¡ Caramba ! Un festival…

ECRANS | Cinéma / Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain du Zola s’offrent un grand cru 2011 : normal, cela faisait longtemps que les cinémas espagnol et sud-américain n’avaient affiché une si belle et grande diversité. Passage en revue obligatoire ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

On l'avait dit en revenant de Cannes : dans un festival en retrait, le cinéma latino-américain avait plus que tiré son épingle du jeu, toutes sélections confondues. À Venise, il avait confirmé sa bonne santé grâce notamment à "Santiago 73", "Post mortem" du Chilien Pablo Larrain, film bien glaçant quoiqu'un chouille aut(eur)iste, à redécouvrir aux Reflets ; et c'est un film espagnol, "Balada triste de trompeta" signé Alex De La Iglesia, qui avait fait figure de grand gagnant au palmarès avec deux prix majeurs (lire encadré). Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain n'avaient donc que l'embarras du choix pour concocter une édition 2011 grand luxe, comme ils n'en avaient pas proposé depuis quelques années, il faut le reconnaître. Difficile de faire un tour exhaustif de tout ce qu'il ne faudra pas rater pendant cette quinzaine ; esquissons donc les grandes lignes et les films majeurs de cette sélection.

Cry for me, Argentina

Il y en a sûrement qui, malgré nos conseils répétés depuis sa présentation cannoise, n'ont toujours pas vu l'extraordinaire "Carancho" de l'Argentin Pablo Trapero. Plus d'excuse : vous allez tous vous rendre au Zola pour rattraper ce grave manquement à votre déontologie de spectateur, et vous prendre en pleine poire ce polar noir de noir à la mise en scène immersive emportée par deux acteurs en état de grâce : Martina Gusman en infirmière shootée à l'adrénaline pour tenir ses gardes interminables, et Ricardo Darin en charogne se jetant sur les accidentés de la route pour monter des escroqueries aux assurances. Un film énorme ! Deux autres films argentins sont à guetter de près : "L'Homme d'à côté", coréalisé par Gastón Duprat et Mariano Cohn, comédie sociale qui traite elle aussi à sa manière de la réalité argentine contemporaine. Le film est déjà bardé de récompenses glanées au gré de ses présentations à travers le monde et dans son pays. Quant à "L'Œil invisible", il marque le retour de Diego Lerman, qui fut (avec Trapero d'ailleurs) l'initiateur de la Nouvelle Vague argentine dans les années 2000 avec "Tan de repente". Son film suivant, "Mientras tanto", avait déçu, mais les échos autour de son dernier-né sont plus qu'enthousiastes.

Cannibales mexicains

Ces derniers temps, les vampires ont pratiqué une OPA sur la métaphore cinématographique à base de créatures fantastiques. Mais avec "Ne nous jugez pas", premier film d'un jeune cinéaste mexicain tout juste diplômé de son université de cinéma, Jorge Michel Grau, le cannibale se replace en bonne position. Si le réalisateur connaît ses classiques ("Massacre à la tronçonneuse" ou "Le Sous-sol de la peur", auquel on pense beaucoup), son portrait d'une famille d'anthropophages dans les quartiers mal famés de Mexico n'a pas qu'une visée horrifique — les scènes gore sont d'ailleurs marquées par un esprit proche du slapstick ; on a le droit de rire pendant, donc. Il s'agit plutôt de montrer comment les classes sociales mexicaines s'entredévorent, mais toujours dans le même sens. Ici, les pauvres ne bouffent pas du bourgeois, mais d'encore plus pauvres et paumés qu'eux. Glagla, mais ça fait du bien ! Le festival s'ouvrira sur un autre événement venu du Mexique et il s'appelle, c'est de saison, "Revolución" : un film à sketchs réalisé par la dream team de la nouvelle génération mexicaine (Reygadas, Escalante, Plá, Garcia Bernal…) pour le centenaire de la révolution mexicaine. Parmi eux, Diego Luna, dont le festival reprogramme le premier long-métrage, l'attachant "Abel". Il aurait aussi fallu parler de l'alléchante brochette de films colombiens (six !) qui jettent un éclairage sur une cinématographie plutôt méconnue ; ou signaler un film espagnol énigmatique, "La Vida empieza hoy", comédie sur la sexualité d'un groupe de séniors. Mais on préfèrera conclure en soulignant l'inratable hommage rendu à Luis Garcia Berlanga, décédé l'an dernier, rare cinéaste espagnol ayant réussi à maintenir durant le franquisme une liberté de ton dans des films qui sont aujourd'hui des classiques absolus. Parmi eux, "El Verdugo", qui sera projeté aux Reflets, crée un pont entre la comédie italienne (via Nino Manfredi dans le premier rôle) et le cinéma populaire espagnol, quelque part entre Buñuel et Dino Risi. Avec cet hommage, les Reflets regardent dans le rétro, et c'est tout à leur honneur !

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«Un mélange réussi»

ECRANS | Entretien / Michel Dulac, président de l’Association pour le Cinéma du Zola. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Lundi 14 mars 2011

«Un mélange réussi»

Petit Bulletin : Quelle est l’importance des festivals dans la politique du Zola ?Michel Dulac : On s’est rendu compte que pour une petite salle monoécran comme la nôtre, ce sont les événements en dehors de la programmation, que ce soient les festivals ou les soirées spéciales, qui construisent notre identité. Cela se traduit dans les chiffres : la fréquentation hors-CNC, c’est-à-dire en dehors des films à l’affiche, est en hausse, alors que la fréquentation générale est en baisse. Par ailleurs, beaucoup de jeunes ont rejoint l’Association pour le Cinéma, et leur implication participe à la dynamique et l’originalité des festivals. Il y a aussi le travail mené dans le "Journal des Reflets" rédigé par l’Association. Il est important de remettre les films en perspective, que ce soit dans le parcours des cinéastes ou dans le contexte politique du pays. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle édition des Reflets ?Cette année, il y aura beaucoup de films intéressants : je pense par exemple à "Contracorrente", ou bien sûr le nouveau film d’Alex de la Iglesia. Les Reflets sont un panorama : on es

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Ils seront aux reflets…

ECRANS | Laura MañaActrice chez Bigas Luna ou Vicente Aranda, Laura Maña viendra présenter son cinquième film en tant que réalisatrice, "La Vida empieza hoy", le lundi 28 (...)

Christophe Chabert | Jeudi 10 mars 2011

Ils seront aux reflets…

Laura MañaActrice chez Bigas Luna ou Vicente Aranda, Laura Maña viendra présenter son cinquième film en tant que réalisatrice, "La Vida empieza hoy", le lundi 28 mars à 20h45. Antonio FerreiraSon deuxième film, "Embargo", est une comédie noire inspirée de José Saramago, romancier disparu l’an dernier. Il le présentera le lundi 21 mars à 20h45. Nicolás Rincón GilleDans la riche sélection de films colombiens présentés aux Reflets, le documentaire "Los Abrazos del Rio" sur les mythes et réalités du fleuve Magdalena sera défendu par son réalisateur le dimanche 27 mars à 21h.

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Prophète en son pays

ECRANS | Événement / Il y a quelques semaines, Alex de la Iglesia claquait bruyamment (mais avec classe) la porte de l’Académie des sciences et des arts (...)

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

Prophète en son pays

Événement / Il y a quelques semaines, Alex de la Iglesia claquait bruyamment (mais avec classe) la porte de l’Académie des sciences et des arts cinématographiques d’Espagne, en désaccord avec une partie de la profession sur l’équivalent ibérique de la loi Hadopi, qu’il jugeait liberticide. Manière de rappeler que le réalisateur du très punk "Action mutante" n’avait rien perdu de sa gnaque, malgré les succès publics et son tout récent triomphe à la Mostra de Venise avec son dernier film, "Balada triste de trompeta", qui y a obtenu le prix du scénario et le prix de la mise en scène. Il était temps de reconnaître le travail du cinéaste à sa juste valeur, c’est-à-dire non pas comme un geek officiant dans le cinéma de genre, mais comme un incroyable inventeur de formes et de récits, un des plus créatifs du cinéma européen contemporain. "Le Jour de la bête", "Perdita Durango", "Mort de rire", "800 balles" ou "Le Crime farpait" traduisaient une montée en puissance pour De la Iglesia, passant du rire potache à une réflexion caustique sur l’Histoire espagnole, ancienne ou récente, où le triomphe du consumérisme et l’oubli d’une culture populaire à la sincérité fondamentale se mariaient d

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