lumière — son ton ici plus solennel qu’à l’accoutumée, atteste qu’il est conscient de l’éternité à laquelle il se soumet en posant son timbre sur ces enveloppes cinématographiques. Projetés dans le respect de la vitesse du tournage — donc sans ces odieux accélérés transformant le moindre plan en saynète comique

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Thierry Frémaux reste à l'Institut Lumière

ACTUS | L’information, publiée par Tribune de Lyon, s’est propagée dans la ville comme une traînée de poudre ces derniers jours : l’emblématique Thierry Frémaux, (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 5 février 2016

Thierry Frémaux reste à l'Institut Lumière

L’information, publiée par Tribune de Lyon, s’est propagée dans la ville comme une traînée de poudre ces derniers jours : l’emblématique Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière, âme du festival Lumière, également délégué général du Festival de Cannes, a été approché par un grand groupe du privé et pourrait céder aux sirènes d’un salaire mirobolant et d’un nouveau challenge. En laissant un vide à Lyon… Du côté de la Ville, un élu nous confirmait aujourd’hui même être au courant depuis décembre de cette sollicitation, sans sembler inquiet outre-mesure. Et pour cause : dès ce soir, Thierry Frémaux a choisi de clarifier la situation par le biais d’un communiqué sur le site de l’Institut Lumière : sans grande surprise, il reste. À Cannes comme à l’Institut Lumière. « L’information parue récemment dans la presse sur la sollicitation professionnelle dont je fais l’objet est exacte, même si cette offre date de plusieurs semaines. C’est après une longue réflexion que j’ai pris la décision de ne pas l’accepter et de conserver les fonctions qui sont les miennes au Festival de Cannes, ainsi qu’à l’Institut Lumière à

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114 films des frères Lumière sur grand écran

ECRANS | Ce fut l'un des événements du dernier festival de Cannes : la projection d'un montage de 114 films des frères Lumière, restaurés en très haute définition (...)

Benjamin Mialot | Mardi 25 août 2015

114 films des frères Lumière sur grand écran

Ce fut l'un des événements du dernier festival de Cannes : la projection d'un montage de 114 films des frères Lumière, restaurés en très haute définition pour l'occasion. Mardi 29 septembre à 20h, l'Institut Lumière vous invite à découvrir ces images historiques à l'Auditorium, le temps d'une projection commentée par l'inénarrable Thierry Frémaux (et accompagnée au piano en direct par Romain Camiolo). De quoi s'échauffer la rétine avant le grand raout cinéphile maison qui consacrera Martin Scorsese deux semaines plus tard.

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«Le cinéma doit s'inventer un âge classique»

ECRANS | Entretien avec Thierry Frémaux, directeur de l'Institut Lumière et du festival Lumière.

Dorotée Aznar | Mercredi 30 septembre 2009

«Le cinéma doit s'inventer un âge classique»

Petit Bulletin : Quel est votre objectif avec ce festival Lumière ? Donner une image différente de la cinéphilie ? Créer un engouement populaire autour du cinéma de patrimoine ?Thierry Frémaux : Avec Bertrand Tavernier et Gérard Collomb, notre objectif est d'abord d'organiser un événement de cinéma à Lyon qui est l'une des rares grandes villes européennes et française à ne pas en avoir. Deuxièmement, un événement de grande envergure, populaire, grand public : rester entre spécialistes ne nous intéresse pas. Nous voulions aussi un festival qui corresponde à l'image de la ville et qui s'inscrive dans une problématique d'aujourd'hui : il est vite apparu naturel de se consacrer à l'histoire du cinéma parce que Lyon en est la ville natale mais aussi parce que la “civilisation numérique” est au coeur de la cinéphilie à travers les DVD, les restaurations, la VOD. On est actuellement dans un cycle très actif, à échelle internationale, et on souhaite en être le reflet, et dire que le cinéma doit s'inventer un “âge classique”, comme on le dit de la littérature ou de la musique. Si c'est à Lyon que ça se fait dans les années qui viennent, si on arrêt

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