La tragédie d'un clown ridicule

ECRANS | Rageur, baroque et violent, "Balada triste" évoque les années noires du franquisme à travers la rivalité de deux clowns amoureux d’une même femme : ni allégorique, ni ironique, Alex de la Iglesia signe son meilleur film, une tragédie d’une noirceur absolue. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

Alors que l'écran est encore noir, des rires d'enfants emplissent la bande-son. Quand l'image apparaît, on découvre les bambins exultant devant un spectacle de clowns. Si les enfants rient, le spectateur, lui, ne se laisse pas emporter : les objectifs déformants choisis par Alex de la Iglesia, son montage abrupt et l'absence de décor donnent à la scène des allures de pantomime lugubre, comme la énième répétition d'un numéro usé jusqu'à la corde. C'est que ce spectacle-là n'en est pas un. C'est un divertissement, une distraction ; au-dehors la guerre fait rage. Les armées républicaines se battent contre celles du général Franco, et lorsqu'elles débarquent sous le chapiteau, c'est pour enrôler les deux clowns dans leur combat. Le clown blanc rechigne, l'Auguste s'engage, laissant derrière lui son fils Javier, seul avec un lion qui paraît bien moins inquiétant que ces soldats armés jusqu'aux dents.

Tragiques distractions

Ce prologue (comme l'énigmatique générique qui le suit, où des images de la dictature franquiste voisinent avec celles d'artistes populaires) est trompeur : Alex de la Iglesia n'utilise pas le cirque comme une métaphore de l'Histoire espagnole pendant sa période la plus sombre. Les deux événements (la guerre et l'atavisme familiale qui conduira Javier à reprendre le flambeau de son père) coexistent dans le récit, et finissent par interagir. La séquence suivante le dit clairement : armé d'une machette, le père encore grimé participe au massacre avec une sauvagerie inouïe. Vision infernale que la mise en scène baroque, excessive, énorme de de la Iglesia contribue à rendre inoubliable, pour nos yeux comme pour ceux du fiston. L'énergie de Balada triste ("de trompeta", selon le titre original) est rageuse, son principe est celui du spectacle furieux contre le divertissement codifié, aseptisé et propagandiste. Une visite au musée des horreurs, la romance sirupeuse entendue dans un mélodrame d'époque, une chasse menée par le dictateur vieillissant ou la construction d'une Basilique grandiose sont autant de leurres cachant des réalités inavouables, simples effets de diversion pour ne pas regarder les choses en face. Le cinéaste choisit donc, pour répondre à ces simulacres, la frontalité extrême pour raconter le cœur de son intrigue : la rivalité qui se développe entre Javier, timide et maladroit, et Sergio, son patron brutal et autoritaire, autour de Natalia, affolante acrobate à la plastique fellinienne. Faisant fi des injures féministes qui ne manqueront pas de tomber à son propos, de la Iglesia fait de Natalia une fille dépendante d'un homme qui la maltraite, lui pardonnant par amour ses excès, ce que Javier ne comprend pas. Sa plongée dans la folie est le résultat de ce malentendu : il a transformé son rival en monstre, il le deviendra à son tour, espérant obtenir les faveurs de la belle. Son désir l'aveugle au point de traverser tous les événements majeurs de son pays sans vraiment les comprendre, élément incontrôlable d'un régime qui aimerait au contraire tout contrôler.

La main de Franco

Il n'est pas interdit, face à Balada triste, de penser aux Bienveillantes, l'extraordinaire roman de Jonathan Littell : même choc entre la trajectoire intime d'un héros ambivalent et la chronique méticuleuse des événements historiques, même envie de raconter une période en adoptant un point de vue subjectif et fictionnel. Une scène invite particulièrement à la comparaison, la main de Franco remplaçant le nez d'Hitler, mais la fiction prenant dans les deux cas ses aises avec la réalité. C'est dire aussi l'ambition de de la Iglesia : emprunter les armes du cinéma de genre (les références sont nombreuses dans le film, en premier lieu aux classiques comme Frankenstein et King Kong) pour investir un patrimoine national jusqu'ici réservé à la reconstitution académique. Par son jusqu'auboutisme forcené (le climax final est la réponse du cinéaste au Peter Jackson du Seigneur des anneaux, avec lequel il dialoguait déjà dans son précédent Crimes à Oxford), Balada triste s'impose comme le film le plus cohérent de son auteur, son plus personnel aussi. Là où tout pouvait le pousser à écrire une farce noire, il choisit au contraire de faire une tragédie désespérée, ce que la boucle du récit vient souligner. Aux rires des enfants en ouverture répondent ainsi les larmes de deux hommes mûrs, soudain conscients du chaos dans lequel ils ont plongé leur vie.

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Carnets de campagne : "El Reino"

Policier | De Rodrigo Sorogoyen (Esp-Fr, 2h11) avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Nacho Fresneda…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Carnets de campagne :

2007. Cadre politique régional en pleine ascension nationale, Manuel est brutalement écarté à la suite de la mise au jour d’affaires de corruption au sein de son parti. Traité en fusible alors que l’exécutif entier était au courant, Manuel refuse de se laisser abattre. Au figuré comme au propre… Après le choc Que Dios Nos Perdone (2017), moite thriller virtuose combinant (entre autres) sexe, sang, brutalité et religion, Sorogoyen et son comédien Antonio de la Torre se retrouvent comme promis pour cette fiction susceptible de refléter certaines facettes de la vie politique espagnole. Une fois encore, il s’agit d’un mélange des genres : avec leurs costumes bien coupés, leurs évocations de “dividendes“ et de vacances autour d’une belle table, les protagonistes ressemblent davantage à des hommes d’affaires (ou des mafieux) qu’à des politiciens ; ils tiennent en réalité un peu des trois, se repaissant de magouilles et de collusions avec un appétit décuplé

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Rodrigo Sorogoyen : « Madrid l’été, c’est génial, c’est l’enfer ! »

Que Dios Nos Perdone | Le jeune et affable Rodrigo Sorogoyen a signé avec Que Dios Nos Perdone l’un des thrillers les plus enthousiasmants de l’années. Rencontre avec un cinéaste qui compte déjà en Espagne.

Vincent Raymond | Lundi 14 août 2017

Rodrigo Sorogoyen : « Madrid l’été, c’est génial, c’est l’enfer ! »

Avez-vous eu des problèmes avec votre mère ? Rodrigo Sorogoyen : Pas jusqu'à ce que je la tue (rires) Non, je l’adore. Mais c’est vrai qu’on a une relation particulière. Elle était séparée de mon père, je suis fils unique, donc on a une relation très étroite. C'est curieux, parce qu'après ce film, j’ai fait un court-métrage qui s’appelle Madre (rires). Je devrais aller en psychanalyse (rires). Évidemment, il y a des références inconscientes et conscientes. Chaque fois qu’on parle d’un psychopathe qui l’est devenu en raison d’un traumatisme lié à sa relation avec sa mère, on pense à Psychose. Avec ma coscénariste Isabel Peña, on a essayé de ne pas copier… Elle est votre partenaire d’écriture depuis toujours… Notre premier scénario a été pour un film avec seulement deux personnages, qui a été important dans notre histoire personnelle. Isabel me donne des choses qu’on n’obtiendrait pas avec deux hommes ou deux femmes. Pas parce qu’elle est femme, mais parce que c’est elle. Y-a-t-il eu beaucoup d’évolutions entre votre scénario et le monta

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C'est LE film de l'été : "Que Dios Nos Perdone" de Rodrigo Sorogoyen

Polar | Polar moite au scénario malsain, à l’interprétation nerveuse et à la réalisation précise, le troisième opus de Rodrigo Sorogoyen a tout pour devenir un classique du genre. En attendant, c’est LE grand film à voir dans les salles cet été 2017.

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

C'est LE film de l'été :

Été 2001. Alors que la canicule assomme Madrid, que les Indignés manifestent, que Benoît XIII est annoncé, des vieilles dames sont violées et massacrées par un tueur en série. Alfaro (une brute épaisse expansive) et Velarde (un cravaté introverti et bègue) sont chargés de l’enquête… On va bien vite oublier la petite déception de La Colère d’un homme patient, accident de parcours dérisoire dans la récente contribution espagnole au genre polar : ce qu’accomplit ici le jeune Rodrigo Sorogoyen pourrait en remontrer à bien des cinéastes chevronnés — au fait, comment se fait-il que ses deux précédents longs-métrages soient encore inédits en France ?! Judicieusement placée dans un contexte historique particulier lui offrant d’intéressants rebonds politiques ou religieux, son intrigue sombre et retorse est peuplée de personnages à plusieurs dimensions : il n’y a pas de simple silhouette, mais de la complexité dans le moindre caractère, de l’ambiguïté à tous les étages, y compris chez les héros. D’ailleurs, la définition de la causalité première du mal se transforme en casse-tête,

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"La Colère d’un homme patient" : une vengeance glacée venue d'Espagne

ECRANS | de Raúl Arévalo (Esp, int.- 12 ans, 1h32) avec Antonio de la Torre, Luis Callejo, Ruth Diaz…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Huit ans après un braquage musclé qui s’est mal terminé pour les victimes comme les malfaiteurs, un étrange bonhomme taiseux se rapproche du gang à l’origine des faits. Son but : la vengeance. Raúl Arévalo ouvre son film sur une prometteuse séquence d’ouverture, au spectaculaire duquel il est difficile d’être insensible. Las ! La suite ne sera pas du même tonneau, marquée par un rythme un tantinet poussif, malgré les efforts ou effets pour le muscler (inserts de cartons-chapitres durant la première demi-heure, violence stridulante…) afin de maintenir une tension en accord avec le sujet. Un sujet qui constitue un problème majeur pour ce thriller moralement discutable : il s’agit tout de même d’une charlesbronsonnerie contemporaine vantant froidement, sans la moindre distance, le principe de l’auto-justice. Ajoutons que l’intrigue, par trop rectiligne, ne réserve aucune surprise dans son dénouement. Malgré cette brutalité générale, La Colère… a bénéficié en Espagne d’un accueil des plus favorables, conquérant les Goya d

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¡Hola cine! Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain

ECRANS | Sous la houlette de leur directeur Laurent Hugues, les Reflets villeurbannais sont devenus une indispensable passerelle entre les cinémas latins et le public français. Et un passage obligé pour les cinéastes de référence.

Vincent Raymond | Mercredi 9 mars 2016

 ¡Hola cine!
Les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain

Qu’est-ce qui a présidé au choix du film d’ouverture, Hablar de Joaquín Oristrell ? Laurent Hugues : On voulait à la fois commencer par la compétition et un film ibérique — puisque nous faisons cette année un focus sur l’Espagne. Hablar s’est imposé par son parti pris artistique : il s’agit d’un faux plan-séquence dans une rue historique de Madrid, sur 300 mètres, permettant de croiser une vingtaine de petites histoires. C’est un cri d’alarme militant que lance Oristrell, qui a tourné ce film avec des amis. Certains ont complètement improvisé sur la trame préétablie. Hablar dresse un portrait de l’Espagne d’aujourd’hui par la parole, l’échange, dans une rue où Podemos est bien implanté. Et il défend les couleurs espagnoles dans la compétition. Il n’y a qu’un seul film en lice par pays ? Pour éviter la surreprésentation, oui. Avec l’Espagne, cela aurait été facile de faire concourir trois films. Notre engagement étant que les films soumis au choix du public soient inédits, ou que leur distribution en France ne soit pas prévue pour l’instant. C’est une manière de porter un éclaira

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Amours cannibales

ECRANS | De Manuel Martín Cuenca (Esp-Roum-Russie-Fr, 1h56) avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Amours cannibales

Carlos, tailleur discret de Grenade, aime les femmes. Mais attention, il les aime bien préparées. Aussi habile avec un fil et des aiguilles qu’avec un couteau de boucher, il déguste ses victimes selon un rituel presque monotone, sans en tirer de plaisir apparent. On a présenté les choses avec un poil d’ironie, mais Amours cannibales en est résolument dépourvu. Au contraire, la froideur de la mise en scène renvoie plutôt à la "glaciation émotionnelle" tant vantée par Michael Haneke. Même lorsqu’une histoire d’amour, une vraie, se profile entre Carlos et la sœur d’une des femmes qu’il a tuées, Cuenca ne déroge pas à sa grammaire : plans tirés au cordeau, absence de musique, quête de distance et d’atonie dans l’approche des événements. Cette forme-là, respectable dans son principe mais devenue très académique à force d’être mise à toutes les sauces, est assez contre-productive dans le cas d’Amours cannibales. On n’est jamais loin du pléonasme tant la grisaille et l’absence de passion semblent envahir en permanence et l’action, et les personnages, et l’approche visuelle de Cuenca. Même les scènes gore ne créent pas vraiment de malaise, fondues dans

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Lectures cinéphiles et estivales

ECRANS | Avant de vous tirer lâchement en vacances vers quelque tropique ensoleillé, n’oubliez pas de fourrer dans votre sac deux ou trois bouquins de cinéma, car la saison a été excellente en la matière. Et cela vous donnera sans doute envie de voir des films à votre retour… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 juillet 2014

Lectures cinéphiles et estivales

Sous l’impulsion de quelques éditeurs dynamiques — Rouge profond, Capricci, les Cahiers du cinéma, et bientôt Carlotta — les livres consacrés au cinéma connaissent un boom quantitatif et qualitatif dont il serait absolument stupide de se priver. Disons d’abord un mot d’un livre essentiel sorti en novembre dernier, le troisième volume que le génial Pierre Bethomieu consacre au cinéma hollywoodien, Le Temps des mutants. Avec son approche hegelienne de l’histoire du cinéma, Berthomieu démontre que le cinéma américain contemporain vit toujours dans l’héritage du classicisme forgé par Cecil B. DeMille, que l’on retrouve chez Spielberg — incroyable chapitre consacré à cette œuvre «anachronique» qu’est Cheval de guerre — Cameron, Zemeckis, DePalma, Coppola — superbe analyse de Twixt — ou Bryan Singer, dont les X-Men fournissent leur titre à l’ouvrage. La sortie de

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Les Sorcières de Zugarramurdi

ECRANS | Alex de la Iglesia fait de nouveau exploser sa colère dans un film baroque et échevelé, comédie fantastico-horrifique qui règle ses comptes avec la crise espagnole et, mais là le bât blesse, la gente féminine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

Les Sorcières de Zugarramurdi

L’Espagne va mal, plombée par la crise et le retour d’un obscurantisme rallumé par le gouvernement Rajoy. Il n’en fallait pas plus pour raviver la colère d’Alex de la Iglesia, dont le cinéma s’est toujours nourri à égale mesure de culture geek et de révolte politique. L’entrée en matière des Sorcières de Zugarramurdi restera comme un de ses gestes les plus éminemment subversifs : en plein cœur de Madrid, un Christ, un soldat vert et Bob l’éponge vont faire un hold-up dans une boutique de cash contre or, autrement dit un usurier moderne qui profite de la précarisation ambiante. La charge est violente, mais pas autant que les images elles-mêmes, puisque le casse vire au carnage, et la mise en scène à un impressionnant morceau de bravoure où de la Iglesia arrive à faire sentir physiquement le chaos de la situation. Les faux mimes et gangsters amateurs doivent donc fuir à bord d’un taxi direction la frontière franco-espagnole, avec étape à Zugarramurdi. En chemin, les voilà qui dissertent hystériquement sur les raisons qui les ont poussés à commettre leur forfait : leurs ex-femmes ou nouvelles copines qui les ont réduits à l’état de mâles pleurnichards et dévirilisé

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Les Amants passagers

ECRANS | De Pedro Almodóvar (Esp, 1h3O) avec Javier Camara, Carlos Areces…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Les Amants passagers

Après un incident technique, un avion est en perdition au-dessus de Tolède, attendant une solution pour un atterrissage forcé. Le personnel de bord, stewards plus ou moins ouvertement pédés, drogue les passagers de la classe éco et tente de régler la situation avec les "privilégiés" (un tueur, un banquier corrompu, une mère maquerelle, un couple en voyage de noces, un homme volage). On voit bien la métaphore filée par Almodóvar derrière ce récit de pure fantaisie : alors que les mœurs évoluent en Espagne (un des stewards a même un mari !), l’économie régresse vers un archaïsme de classe dirigé par des puissants en pleine déréliction. Point de vue intéressant mais qui se heurte très vite au désir du cinéaste de retrouver l’esprit Movida de ses premiers films. Ce maître du scénario invente ainsi un récit complètement décousu, qui n’avance pas vraiment et se contente d’empiler les saynètes inégales. Les Amants passagers ne trouve jamais sa vitesse de croisière, même si l’ensemble n’est pas déplaisant à suivre. Alors que

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Balada triste

ECRANS | Coup de foudre / Rageur, baroque et violent, Balada triste évoque les années noires du franquisme à travers la rivalité de deux clowns amoureux d’une même femme : ni allégorique, ni ironique, Alex de la Iglesia signe son meilleur film, une tragédie d’une noirceur absolue. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mardi 21 juin 2011

Balada triste

Alors que l’écran est encore noir, des rires d’enfants emplissent la bande-son. Quand l’image apparaît, on découvre les bambins exultant devant un spectacle de clowns. Si les enfants rient, le spectateur, lui, ne se laisse pas emporter : les objectifs déformants choisis par Alex de la Iglesia, son montage abrupt et l’absence de décor donnent à la scène des allures de pantomime lugubre, comme la énième répétition d’un numéro usé jusqu’à la corde. C’est que ce spectacle-là n’en est pas un. C’est un divertissement, une distraction ; au-dehors la guerre fait rage. Les armées républicaines se battent contre celles du général Franco, et lorsqu’elles débarquent sous le chapiteau, c’est pour enrôler les deux clowns dans leur combat. Le clown blanc rechigne, l’Auguste s’engage, laissant derrière lui son fils Javier, seul avec un lion qui paraît bien moins inquiétant que ces soldats armés jusqu’aux dents. Tragiques distractions Ce prologue (comme l’énigmatique générique qui le suit, où des images de la dictature franquiste voisinent avec celles d’artistes populaires) est trompeur : Alex de la Iglesia n’utilise pas le cirque comme une métaphore de l’Histo

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Crimes à Oxford

ECRANS | Sans être le meilleur film de son auteur, le nouveau Alex de la Iglesia est un jeu de piste assez ludique où le cinéaste relève le pari de faire un thriller avec des maths et de la philo, à la surface faussement consensuelle. CC

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

Crimes à Oxford

C’est assez rare pour être souligné : Crimes à Oxford accroche son spectateur par une première séquence où l’on nous raconte une anecdote sur le penseur Ludwig Wittgenstein rédigeant, sous les bombes de la première guerre, le Tractatus logico-philosophicus qui sert de base à la philosophie du langage contemporaine. Et quand on dit «accroche», on n’utilise pas le mot pour rien (d’ailleurs, disait Wittgenstein, «ce que l’on ne peut dire clairement, il faut le taire»)… Cette introduction, en forme d’exposé passant d’une chaire universitaire à un champ de bataille, est effectivement brillante. Le reste de ce thriller élégant et néanmoins un peu cinglé ne l’est pas moins, prouvant que son réalisateur, l’épatant Alex de la Iglesia, ne s’est pas trop perdu dans les rouages d’une adaptation littéraire à visée internationale. √Ω+∆=Q On y voit Martin, étudiant américain, débarquer en Angleterre pour écrire sa thèse sous la direction d’Arthur Seldom, vieux professeur cynique et blasé. Mais sa logeuse, elle-même liée par le passé à Seldom, est retrouvée assassinée. Ce qui devait être un mémoire rasoir se transforme en palpitante enquête policière menée avec force équations p

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