La Petite Chambre

ECRANS | De Stéphanie Chuat et Véronique Reymond (Suisse-Lux, 1h27) avec Michel Bouquet, Florence Loiret-Caille…

Christophe Chabert | Jeudi 10 février 2011

La dépendance, les media (sous impulsion présidentielle) en parlent beaucoup, et ce film l'exemplifie joliment, à travers la relation entre un vieil homme bourru et malade et son aide-soignante qui, touchée par son histoire et sa dignité, décide de l'accueillir chez elle. La Petite Chambre, c'est avant tout un très beau duo d'acteurs : Bouquet, impressionnant, et Loiret-Caille, probablement la comédienne française la plus sous-estimée, servent à la perfection les failles et les peurs de leurs personnages. Les deux cinéastes, venues du spectacle vivant et du documentaire, trouvent la juste distance pour les filmer. Dommage cependant d'avoir rajouté au sujet principal un autre drame (un enfant mort-né) qui conduit à de lourdes chevilles scénaristiques, nuisant à la fluidité de l'ensemble. Ce petit film honnête et droit reste toutefois assez recommandable.
CC

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Trois questions à... Jean-Luc Gaget

ECRANS | Scénariste de L’Effet aquatique, mais aussi des films précédents de Sólveig Anspach, Jean-Luc Gaget a accompagné tout le film jusqu’à son montage après le décès de la réalisatrice, le 7 août 2015.

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Trois questions à... Jean-Luc Gaget

Pourquoi avoir choisi des personnages de maîtres-nageurs ? Avec Sólveig, on était allés voir Deep End de Jerzy Skolimowski et on avait adoré — on en était raides dingues ! En sortant, on s’est dit : « on va écrire un film qui se passera dans une piscine », et c’est parti de là. Dans le film précédent, Queen of Montreuil, le personnage d’Agathe faisait du documentaire — mais ça ne marchait pas fort, donc elle pouvait très bien devenir maître-nageur (rires). Et sans Deep End, elle aurait pu travailler dans un supermarché. En plus, une piscine, ça peut être très glauque… Mais Sólveig, avec la chef-opératrice Isabelle Razavet, a rendu ce lieu super sensuel, acidulé. Ça amène beaucoup de poésie. Teniez-vous à conclure par un happy end votre trilogie ? C’est un suite sans être

Continuer à lire

"L’Effet aquatique" : romance comique en Islande

ECRANS | Un(e) auteur(e) faisant le grand plongeon avant la sortie de son film laisse son œuvre orpheline, autant que ses spectateurs — le public éprouve en (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Un(e) auteur(e) faisant le grand plongeon avant la sortie de son film laisse son œuvre orpheline, autant que ses spectateurs — le public éprouve en effet une impression d’inachèvement, comme si la voix portant le récit s’était étouffée en cours de phrase. Car une réalisation posthume tient de l’énigme ; certes, elle triomphe de la mort, mais ne peut se défaire d’une incertitude : correspond-elle aux désirs de l’absent(e) ? Cette charge funèbre pèse sur L’Effet aquatique comme un péché originel. Dommage pour une comédie, pourrait-on penser, mais ce qu’elle amène de mélancolie se marie avec la musique intime de Sólveig Anspach, dont le cinéma n’a cessé de redonner à des éclopés ou des pieds-nickelés le goût de la fantaisie. Elle a même ici l’arrière-goût chloré des bassins bleutés, ce (mi)lieu intermédiaire où l’on se met presque totalement à nu. Démarrant comme un huis clos timide et recroquevillé, le film se déploie au contact de l’eau pour gagner les rives de l’Islande et celles de la comédie romantique — ou plutôt de la romance comique. Assumant sa naïveté comme une douceur, il semble prôner l’utopie du coup de foudre et la persévérance des idéalis

Continuer à lire

L’Origine de la violence : prodigieusement intéressant

Le Film de la Semaine | Absent des écrans depuis presque une décennie, Élie Chouraqui revient avec un film inégal dans la forme mais prodigieusement intéressant sur le fond. Pas vraiment étonnant car il pose, justement, des questions de fond.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

L’Origine de la violence : prodigieusement intéressant

Comme beaucoup de cinéastes, d’artistes ou tout simplement d’êtres, Élie Chouraqui est double. Parfois, il s’engage dans une veine sentimentale, dans le film-chorale “superficiel et léger” façon Marmottes ; parfois il montre sa face la plus tourmentée dans des œuvres graves, profondes — indiscutablement les plus réussies. Man on Fire (1989) ou Harrison’s Flowers (2000) constituent ainsi des repères précieux dans sa filmographie ; L’Origine de la violence pourrait les rejoindre — et ce en dépit d’une facture parfois un peu bancale, qu’un budget étriqué peut justifier. Bien qu’il s’agisse ici d’une adaptation d’un roman de Fabrice Humbert, l’œuvre en résultant s’avère éminemment personnelle ; une sorte de synthèse où il opère une réconciliation entre ses thèmes de prédilection : la famille, la mémoire et la guerre — pas n’importe laquelle, la Seconde Guerre mondiale. Partant questionner les silences intimes, les non-dits et les interdits, il traite du rapport au temps et à l’oubli, au pardon nécessaire et à la mémoire obligatoire. Jamais il n’excuse, son propos est net, mais il fait la démarche d’expliquer pour comprendre des personna

Continuer à lire

Queen of Montreuil

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Florence Loiret-Caille, Didda Jonsdottir…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Queen of Montreuil

L’ambition de Solveig Anspach est ici ni plus ni moins de croquer la bourgeoisie bohème d’aujourd’hui, tout en peignant le portrait d’une femme encore jeune et déjà veuve, incapable de trouver la bonne distance pour faire son deuil. Le choix de Montreuil, terreau de prédilection des bobos parisiens, n’est pas anodin : à la fois urbaine et pavillonnaire, la ville donne à cette comédie douce-amère un petit exotisme, renforcé par la présence de deux comédiens islandais et d’un… phoque, créature bizarre et comédien imprévisible. Tout cela donne lieu à des vignettes sympathiques et inoffensives, qui se laissent suivre même si Anspach semble accumuler les scènes plutôt que de construire une dramaturgie, ce que la fin, rassemblement expéditif de tous les personnages loin de leur territoire, souligne par son caractère arbitraire. Christophe Chabert

Continuer à lire

Renoir

ECRANS | De Gilles Bourdos (Fr, 1h51) avec Michel Bouquet, Vincent Rottiers, Christa Theret…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

Renoir

Quel est l’angle de ce Renoir signé Gilles Bourdos ? Ni biopic du père Auguste, saisi au crépuscule de sa vie, ni regard sur la jeunesse du fils Jean, soldat au front et pas encore cinéaste, le film s’intéresse surtout à ce qui va temporairement les unir : la belle Andrée Heuschling, modèle d’Auguste puis amante de Jean, avant de devenir son actrice sous le pseudonyme de Catherine Hessling. Le film ne va pas jusque-là et c’est comme un aveu de la part de Bourdos : le cinéma ne l’intéresse pas, ni comme sujet, ni comme matière. Tout au plus aime-t-il faire des images où il retrouve la lumière des tableaux de Renoir ; par contre, diriger les acteurs ou trouver un point de vue pour sa mise en scène est le cadet de ses soucis. Les scènes se déroulent dans la neurasthénie la plus complète, Christa Theret est ramenée à une pure présence charnelle, et même Michel Bouquet en fait trop (il faut le voir bredouiller des «Mon Jeannot !» dans sa fausse barbe pour mesurer le désastre). Un gâchis monumental. Christophe Chabert

Continuer à lire