Cannes jour 7 : Du nouveau

ECRANS | Le Havre d'Aki Kaurismaki. Take shelter de Jeff Nichols. Snowtown de Justin Kurzel.

Dorotée Aznar | Mercredi 18 mai 2011

La vision au saut du lit de Le Havre, le nouveau Kaurismaki qui concourt sous bannière finlandaise alors qu'il a été tourné en France et en français, nous a ramené une année en arrière, quand la compétition cannoise alignait des œuvres faibles de cinéastes mineurs, peu soucieux de soigner la forme et paresseux dans leur propos. Le Havre a une odeur de fin de règne pour Kaurismaki. Son comique neurasthénique, sa direction artistique ringarde, ses acteurs monocordes, son absence de rythme, tout devient plus flagrant une fois transposé dans un contexte français et une langue qu'il ne maîtrise visiblement pas. Les comédiens, dont on ne doute pas du talent (André Wilms ou Jean-Pierre Darroussin, quand même), sont ici livrés à eux-mêmes, se débattant avec un texte impossible à base de « as-tu », « veux-tu » et « peux-tu ». Le film cherche à se raccrocher aux branches en brodant une fable très contemporaine autour d'un jeune noir sans-papier qui veut traverser la Manche pour se rendre en Angleterre. Mais Kaurismaki commet un contresens total en filmant son histoire dans une France purement folklorique faite de bistrots, d'épiciers de quartier et de flic en long imper noir et chapeau Stetson, comme échappé d'un vieux Melville. De toute façon, la mise en scène est indigne, à la limite de la démission pure et simple, et la plupart des scènes produisent une gêne goguenarde. Si on sourit parfois à une vanne sympathique, Le Havre n'arrive jamais à provoquer de réelle complicité, et encore moins d'émotion.

Kaurismaki est donc le premier habitué de la compétition à avoir failli, tandis que la tentative de renouvellement initiée par Thierry Frémaux avec les présences de Ramsay, Schleinzer, Cedar, Hazanavicius, Maiwenn et Leigh a produit des résultats très contrastés. Des révélations, il y en a pourtant cette année et elles proviennent de la Semaine de la critique, qui fête en fanfare ses cinquante ans avec une sélection de haute tenue. Le beau premier film des sœurs Coulin, 17 filles, est un candidat crédible pour une Caméra d'or, mais ce sont les œuvres de Jeff Nichols et de Justin Kurzel qui ont le plus impressionné. Nichols était très attendu après son initial Shotgun stories, qui en faisait un descendant naturel de... Terrence Malick. Take Shelter s'éloigne de cette référence écrasante et se rapproche d'un cinéma plus narratif et grand public. Mais ce que le film perd en audaces de mise en scène, il le gagne dans l'originalité de son argument et son portrait d'une Amérique inquiétante à force de vivre dans l'inquiétude.

Le héros de Take Shelter est obsédé par des rêves tellement dérangeants qu'ils le poussent à adopter des mesures préventives pour éviter que ceux-ci ne viennent se répandre dans son quotidien. C'est d'abord son chien qui en subit les conséquences, puis sa famille. Il se lance alors dans la construction d'un abri anti-tornades au milieu de son jardin, persuadé qu'un ouragan va dévaster leur propriété. À travers l'image spectaculaire du cyclone qui se profile à l'horizon, Nichols matérialise à l'écran une forme de peur universelle, celle de l'imminence d'une catastrophe contre laquelle on ne peut rien, sinon se terrer comme des animaux paniqués. Mais il maintient l'ambiguïté sur sa réelle nature : menace réelle ou projection fantasmatique des peurs de son héros ?

Surtout, la mise en scène ne donne jamais de contrechamp au glissement progressif dans la folie de son personnage (incarné par Michael Shannon, abonné aux rôles de dingo mais ici remarquablement dirigé vers une forme d'intériorité fébrile). Même son entourage (sa femme, son collègue de travail ou son frère) regarde sa névrose avec une forme d'incrédulité, comme si cette angoisse les renvoyait à leurs propres frayeurs, et plus largement encore, à celle d'une Amérique en plein isolationnisme. La patience de Nichols pour laisser le poison s'installer est assez remarquable, et si le film commence par des scènes de cauchemar choc bourrées de très beaux effets spéciaux, il continue ensuite sur un mode plus intimiste, jusqu'à l'impressionnant climax final. Le film sort en France en novembre, et on y reviendra longuement.

Deuxième choc, qui a fait fuir le public puritain du festival (là encore, la sage édition 2010 nous avait fait oublier que dès qu'une goutte de sang apparaît sur l'écran, trente spectateurs quittent immédiatement la salle) : Snowtown, premier film australien de Justin Kurzel. Au départ, un fait-divers qui a traumatisé les Antipodes : la création par un psychopathe d'une milice pratiquant la loi du talion sur des pédophiles qu'ils torturent et mettent à mort. À l'arrivée, une œuvre à la hauteur de la glauquerie du sujet. Kurzel crée le malaise dès les premiers plans, avec une musique angoissante et un réalisme poisseux dans sa peinture d'une communauté de prolos marinant dans leur jus de misère, de rancœurs et de déviances. Tout commence avec le viol de trois enfants par leur propre père. Foutu dehors par la mère, il s'installe dans la maison d'en face ; mais lorsque la maman se trouve un nouveau mec, John, la donne change. Le mec en question, plutôt jovial et agréable au premier abord, se révèle être un véritable cinglé. Il harcèle le père, notamment en vidant devant sa porte des morceaux de kangourou dépecé et écrabouillé. Débarrassé du voisin détraqué, John ne s'arrête pas en si bonne route. Il recrute le plus fragile des frères, Jamie, qui entre temps a été violé par un de ses frangins, et le pousse dans des actions punitives sauvages où John va révéler son véritable visage.

Non seulement cet homme est aussi (sinon plus) dangereux que les criminels qu'il massacre, mais on découvre tardivement que lui aussi est peut-être un détraqué sexuel, tendance sadique. Ce portrait d'un Australien moyen qui n'aime ni les pédés, ni les drogués (on ne sait pas ce qu'il pense des aborigènes, mais si on nous demande notre avis, il doit les avoir dans le nez !) trouve un écho dans notre France actuelle où un Robert Ménard fait le tour des plateaux pour dire qu'il souhaite la peine de mort pour les violeurs d'enfants. Kurzel ne recule jamais quand il s'agit de montrer les agissements et la cruauté de ce monstre assoiffé de sang, mais Snowtown vaut mieux encore que ce jusqu'auboutisme dans la violence.

Plus le film avance, plus il semble se disloquer, se perdre dans un espace-temps chaotique où les meurtres s'enchaînent sans autre forme de procès et sans aucune justification (on sait à peine qui sont les victimes). Il faut attendre les cartons à la fin pour sortir la tête hors de l'eau, et respirer un peu : le véritable John passera le reste de ses jours en prison. Rassurant ? In extremis, oui, mais Snowtown file quand même une sacrée gueule de bois !

Christophe Chabert

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Take Shelter : tous aux abris !

Reprise | Tant pis pour les plus jeunes ! L’Institut Lumière n’ayant toujours pas, à l’heure où nous écrivons ces lignes, divulgué les films retenus pour ses “séances (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Take Shelter : tous aux abris !

Tant pis pour les plus jeunes ! L’Institut Lumière n’ayant toujours pas, à l’heure où nous écrivons ces lignes, divulgué les films retenus pour ses “séances famille“ des vacances, nous nous rabattons avec une joie non dissimulée sur le deuxième long-métrage de Jeff Nichols — celui qui l’a révélé au grand public en 2011 — Take Shelter. On y suit l’interprète fétiche du réalisateur de Mud, Michael Shannon, dans la peau d’un ouvrier lambda qui, brusquement, va dévisser et se persuader de l’imminence d’une catastrophe naturelle. Hanté par des rêves et des visions terrifiantes, à la lisière de basculer dans la folie, ce dénommé Curtis veut croire en une prémonition, même s’il n’exclut pas une atteinte psychiatrique. Et agit en bon père de famille, façon Noé moderne, en construisant un abri pour les siens (voire malgré eux), quitte à ce qu’on le prenne pour un dangereux illuminé. Michael Shannon pouvant afficher, même sans le vouloir, un fac

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"Loving" : et ils vécurent (difficilement) heureux…

ECRANS | De 1958 à 1967, le parcours de la noire Mildred et du blanc Richard pour faire reconnaître la légalité de leur union à leur Virginie raciste. Histoire pure d’une jurisprudence contée avec sobriété par une voix de l’intérieur des terres, celle du prolifique Jeff Nichols.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Pour mesurer à quel point des facteurs extrinsèques peuvent influer sur la perception ou la réception d’un film, replongez-vous quelques mois en arrière ; lorsque dans la foulée des attentats de Paris et de Nice, Made in France de Nicolas Boukhrief puis Bastille Day de James Watkins eurent leur carrière en salle avortée, par crainte d’une mauvaise interprétation du public. Un contexte certes différent a présidé à la naissance de Loving. Présenté en mai dernier sur la Croisette, le nouveau Jeff Nichols a pu apparaître comme un biopic édifiant sur les tracasseries humiliantes subies par le premier couple mixte légalement marié dans la ségrégationniste Virginie. Mais s’il rappelait que les pratiques discriminatoires n’appartenaient pas forcément au passé, dans un pays marqué par des tensions violentes et répétées entre les communautés (émeutes de Ferguson en 2014, puis de Baltimore en 2015), il prend à présent un sens supplémentaire, alors que Donald Trump a accédé au pouvoir et que ses décrets intempestifs sont cassés par les instances fédérales supérieures. Suprême

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"Assassin’s Creed" : Enter the game… over

ECRANS | de Justin Kurzel (E-U-Fr, int.-12 ans, 1h55) avec Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons…

Vincent Raymond | Mercredi 21 décembre 2016

Censé être exécuté par injection, Cal se réveille dans une étrange institution où des scientifiques l’incitent à plonger dans sa mémoire génétique afin de trouver le moyen d’éradiquer à jamais toute pulsion de violence chez l’Homme. Héritier d’une séculaire guilde, les Assassins, adversaires immémoriaux des Templiers, Cal va affronter son passé… et le présent. Dans cette histoire où deux vilaines sectes s’entretuent à travers les âges pour contrôler l’humanité, difficile de comprendre laquelle est la moins pire — laissons aux complotistes le soin de les évaluer selon leurs critères tordus. Difficile aussi d’y trouver son content en terme d’originalité spectaculaire : à force d’en garder sous la pédale pour alimenter d’hypothétiques suites, les films d’action peinent à se suffire à eux-mêmes ; d’épiques, ils deviennent elliptiques. Son origine vidéoludique devrait irriguer Assassin’s Creed de trouvailles visuelles, le rendre aussi innovant et immersif qu’un Christopher Nolan des familles. Las ! Justin Kurzel ne fait qu’enquiller bastons chorégraphiées et combats de sabres pour yamakasi en toile de jute. Puis, entre de

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Rentrée cinéma 2016 : une timide bobine ?

ECRANS | Après une année cinématographique 2015 marquée par une fréquentation en berne —plombée surtout par un second semestre catastrophique du fait de l’absence de films qualitatifs porteurs —, quel sera le visage de 2016 ? Outre quelques valeurs sûres, les promesses sont modestes…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée cinéma 2016 : une timide bobine ?

L’an dernier à pareille époque se diffusaient sous le manteau des images évocatrices illustrant la carte de vœux de Gaspar Noé et extraites de son film à venir, Love ; le premier semestre 2015 promettait d’être, au moins sur les écrans, excitant. Les raisons de frétiller du fauteuil semblent peu nombreuses en ce janvier, d’autant que, sauf bonheur inattendu, ni Desplechin, ni Podalydès, ni Moretti ne devraient fréquenter la Croisette à l’horizon mai — seul Julieta d’Almodóvar semble promis à la sélection cannoise. Malgré tout, 2016 recèle quelques atouts dans sa manche… Ce qui est sûr... Traditionnellement dévolu aux films-à-Oscar, février verra sortir sur les écrans français The Revenant (24 février) de Iñarritu, un survival dans la neige et la glace opposant Tom Hardy (toujours parfait en abominable) mais surtout un ours à l’insubmersible DiCaprio. Tout le monde s’accorde à penser que Leonardo devrait ENFIN récupérer la statuette pour sa prestation — il serait temps : même Tom Cruise en a eu une jadis pour un second rôle. S’il n’est pas encore une fois débordé par un outsider tel que

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Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

ECRANS | "Valley of Love" de Guillaume Nicloux. "Chronic" de Michel Franco. "Macbeth" de Justin Kurzel. "Notre petite sœur" d’Hirokazu Kore-eda. "Marguerite et Julien" de Valérie Donzelli. Le Palmarès du festival.

Christophe Chabert | Mardi 26 mai 2015

Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

Encore une poignée de films arrachés à l’épuisement de fin de festival. Une journée pour souffler après le Palmarès. Et nous voilà de retour derrière notre clavier pour commenter tout ça, depuis nos calmes pénates et sous un ciel grisâtre, loin des coups de soleil et du stress cannois. Nicloux : Depardieu et Huppert, perdus dans l’espace La fin de la compétition — et les deux films rattrapés in extremis avant de rentrer — auront achevé de faire pencher la balance longtemps indécise du jugement global porté sur sa qualité : c’était quand même très moyen. On y reviendra à la fin de ce billet, mais il faut remonter à loin pour trouver autant de déceptions, sinon de films franchement mauvais, dans ce qui est censé être le top du festival. Et s’il y eût aussi quelques grands moments, c’est bien l’écart entre les deux extrêmes qui pose question. Mais bon, ne spoilons pas, on développera plus tard. Ainsi du Valley of Love de Guillaume Nicloux qui, sans être le «navet» proclamé par certains, nous a quand même sérieusement laissé sur notre faim. Il faut dire que Nicloux est un drôle de cinéaste, que l’on a d’abor

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Mud

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Mud

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir — parions que, toutes générations et goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis — verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme, qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait et le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros ; c’est dire l’ambition de Jeff Nichols.

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«J’aime peindre avec un large pinceau»

ECRANS | Il n’a que 34 ans, une silhouette d’éternel adolescent américain et un entretien avec lui se transforme vite en conversation familière avec un passionné de littérature et de cinéma. Jeff Nichols ressemble à ses films : direct, simple et pourtant éminemment profond. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

«J’aime peindre avec un large pinceau»

Je crois que vous avez écrit Mud avant Take shelter, c’est ça ?Jeff Nichols : Plutôt pendant… Mais j’avais conçu l’histoire de Mud bien avant Take shelter, quand j’étais encore à l’université, il y a dix ans de cela. J’avais posé les grandes lignes du récit, dessiné les personnages. C’est seulement à l’été 2008 que je m’y suis vraiment consacré et que j’ai écrit coup sur coup Take shelter et Mud. Pourquoi l’avoir tourné après, alors ?Pour plusieurs raisons. L’une est pratique : Take shelter coûtait moins cher que Mud. Après mon premier film, Shotgun stories, j’avais eu d’excellentes critiques, mais il n’avait pas rapporté d’argent, en particulier aux États-Unis, donc personne ne frappait à ma porte pour me demander de tourner un autre film. Je savais que Mud c

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Apocalypse No(w) ?

CONNAITRE | Entre supposées prédictions mayas, sortie de "4h44, dernier jour sur terre", le nouveau film d'Abel Ferrara, et soirées labellisées «fin du monde», tout semble converger vers un 21 décembre apocalyptique – même si on ne fera que s'y bourrer la gueule. Peu étonnant quand on songe que ladite fin du monde est vieille comme... le monde. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 14 décembre 2012

Apocalypse No(w) ?

«Dans le roman qu'est l'histoire du monde, rien ne m'a plus impressionné que le spectacle de cette ville jadis grande et belle, désormais renversée, désolée, perdue […], envahie par les arbres sur des kilomètres à la ronde, sans même un nom pour la distinguer». Ce pourrait être la voix-off du survivant d'un film post-apocalyptique déambulant dans Londres, New-York, Paris, Lyon... Ce ne sont "que" les mots de John Lloyd Stephens, découvrant au XIXe siècle la splendeur passée d'une ancienne ville maya mangée par la jungle du Yucatan. Ces mêmes Mayas dont le calendrier aurait prévu la fin du monde pour le 21 décembre 2012. Peu importe que la NASA elle-même ait démentie ces rumeurs dont les illuminés, les conspirationnistes et les survivalistes font leur miel.   Qu'on la nomme Apocalypse («révélation» dans la Bible) ou Armageddon (d'Harmaguédon, le "Waterloo" hébreu du Livre de l'Apocalypse), la fin du monde est depuis toujours le sujet de conversation p

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Take shelter

ECRANS | Un Américain ordinaire est saisi par une angoisse dévorante, persuadé qu’une tornade va s’abattre sur sa maison ; à la fois littéral et métaphorique, ce deuxième film remarquable confirme que Jeff Nichols est déjà un grand cinéaste. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 21 décembre 2011

Take shelter

Au départ, ce n’est qu’un rêve : une tornade impressionnante se forme dans le ciel et bouche l’horizon ; mais ce n’est pas de la pluie qui se met à tomber, plutôt une espèce d’huile de moteur. Quand Curtis (Michael Shannon, qui renouvelle son emploi d’individu borderline en intériorisant au maximum ses émotions) se réveille, l’angoisse est toujours là. Durant la première partie de Take shelter, ce modeste ouvrier, père attentionné d’une petite fille sourde, marié à une femme exemplaire (la splendide Jessica Chastain, encore plus convaincante ici que dans The Tree of life), va faire d’autres cauchemars : son chien se jette sur lui et le mord, des silhouettes menaçantes brisent le pare-brise de sa voiture, les meubles de son salon se soulèvent et restent en suspension… Cette inquiétude se déverse peu à peu dans son quotidien, l’amenant vers une psychose dont l’issue devient l’abri anti-tornade qu’il a découvert dans son jardin. Tempête sous un crâne La force de Take shelter

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Les Crimes de Snowtown

ECRANS | Sorte de pendant crapoteux d’"Animal Kingdom", le premier film de Justin Kurzel revient sur une série de meurtres ayant traumatisé l’Australie des années 90, et enfonce douloureusement le clou de son contexte social hardcore. François Cau

Dorotée Aznar | Vendredi 16 décembre 2011

Les Crimes de Snowtown

Bienvenue dans la banlieue d’Adelaide, ses taudis à peine vivables, son climat tout en nuances de gris, ses parents absents, ses voisins pédophiles, sa violence toujours prête à exploser… Dans ce no man’s land peuplé de laissés-pour-compte aigris, l’arrivée de John, figure paternelle brutale mais rassurante, va dans un premier temps réconforter Jamie, un ado mutique jusque-là condamné à subir les abus répétés de son entourage. Mais au fil de leçons de morale de plus en plus radicales, John révèle rapidement sa nature d’odieux sociopathe. Hasard des calendriers de tournage et de distribution, Animal Kingdom et le film de Justin Kurzel, à quelques mois d’écart, revisitent l’histoire criminelle australienne récente en adoptant le même point de vue, celui d’un jeune adulte pas tout à fait sorti de l’enfance, surface émotionnellement plane sur laquelle se reflète des exactions de plus en plus inconfortables. Mais là où le film de David Michôd instaurait de ce fait une balise d’identification au spectateur avant de la détourner, la démarche de Kurzel

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Le Havre

ECRANS | D’Aki Kaurismaki (Fr, 1h33) avec André Wilms, Kati Outinen…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 décembre 2011

Le Havre

Il y a comme une supercherie derrière les derniers films d’Aki Kaurismaki : le cinéaste, sous couvert d’épure à la Ozu, dissimule sous le tapis sa paresse et son désintérêt pour la mise en scène. Le Havre en est un exemple flagrant : le dialogue sonne faux d’un bout à l’autre, visiblement traduit à la va-vite du Finlandais au Français, langue que Kaurismaki n’a tout simplement pas l’air de comprendre. Idem pour les acteurs : on pourrait dire qu’ils jouent blanc, à la Bresson ; mais non, ils jouent mal, y compris les comédiens chevronnés que sont Wilms ou Darroussin. Mais le sommet de l’arnaque reste la manière d’inscrire le film dans une France de carte postale poussiéreuse et intemporelle, tout en cherchant à parler de son actualité. Quand, dans un même film, on voit des images de Brice Hortefeux au JT et un flic en long manteau de cuir noir façon milice de Vichy, on se demande ce qui, de la démagogie ou du manque criant d’inspiration, l’emporte.Christophe Chabert

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Shotgun stories

ECRANS | Jeff Nichols (Potemkine éditions/Agnès B.)

Dorotée Aznar | Mercredi 7 décembre 2011

Shotgun stories

La sortie prochaine de l’excellent Take shelter a permis à l’éditeur Potemkine de se souvenir que le premier film de Jeff Nichols, Shotgun stories, n’avait jamais été édité en DVD. Il est vrai que sa sortie salles, malgré une presse louangeuse, était restée confidentielle. Il faut donc se précipiter pour le découvrir, car Nichols y montrait déjà un talent de cinéaste peu commun. Shotgun stories raconte comment, dans un Arkansas désolé, trois frères vont enclencher une spirale meurtrière de vengeance envers les enfants que leur père a eus d’un autre mariage. Le film commence avec la mort du paternel, et se poursuit dans un mélange inédit entre tragédie grecque, cinéma contemplatif et reliquat de western. La manière dont Nichols perd ses personnages dans le décor pour mieux les magnifier ensuite, sa capacité à faire surgir la violence sans aucune concession au spectaculaire hollywoodien, annonce son utilisation brillante des effets spéciaux dans Take shelter. Pas de doute, voilà un cinéaste qui a de la suite dans les idées, auscultant les racines mythologiques de l’Amérique et ses névroses contemporaines avec un style à la fois classique et furi

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Cannes 2011 : L’arbre qui cache la forêt

ECRANS | Palme d’or magnifique d’un palmarès discutable, "The Tree of life" de Terrence Malick avait survolé une compétition de très bonne tenue, dont on a apprécié les audaces rock’n’roll finales. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 22 mai 2011

Cannes 2011 : L’arbre qui cache la forêt

On n’osait y croire, même si on en rêvait depuis sa présentation : The Tree of life de Terrence Malick est reparti avec la Palme d’or du 64e festival de Cannes. Joie immense, tant cette œuvre démesurée et intime, qui parle de Dieu mais surtout du rapport de l’homme à la transcendance (rapport essentiellement malheureux, placé sous le signe de la culpabilité), du mystère du cosmos et de la violence des échanges dans le monde moderne, restera comme le sommet de cette quinzaine pourtant riche en bons films. Utilisons la première personne du singulier pour un temps, car que ce soit à la rédaction ou ailleurs (le film, déjà sur les écrans, rencontre un réel rejet de la part d’une partie des spectateurs), tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. Comment pourrait-il en être autrement ? The Tree of life, que ce soit dans sa forme — magnifique, Malick allant au bout de son cinéma du fragment, composant un poème visuel et musical saisissant — ou dans ses interrogations métaphysiques, est loin du divertissement mainstream ou même du cinéma d’auteur consensuel. Mais c’est justement cette exploration personnelle d’un extrême de l’art cinématographique qui ren

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Cannes jour 11 : À sec

ECRANS | Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan. La Source des femmes de Radu Mihaileanu. Elena d’Andrei Zviagintsev.

Dorotée Aznar | Dimanche 22 mai 2011

Cannes jour 11 : À sec

Le mystère des sélections cannoises n’étant pas si impénétrable que ça, il faut dire ici que des fuites avaient eu lieu concernant la présence en compétition du dernier Nuri Bilge Ceylan, Il était une fois en Anatolie. Le metteur en scène turc, autrefois chéri du festival (double prix pour Uzak, sélection officielle pour Les Climats, Prix de la mise en scène pour Les Trois singes), allait en 2011 prendre la place du cinéaste qui vient à Cannes pour «se suicider», après Mikhalkov en 2010, Tsai Ming Liang en 2009 et Wenders en 2008. La projection officielle de ce film fleuve (2h37) le samedi à 22h30 en disait assez long sur l’envie de le planquer sous le tapis, sachant qu’à cet instant du festival, la plupart des accrédités ont déjà fait leurs valises pour rentrer à la maison. Plans tableaux sans fin, dialogues en boucle, personnages opaques : au bout d’une heure, non seulement il ne s’était toujours rien passé à l’écran, mais on n’avait aucune idée de là où Bilge Ceylan voulait en venir. Du coup, on est tout bonnement rentré se coucher pour être frais le lendemain. Mais si j’avais su qu’une autre épreuve m’attend

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Cannes jour 10 : Bonne conduite

ECRANS | Drive de Nicolas Winding Refn. This must be the place de Paolo Sorrentino.

Dorotée Aznar | Samedi 21 mai 2011

Cannes jour 10 : Bonne conduite

Dans la dernière ligne droite du festival, celle où l’on risque à tout instant la sortie de route, les organisateurs de ce Cannes 2011 ont eu la bonne idée de programmer un film qui s’appelle Drive. C'est logique et bienvenu, car le nouveau Nicolas Winding Refn, qu'on l'aime ou pas, a fait l'effet d'un shoot de red bull sur les festivaliers. Le cinéaste danois avait tenté une première fois l'aventure hollywoodienne avec Inside job (rien à voir avec le docu coup de poing sorti l'an dernier), dont l'échec public et critique l'ont renvoyé direct et la rage au cœur vers son pays natal. Depuis, entre la fin de sa trilogie Pusher, l'incroyable Bronson et le très personnel Valhalla Rising, Winding Refn est devenu un des cinéastes qui compte dans le paysage mondial. Mais Drive n'a rien d'un film personnel, c'est une commande ouvertement commerciale qu'il a reprise au pied levé et sur laquelle il a pu déverser sa cinéphilie et son incontestable talent de metteur en scène. On y suit un cascadeur de cinéma qui, la nuit tombée, devient chauffeur pour des hold-ups millimétrés. Un super-héros à l'enve

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Cannes jour 9 : Dans sa peau

ECRANS | La Piel que habito de Pedro Almodovar. L'Exercice de l'État de Pierre Schoeller.

Dorotée Aznar | Jeudi 19 mai 2011

Cannes jour 9 : Dans sa peau

Hier, nous disions qu'il manquait à la compétition cannoise un film susceptible de rallier les suffrages des festivaliers autrement que par de la comédie nostalgique (The Artist et Le Havre sont pour l'instant les films les mieux notés par la presse étrangère). Mais ce jeudi, Almodovar est arrivé et c'est peu de dire que son nouveau film a fait son effet sur la Croisette. Vieil habitué du festival depuis Tout sur ma mère, mais jamais récompensé au-delà d'un prix de la mise en scène, Almodovar faisait face à un reproche justifié ces dernières années : ses films n'étaient jamais mauvais, mais ils répondaient un peu trop exactement à ce que l'on attend du cinéaste (un mélange de mélodrame et de réflexion sur l'illusion, qu'elle soit cinématographique ou amoureuse, dans un écrin élégant et précieux ). La Piel que habito réussit cette deterritorialisation devenue impérative : c'est un film de genre, un thriller aux relents fantastiques (pour se prémunir de tout reproche sur la crédibilité du pitch, il situe l'action à Tolède l'année prochaine). Almodovar était réticent à montrer le film à Cannes, de peur que

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Cannes jour 8 : Pater noster

ECRANS | Melancholia de Lars Von Trier. Pater d’Alain Cavalier.

Dorotée Aznar | Jeudi 19 mai 2011

Cannes jour 8 : Pater noster

Arrivé dans la dernière ligne droite du festival et de sa compétition, on attend toujours le film qui mettra tout le monde d’accord, celui qui trouvera le juste milieu entre film pour festival et œuvre suffisamment audacieuse pour séduire la frange la plus dure de la cinéphilie. On pensait que Melancholia, le dernier Lars Von Trier, allait jouer ce rôle. Présenté ce matin au Grand Palais, le film s’avère en définitive une des déceptions majeures de Cannes 2011. Pourtant, Melancholia démarre par dix minutes de pure sidération visuelle, où Von Trier mélange des ralentis étranges où les personnages semblent flotter au milieu des décors, et des visions spatiales d’une planète en fusion, se terminant par une spectaculaire collision avec la Terre, le tout sur fond de Wagner. C’est magnifique, impressionnant, même si on se souvient que l’ouverture d’Antichrist produisait sensiblement la même sensation. Quand le film retrouve une forme traditionnelle (et même ultra-traditionnelle pour du Lars Von Trier : scope et caméra portée, zooms et raccords dans l’axe), les choses s’enlisent dans un pénible remake de Festen. Un mariage, des

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Cannes, jours 5 et 6 : La pesanteur et la grâce

ECRANS | The Artist de Michel Hazanavicius. The Tree of life de Terrence Malick. L’Apollonide, souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello.

Dorotée Aznar | Mardi 17 mai 2011

Cannes, jours 5 et 6 : La pesanteur et la grâce

La compétition cannoise a passé une vitesse entre dimanche et lundi, grâce notamment au magnifique nouveau film des frères Dardenne Le Gamin au vélo, dont on vous parle ici dès sa sortie mercredi, faisant oublier quelques ratés au démarrage (Sleeping beauty ou Polisse, même si ce dernier a été bien accueilli par la très chauvine presse française). Certes, cette montée en puissance ne fut pas sans déception. La plus notable, c’est celle de The Artist de Michel Hazanavicius. Film muet à la manière des pionniers américains qui met en abyme son principe dans son intrigue (Georges Valentin, comédien star du muet, est balayé par l’apparition du parlant), The Artist commence fort. Le pastiche de muet devient un film dans le film, mais quand l’écran s’élargit et révèle la salle de cinéma dans laquelle les spectateurs découvrent la dernière comédie de Valentin, il n’y a toujours pas de sons ou de dialogues, juste de la musique et des cartons en anglais. Hazanavicius réussit par l’humour et la distanciation à justifier ce qui est avant tout un exercice de style et un caprice de cinéphile fétichiste. Plus tard, une

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Cannes, jour 4 : Beauté volée

ECRANS | Sleeping beauty de Julia Leigh. Miss Bala de Gerardo Naranjo. Footnote de Joseph Cedar.

Dorotée Aznar | Lundi 16 mai 2011

Cannes, jour 4 : Beauté volée

Cette année, Thierry Frémaux a décidé d’inviter dans la compétition officielle deux premiers films, décision qui sent à la fois l’envie de renouveler le cheptel de cinéastes «cannois» et le désir de couper l’herbe sous le pied de la Quinzaine et de la Semaine de la critique (où, pour l’instant, on n’a vu qu’un seul film, le très auteurisant et vain Las Acacias). Sleeping beauty de Julia Leigh était le premier d’entre eux, et c’est pour l’instant le film le plus faiblard de cette compétition assez stimulante. Leigh raconte l’itinéraire de Lucy (Emily Browning, revenue de Sucker punch et qui se jette à corps perdu dans son rôle) lassée des petits boulots foireux qu’elle exerce pour payer son loyer, et qui accepte de participer à un réseau bizarre de prostitution où tout est permis, sauf la pénétration. Cela vaut pour un film qui n’est dérangeant qu’en trompe-l’œil, la mise en scène clinique et glaciale de Leigh ne masquant pas longtemps un certain puritanisme dans ses représentations. Mais ce n’est pas le plus grave dans Sleeping beauty ; ce qui énerve vraiment, c’est la manière dont on nous rabâche du discours à

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Passages de témoins

ECRANS | Fin de la première semaine cannoise sous le signe de la transmission avec une compétition mi-figue mi-raisin où ce sont les cinéastes confirmés qui ont présenté les films les plus aboutis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 16 mai 2011

Passages de témoins

Une chose s'impose déjà concernant cette première moitié de compétition cannoise : elle rectifie les errances du cru 2010. Les films sont portés par des propositions de cinéma très fortes, loin des téléfilms académiques de l’an dernier, creusant des formes ambitieuses, trop ambitieuses même, mais qui ne paraissent pas déplacées dans un festival comme Cannes. Parlons des déceptions, d'abord. Sélectionné dans un premier temps hors compétition, The Artist de Michel Hazanavicius s'est vu repêché au dernier moment dans la course à la Palme d'or. Cadeau empoisonné car le costume est un peu large pour cet hommage fétichiste et déférent au cinéma muet hollywoodien, plaisant mais un peu light. La première demi-heure contient les meilleures idées du film et permet à Jean Dujardin de sortir un numéro d’acteur savoureux. Mais la suite n’est qu’une visite assez froide dans un petit musée cinéphile, où Hazanavicius peine à faire naître l’émotion nécessaire pour dépasser le fake nostalgique. Déception relative aussi pour Joseph Cedar : après Beaufort, il s’est lancé dans une comédie métaphysico-philologique (juste ça, ça sent déjà l’impasse) à la mise en scè

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Cannes, jour 3 : Sérieux comme un pape

ECRANS | Habemus papam de Nanni Moretti, Polisse de Maiwenn.

Dorotée Aznar | Samedi 14 mai 2011

Cannes, jour 3 : Sérieux comme un pape

Grand écart en compétition entre un ancien palmé (Moretti) et une invitée surprise (Maiwenn) qui tous deux regardent les institutions de leur pays : l'Eglise pour l'Italien, la police, et plus précisément la brigade de prévention des mineurs (BPM) pour la Française. D'Habemus Papam, on pouvait redouter l'habituel manque de style de Moretti et même son penchant pour les situations comiques exploitées jusqu'à l'excès, les deux défauts que l'on a toujours trouvé à la partie fiction de son oeuvre. Sur ces deux points, le film est plutôt une bonne surprise. L'introduction est aussi séduisante que les cérémoniaux qui se déroulent à l'écran, et que Moretti filme avec une étonnante délectation. On a rarement vu son cinéma adopter une telle élégance, préférant laisser la satire à sa juste place (un journaliste incompétent, point) et se concentrer sur l'enjeu en cours : l'élection d'un nouveau pape par les ecclésiastiques réunis en conclave. La scène où chaque cardinal prie pour ne pas être choisi, le moment où tous hésitent avant d'inscrire un nom sur leur petit papier auraient pu virer à la plaisanterie complice ; Moretti préfère filmer la vérité de la situation, et c'e

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Cannes, jour 2. We need to talk about Gus.

ECRANS | We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay / Restless de Gus Van Sant

Dorotée Aznar | Jeudi 12 mai 2011

Cannes, jour 2. We need to talk about Gus.

C’est avec un film qui retraçait, dans une forme volontiers expérimentale, la tuerie de Columbine, que Gus Van Sant a obtenu la Palme d’or cannoise. Des années après, le même Van Sant se retrouve à faire «seulement» l’ouverture d’Un Certain regard, et c’est l’Anglaise Lynne Ramsay qui a l’honneur de monter les marches du Palais avec un film qui, à son tour, s’inspire de ce fait-divers (même si We need to talk about Kevin est avant tout tiré d’un livre et n’utilise l’événement que comme un instantané effrayant gravé dans l’inconscient collectif contemporain : un massacre dans un lycée). Ramsay, dont on avait aimé les précédents Ratcatcher et Le Voyage de Morvern Callar, démontre avec ce film fort qu’elle est de ces cinéastes qui savent manipuler l’image, en faire une matière sensuelle et tactile, un laboratoire d’émotions fortes amplifiées par le montage et le design sonore. Mais curieusement, We need to talk about Kevin n’avait pas besoin de cette stylisation permanente pour passionner : la complexité de son sujet, les rapports ambigus entre les personnages et la manière de renverser les certitudes du sp

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Cannes, jour 1 : Autour de Minuit

ECRANS | Minuit à Paris de Woody Allen

Christophe Chabert | Mercredi 11 mai 2011

Cannes, jour 1 : Autour de Minuit

C’est reparti pour un tour de Cannes. Les indicateurs sont en hausse (plus de stars, plus de business, plus de films intéressants — enfin, c’est ce qui se dit — et plus de journalistes, visiblement), après la morose édition 2010. Si tout le monde attend Terrence Malick, il paraît que du côté de Lars Von Trier, il va y avoir du lourd. Sans parler de notre maître Alain Cavalier, de retour en compétition, ou de Take Shelter, le deuxième film de Jeff Nichols présenté à la Semaine de la Critique et dont le Shotgun stories a marqué durablement nos mémoires. Si le film d’ouverture donne le ton de ce qui va se passer par la suite, alors Minuit à Paris annonce en effet un Cannes 2011 à la fois joyeux et de grande qualité. Eh oui, c’est ce bon vieux Woody qui aura réussi à nous surprendre d’entrée ! Encore ? Oui et non. Car à la vision de Minuit à Paris, on se dit que l’on n’a pas vraiment aimé ses films depuis Match Point (à l’exception, peut-être, de Whatever works, mais qui sonnait comme une réplique tardive de son cinéma des nineties), du moins qu’on y a pris un plaisir essentiellement théoriq

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