The Company Men

ECRANS | De John Wells (ÉU, 1h44) avec Ben Affleck, Chris Cooper…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 mars 2011

La crise, c'est mal. Des gens souffrent. Prenez le personnage de Ben Affleck dans ce film : cadre lourdé par sa boîte, il peine à retrouver un job aussi bien payé, doit passer des stages de motivation, ne peut plus jouer au golf, et doit même renoncer à sa Porsche. Pardonnez l'ironie, mais à côté des vraies victimes de ce scandale financier toujours impuni, on a beaucoup, beaucoup de mal à sympathiser avec les “héros“ de ce film, grande entreprise de déculpabilisation apparemment vouée à montrer que les cols blancs ont une âme et même, parfois, des cas de conscience quand ils sont au pieu avec leur blonde. Taillé à la serpe lorsqu'il s'agit de décrire l'évolution psychologique de ses protagonistes, The Company Men devient franchement gênant dans la caractérisation de son personnage principal, contraint de la jouer humble en acceptant un boulot sur un chantier, après que son fiston a vendu sa X-Box (il finira par découvrir que son beauf rustaud est en fait un bon gars). Coupé de la réalité, à côté de la plaque et par moments franchement indécent, le film de John Wells ne peut compter que sur son ahurissant casting pour se garantir un minimum de crédit. Et même face à cet improbable défilé d'acteurs prestigieux, on ne peut s'empêcher de soupçonner des choix de carrière intéressés ; la crise, ça a aussi du bon, coco. Tu peux t'en servir pour enfoncer des portes ouvertes et te faire applaudir derrière. Quant au spectateur qui voudra vraiment voir les conséquences de la crise économique, il n'aura qu'à se replier sur l'excellent et intègre (lui) Inside Job de Charles Ferguson. François Cau

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Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage et permet à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa «première». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight Club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de «première» : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écriv

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À la merveille

ECRANS | L’amour naissant et finissant, la perte et le retour de la foi, la raison d’être au monde face à la beauté de la nature et la montée en puissance de la technique… Terrence Malick, avec son art génial du fragment et de l’évocation poétiques, redescend sur terre et nous bouleverse à nouveau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

À la merveille

Les dernières images de Tree of life montraient l’incarnation de la grâce danser sur une plage, outre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C’était sublime, l’expression d’un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l’intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l’avoir à ce point transcendé ? La première scène d’À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d’un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l’Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d’aujourd’hui et les plans somptueux d’Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d’une caméra domestique saisissant l’intimité d’un homme et d’une femme en voyage, direction «la merveille» : le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langue de Molière — le film parle un mélange de français, d’espagnol, d’italien et d’anglais — et son incipit est là aussi une

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Argo

ECRANS | Pour son troisième film derrière la caméra, Ben Affleck s’empare d’une histoire vraie où un agent de la CIA a fait évader des otages en Iran en prétextant les repérages d’un film de SF. Efficace, certes, mais très patriotique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Argo

Acteur sujet à de nombreuses railleries, Ben Affleck est en train de gagner ses galons en tant que réalisateur. Il faut dire qu’il est du genre élève appliqué, et si ni Gone baby gone, ni The Town ne révolutionnaient le film noir, ils prouvaient une certaine intelligence de mise en scène et un goût prononcé pour les personnages mélancoliques, en équilibre instable sur les frontières morales. En cela, Affleck s’affichait comme un disciple de Michael Mann ; si The Town était un peu son Heat, Argo est de toute évidence son Révélations : un thriller politique où un preux chevalier en voie de décomposition personnelle regagne l’estime de soi en allant défier un pouvoir inflexible. Ici, c’est l’Iran en 1979, juste après la chute du Shah et l’accession au pouvoir de Khomeiny, en pleine crise diplomatique : une attaque de l’ambassade américaine entraîne une vaste prise d’otages, dont seuls six personnes réussissent à réchapper pour se réfugier chez l’ambassadeur canadien. La CIA fait donc appel à son meilleur agent, Tony Mendez (Affle

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The Town

ECRANS | De et avec Ben Affleck (ÉU, 2h03) avec John Hamm, Rebecca Hall…

Christophe Chabert | Vendredi 10 septembre 2010

The Town

Le quartier irlando-américain de Charlestown à Boston est considéré comme le centre névralgique de la criminalité organisée. C’est là-bas que Ben Affleck a décidé de poser sa caméra pour filmer la traque d’un gang de braqueurs par une horde de flics emmenés par un agent du FBI particulièrement tenace. Après le mélancolique "Gone baby gone", Affleck monte d’un cran et s’essaye au polar d’action ; il y parvient plutôt bien d’ailleurs, car "The Town" possède une indéniable efficacité, ménageant plusieurs morceaux de bravoure spectaculaires où l’acteur-cinéaste fait preuve d’une réelle maîtrise de l’espace et du suspense. De plus, en posant un regard romantique sur le personnage de braqueur qu’il interprète (via une histoire d’amour avec une directrice de banque et un héritage criminel mal réglé avec son père) et en faisant du chef du FBI (John Hamm, assez génial) un sommet de raideur et de brutalité, il pratique une habile inversion des rôles entre le «bon» et le «méchant». Cela étant, si on le compare à ses modèles un peu trop visibles ("Les Infiltrés", "Heat" ou l’oublié mais puissant "Les Anges de la nuit"), "The Town" manque de cette originalité nécessaire, dans sa mise en scèn

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Jeux de pouvoir

ECRANS | De Kevin Macdonald (ÉU, 2h07) avec Russell Crowe, Ben Affleck…

Christophe Chabert | Vendredi 19 juin 2009

Jeux de pouvoir

Au départ, une trépidante mini-série anglaise créée par Paul Abbott pour la BBC, sorte de réponse british à 24 heures chrono. À l’arrivée, un remake américain qui réduit le nombre de personnages, condense l’action mais en reprend grosso modo toutes les ficelles. On y voit un journaliste (Crowe, en mode post-hippie) enquêter sur le meurtre de la maîtresse d’un député influent (Affleck, plus fade que jamais) qui est, par ailleurs, son ami intime. Kevin Macdonald, qui avait un peu abusé son monde avec Le Dernier Roi d’Écosse, montre ici son vrai visage : un yes man sans personnalité qui illustre laborieusement en pompant à droite à gauche (un peu Mann, un peu Pakula) son matériau passionnant. L’exploit de Jeux de pouvoir est que rien n’y est crédible et, surtout, qu’il ne véhicule aucun suspense, sinon en avertissant le spectateur par l’usage d’une musique anxiogène. Un thriller arthritique qui, pour les fans de la série, ne sert strictement à rien. CC

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