La Fée

ECRANS | De et avec Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy (Fr-Belg, 1h33)

Dorotée Aznar | Mercredi 7 septembre 2011

Y a-t-il un axe cinématographique franco-européen dont le port d'attache serait Le Havre ? Avant le film de Kaurismaki, c'est le trio Abel, Gordon et Romy qui y a posé sa caméra, avec des idées assez similaires et des références communes (Jacques Tati, ombre écrasante). Ici, un gardien de nuit apathique rencontre une fée qui lui propose d'exaucer trois vœux. Le garçon, ayant aussi peu d'idées que d'idéaux, demande une nouvelle bécane et de l'essence à volonté. Quant au troisième vœux, infiniment repoussé, il devient le gimmick principal des (rares) dialogues du film. Les trois réalisateurs-acteurs déballent donc leur habituel folklore poétique très «arts de la rue», qui atteint ici une laideur visuelle consternante. Le ballet aquatique ou la poursuite finale, par exemple, représentent une certaine idée du j'men-foutisme esthétique, où le bricolage devient une excuse à l'incapacité à créer de l'illusion. Plus ennuyeux encore : la manière dont ils font rentrer au chausse-pied la politique dans leur bazar, et notamment la question des sans-papiers. Quelque chose ne colle pas entre la naïveté agressive de leur univers et leur prétention à aborder, avec la même nonchalance, des sujets sérieux. Sans doute cette façon, pour le coup très consciente, de se mettre du côté des opprimés, et s'autoriser ainsi toutes les caricatures envers les méchants (capitalistes, passeurs, flics…). C'est un peu comme si le clown Bozo faisait un discours de Jean-Luc Mélenchon : ce serait plus embarrassant que militant.
Christophe Chabert

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Dominique Abel & Fiona Gordon : « ce qu’on fait en réalité, c’est du théâtre à l’écran »

Entretien | Clowns à l’écran et sur les planches, le duo Abel & Gordon se balade aux quatre coins de la capitale, occasion idéale pour tous les hommages et toutes les rencontres. Cartographie d’un univers partagé qui rend la réalité si triste et les pitres si beaux.

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

Dominique Abel & Fiona Gordon : « ce qu’on fait en réalité, c’est du théâtre à l’écran »

Avez-vous essayé de retrouver la fibre unique du réalisme poétique ? Dominique Abel : On s’inspire de ces films, même si on a trouvé nos propres lieux, qui dégagent une magie bien particulière : je pense à cette statue de la Liberté qui a été un vrai cadeau du ciel. L’idée de mettre un SDF qui plante sa tente à ses pieds, c’était chouette. On a été nourri par plusieurs styles différents, mais on adore le burlesque : Max Linder, Buster Keaton, Charlie Chaplin, Laurel et Hardy, ou les créateurs plus contemporains comme Kaurismäki. Mais nos goûts sont plus larges que ça. Emmanuelle Riva était-elle l’une de ces références ? D.A : On ne l’avait jamais vu dans un autre registre que celui du drame. Elle était très curieuse, vivante avec le rire incroyable d’une jeune fille de 14 ans. Elle faisait beaucoup de théâtre et nous, ce qu’on souhaitait, c’était de répéter pour atteindre une mécanique propre à notre jeu. À ça, e

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"Paris Pieds Nus" : recherche Martha désespérement

Et aussi | Qui aurait cru que l’ultime film d’Emmanuelle Riva, récemment disparue et abonnée aux drames intimistes, serait une farce enfantine ? Noyade, valse, Canada et Pierre Richard sont au programme de ce conte aussi déglinguant que déglingué.

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Bibliothécaire dégingandée, Fiona débarque de son Canada natal pour chercher sa tante Martha dans Paris et son dédale avec l’aide de Dom, SDF loufoque et séducteur. Traversée d’une joie communicative, cette comédie raconte les péripéties de deux clowns dans toute leur grâce d’êtres inadaptés, hors des conventions sociales. Son charme provient autant de la candeur des comédiens que de ses effets de mise en scène élégants et efficaces, servant à souligner un gag ou à le révéler complètement. Il faut voir la scène où Dom s’enroule dans un câble électrique à un restaurant, suivi d’un plan avec une fourchette s’entourant de spaghettis à une table voisine pour mesurer la force de ce mélange harmonieux entre le théâtre, le cirque et le cinéma. Humanité mon amour Travellings léchés, couleurs vives, cadres fixes blindés de détails, décors vivants et travaillés, cette minutie esthétique s’accompagne d’un regard doux amer sur l’Homme et ses bassesses. Chat de gouttière sans gène, Dom n’a aucun respect pour la mort et peut ruiner l’éloge funèbre d’une d

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La Fée fait les comptes

MUSIQUES | Le DV1 n'est pas le seul lieu musical à se refaire une virginité. La Fée Verte, fameux bar à absinthe du premier arrondissement, affiche elle aussi de nouvelles ambitions. Pour en savoir plus, nous nous sommes entretenus avec Jean-Charles Lavégie, son directeur artistique. Propos recueillis par Olivier Bouillon

Benjamin Mialot | Mardi 30 octobre 2012

La Fée fait les comptes

Il semblerait que la Fée Verte prenne de nouvelles directions musicales...Jean-Charles Lavégie : C'est vrai que cette année on a de nouvelles priorités. Jusqu'à présent on a fait beaucoup d'artistes locaux. Maintenant on aimerait aider les collectifs avec qui on bosse depuis plusieurs années comme Courtship, Enover, CLFT... et qui, aujourd'hui, ont pris du poids, à ramener plus de têtes d'affiches venues d'un peu partout. Je ne parle pas de ramener des artistes monstrueux dans notre caveau de 200 places, mais de faire venir des artistes étrangers qui ont un haut niveau pour les mêler à nos artistes locaux et créer ainsi une dynamique d'échange. Ce qu'on espère, c'est que par la suite les artistes lyonnais puissent s'exporter à leur tour grâce aux contacts qui se créeront. D'autant que cette année on a fait des travaux en haut et dans le caveau afin d'accueillir ces artistes et le public dans les meilleurs conditions possibles. Pour le moment ça commence bien avec HNNY de Stockholm ou bien Mekas de Buenos Aires qui passeront au mois de novembre. Vous prévoyez aussi des concerts acoustiques ?Oui, on appelle ça

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Rumba

ECRANS | de et avec Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy (Fr-Belg, 1h17) avec Philippe Martz…

Dorotée Aznar | Jeudi 4 septembre 2008

Rumba

Fiona Gordon et Dominique Abel, flanqués du fidèle comparse Bruno Romy, poursuivent après L’Iceberg leur exploration de la poésie ludique, entre la chaleur humaine de Buster Keaton et l’hilarante froideur des meilleurs Kaurismaki. Cette fois-ci, le trio nous conte une histoire d’amour perturbée par une amnésie inopportune, sur fond de danse latino. Reprenant à leur compte cinématographique quelques figures imposées du clown et du théâtre de rue, ils installent une mécanique narrative fondée en grande partie sur le comique de répétition – ce qui ne manquera pas de rebuter les spectateurs les moins patients. En dépit d’une durée lapidaire, Rumba choisit en effet de prendre son temps, de fonctionner par plans séquence étirés à l’extrême. Une fois ces partis pris assimilés, il faut se laisser porter par la dynamique à part de ce couple d’Auguste pour savourer pleinement cet OVNI. FC

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