Le geek face à lui-même

ECRANS | Le plaisant "Paul", sorti la semaine dernière, marque une nouvelle étape dans la mutation de la figure geek, entamée avec "The Social Network" de David Fincher. CC

Christophe Chabert | Vendredi 4 mars 2011

"The Social Network", "Scott Pilgrim", "The Green Hornet" et maintenant "Paul" : voilà quatre films qui auront permis au geek de ne plus être qu'une cible pour les costards-cravates du marketing mais aussi un enjeu complexe de cinéma. Il ne s'agit plus de leur tirer le portrait comme dans les films produits par Judd Apatow, mais de les confronter à l'écran à leurs fantasmes soudain devenus réalité. Chaque film se focalise sur un des piliers de la culture geek plutôt que de la saisir dans sa globalité : l'informatique ("The Social Network"), les jeux vidéos ("Scott Pilgrim"), les super-héros ("The Green Hornet") et la science-fiction ("Paul"). Mais la stratégie est similaire : Fincher en donne le mode d'emploi dans la séquence extraordinaire où Zuckerberg invente le site Facemash dans sa piaule d'Harvard. En parallèle, on assiste à une soirée privée où deux étudiantes dénudées grimpent sur une table devant le regard lubrique et aviné de leurs camarades. Zuckerberg, en virtualisant ce clash féminin, le rend public et, du même coup, entre là où il n'avait jamais eu le droit de rentrer. Le rêve du geek devient réalité si c'est lui qui le recrée avec ses propres armes.

"Paul" : le Théorème du geek

"Scott Pilgrim" flippe parce que la fille dont il est tombé amoureux a eu avant lui une vie sexuelle pour le moins débridée ? Il va donc éliminer ses ex par le seul talent qu'il se connaît : celui d'un gamer virtuose. Brit Reid est un glandeur qui s'ennuie dans sa vie de fêtard friqué ? Il s'imagine une vie encore plus cool de super-héros sans cause et sans idéal, sinon celui de vivre les aventures que son père lui a interdit de lire quand il était gamin. Dans "The Green Hornet", sous la pulsion de Seth Rogen, on trouve pour la première fois une autocritique de la culture geek, notamment son rapport problématique à la sexualité. "Paul", écrit par Simon Pegg et Nick Frost ("Shaun of the dead", "Hot Fuzz") et réalisé par Gregg Motola ("Supergrave" et surtout l'excellent "Adventureland"), va encore plus loin. Les deux personnages (joués par les auteurs), fans de SF anglais en visite au comic-con de San Francisco, se retrouvent avec un vrai alien sur les bras. L'alien est lui-même un geek ; mais surtout, il s'avèrera être LA source de la culture que ses deux comparses adulent. Leur réaction contradictoire est bien vue : complicité immédiate pour l'un, déception pour l'autre, qui préfèrerait que tout cela reste de la fiction. Un écart qui se retrouvera aussi dans la révélation de leur sexualité : l'un s'avèrera hétéro, l'autre manifestement gay. "Paul", sur le ton de la comédie référentielle, s'aventure sur un terrain inattendu : et si, une fois projetés dans un monde conforme à leurs désirs, les geeks ne pouvaient plus fuir face à la réalité de ces mêmes désirs ?

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“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Cannes 2021 | Exaltée par sa foi et la découverte de la chair, une nonne exerce une emprise perverse sur ses contemporains grâce à la séduction et au verbe. Verhoeven signe un nouveau portrait de femme forte, dans la lignée de Basic Instinct et Showgirls, en des temps encore moins favorables à l’émancipation féminine. Quand Viridiana rencontre Le Nom de la Rose…

Vincent Raymond | Lundi 12 juillet 2021

“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Italie, début du XVIIe siècle. Encore enfant, Benedetta Carlini entre au monastère des Théatines de Pescia où elle grandit dans la dévotion de la Vierge. Devenue abbesse, des visions mystiques de Jésus l’assaillent et elle découvre le plaisir avec une troublante novice, sœur Bartolomea. Son statut change lorsqu’elle présente à la suite d’une nuit de délires les stigmates du Christ et prétend que le Messie parle par sa voix. Trucages blasphématoires ou miracle ? Alors que la peste menace le pays, la présence d’une potentielle sainte fait les affaires des uns, autant qu’elle en défrise d’autres… Les anges du péché Entretenue depuis son enfance dans un culte dévot de la Vierge, conditionnée à adorer des divinités immatérielles omnipotentes, coupée du monde réel, interdite et culpabilisée lorsqu’il s’agit d’envisager les sensations terrestres, Benedetta vit de surcroît dans un monde de fantasmes et de pensées magiques, où chaque événement peut être interprété comme un signe du ciel — ce que la superstition ambiante ne vient surtout pas démentir. Prisonnière d’une communa

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La route des Flandrin : trois artistes lyonnais au Musée des Beaux-Arts

Peinture Néo-classique | Le Musée des Beaux-Arts réunit les trois frères artistes Hippolyte, Paul et Auguste Flandrin, acteurs clefs de la scène lyonnaise du début du XIXe siècle. L’exposition foisonnante explore leur complicité artistique, et dévoile, dans un parcours thématique, nombre d’œuvres méconnues.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 juin 2021

La route des Flandrin : trois artistes lyonnais au Musée des Beaux-Arts

Comment ne pas tomber amoureux de La Florentine et de son doux regard bleu d’une pureté désarmante, glissant de biais vers le spectateur ? Le drapé de sa tunique blanche et lâche souligne (en le cachant) la sensualité de son corps, et le cadrage serré sur le haut de son buste nous la rend très proche malgré la fuite éternelle de son regard… À quelques pas de là, dans un autre tableau, un jeune homme nu repose la tête entre ses genoux et les yeux fermés, assis sur un rocher juchant la mer… Dans ces deux toiles de la fin des années 1830 signées Hippolyte Flandrin, nous sommes frappés par la sérénité de la beauté des corps et des visages. Même si affleurent possiblement dans ces toiles tristesse ou abandon, quel calme, quelle douceur dans les formes et dans les poses ! Mais l’on se rend compte bientôt que, le temps d’un regard, nous étions plongés dans un monde idyllique, idéal, hors d’atteinte. C’est là à la fois le charme et le vertige du néoclassicisme pictural dont la figure tutélaire se nomme Jean-Auguste Ingres

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Kcidy : mélancolie heureuse

Portrait | Avec son deuxième album, Les Gens heureux, disque baroque 60's et mélancolique, la Lyonnaise Kcidy vient de frapper un très grand coup. Et de marquer avec bonheur un changement radical dans son approche de la pop.

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 juillet 2021

 Kcidy : mélancolie heureuse

« Les gens heureux dansent », chante Kcidy sur une chanson extraite de son dernier album. Du moins ils devraient, les gens, être heureux et danser. Mais en ce moment personne ne danse. Les lieux de culture ont beau rouvrir petit à petit, à Nuits Sonores (exemple non contractuel), le public se couchera, comme on passerait son tour. Et il faudra attendre encore un peu (beaucoup ?) pour le retour des « jours heureux » promis par Emmanuel "Fonzie" Macron. Certes, Les gens heureux dansent n'est pas tout à fait une chanson sur nos corps contrariés par la pandémie mais elle traduit quelque chose de l'inaccessibilité de cet état de mouvement. « J’ai imaginé ce que ça ferait d’être entourée de ces "gens heureux" qui dansent, alors que moi je serai immobile et figée, comme engluée dans la mélancolie, comme si le bonheur de ces gens m’était inaccessible, lointain » confiait la chanteuse et musicienne au site Soul Kitchen, à propos de cette chanson cl

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Patrick Penot : « être plus international que jamais »

Sens Interdits | Malgré la crise sanitaire et les difficultés à circuler à travers le monde, Patrick Penot annonce que la 7e édition du festival international de théâtre Sens interdits se tiendra du 13 au 30 octobre prochain dans la Métropole de Lyon. Et le Chili sera à l’honneur. Interview et programme.

Nadja Pobel | Jeudi 3 juin 2021

Patrick Penot : « être plus international que jamais »

Comment la crise sanitaire percute-t-elle ce festival dédié à l’international ? Patrick Penot : La crise a accéléré le temps — on est tous déjà en 2023, 2024. Elle va laisser des traces durables qui vont peut-être nous amener à des choses plus importantes qu’auparavant. À l’heure actuelle, le mot "international" comporte immédiatement des ombres — ce n’est pas le moment pour la planète, pour nos économies, les compagnies d’ici souffrent… — et bien je me dis, au contraire, que c’est le moment ou jamais d’insister sur la nécessaire confrontation des cultures, des langues, des savoir-faire. On doit être plus international que jamais. Car il est question de solidarités avec les artistes. La crise nous oblige à ne pas être auto-centrés sur nos besoins et nos statuts. On appartient à un des rares pays au monde où la culture est aidée à ce niveau-là. Je suis entouré des gens qui n’ont aucun accompagnement social : au Chili, en Afrique, au fin fond de la Russie. Cette précarité les renforce encore plus dans leur détermination à donner de la voix aux sans-voix. Le Chili est invité d’honneur avec cinq spectacle

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La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

Cinéma | « La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se (...)

Vincent Raymond | Mercredi 3 mars 2021

La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

« La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se dévouer à la présidence d’Unifrance — l’organisme en charge du “rayonnement” du cinéma français à l’international. Auréolé d’un joli succès dans les salles françaises avec 421 578 spectateurs — cela, du fait d’une exploitation prématurément réduite puisqu’il était sorti avant la seconde fermeture des salles fin octobre 2020 —, très bien accueilli à l’étranger, son huitième long-métrage La Daronne, adapté du polar homonyme d’Hannelore Cayre vient d’être désigné Prix Jacques-Deray par l’Institut Lumière, succédant à Roubaix une lumière d’Arnaud Desplechin, également distribué par

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Bertrand Tavernier sur Netflix : ça commence aujourd’hui

Plan Canapé | Après Truffaut, Demy, Sautet, Resnais, la plateforme de streaming continue d’élargir son offre en inscrivant dès ce 1er mars quelques-unes des premières œuvres de Bertrand Tavernier. Une mise en bouche avant l’intégrale ?

Vincent Raymond | Lundi 1 mars 2021

Bertrand Tavernier sur Netflix : ça commence aujourd’hui

Rien n’arrête l’appétit de Netflix. Au moment où son concurrent direct Disney lance une plateforme, Star, ayant vocation à le titiller sur le segment “adulte” en proposant notamment des films ou des séries du patrimoine, la firme de streaming opère un nouveau coup d’éclat médiatique en intégrant à son volumineux catalogue cinq titres d’un emblématique auteur français : Bertrand Tavernier. Outre le fait qu’il s’agit pour la plupart d’œuvres parmi les plus primées et célèbres de la première partie de carrière du cinéaste lyonnais (L’Horloger de Saint-Paul (photo), Que la fête commence, Le Juge et l’Assassin, Coup de torchon, La Vie et rien d’autre), elles sont paradoxalement signées par un éminent cinéphile dont on sait l’attachement pour la projection en salle et son soutien au travail d’édition sur support physique des films, qu’il relaie sur son blog. Mais aussi par celui qui assume les f

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"Le Voyage à Lyon" : Claudia, Elisabeth, Flora ou l’éternel retour

En VOD | Tourné à l’été dans une ville quasi déserte, "Le Voyage à Lyon" de Claudia von Alemann avait été présenté au Festival Lumière dans sa version restaurée en 2018. Et voici que Henri, la plateforme en ligne de la Cinémathèque Française, l’accueille à partir du 17 février. À voir !  

Vincent Raymond | Mercredi 17 février 2021

Près de quarante ans jour pour jour après sa sortie sur les écrans berlinois, c’est à une bien troublante expédition que convoque Le Voyage à Lyon (1981). À la fois fascinante par sa beauté de porcelaine et le duveteux de son grain de 16mm (merci la restauration 2K), stupéfiante de modernité quant à son propos (ne s’interroge-t-il pas, notamment, sur la difficulté pour une femme de faire admettre son statut d’égale de l’homme ?), cette fiction trouée de séquences documentarisantes raconte plusieurs histoires. Ou plutôt, plusieurs Histoires. La première est celle de l’héroïne, Elisabeth (la bressonienne Rebecca Pauly), jeune Allemande en rupture de ban conjugal et familial s’octroyant “une semaine de vacances” au bas mot à Lyon afin d’effectuer des recherc

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L’eau à la bouche : "Ondine" de Christian Petzold

Romance | Songe fantastique et romantique en milieu aquatique : Ours d’argent à Berlin pour la fiévreuse Paula Beer.

Vincent Raymond | Mercredi 23 septembre 2020

L’eau à la bouche :

Conférencière spécialisée dans l’urbanisme de Berlin, Ondine est brutalement quittée par son amant. Christoph, un scaphandrier, tombe alors sous son charme et entame avec elle une romance. Mais la belle, encore rongée par sa blessure, doit en finir avec son ex-… Histoire sentimentale néo-romantique, songe fantastique rêvé par le scaphandrier, cette variation sur le mythe de la nixe — ou sirène — troquant par amour son royaume contre la terre ferme, évoque (en version aquatique) la situation des anges wendersiens des Ailes du désir, condamnés à porter la mémoire de la ville qu’il survolent, dépositaires de l’histoire des hommes mais incapables d’en partager les affects ni les plaisirs mortels. Ondine est aussi de ces êtres de passage si fréquents dans le cinéma de Petzold permettant à leur partenaire d’accomplir une traversée, mais dont la destinée revêt une dimension sacrificielle les rendant d’autant plus tragiques et… désirables, horrible paradoxe ! Pas étonnant que la fiévreuse Paula Beer ait, pour ce rôle de gardienne de Berlin, conquis l’Ours d’argent de la meilleure interprète à la Be

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Christian Petzold et Paula Beer : « le cinéma, c’est soit le Rhin, soit la Wupper. Ce film, c’est la Wupper. »

Ondine | Hors des courants, Christian Petzold mène sa barque dans le cinéma allemand — ce qui ne l’empêche pas de tourner en France (voir Transit, son film précédent). Alors qu’il bénéficie d’une rétrospective parisienne, il évoque Ondine en compagnie de celle qui l’interprète et a glané pour ce rôle l’Ours d’argent à Berlin l’hiver dernier, Paula Beer. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 23 septembre 2020

Christian Petzold et Paula Beer : « le cinéma, c’est soit le Rhin, soit la Wupper. Ce film, c’est la Wupper. »

Paula, qu’est ce qui était le plus difficile : ingérer tous les textes de l’historienne ou interpréter des scènes sous l’eau ? Paula Beer : À leur manière, les deux étaient difficiles, et demandaient bien sûr une préparation particulière, parce que sous l’eau on ne peut pas parler : il faut se sentir sûre de soi. Et pour les conférences, bien sûr tout le texte demande plus de préparation, mais il faut savoir qu’Ondine ne va pas seulement tenir une conférence : elle raconte son histoire en racontant celle de la ville. On doit comprendre que cette vieille figure de conte, ce personnage, avait accès à l’eau avant que la ville ne soit construite ; Ondine sait donc pratiquement tout sur la ville. Pour cette raison, tourner sous l’eau et tenir de grandes conférences sont deux difficultés que l’on prévoit avant le tournage bien sûr. Mais il y a des scènes dont on pense parfois qu’elles seront faciles et qui s’avèrent plus compliquées. Le monologue est complexe au cinéma ; or ici, il y en a beaucoup… PB : Dans la plupart des films il y a plutôt des dialogues que de longs textes. C’était particulier et e

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Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

La Daronne | Impossible de la manquer cette semaine à Lyon : sa silhouette est aux frontons de tous les cinémas et vous la croiserez peut-être au gré des rues puisqu’elle vient de débuter le tournage du nouveau film de Laurent Larrivière avec Swann Arlaud. Elle, c’est, évidemment Isabelle Huppert, une des “daronnes“ du cinéma français et celle que Jean-Paul Salomé a choisie pour incarner Patience Portefeux dans son polar. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce que vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de le définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. C'est à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NdlR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle rac

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Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans "La Daronne"

Son film à l'affiche | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr, 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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Les trésors en Agfacolor de Paul-Émile Nerson

Photographie | Jusqu'à ce qu'un petit-fils retrouve une valise de trésors dans un grenier familial, il n'y avait qu'un témoignage photographique en couleur de la France sous la Deuxième Guerre mondiale, celui de la propagande. La soixantaine de clichés de Paul-Émile Nerson éclaire de façon exceptionnelle le quotidien pendant le conflit, de surcroît à Lyon. Ce fut une expo au CHRD. C'est, depuis cet automne, un ouvrage remuant.

Nadja Pobel | Lundi 13 juillet 2020

Les trésors en Agfacolor de Paul-Émile Nerson

En 2015, tout juste déballées, les photos couleurs (initialement, des diapositives) de Lyon pendant la guerre faisaient l'objet d'un accrochage mémorable au CHRD, un choc. Avec plus d'une centaine d'autres, en noir et blanc, elles sont désormais imprimées et permettent de documenter les Années noires. Jusque-là, seuls les clichés d'André Zucca rendaient compte, en couleurs, de cette époque mais il travaillait pour le magazine allemand de propagande nazie Signal — l'exposition qui lui était consacrée à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris en 2008 avait même fait polémique. Et voici que surgissent celles de Paul-Émile Nerson qui n'était « pas un photographe professionnel » mais « un professionnel de la photo » comme le résume l'historien Régis Le Mer dans cet ouvrage. Arrivé de Nancy en 37, sans son épouse, le jeune homme va passionnément aimer sa vie lyonnaise. Dans son atelier au fond de la cour du 4 quai Gailleton, il fabrique des agrandisseurs photos de la marque PEN qu'il commercialise. Rien pourtant ne permet d'expliqu

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Chez Bigoût Records, on s'approvisionne en musiques énergiques à guitares

Disquaire | Le label noise lyonnais, habitué de la distro en fin de concerts dans les salles du coin, franchit le cap de la boutique en s’installant rue des Capucins : le nouveau repaire des amateurs de vinyles bruyants.

Sébastien Broquet | Dimanche 7 juin 2020

Chez Bigoût Records, on s'approvisionne en musiques énergiques à guitares

À l’origine, un groupe. Kiruna : entre noise et hardcore, dans la lignée de Condense ; qui se fait un petit nom dans le milieu et sort un premier disque autoproduit en 2007. Paul Martin (photo) et Damien Debard, deux des membres du combo, décident de sortir de leurs poches quelques billets pour monter la structure nécessaire, qu’ils baptisent Bigoût Records. C’est sensé être un one shot, ce vinyle, Social Haven of Cultural Decline. Mais peu après un ami commun qui gère le label (alors parisien) Rejuvenation leur propose une association pour sortir un second vinyle, d’un groupe australien. Banco. Et de fil en aiguille, ou plutôt de câble en jack, les voici désormais avec vingt-deux références au compteur, entre noise et dérivés, dont l’une des dernières en date, Doppler

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Le concert de Paul McCartney ne sera pas reprogrammé

Pop | On pouvait le craindre, vu la difficulté à trouver des dates libres dans un calendrier déjà surchargé par les reports, de spectacles comme de compétitions (...)

Sébastien Broquet | Lundi 4 mai 2020

Le concert de Paul McCartney ne sera pas reprogrammé

On pouvait le craindre, vu la difficulté à trouver des dates libres dans un calendrier déjà surchargé par les reports, de spectacles comme de compétitions sportives : le concert de Paul McCartney, initialement prévu le 7 juin au Parc OL, ne sera pas reprogrammé à une date ultérieure. L'ancien Beatles s'est exprimé : « nous étions impatients de vous voir tout au long de cet été car nous nous serions tellement amusés ensemble. Les musiciens du groupe et moi-même sommes vraiment déçus de ne pas pouvoir être avec vous, mais cette période est sans précédent et le bien-être et la sécurité de chacun restent la priorité. J’espère que vous vous portez tous bien en attendant avec impatience des jours meilleurs. We will rock again. Love Paul » Les billets seront donc remboursés : toutes les informations à ce sujet ici.

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Le concert de Paul McCartney annulé

Parc OL | C'était prévisible, c'est confirmé : le concert de Paul McCartney au Parc OL, prévu le 7 juin, n'aura pas lieu. Comme l'ensemble de sa tournée européenne, (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 10 avril 2020

Le concert de Paul McCartney annulé

C'était prévisible, c'est confirmé : le concert de Paul McCartney au Parc OL, prévu le 7 juin, n'aura pas lieu. Comme l'ensemble de sa tournée européenne, qui comprenait un passage au mythique festival de Glastonbury en Angleterre et quatre dates en France. La production travaille à un report de la tournée de l'ancien Beatles en 2021. « De nouveaux itinéraires de tournée viennent d’être proposés. Pour des concerts en 2021. Mais rien ne sera annoncé tant qu’on n’aura pas de dates de rechange à communiquer » a déclaré la productrice de la tournée en France, Jackie Lombard, au quotidien Sud-Ouest. En attendant l'annonce de la potentielle nouvelle date, on peut se consoler avec cette playlist concoctée par notre critique rock Stéphane Duchêne :

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Les mamans et les putains : "Filles de joie"

Drame | Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Les rêves en berne, l’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Les mamans et les putains :

Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich ne s’y adonne pas par plaisir. Ce qu’il révèle surtout d’un point de vue sociologique, c’est que le recours au commerce de son corps, jadis réservé aux plus pauvres des plus pauvres, à ce quart-

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Gavalda remix : "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"

Drame | Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette (une prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte), Mathieu, employé timide et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Gavalda remix :

En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions (oui oui) de lecteurs — voire adulateurs — de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcément pourvues d’une gentilhommière en province ou en grande couronne, où l’on se rend pour les anniversaires d’ancêtres et la Noël (et les chamailleries afférentes). Il y a quand même une douce contradic

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Fête du Livre de Bron : un idéal, des idées hautes

Fête du Livre de Bron | Après "La vie sauvage" l'an dernier qui illustrait autant un désir de retour à la nature que la sauvagerie du libéralisme triomphant, La Fête du Livre de Bron a (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 7 janvier 2020

Fête du Livre de Bron : un idéal, des idées hautes

Après "La vie sauvage" l'an dernier qui illustrait autant un désir de retour à la nature que la sauvagerie du libéralisme triomphant, La Fête du Livre de Bron a dégainé pour cette édition 2020 anticipée un thème toujours fort à propos qui clame "Une soif d'idéal" dans ce monde où la moindre utopie, inspiration révolutionnaire toute entière contenue dans le "rouge idéal" baudelairien étouffe sous le poids d'un pragmatisme au cynisme rampant. La formule, elle, ne change pas qui alterne grands entretiens, tables rondes et lectures concepts (François Atlas et ses Fleurs du mal musicales, Charly Delwart et sa Databiographie). Et bien sûr grands noms (Jean-Paul Dubois, Leonora Miano, Jonathan Coe, Luc Lang, Laurent Binet) et semi-découvertes prises en flagrant délit de confirmation (Emma

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Le Goncourt Jean-Paul Dubois à la Fête du Livre de Bron

Littérature | C'est avec un peu d'avance sur les temps de passage habituels que la Fête du Livre de Bron a dévoilé les premiers noms d'auteurs et autrices invités à partager (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 25 novembre 2019

Le Goncourt Jean-Paul Dubois à la Fête du Livre de Bron

C'est avec un peu d'avance sur les temps de passage habituels que la Fête du Livre de Bron a dévoilé les premiers noms d'auteurs et autrices invités à partager leur « soif d'idéal » – thème de la cuvée 2020. Il faut dire que l'événement se déroulera un peu plus tôt que précédemment puisque cette édition investira l'hippodrome de Parilly du 12 au 16 février. Avant le dévoilement complet du programme le 9 janvier prochain, voici déjà les quelques noms avancés : notre bien aimée Emmanuelle Pireyre, comme éminente régionale de l'étape que l'on verrait bien dialoguer en sa chimère européenne avec le brexité Jonathan Coe, également de la partie ; Lionel Duroy ; Mathilde Forget et une brassée d'écrivains nouvellement décorés : Laurent Binet (Grand Prix de l'Académie française), Luc Lang (Prix Médicis), Cécile Coulon (Prix littéraire du Monde), Manuel Vilas (Prix Femina étrange

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Paul McCartney à Lyon, ce sera le 7 juin

À Venir | Il y a quelques jours bruissait la rumeur d'une date de Paul McCartney à Lyon, à l'occasion d'une tournée de quatre concerts dans l'hexagone. C'est (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 15 novembre 2019

Paul McCartney à Lyon, ce sera le 7 juin

Il y a quelques jours bruissait la rumeur d'une date de Paul McCartney à Lyon, à l'occasion d'une tournée de quatre concerts dans l'hexagone. C'est aujourd'hui confirmé et l'on connaît la date du passage de l'ex-Beatles au Parc OL : ce sera le dimanche 7 juin 2020, selon France Bleu qui a révélé l'information. On ne connaît pas encore la date de mise en vente des billets, mais ce devrait être la ruée tant l'ancien bassiste de 77 ans est attendu, lui dont le dernier album, Egypt Station, sorti en 2018, s'est fort bien vendu.

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Paul McCartney pressenti à Lyon en mai

À Venir | Qui a dit qu'il ne se passait pas grand-chose de bien enthousiasmant au Parc OL ? Voici qu'entre deux emmêlements de pinceaux de Bertrand Traoré et deux (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 7 novembre 2019

Paul McCartney pressenti à Lyon en mai

Qui a dit qu'il ne se passait pas grand-chose de bien enthousiasmant au Parc OL ? Voici qu'entre deux emmêlements de pinceaux de Bertrand Traoré et deux cagades du gone Lopes, on annonce un événement de taille au stade. Genre XXXXL. C'est en effet Paul McCartney qui s'avancerait à Décines à l'occasion d'une mini-tournée française de quatre dates dans des maxi-lieux. Pour l'instant, seul le concert parisien bénéficie d'une date précise (le 26 mai), mais la date lyonnaise devrait donc se poser, si elle est confirmée, quelque part entre fin mai et début juin. C'est Maccaclub, site d'informations consacré uniquement à l'ex Beatles, qui a révélé l'information sur Twitter. Du côté de l'OL, on se refuse à confirmer l'information pour l'instant. À suivre.

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Le réel déminé

Théâtre de la Croix-Rousse | S’inspirant d’un fait divers américain des années 70 (l’enlèvement de Patricia Hearst), la jeune autrice Myriam Boudenia trace le parcours d’une adulte d’aujourd’hui naissant à elle-même dans la contestation de l’ordre établi. Parfois fragile, souvent très affirmé.

Nadja Pobel | Mardi 12 novembre 2019

Le réel déminé

C’est une meute qui vient attaquer une jeune fille en fleur. En deux trois mouvements, la voilà pliée dans une cage. « Toute ressemblance avec le réel n’est absolument pas fortuite » est-il écrit sur des panneaux. La trame est claire. Cette Patricia Hearst – que l’écrivaine Lola Lafon avait décrit récemment dans le très alambiqué Mercy Mary Patty – est ici Héloïse. Elle a 19 ans également. Son père est un très riche magnat de la presse mais les ravisseurs ne demandent aucune rançon. Si cela évacue une des questions intéressantes qui minera la vraie Patricia (à combien son père estime-t-il sa libération et donc son existence ?), cela ouvre d’autres perspectives plus retorses mais passionnantes : quel est l’idéal de société que dessinent ces révolutionnaires ? Où et comment agissent les mécanismes de domination et de soumission ? RAID Parfois trop bavard (avec des références explicites à la présidence Macron, au syndrome de Stockholm ou des descriptions trop détaillées de

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Guide de vos nuits

Clubbing | Tour d’horizon de la rentrée clubbing pour y voir plus clair dans la nuit.

Anaïs Gningue | Mardi 24 septembre 2019

Guide de vos nuits

À suivre... Dix dates pour célébrer dix saisons à faire bouger le tout Lyon : le rendez-vous est donné par Papa Maman. Devenu incontournable de nos nuits électroniques, le promoteur fête sa première décennie en grandes pompes. Les trois premières dates sont déjà passées mais les festivités se poursuivront le 12 octobre avec Hunee, DJ caméléon couvé par le label hollandais Rush Hour. On retrouvera à ses côtés Sacha Mambo, papa du label Macadam Mambo, et le novateur Call Super. On guette aussi le set de Todd Terje, prince norvégien de l’éclectisme, qui fera danser les grands au Petit Salon le 19 octobre. Pour la dose de légendes, Papa Maman s’offre Robert Hood (10 novembre) et Carl Craig

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Cocotte, une admirable cuisine de bistrot

Restaurant | L’adresse de la rentrée, c’est ce bistrot excentré cours d’Herbouville, mené par une petite troupe italiano-parisienne : Cocotte.

Adrien Simon | Mardi 3 septembre 2019

Cocotte, une admirable cuisine de bistrot

La rentrée serait un nouveau prétexte pour les bonnes résolutions. Comme si la nouvelle année et ses promesses intenables ne suffisaient pas. Les prescripteurs en bien-être recommandent encore simplicité et moins d’excès. Ne cédez pas : quelques bonnes adresses ont mûri dans la canicule estivale. Parmi celles-ci, Cocotte, ses plats simples (tout de même) mais bistrot (donc pas healthy), ses breuvages natures, mais vineux. Une éclaircie pour ceux et celles qui vivaient mal le retour dans le bruit et la pollution. Et pour faire oublier les détroussages de bords de mer : ici la formule déjeuner est à 18€ ; elle les vaut. À l’origine de la bonne nouvelle ? Vertigo, qui ouvrit à la fin des années 2000 deux adresses dans le Marais, désormais bien connues des amateurs de vins naturels et de néobistroterie : Jaja et Glou. Le groupe (qui possède sept restos : ce n’est pas non plus une multinationale) mène aussi la brasserie parigote Grand Cœur en collab' avec le chef italo-argentin Mauro Colagreco, dont le res

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Maria, pour mémoire : "L'Autre continent"

Comédie Sentimentale | De Romain Cogitore (Fr-Taï, 1h30) avec Déborah François, Paul Hamy, Daniel Martin…

Vincent Raymond | Mardi 4 juin 2019

Maria, pour mémoire :

Polyamoureuse, Maria s’est exilée à Taïwan pour devenir guide-interprète (en flamand). Sur place, elle flashe sur Olivier, un polyglotte compulsif… mais sentimentalement timoré. Après quelques mois de bonheur fou, Olivier se sent mal et un cancer du sang le plonge dans un coma profond… Les énièmes remous aigres de “l’affaire Vincent Lambert” précèdent d’une bien triste manière la sortie de ce très audacieux mélo expérimental. Car il serait des plus malséants de prendre appui sur ce film (lui même inspiré d’un authentique cas clinique) pour donner du grain à moudre aux partisans de l’acharnement thérapeutique : comparaison n’est jamais raison, et les dossiers médicaux n’ont rien à voir. En outre, si l’on est honnête, Cogitore ne s'intéresse pas au “miracle médical” d’une guérison, mais plutôt à l’apprentissage d’un deuil amoureux. Et surtout, il se saisit de la matière cinématographique comme d’une chance pour transcender son récit — c’est une constante, visiblement, dans la prolifique famille Cogitore. L’Autre continent revêt donc successivement les atou

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Lugdunum Calling

Exposition | Un peu plus de quarante ans après le fameux "Lyon capitale du rock" de Libération, le Département Musique de la Bibliothèque Municipale revient, sous la forme d'une exposition merveilleusement documentée, sur la grande aventure rock qui agita la ville entre 1978 et 1983 et rend hommage aux acteurs qui l'ont menée. Forcément capital.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 mai 2019

Lugdunum Calling

On le sait, quelque part dans le Surmoi lyonnais vient se nicher un complexe vieux comme Lugdunum. Celui de n'être pas capitale à la place de l'arrogante Paris, fille trop facile du jacobinisme. Étrange quand on sait, car on le sait aussi, que Lyon croule sous les titres de "capitale" : des Gaules sous l'Empire Romain ; de la Résistance ; de la gastronomie ; de la soie ; des goals même pendant une décennie 2000 où la bande à Coupet et Juni rêgna sur la Ligue 1 pré-Qataris. Il est même établi qu'en 1528, François 1er hésita à faire de Lyon la capitale de son royaume. Même le journal... Le Parisien surnomma Lyon, "L'autre capitale" dans un article daté du 8 juin 2018. Et puis bien sûr, il y eut ce titre, historique, éphémère mais éternel, décerné un jour de juillet 1978 par Libération, à l'époque bible du bon goût s'il en fut : "Lyon, capitale du rock". Un titre justifié par l'effervescence musicale qui agita la ville pendant une poignée d'années, au tournant des années 70 et 80, du punk et de la new-wave, et à laquelle la Bibliothèque Munic

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Fils de Pan

L'Histoire | C'est une musique – faite de flûte, de haut-bois marocain, de percussions et de gambri (un luth à trois cordes) – dont on dit qu'elle peut guérir et que (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 23 avril 2019

Fils de Pan

C'est une musique – faite de flûte, de haut-bois marocain, de percussions et de gambri (un luth à trois cordes) – dont on dit qu'elle peut guérir et que l'ont vient écouter comme on vient recevoir une bénédiction. Cette bénédiction, les Master Musicians of Jajouka, du moins leurs ancêtres, la reçurent eux-mêmes de Sidi Ahmed Sheik, venu de l'Est pour répandre l'Islam au Maghreb aux alentours de l'an 800. L'origine de leur art remonte pourtant à une légende racontant qu'il fut révélé à un ancêtre des Attar par le Dieu Pan, autrement appelé Boujeloud. Et c'est bien à la croisée de la musique religieuse et du paganisme ; du folklore berbère et des traditions arabes d'influence égyptienne ; de la mystique soufi et de rites chamaniques que le mythe Jajouka a traversé les siècles et, à l'époque moderne, les genres, tradition ancestrale se fondant dans l'avant-garde. C'est d'ailleurs d'une avant-garde qu'est né dans les années 50 l'intérêt pour Jajouka, sous l'égide des grands amateurs d'états seconds qu'étaient les beatniks William Burroughs et Brion Gysin, lorsqu'i

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Pauline Ribat : « prendre urgemment la parole »

Théâtre | Avant que l’affaire Weinstein ne provoque une onde de choc irréversible, la comédienne Pauline Ribat a écrit et mis en scène son premier spectacle en 2016. "Depuis l’aube (odes aux clitoris)" est plus que jamais d’actualité. Elle continue de le porter haut et fort.

Nadja Pobel | Mardi 30 avril 2019

Pauline Ribat : « prendre urgemment la parole »

D’où vient cette idée de spectacle ? Pauline Ribat : Je suis tombée sur un reportage d’une jeune femme belge se promenant dans la rue en caméra cachée (NdlR : on y entendait les réflexions déplacées des hommes qu’elle croisait). Ce qui m’a vraiment marquée est à quel point j’avais intégré la violence des regards, des mots, des corps mis en pâture, devenus objets de désir. J’en ai beaucoup parlé avec des amies, des collègues et toutes on avait développé des réflexes comme s’habiller en fonction de l’heure à laquelle on rentre le soir, une fille me racontait qu’elle regardait dans l’ombre des lampadaires si quelqu’un la suivait ! Je me suis dit qu’il fallait prendre urgemment la parole car cela concernait en effet 100% des femmes ; de l’agression verbale au viol, on a toute une histoire à raconter. Vous employez un langage cru dans votre pièce. Etait-ce un vecteur indispensable de votre parole ? J’ai fait le choix de représenter la réalité telle qu’elle est sur le plateau. Je n’ai pas modifié celle entendue dans la rue. Mais je me suis beaucoup interrogée sur comment il fallait faire pour que ce soit du thé

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La Maîtrise de l'enfer à la Renaissance

Théâtre | D'une dureté sans nom, la vie de gamins sur l'île du Levant à la fin du XIXe siècle est magnifiquement restituée par la Maîtrise de l'Opéra. Travail haut de gamme mené par la metteuse en scène Pauline Laidet.

Nadja Pobel | Mardi 9 avril 2019

La Maîtrise de l'enfer à la Renaissance

Aujourd'hui surface dédiée au naturisme au large de Hyères dans la France varoise, l'île du Levant fut au tournant du XIXe siècle une terre brutale pour des gamins touts petits jusqu'à vingt ans, délinquants ou orphelins, malmenés par la vie. Là-bas, au grand air et au soleil, le comte de Pourtalès a voulu que son île soit un refuge, « une colonie agricole ». Mais alors que Napoléon a autorisé en 1850 l'ouverture des bagnes pour mineurs, un directeur (Olivier Borle, fidèle de la troupe du TNP) sans foi ni loi s'occupe de faire marcher droit. Les prévenances de l'infirmière désemparée devant tant de maltraitance n'y pourront rien. Composée d'une centaine d'enfants, la Maîtrise de l'Opéra de Lyon se déploie avec trente minots sur le plateau, à raison de deux castings différents en alternance. De toute évidence, leurs compétences individuelles, et surtout le degré de travail collectif entre eux, est très haut. Constamment en scène, éclipsant les adultes, ils portent ces 80 minutes de spectacle avec l'orchestre et le chœur dirigé par Karine Locatelli, qui leur est familière puisqu'elle les a préparés sur des productions

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Brian de Palma à Quais du Polar

Quais du Polar | [Moment vieux con] Aux jeunes publics qui pensent que Freddie Mercury et Queen ont tout inventé avec Bohemian Rhapsody, on recommande chaudement d’aller (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Brian de Palma à Quais du Polar

[Moment vieux con] Aux jeunes publics qui pensent que Freddie Mercury et Queen ont tout inventé avec Bohemian Rhapsody, on recommande chaudement d’aller faire un tour à l’Institut Lumière pour découvrir en grand Phantom of the Paradise (1974) pour tant de raisons que cette page n’y suffirait pas. Essayons tout de même. Il s’agit d’abord d’une relecture-réactualisation du classique Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux — déjà porté à l’écran avec Lon Chaney —, mâtinée de références au Faust de Gœthe comme à l’indispensable figure matricielle du cinéma de Brian De Palma, Alfred Hitchcock. S’il reçoit un très mérité Grand Prix au festival d’Avoriaz en 1975, c’est en tant que comédie musicale rock innovante qu’il marque autant les yeux et les oreilles, s’inscrivant automatiquement comme un marqueur de son temps et un classique du 7e art. Paul Williams, qui compose en sus le méphistophélique Swan, signe une bande-originale magistrale, enchaînement de tubes pop-rock, du dia

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Carnet d’un retour impossible au pays natal : "Wardi"

Animation dès 10 ans | De Mats Grorud (Nor-Fr-Suè, 1h20) avec les voix (v.f.) de Pauline Ziade, Aïssa Maïga, Saïd Amadis…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Carnet d’un retour impossible au pays natal :

Jeune Palestinienne vivant dans le camp libanais de Bourj el-Barajneh, Wardi reçoit de son arrière-grand-père la clef de la maison que celui-ci avait dû quitter en 1948, lors de la création de l’État d’Israël. Interrogeant sa famille, Wardi recompose l’histoire de sa famille, et son exil… C’est à un exercice peu banal que Mats Grorud s’est ici livré : évoquer la Nakba (c’est-à-dire, du point de vue des Palestiniens, la “Catastrophe“) sous forme d’une semi-fiction animée alternant de minutieuses séquences avec des marionnettes en stop motion et d’autres au dessin volontairement naïf. Son récit raconte comment chaque génération, au fil des chaos de l’Histoire (1967, 1982…) s’est heurtée à l’impossibilité de retourner vivre en Galilée, transformant la solution provisoire de Bourj el-Barajneh en une cité en dur ; une sorte de Babel de bric et de broc où s’entassent enfants et parents, survolée par une soldatesque à la gâchette légère. Et où fatalement fermente le ressentiment. Que l’idéal des accords d’Oslo ou du Pays-à-deux-États semble plombé lorsque l’on découvre ce film !

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Les "imotges" de Claude Horstmann au Goethe Institut

Dessin | Au Goethe-Institut, Claude Horstmann rouvre les mots et l’écriture à leurs racines graphiques et gestuelles. Et leur redonne une épaisseur inquiète et émouvante.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 22 janvier 2019

Les

« Écrire et dessiner sont identiques en leur fond » disait Paul Klee. Cette phrase de Klee n’est rien moins qu’une petite bombe lancée dans l’ordre occidental de l’écriture. Ce dernier, en effet, à force de discipline et d’apprentissage scolaire, impose à l’écriture manuscrite une transparence anonyme, débarrassée de ses scories corporelles et subjectives : taches, tremblements, expressivité personnelle, fioritures diverses… Depuis Paul Klee au moins, les mots se remettent en mouvement, en danses dessinées, retrouvant leur expressivité originaire, leur gestuelle. Beaucoup d’artistes de l’art brut, ou d’autres comme Henri Michaux, Cy Twombly, Irma Blank, voire Joseph Kosuth ou Bruce Nauman, ont fait trembler l’écriture alphabétique vers le dessin ou le matériau plastique. Les mots, dans leurs œuvres, sont aussi des images, des "imotges" pour ainsi dire… Sens dispersé Dans cette veine, l’artiste allemande

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Les noces rebelles : "Wildlife - Une saison ardente"

ECRANS | De Paul Dano (É-U, 1h45) avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal, Ed Oxenbould…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Les noces rebelles :

Joe vient d’emménager avec ses parents dans un patelin des États-Unis des années 1960. Très orgueilleux mais incapable de garder un emploi, son père refuse que son épouse travaille. Il doit alors s’engager sur le front des incendies dans l’arrière-pays, accélérant la dissolution du couple… Ce premier long-métrage réalisé par le comédien Paul Dano ressemble à ces verreries craquelées qu’on craint d’effleurer de peur de les briser. Non que le film soit fragile — il révèle au contraire une belle maîtrise de mise en scène et des dispositions dans la direction d’acteurs — mais parce que l’histoire et les personnages eux-mêmes, à fleur de peau et de chagrin, transpirent leurs douleurs. Il y a de la grandeur tragique dans ces fêlures. Vu par un adolescent (étonnant Ed Oxenbould, avec sa physionomie de “jeune vieux“), ce récit de l’inéluctable éloignement d’un couple est aussi celui de la désagrégation désabusée d’un idéal : le Rêve américain, dont quelques ultimes miettes de réussite peuvent encore subsister. Lesquelles sont menacées par les flammes pré

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L'Echange à sec de Christian Schiaretti

Théâtre | Dans une proposition plus aride que jamais, Christian Schiaretti semble avoir trouvé avec L’Échange de Claudel la matière à un ascétisme qui repose entièrement sur le texte et les acteurs.

Nadja Pobel | Mardi 11 décembre 2018

L'Echange à sec de Christian Schiaretti

Il a beaucoup pratiqué les tréteaux avec ses Molière, avait placé Coriolan sur un plateau dénudé en pentes très douces où tout convergeait dans une petite bouche d’égout ; même lors de la réouverture du TNP rénové en 2011, les azuleros bleus de son Ruy Blas ne semblaient guère l'intéresser et faisaient plus figure de décorum que de décor. Désormais, Christian Schiaretti a pu faire, en cette maison qu'il dirige depuis 2002 et jusqu'à fin 2019, de la place au texte, rien qu'au texte et ses transmetteurs que sont les acteurs. De son propre aveu, ce sont là « des vacances scénographiques ! ». Fanny Gamet a simplement posé un sol bleu entaché de larges traces de plus en plus rougeoyantes au fil du spectacle entamé par une chute de sable en p

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Ça va se bousculer pour Paul Kalkbrenner et Franz Ferdinand à Musilac

Musilac | Le festival est prévu du jeudi 11 au dimanche 14 juillet à Aix-les-Bains (Savoie).

Aurélien Martinez | Mardi 27 novembre 2018

Ça va se bousculer pour Paul Kalkbrenner et Franz Ferdinand à Musilac

Alors que l’organisation a déjà lâché le nom d'artistes qui seront sur la scène de la déclinaison printanière du festival (Musilac Mont-Blanc, dont la deuxième édition est prévue du 26 au 28 avril à Chamonix avec Eddy de Pretto, The Kooks, Roméo Elvis…), voilà qu’elle livre quelques-unes des têtes affiche de son événement phare : Musilac, dont la prochaine édition aura lieu du 11 au 14 juillet à Aix-les-Bains, en Savoie. Avec, en guise de grosse prise, la fameuse

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Les affaires de famille de Jean-Paul Rouve : "Lola et ses frères"

Comédie Dramatique | de et avec Jean-Paul Rouve (Fr, 1h45) avec également Ludivine Sagnier, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Les affaires de famille de Jean-Paul Rouve :

Depuis la mort de leurs parents, Lola joue un peu le rôle de grande sœur pour ses deux frères aînés que rien ne rapproche : Benoît est aisé et aime tout contrôler ; Pierre, en difficulté, très soupe-au-lait. Ils en oublieraient presque que leur benjamine a, elle aussi, une vie à elle… Voici l’histoire de famille que l’on aurait aimé voir réalisée par Michel Blanc il y a quelques semaines, et que son excellent interprète du pathétique Voyez comme on danse signe avec la sensibilité qu’on lui connaît. Oh certes, il ne retrouve pas la grâce de Quand je serai petit (2012) mais s’obstine (à raison) dans cette trajectoire qui lui fera accomplir un jour une indiscutable réussite ; ce film sur les relations entre frères et sœurs, parents et enfants autour duquel beaucoup tournent sans aller nulle part, mais que lui pressent. Dans les familles cinématographiques de Rouve — et donc dans celle de Lola — il n’y a pas que des cadres sup’ urbains, ni de coucheries entre notaires blancs, ni de magot en héritage : c’est la recherche du

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Poltred, tout pour la photographie

Concept store | On vous annonçait l’ouverture de Poltred à la rentrée : entre le concept store et la maison de la photographie, visite guidée de ce lieu atypique et passionné, dédié à la photographie sous toutes ses formes.

Lisa Dumoulin | Mercredi 7 novembre 2018

Poltred, tout pour la photographie

La verrière moderne de la vitrine occupe un espace étroit sur le trottoir, mais c’est un leurre : l’intérieur est immense et quasi-labyrinthique. Il fallait bien ça, pour ce lieu six en un, à la fois café, galerie, boutique, agence et studio de photographie, coworking dédié aux photographes, et laboratoire de développement ! Julien Malabry et Pauline Maret, couple de photographes, ont voulu « créer un lieu où l’on puisse travailler la photographie, développer, avoir un labo… mais aussi un lieu cool pour se retrouver et échanger autour de la photographie. Au départ on a pensé à une galerie photo mais c’est difficile d’en vivre. Puis on a pensé à une boutique pour vendre du matériel d’occasion. Un café pour se poser, discuter, travailler… » développe Julien. De fil en aiguille, tout a pris forme. Grâce un financement notamment par le crowdfunding, Poltred s’est installé dans une ancienne quincaillerie, qui s’étendait à l’époque sur tout le pâté de maison. Restée vide pendant quinze ans, il a fallu réaliser beaucoup de travaux de rénovation, d’avril à septembre. Aujourd’hui Poltred, qui signif

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Défunts justifient les moyens : "Ta mort en short(s)"

Animation | de Lucrèce Andreae, Anne Huynh, Anne Baillod, Pauline Pinson, Osman Cerfon (Fr-Sui, 0h52)

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Défunts justifient les moyens :

Porté par le César du meilleur film d’animation 2018, le miyazakissime Pépé le Morse de Lucrèce Andreae, cet exceptionnel programme de courts-métrages ose au bon moment — pour la Toussaint — aborder l’un des sujets les plus embarrassants pour des adultes (avec son symétrique : « comment fait-on les bébés ? ») : la question taboue de la mort. Elle est ici évoquée de manière poético-allusive à travers la métaphore de la disparition-métamorphose des aïeux (Pépé le Morse, donc), par le souvenir (Mamie) ou carrément frontalement dans Mon Papi s’est caché, tendre peinture mouvante où un grand-père jardinier inscrit son futur trépas dans le cycle de la nature — la forme fait ici joliment écho au fond. Mais là où le programme s’avère le plus culotté, démontrant sa grande intelligence de conception, c’est avec l’ajout de La Poisse et de Los Dias De Los Muertos, deux petites perles d’humour noir. Le premier y promène une créature porteuse de scoumoune pour qui la

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Pauline Delabroy-Allard : sans Sarah rien ne va !

Littérature | C'est l'un des premiers romans les plus remarqués de la rentrée, signé Pauline Delabroy-Allard, toujours en lice pour le Prix Goncourt et quelques autres. L'histoire d'un amour incandescent entre deux femmes qui se termine forcément mal. Un livre impressionnant dans sa description d'une passion dévorante qui se délite ensuite lorsqu'il s'agit d'en faire le deuil. Bancal comme les sentiments qu'il décrit.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 octobre 2018

Pauline Delabroy-Allard : sans Sarah rien ne va !

C'est dans les "moments de latence" que vient se nicher le destin. La narratrice de Ça raconte Sarah, professeure-documentaliste, mère d'une petite fille, vaguement recasée après une relation ratée avec le père envolé de sa fille, est au milieu du gué d'une de ces périodes où la vie sonne creux, où l'horizon est plat où que l'on regarde. C'est une certaine Sarah qui vient l'en tirer en surgissant un soir de nouvel an comme une poignée de cotillons lancée à bout portant. Les deux femmes deviennent inséparables, amies, puis, presque inévitablement amantes. Et la narratrice d'être emportée dans le tourbillon Sarah, violoniste fantasque, pas vraiment belle, juste sublime, dont les yeux verts ne le sont pas, « d'une couleur insolite », « yeux de serpent aux paupières tombantes ». Sarah qui « est vivante », comme si c'était une qualité rare, un pouvoir magique. Cela revient comme un mantra dans la bouche d'une narratrice qui n'imaginait pas que tant de vie fut possible, que la passion put se faire si dévorante, accabler autant que combler. C'est l'amour fou, l'absolu touché du doigt, déconnecté de la réalité, qui fait o

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Zao Wou-Ki : traversée des apparences

Estampe | Alors qu'il fait actuellement l'objet d'une grande rétrospective à Paris, Zao Wou-Ki est exposé aussi à Lyon, à travers une vingtaine d'estampes superbes, au 1111.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 10 septembre 2018

Zao Wou-Ki : traversée des apparences

En contrebas d'un paysage, une femme croise les bras derrière sa tête et offre son opulente poitrine au regard du curieux. La poitrine est proportionnellement opulente, mais le personnage minuscule, filiforme, tracé sommairement comme dans un dessin d'enfant ou de Paul Klee. Et, bientôt, la femme comme toute autre figure disparaîtront de l’œuvre de Zao Wou-Ki (1920-2013), pour laisser place à une abstraction que les spécialistes qualifient généralement de lyrique. Lyrique, vraiment ? Certes, les œuvres de Wou-Ki laissent chanter et vibrer de loin en loin les échos des peintres occidentaux qu'il rencontra, après son installation à Paris en 1948 : Pierre Soulages, Hans Hartung, Joan Miro, Nicolas de Staël... Et puis il y a aussi de la musique dans sa vie personnelle, avec une première épouse musicienne, et la fréquentation d'Edgar Varèse et de Pierre Boulez. Mais l'abstraction de Wou-Ki est aussi bien informelle, gestuelle, et pour en rajouter une "couche" : chinoise ! Dans un instant, tout est là Le petit personnage féminin précité est encadré de deux arbres et de deux maison

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7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

La Saison Théâtre | De Joël Pommerat à l'implacable Tatiana Frolova, voici sept pièces aimées ou prometteuses sur lesquelles nous misons cette saison.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

Départ flip Ils et elles grimpent sur un toit de cordes et rampent. Nous les regardons là-haut comme nous regarderions au zoo une kyrielle de singes se mouvoir avec attention et agilité. Les trapèzes ? Ils sont leurs objets collectifs car c’est bien à la rencontre avec une tribu que nous convie Aurélie La Sala, ancienne boxeuse, circassienne qui a repris seule la compagnie Virevolt fondée avec Aurélien Cuvelier. Sans numéros d’épate, au sol, dans les airs, amassés sur un cube à 80 cm du sol comme si une mer menaçante allait les aspirer, les acrobates signent un spectacle bouleversant sur ce qu’il nous reste de liberté, la capacité et/ou la nécessité d’être seul ou plusieurs, comment on se débat avec les contraintes extérieures et nos urgences intérieures. Superbe. À Villefontaine le 23 novembre À Villefranche le 4 mai Je n’ai pas encore commencé à vivre Ce fut une claque. Tatiana Frolova ne nous est pourtant pas inconnue. Grâce au festival Sens interdits, elle présente même à Lyon son quatr

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Patricia Mazuy : « il faut garder John Cale sur les rails sans l’empêcher de partir ailleurs »

Paul Sanchez est revenu ! | Avec sa franchise bienvenue, la trop rare réalisatrice de "Saint-Cyr" ou "Sport de filles" évoque la conception de son thriller et tout particulièrement sa troisième collaboration avec l’ancien du Velvet Underground, compositeur de la bande originale de "Paul Sanchez est revenu !".

Vincent Raymond | Mardi 24 juillet 2018

Patricia Mazuy : « il faut garder John Cale sur les rails sans l’empêcher de partir ailleurs »

Est-ce l’affaire Dupont de Ligonnès en particulier qui vous a inspirée ? Patricia Mazuy : Je me suis surtout intéressée à une boulimie de Faites en entrer l’accusé : dans quel état cela nous met quand on s’abandonne dans les faits divers les plus morbides qui soient ? On est content de se coucher après en se disant « c’est pas nous ! ». Ce qui est rigolo au cinéma, c’est que l’on pousse les choses à l’extrême, on va plus loin que dans le réel — le film n’est pas du tout naturaliste. C’était bien de travailler cette matière-là. Le film est très ancré dans le Var. Or peu de personnages, notamment parmi les gendarmes, ont l’accent du midi. Cela est-il voulu ? Absolument. Parce que les gendarmes sont souvent mutés, il fallait qu’on retrouve cela — seuls deux ou trois ont l’accent. Et je ne voulais pas tomber dans le syndrome Gendarme de Saint-Tropez : on serait parti sur une autre piste, et on était certain de ne pas en sortir. Cela dit, quand j’étai

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Identification d’un homme : "Paul Sanchez est revenu !"

Policier | de Patricia Mazuy (Fr, 1h51) avec Laurent Lafitte, Zita Hanrot, Idir Chender…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

Identification d’un homme :

Aux Arcs-sur-Argens, la gendarmerie a été informée qu’un meurtrier recherché depuis dix ans, Paul Sanchez, a été identifié dans un train. Volontariste, mais souvent gaffeuse, la jeune Marion se lance sur ce dossier dédaignée par ses collègues militaires. Et si elle avait raison d’y croire ? Cinéaste rare faisant parfois des incursions bienvenues devant la caméra (son tempérament pince-sans-rire y est hélas sous-exploité), Patricia Mazuy a toujours su animer des caractères atypiques, et tout particulièrement des francs-tireuses imposant leur loi à l’intérieur de cadres pourtant rigides : Peaux de vaches, Saint-Cyr ou Sport de filles étaient ainsi portés par des battantes qui, si elle n’étaient guère victorieuses, infléchissaient les règles. Marion la gendarme est du même bois, ce qui ne l’exonère pas d’une certaine maladresse la rendant plus attachante et réaliste. Dans ce thriller en forme de chasse à l’homme, davantage que la menace c’est l’omniprésence de la fragilité qui transparaît : la gendarmerie enregistre son lo

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Waninga : le théâtre, cet autre refuge

Théâtre | Ils viennent du Congo, des Comores, de Guinée. Au sein du collectif jeunes de RESF, ils s'expriment par le théâtre et sont même devenus une compagnie, Waninga. Une façon de se libérer de l'urgence du logement et de la scolarité et de nous dire ce qu'ils traversent.

Nadja Pobel | Lundi 11 juin 2018

Waninga : le théâtre, cet autre refuge

Si le ruissellement existe et n'a pas été accaparé par une caste, peut-être est-il là. Il y a trois ans, Pauline Rousseau, en thèse d'étude théâtrale, se rend à un rassemblement en faveur de sans-papiers puis à une réunion de RESF (Réseau Éducation Sans Frontières) et, de fil en aiguille, s'investit dans le collectif jeunes (pour mineurs et jeunes majeurs isolés) auprès de Marie Brugière et Fiammetta Nincheri. Deux mois plus tard, elle propose un atelier théâtre. L'histoire va s'emballer rapidement avec quelques bénévoles. « D'emblée, 60 à 70 d'entre eux nous suivent » dit-elle. Quinze s'impliquent vraiment, à raison de quatre heures tous les quinze jours. Tous connaissent très bien la situation de leur pays, tous ont des positionnements politiques clairs sur leurs dirigeants, sur la corruption qui sévit. L'atelier va être à la fois un moyen de se raconter autrement et « de se faire plaisir » insiste-elle. De ce projet initial, deux restent motivés en septembre 2016. C'est autour d'eux que se constitue un groupe restreint, solide, dans lequel figure la seule fille : Benicia Makengele. Si talentueuse, qu'elle vi

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La Malédiction : "L’Homme qui tua Don Quichotte"

Enfin ? | Pendant un quart de siècle, Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnage et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

La Malédiction :

De retour en Espagne, où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative retrouve le cordonnier à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le Chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception de L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même, jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi suscité une attente démesurée auprès du public, sa

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« Les chefs japonais apportent rigueur et ferveur »

Les Spécialistes | Deux questions qui nous taraudaient, trois experts ès bouffes pour y répondre.

Adrien Simon | Mardi 22 mai 2018

« Les chefs japonais apportent rigueur et ferveur »

Peut-on parler d'une approche spécifiquement nipponne de la gastronomie française ? Pour Franck Blanc du Canut et les Gones, qui confie ses fourneaux depuis longtemps à des chefs japonais : « Au delà de leur apport en matière de techniques de cuisson, de marinade ou de découpe, ces cuisiniers ont surtout une détermination à aller au fond des choses, ça produit une cuisine épurée qui vise l'essentiel. Ils sont concentrés sur ce qu'il font, ils ne sont pas dans l'artifice. » François Simon, journaliste gastronomique au Monde et auteur du joli livre Chefs japonais / Cuisine française (éd. du Chêne), confie : « il y a un rapport au travail, au groupe, à la hiérarchie radicalement différent. Les chefs japonais apportent souvent plus de rigueur et une ferveur que l'esprit français moque souvent. » Enfin, pour François Mailhes, critique gastronomique à la Tribune de Lyon, l'apport japonais se situe certainement là : « dans le choix des produits, la précision des cuissons, l'épure. Par exemple, ils se sont déba

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Ces Japonais qui ruent dans les marmites lyonnaises

Food | Depuis une dizaine d'années, des cuisiniers nippons formés à la cuisine française s'installent à Lyon et décrochent les étoiles.

Adrien Simon | Mardi 22 mai 2018

Ces Japonais qui ruent dans les marmites lyonnaises

Si l'on en croit la rumeur culinaire et la presse spécialisée, le plus épatant des nouveaux restos lyonnais, cuvée 2018, se trouve du côté de la cathédrale Saint-Jean. La Sommelière est un micro-bistrot, douze places assises, où l'on sert un unique menu dégustation, en huit parties. On parle à son propos d'une grande « maîtrise », de « grâce » aussi, et de distinctions qui ne devraient pas tarder à pleuvoir. À sa tête on trouve deux jeunes gens. L'une, côté bouteilles, s'est formée chez Antic Wine et dans un établissement gastronomique d'Indre (Saint-Valentin). L'autre a affuté ses couteaux à La Rochelle (au Japon) puis dans un double-étoilé du Beaujolais (à Saint-Amour). Ils revendiquent de pratiquer une gastronomie « française », dans une version certes « simplifiée » – il faut comprendre "sans esbrouffe", pure. Takafumi Kikuchi et Shoko Hasegawa sont pourtant arrivés en France il y a quelques années seulement, en provenance du Japon. Les Lyonnais, logiquement, ne doivent plus s'étonner de voir un chef nippon maîtriser à ce point la cuisine française (l'inverse : qu

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Le grand souffle de Dieudonné Niangouna

Théâtre | « Son œil c'est la nation en miniature » nous dit Dieudonné Niangouna. Ou plus sûrement Martillimi Lopez, dictateur d'un pays africain, (...)

Nadja Pobel | Mardi 15 mai 2018

Le grand souffle de Dieudonné Niangouna

« Son œil c'est la nation en miniature » nous dit Dieudonné Niangouna. Ou plus sûrement Martillimi Lopez, dictateur d'un pays africain, possiblement le Mobutu que l'auteur Sony Labou Tansi a subi comme dirigeant dans son Congo natal. Machin la hernie est l'histoire d'une excroissance, le délire démoniaque lié à l’exercice illimité du pouvoir. Pris dans sa paranoïa, le personnage qu'incarne le comédien (co-invité d'honneur d'Avignon 2013) éructe mais pas seulement. Il furète aussi dans les allées de la salle au début. Il sait transmettre cette parole hautement littéraire mais il l'incarne aussi profondément car il est question de corps autant que de mots. Face au public, derrière un pupitre, il fait l'apologie de la démocratie, mais une démocratie malade, corrompue, vidée de sa substance. Au fur et à mesure du déroulé, des éléments filmiques alimentent ce culte de la personnalité. Mais l'image n'est pas fidèle conseillère : les vidéos semblent avoir été tournées en 25 images secondes, vont plus vite que nécessaire et déraillent. Ces sauts-là ont tout du vorace qui régurgiterait sa propre bile.

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Guerre sans naguère : "Transit"

Dystopie | de Christian Petzold (All-Fr, 1h41) avec Franz Rogowski, Paula Beer, Godehard Giese…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Guerre sans naguère :

L’arrivée des forces d’occupation en France contraint l’Allemand Georg à gagner Marseille, où il compte rallier l’Amérique par la mer. Sur place, il récupère l’identité et le visa pour le Mexique de son compatriote Weidel dont il a trouvé le corps. Mais une femme, Marie, l’intrigue et le retient… Étrange concept que celui de ce film qui replace dans le contexte actuel et des décors contemporains, une situation ancienne, à savoir datant d’il y a quatre-vingt-ans. Comme au théâtre, il s’agit pour le spectateur de souscrire un pacte et d’admettre une double réalité entre ce qu’il voit et ce qui est évoqué au-delà de l’image — Lars von Trier avait procédé de même dans Dogville, réduisant son dispositif à l’extrême. Cette dualité a certes du sens : Georg ne se dissimule-t-il pas sous le “masque“ d’un autre individu ? De même, un état d’égarement se ressent à la vue de ce Marseille en état de siège, où les repères sont abolis, chacun devenant pareil à un étranger. Hélas, Transit reste prisonnier de ce ping-pong ré

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Warhol en grand format pour les petits

Ateliers Sérigraphie | En écho à son exposition Andy Warhol Ephemera, le Musée de l'Imprimerie organise des ateliers DIY pour les pré-ado afin qu'ils crânent encore plus dans la cour de récré. Explications.

Antoine Allègre | Mardi 3 avril 2018

Warhol en grand format pour les petits

Si votre journal préféré s'est déjà amplement fait écho de la nécessité d'aller voir la collection privée du Québecois Paul Maréchal au très beau Musée de l'Imprimerie, il est plus que temps de se pencher sur la question du jeune public. L'exposition Andy Warhol Ephemera laisse-t-elle bébé dans un coin ? Non. Trois fois non. Les raisons de traîner les têtes blondes du côté de l'édifice dédié aux beaux imprimés semblent évidentes : l'art d'Andy Warhol est immédiat, fun et coloré. Donc, les mômes, aucune raison de pousser de longs soupirs d'ennui. Le service médiation des lieux a même prévu un programme dédié aux familles et leur descendance. Histoire d'avoir toutes les clefs pour mieux comprendre la collection présentée, sont organisées des visites guidées pour l'intégralité de la smala le jeudi 12 avril. Une heure et demie d'explication de textes, de pub et d'image à partir de 15h. Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais s

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