I'm still here – the lost year of Joaquin Phoenix

ECRANS | De Casey Affleck (ÉU, 1h47) avec Joaquin Phoenix, Ben Stiller…

Dorotée Aznar | Mercredi 6 juillet 2011

Dans la foulée du tournage de Two Lovers, Joaquin Phoenix craque, renonce à sa carrière d'acteur pour se lancer dans le hip-hop, en dépit d'un manque criant de talent dans cette discipline, et de la dépression qui semble le dévorer peu à peu. On le sait à présent, tout cela n'était qu'un canular, confectionné avec la complicité de Casey Affleck, beau-frère de Phoenix. On peut applaudir la performance de l'acteur, qui sera resté plus d'un an dans un rôle qu'on devine lourdement destructeur. On peut aussi se demander, face au résultat final, si le jeu en valait vraiment la chandelle. En fait de scènes trash (Joaquin prend plein de drogues, fréquente des prostituées, a un ego surdimensionné…), I'm still here accumule les clichés ronflants sur le star-system et n'en dit rien, s'enfonçant dans une sombre entreprise de voyeurisme autour d'une star échouée dans une dérive sans sens. Les seules scènes qui fonctionnent sont celles où Phoenix voit son déclin se refléter dans les yeux de ses interlocuteurs : qui d'un Ben Stiller moqué de façon gênante alors qu'il venait lui proposer un rôle dans Greenberg, d'un Puff Daddy effondré à l'écoute de ses pathétiques bandes démo, mais surtout d'un Edward James Olmos, d'une patience infinie face aux gesticulations de Phoenix, qui le gratifiera d'un monologue sur les choix qui s'offrent à lui. Deux minutes de grâce dans cet océan de vide, portrait de l'artiste en connard dépressif qui ne devrait pas passionner grand monde.
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L’âme, nasse fantôme : "A Ghost Story"

Le Film de la Semaine | Comme attaché à la maison où il a vécu ses derniers jours terrestres, le fantôme d’un homme attend quelque chose sans trop savoir quoi, imperméable au temps qui passe. Un Paranormal (in)activity dépouillé et sublimé, à l’intersection entre Gus van Sant et Stanley Kubrick.

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

L’âme, nasse fantôme :

Un homme et une femme paraissent filer le plus parfait amour dans leur belle maison. La mort brutale du premier change la donne, et pousse la seconde à quitter les lieux. Pourtant, le fantôme de l’homme persiste à hanter leur demeure commune, dans l’attente d’un hypothétique contact… Sur le papier, A Ghost Story tient de la chimère. Irréductible à un genre, irrespectueux des codes, ce film fantastique ET sentimental à l’ascétisme radical semble s’ingénier à se saborder : minimalisme assumé, refus des effets spéciaux attendus, recours à une représentation du fantôme plus que désuète, car usée jusqu’à la trame et risible — le vieux drap troué de deux orifices pour les yeux ! —, occultation totale du comédien principal pendant plus d’une heure (Casey Affleck, pourtant dernier récipiendaire de l’Oscar), quasi mutisme des personnages… Et pourtant. À force de clichés détournés, d’extrémisme narratif et de paris insensés, David Lowery atteint une étrangeté poétique fascinante.

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Les Amants du Texas

ECRANS | De David Lowery (ÉU, 1h37) avec Rooney Mara, Casey Affleck, Ben Foster…

Christophe Chabert | Vendredi 13 septembre 2013

Les Amants du Texas

L’ombre de Terrence Malick plane d’un bout à l’autre des Amants du Texas, à commencer justement par son atmosphère planante, cotonneuse, mais aussi par sa voix-off qui, sous couvert d’échanges épistolaires, emmène le film vers des rivages poétiques proches du grand Terry. Sans parler de son intrigue, où un couple de jeunes braqueurs se retrouve séparé, lui en prison, elle en liberté et enceinte. Quatre ans plus tard, il s’évade pour la retrouver, mais la distance s’est creusée, sa responsabilité de mère l’emportant sur sa jeunesse fougueuse. Sans parler du rôle joué par un shérif prévenant, qui pourrait faire un bon père de substitution. Il y a du Badlands là-dedans, mais aussi dans les paysages peints par Lowery, où la nature semble aussi apaisée que les amants sont tourmentés. Les Amants du Texas souffre cependant de ce maniérisme paralysant, qui impacte particulièrement le jeu des acteurs : leur retenue paraît forcée et le film s’emploie à tout dédramatiser, jusqu’à tendre vers l’anodin et l’ennui. Dommage, du coup, d’avoir embarqué la sublime Rooney Mara dans l’aventure : explosive e

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The Killer inside me

ECRANS | De Michael Winterbottom (ÉU, 1h49) avec Casey Affleck, Jessica Alba, Kate Hudson…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

The Killer inside me

Au départ, un roman noirissime, sans doute le meilleur de Jim Thompson, "Le Démon dans ma peau", décrivant les agissements d’un shérif psychopathe dans le sud des États-Unis. Michael Winterbottom, cinéaste insaisissable et artistiquement schizophrène, a choisi d’adapter fidèlement le livre, prenant pour modèle évident certains polars des frères Coen. "The Killer inside me" est donc tenaillé entre un désir respectueux de retranscrire à l’écran la violence et la psyché torturée des personnages de Thompson et une certaine ironie vis-à-vis du genre, dont la mise en scène reproduit avec un fétichisme manifeste les plus grands clichés. Curieusement, la sauce prend et Winterbottom signe ici un de ses films les plus réussis, même si il doit grandement cette réussite à l’incroyable composition de Casey Affleck dans le rôle de Lou Ford, dont les facettes retracent sa brève mais déjà passionnante carrière. Ford est d’abord un petit shérif pâlot, encore un peu adolescent — le Affleck de Gerry — avant de se révéler cruel et impulsif — le masque qui tombe sous le coup de la frustration dans L’Assassinat de Jesse James. Son forfait accompli, Ford reprend comme si de rien n’était sa place socia

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L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

ECRANS | D'Andrew Dominik (ÉU, 2h39) avec Brad Pitt, Casey Affleck, Sam Shepard...

Christophe Chabert | Mercredi 17 octobre 2007

L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

Il faut être patient pour voir se profiler à l'horizon de ses grands et beaux espaces l'idée forte de cet Assassinat de Jesse James : l'Histoire ne retient pas les héros, mais les mythes ; et même quand les uns et les autres finissent par se tenir dans une même grisaille morale, ce sont toujours les brigands flamboyants qui recueillent les faveurs du public. Tout est dit dans le titre du film : Jesse James n'a pas droit à son adjectif qualificatif, il est déjà dans la légende ; son assassin, en revanche, est renvoyé à sa lâcheté. Le film d'Andrew Dominik, réalisateur du prometteur Chopper, cherche ainsi à rendre à Ford, sinon sa dignité, du moins son épaisseur humaine, tandis que le mythe Jesse James est littéralement passé au Kärcher, marinant dans sa retraite prématurée et sa lente descente dans la névrose et l'égocentrisme. Pour le reste, ce très long-métrage de 2h40 prend son temps. C'est un tour de force dans l'industrie spectaculaire hollywoodienne, mais cela ne va pas sans quelques gros défauts. Car si Dominic a un sens parfois soufflant de la mise en scène - voir la seule scène d'action du film, l'attaque du train au début, qui s'apparente à de la poésie en images -, il

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