Hell driver

ECRANS | De Patrick Lussier (ÉU, 1h44) avec Nicolas Cage, Amber Heard…

Christophe Chabert | Dimanche 20 mars 2011

Échappé des flammes de l'enfer pour sauver sa petite fille kidnappée par un adorateur de Satan, Milton récupère bagnole et belle blonde, puis casse tronches et tronçons d'autoroutes sur fond de hard-rock qui tâche, se transformant en icône pour adeptes du mélange tuning-baston. Qu'on se le dise : "Hell driver" est un parangon de beauferie vulgos et décomplexée, un pur film de drive in sans le commentaire distancié qu'en avait fait Tarantino et Rodriguez. Le début tient la route grâce à un humour bien noir, un réel culot pour montrer des filles à poil et des crânes défoncés, et un certain soin dans la réalisation (3D comprise) et la caractérisation des personnages (notamment le «comptable» joué par William Fichtner). Après, ça sent nettement plus la série Z : effets spéciaux pourris, direction artistique scandaleuse (le repère des satanistes à la fin aurait mérité le licenciement du chef déco), cascades de dialogues pour débiles légers et incohérences de scénario trop voyantes pour être honnêtes. La leçon à en tirer : même le n'importe quoi mérite un tant soit peu de conscience professionnelle. Niveau inconscience, le film est au diapason d'un Nicolas Cage dont on se demande sincèrement s'il sait encore où commencent et où finissent les films dans lesquels il tourne, tant il semble (coupes de cheveux mises à part) reprendre sans arrêt le même personnage, dans les navets comme dans les rares réussites où il s'aventure.
Christophe Chabert

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Joe

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridan…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Joe

Joe aurait dû être le film d’une double renaissance : celle d’un auteur américain un peu égaré dans des commandes foireuses (David Gordon Green) et celle d’un acteur en roue libre dans des nanars que seuls quelques critiques français en mal de notoriété prennent encore au sérieux (Nicolas Cage). C’est pourtant l’inverse : cette adaptation d’un bouquin de Larry Brown où un adolescent rompt avec son père alcoolique pour se rapprocher d’un mentor ambivalent, est totalement ratée, plombée par une narration incohérente où l’on change sans cesse de point de vue et de registre — chronique sociale, film noir, récit d’apprentissage — tout en tournant en rond dans un pré carré de personnages dont les rencontres "fortuites" sentent le mauvais storytelling. Stylistiquement, Gordon Green hésite entre naturalisme et élégie à la Terrence Malick — mélange fatalement voué à l’échec ; quant à Cage, il ne sait trop s’il doit se racheter une virginité en cherchant la sobriété ou s’il doit se lancer dans son habituel cabotinage. Un gâchis spectaculaire. Christophe Chabert Sortie le 30 avril

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Effraction

ECRANS | De Joel Schumacher (ÉU, 1h31) avec Nicole Kidman, Nicolas Cage, Cam Gigandet...

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Effraction

Plus indéfendable que Joel Schumacher, tu meurs. En chute libre depuis dix ans, c'est à croire qu'il n'a plus rien à perdre, enchaînant avec une certaine malice suicidaire des projets toujours plus borderline. Effraction n'enlèvera rien aux pulsions droitières du bonhomme qui, dans ce proto remake de Desperate Hours, embarque Nicolas Cage et Nicole Kidman (couple bourgeois en crise) dans une spirale infernale de violence. Jouant d'une intrigue à tiroirs où une banale histoire de prise d'otage et d'argent débouche sur des trahisons en cascade, Schumacher dépeint un portrait malade de la famille et des relations conjugales, engoncées dans leurs mensonges et désirs inavoués. En ressort un objet tendu, souvent hystérique et écoeurant de mauvais goût, mais qui prend progressivement forme pour accoucher d'une vision radicale et déviante. Jusqu'au-boutiste, problématique, ambigu, aberrant, Schumacher trace sa route au mépris des conventions et sans se soucier de plaire. Pour ça, respect. Jérôme Dittmar

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The Ward

ECRANS | John Carpenter (Metropolitan video)

Dorotée Aznar | Mercredi 18 janvier 2012

The Ward

On oscille entre joie et tristesse face à cette sortie directement en DVD du dernier film de John Carpenter (qui vient de fêter ses 74 printemps, tout de même), immense cinéaste dont la postérité aura vraiment commencé au moment où plus personne ne voulait de ses films (sinon pour en faire des remakes généralement idiots). Cela faisait neuf ans (si on excepte les deux segments de la série Masters of horror) que le maître n’avait pas tourné, et The Ward est plus un retour sur la pointe des pieds qu’en fanfare. Le scénario, pas très original, voit une jeune fille internée dans un hôpital psychiatrique où rôde une présence menaçante qui finit par trucider les pensionnaires. La délicieuse Amber Heard apporte au personnage ce mélange de féminité et de virilité dont Carpenter raffole (de Jamie Lee Curtis dans Halloween à Natasha Henstridge dans Ghosts of mars) et on ne doute pas que l‘existence du film doit beaucoup à cette rencontre féconde. Pour le reste, si on enlève une fin complètement ratée, il faut reconnaître que Carpenter a gardé une certaine maestria pour faire surgir l’angoisse d’un couloir vide ou d’une pièce plongée dans la pénombre. Fo

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Rhum express

ECRANS | De Bruce Robinson (ÉU, 2h) avec Johnny Depp, Amber Heard, Richard Jenkins…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 novembre 2011

Rhum express

On comprend que Johnny Depp ait eu envie de rendre hommage à son ami Hunter S. Thompson en portant à l’écran un manuscrit que Depp avait lui-même déniché au fond de ses archives. Mais pourquoi est-il allé chercher Bruce Robinson, le lieutenant Pinson d’Adèle H. et le réalisateur de deux films cultes tournés il y a plus de vingt ans ? Robinson n’est de toute évidence pas l’homme de la situation. Face à ces journalistes qui, dans les années 60 à Porto Rico, boivent beaucoup de rhum, testent quelques drogues et vivent des aventures guignolesques, il tente de conserver la plus grande impassibilité. L’effet est immédiat : c’est comme regarder des mecs bourrés dans une soirée alors que l’on n’a pas touché une goutte d’alcool ; plus pathétique que drôle. Dans Las Vegas parano, film loin d’être parfait mais vraiment pertinent, Gilliam nous faisait participer à l’ivresse par sa mise en scène. Ici, on a juste l’impression d’être de trop, et le cabotinage de Johnny Depp, la plastique d’Amber Heard ou la mâchoire serrée d’Aaron Eckhart ne changent rien à l’affaire. Christophe Chabert

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Kick-ass

ECRANS | En cherchant à désacraliser la mythologie des super-héros et la fascination qu’elle inspire, Matthew Vaughn s’emmêle les pinceaux entre parodie et sérieux, stylisation fun et violence hard. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 16 avril 2010

Kick-ass

Dave Lisewski est un geek ordinaire : puceau, introverti et rudoyé par les bullies du quartier. Lassé de n’être à peu près rien aux yeux du monde, il se dit qu’après tout, il pourrait devenir un super-héros digne des comics qu’il vénère. Il achète donc un costume grotesque et descend faire régner la justice dans les rues sous le nom de Kick-ass. C’est d’abord un échec cuisant — il finit à l’hosto fracturé de partout — avant que la magie de Youtube et de Myspace (gros placement produit niveau nouvelles technologies !) ne lui permette de devenir une star du web… sur un malentendu bien sûr. Jusqu’ici, "Kick-ass", le nouveau film de Matthew Vaughn, co-scénariste des premiers Guy Ritchie et réalisateur du plaisant "Layer’s cake", s’en tient à son programme de teen movie post-"Apatow". Puis, il fait débarquer dans le récit deux personnages franchement inquiétants : un père (Nicolas Cage, qui prolonge son come-back déjanté amorcé dans "Bad lieutenant") et sa fille de onze ans, adeptes des armes et de la justice personnelle. La première scène montre le papa tirant à bout portant sur sa progéniture pour tester un gilet pare-balles. L’humour très noir de la situation ne cache pas la viole

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Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

ECRANS | Loin du film de Ferrara dont il ne reprend à peu près que le titre, Werner Herzog signe un polar burlesque et parodique, aussi déjanté et borderline que son personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 mars 2010

Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

La première question qui se pose face à ce "Bad lieutenant", c’est celle de son titre. Pourquoi Werner Herzog a-t-il fait croire qu’il tournait un remake du film d’Abel Ferrara avec Nicolas Cage en remplaçant d’Harvey Keitel ? Car à l’écran, il n’y a pas l’once d’un point commun entre les deux, sauf si on considère qu’un flic accroc à la dope et amateur de paris sportifs est la seule invention de Ferrara ! Plus profondément, Werner Herzog adopte un traitement aux antipodes du naturalisme crasseux et brutal qui faisait l’essence esthétique du Bad Lieutenant original. Ici, dès que la possibilité d’une stylisation se profile, dès qu’une parenthèse peut s’ouvrir, Herzog s’engouffre dedans comme s’il voulait absolument échapper aux carcans du genre. Quand Herzog fait l’iguane… De fait, "Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans" est plus une comédie qu’un polar, un exercice risqué de détournement d’un film de commande. L’ouverture, en plein ouragan Katrina, montre le Lieutenant du titre, encore sergent et pas bad du tout, s’illustrer en sauvant la vie d’un prisonnier qui risque de se noyer. Il sort de cet exploit avec un mal de

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