D'un film à l'autre

ECRANS | De Claude Lelouch (Fr, 1h45) documentaire

Christophe Chabert | Mardi 5 avril 2011

Voir Claude Lelouch revisiter l'intégralité de son œuvre alors qu'il est, à nos yeux, un des plus redoutables cinéastes français, n'était pas forcément un cadeau. Surprise : D'un film à l'autre se laisse regarder, ne serait-ce que d'un point de vue cinéphile et historique. Passé ce plaisir-là, il y a beaucoup à redire sur la vision que Lelouch donne de ses films : s'il avoue volontiers ses faux-pas initiaux, s'il ne peut passer outre ses ratages les plus spectaculaires (Un homme et une femme vingt ans déjà, Une pour toutes…), il fait diversion lorsqu'il évoque des navets genre Viva la vie ou Hommes-femmes mode d'emploi. Plus ennuyeux, le cinéaste continue à penser que le public a le dernier mot, rappelant ainsi qu'il est autant producteur qu'auteur de ses films. Confirmation quand il parle de politique : pour lui, les années 70 étaient une époque où les idéologies servaient à masquer les plus grandes escroqueries. Il n'a pas complètement tort : aujourd'hui, leur soi-disant faillite révèle au grand jour les cinéastes escrocs.
Christophe Chabert

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Claude Lelouch : « je crois à l’incroyable fertilité du chaos »

4 questions à... | Claude Lelouch n’en a pas fini avec l’envie de filmer. Et ce n’est pas parce qu’il tourne autour des Hospices qu’il songe à l’hospice : son truc à lui, ce serait plutôt les bons auspices…

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Claude Lelouch : « je crois à l’incroyable fertilité du chaos »

Comment avez-vous repéré les talents d’acteur de Me Dupond-Moretti ? Claude Lelouch : C’est mon métier, je ne sais rien faire d’autre (sourire). C’est quelqu’un que j’ai admiré. J’avais l’impression de voir Lino Ventura : ce type a une force incroyable ! Si je pouvais la conserver derrière une caméra, ce serait génial. Je l’ai rencontré par un copain, on a sympathisé et il m’a invité à une audience. Sa plaidoirie a duré 1h30, le temps d’un long-métrage. J’ai regardé tous les gens qui jugeaient l’accusé et je me suis dit que c’était eux qu’il fallait juger : l’avocat général qui réclame la perpétuité, le président qui se prend pour Dieu, les gens dans la salle qui viennent pour déguster le malheur des autres, les jurés… J’ai imaginé que tous avaient des casseroles : on a tous les qualités de nos défauts, on a tous des jardins secrets. Est-ce la vie qui vous donne l’envie de faire du cinéma, ou bien le cinéma qui vous donne le plaisir de la vie ? Je vie une double histoire d’amour avec le cinéma et la vie. L’un renforce l’autre, ils sont complémentaires. La vie est le plus grand

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"Chacun sa vie" : un Lelouch treize embrouillé

ECRANS | Entièrement récoltée à Beaune, la 46e cuvée de Claude Lelouch a un goût de déjà-bu. Pas étonnant, venant d'un réalisateur ayant autant de bouteille…

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Attendre de Lelouch qu’il fasse autre chose que du Lelouch reviendrait à espérer d’un chat et d’une souris un concert d’aboiements. Si le cinéaste s’est jadis montré capable de détonner, pour répondre à un violent désamour du public (en témoigne le singulier Roman de gare), il ferait plutôt en règle générale sien l’aphorisme de Cocteau : « Ce qu’on te reproche, cultive-le : c’est toi ». Chacun sa vie est, à cette enseigne, un parfait exemple de monoculture lelouchienne — certes “hors-sol”, puisque totalement tourné à Beaune, où le virevoltant réalisateur a installé son école de cinéma. Il troque donc ses plans de Tour Eiffel ou de Champs-Élysées contre de larges vues de la Place Carnot, microcosme valant ici pour le monde entier. La Beaune année Autour de cette esplanade noyée sous le piano-jazz ininterrompu d’un assommant festival estival gravitent donc des êtres divers, soumis aux petits ou grands tracas de la vie, qui auront pour point commun de se retrouver tous témoins, jurés, juges, défenseur ou public dans une salle d’audience lors d’un procès final… Faut-il s’étonner que les meilleurs comédiens du film

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Lelouch : des hauts et des bas-dabadaba

ECRANS | Ce n’est pas parce que son dernier opus sorti, Un + Une, nous a consternés, qu’il faut vouer Claude Lelouch aux gémonies. En plus d’un (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Lelouch : des hauts et des bas-dabadaba

Ce n’est pas parce que son dernier opus sorti, Un + Une, nous a consternés, qu’il faut vouer Claude Lelouch aux gémonies. En plus d’un demi-siècle de cinéma, l’homme a heureusement pour lui — et pour nous — fait mieux… et parfois bien pire. Plantée d’une cinquantaine de films de toutes tailles, la forêt de son œuvre de fiction se dissimule derrière quelques arbres dont le surestimé L’Aventure, c’est l’aventure (1972), le pudique La Bonne Année (1973) ou le plaisant Itinéraire d’un enfant gâté (1988), qui figurent parmi la rétrospective que l’institut Lumière lui consacre. Si l’on comprend que Viva la vie !, Les Parisiens ou le récent Salaud, on t’aime, sans doute les plus bancals de ses films, aient été “oubliés”, on regrette que l’audacieux Roman de gare (2007) ou le scoliotique mais sincère La Belle Histoire (1992) n’aient pas été retenus. On se consolera en appréciant “l’autre” Lelouch ; celui qui, lorsqu’il s’écarte de sa propre redite et ne cherche pas à contrefaire la vérité, se fait surprendre de bonne foi par

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Un + une

ECRANS | De Claude Lelouch (Fr, 1h53) Avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Christopher Lambert…

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2015

Un + une

Le vétéran à la caméra virevoltante puise ici dans sa pire veine : l’auto-caricature ravie. Choix délibéré et paresseux pour celui qui se félicite de ne savoir faire que de «des films de Lelouch» (c’est-à-dire mettant en scène un homme et une femme succombant à une passion réciproque alors que rien ne laissait présager la naissance d’une idylle entre eux), oubliant sa capacité à se réinventer lorsqu’il s’en donne la peine — voir son Roman de gare (2007). Cherchant à insuffler de l’exotisme à son scénario, à défaut d’originalité, l’auteur l’a donc tourné en Inde. Mais cette délocalisation se révèle inopérante : elle semble avoir l’unique vocation d’offrir un cadre bariolé et folklorique aux interminables palabres du duo Zylberstein-Dujardin, enchaînant les aphorismes philosophico-romantiques, et aux chevrotements du pauvre Christophe Lambert, tandis que Francis Lai déverse son piano-bar. À se demander qui, du compositeur en roue libre ou des comédiens se regardant jouer à faire de l’impro dirigée, est le plus embarrassant.

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Salaud, on t’aime

ECRANS | De Claude Lelouch (Fr, 2h04) avec Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Sandrine Bonnaire…

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Salaud, on t’aime

En hommage à son ami Georges Moustaki — «qui vient de nous quitter», est-il dit deux fois dans le dialogue au cas où on ne serait pas au courant — Claude Lelouch fait entendre sur la bande-son de Salaud, on t’aime Les Eaux de mars. Jolie chanson qui dit le bonheur du temps qui s’écoule, de la nature et des plaisirs fugaces. Soit tout ce que le film n’est pas, torture ultime où en lieu et place de cascade, on a surtout droit à un grand robinet d’eau froide déversant les pires clichés lelouchiens sur la vie, les hommes, les femmes, l’amitié, le tout en version "vacances à la montagne". La vraie star du film, ce n’est pas Johnny, marmoréen au possible, mais un aigle que Lelouch filme sous toutes les coutures. Se serait-il découvert un caractère malickien sur le tard ? Pas du tout ! Cette fixette sur l’animal est une des nombreuses stratégies pour remplir cette interminable histoire de retrouvailles entre un mauvais père et ses quatre filles — qu’il a appelées Printemps, Été, Automne, Hiver ; Claude, arrête la drogue ! Son meilleur ami et médecin — Eddy Mitchell, tout content de faire du playback sur la scène chantée de Rio Bravo, et c’est

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