Crazy, stupid, love

ECRANS | Les deux réalisateurs d’I love you Philip Morris s’essayent à la comédie romantique chorale mais ne confectionnent qu’une mécanique théâtrale boulevardière et ennuyeuse, dont seul s’extirpe le couple formé (trop tardivement) par Ryan Gossling et Emma Stone. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 9 septembre 2011

Emily (Julianne Moore) demande en plein dîner le divorce à son mari Cal (Steve Carell). Dévasté, il ne voit pas que la toute jeune baby-sitter de ses enfants n'a d'yeux que pour lui, et préfère s'en remettre à Jacob (Ryan Gossling), playboy aux mille conquêtes croisé dans un bar, qui va lui donner des cours de séduction et faire de lui un vrai tombeur. D'abord tenté par l'envie de rendre jalouse son ex, Cal finit par prendre goût à cette nouvelle vie, renonçant à l'amour éternel pour les plaisirs d'un soir. Après I love you Philip Morris, John Requa et Glenn Ficarra s'inscrivent dans un genre américain par excellence, la comédie du remariage, dont les rebondissements forment l'échine de Crazy, stupid, love. Ils tentent cependant d'en renouveler le principe en la mariant avec une comédie de mœurs entre Robert Altman (en moins cruel) et James L. Brooks (en moins arthritique), créant autour de l'intrigue principale des micro-intrigues qui se croisent furtivement avant d'entrer en collision dans le dernier acte.

Le monde est Stone

Ce finale dit d'ailleurs la vérité sur le film tout entier : il est sans arrêt écrasé par sa mécanique scénaristique, une théâtralité exacerbée par le jeu des deux comédiens principaux. Carell semble constamment réprimer ses grimaces, tandis que Moore se force à jouer comédie ; aucun terrain d'entente ne naît à l'écran de ce compromis, ni complicité, ni tension. C'est finalement dans un creux du film que l'on trouve sa meilleure part. Amorcée dès les premières scènes, la rencontre entre Jacob et Hannah (l'incroyable Emma Stone) mettra beaucoup de temps à se concrétiser vraiment, malgré son caractère inéluctable. Pas de suspens là-derrière, mais la promesse d'une alchimie qui va soudain montrer ce que Crazy, stupid, love aurait pu être : une déclaration d'amour aux comédiens. Car entre Gossling, qui effectue la synthèse parfaite entre sa prestation iconique dans Drive et son charme romantique de Blue valentine, et Stone, dont le naturel et la spontanéité irradient littéralement le cadre, il se passe un petit miracle de cinéma, quelques scènes soudain justes, drôles et émouvantes, défiant la logique de boulevard instaurée par Requa et Ficarra pour atteindre la vérité des sentiments. Moments suspendus d'un film qui manque beaucoup de finesse et de grâce. 

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Vice | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, Vice approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi que l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Mardi 19 février 2019

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? Adam McKay : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que soudain il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs à exploré tout le corpus “cheneyen“ existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique — ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à la famille Cheney, à son parcours politique, à ce qui n’était pas officiel ni établi. Avez-vous cherché à

Continuer à lire

Au cœur du pourri pouvoir : "Vice"

Biopic | En général, la fonction crée l’organe. Parfois, une disposition crée la fonction. Comme pour l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, aux prérogatives sculptées par des années de coulisses et de coups bas, racontées ici sur un mode ludique. Brillant et glaçant.

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Au cœur du <s>pourri</s> pouvoir :

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires, histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit et de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel villain de franchise. Il est même étonnant que McKay parvienne à trouver une lueur d’humanité à ce Républicain pur mazout : en l’occurrence son ren

Continuer à lire

Dames de cœur, à qui l’honneur ? : "La Favorite"

Le Film de la Semaine | Deux intrigantes se disputent les faveurs de la cyclothymique Anne d’Angleterre afin d’avoir la mainmise sur le royaume… Une fable historique perverse, où Olivia Colman donne à cette reine sous influence un terrible pathétique et Lánthimos le meilleur de lui-même.

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Dames de cœur, à qui l’honneur ? :

À l’aube du XVIIIe siècle. La Couronne d’Angleterre repose sur la tête d’Anne. Sans héritier malgré dix-sept grossesses, maniaco-dépressive, la souveraine se trouve sous la coupe de Sarah, sa dame de compagnie et amante (par ailleurs épouse de Lord Marlborough, le chef des armées), laquelle en profite pour diriger le royaume par procuration. Lorsque Abigail, cousine désargentée de Sarah arrive à la cour, une lutte pour obtenir les faveurs de la Reine s’engage… Demandez à Shakespeare, Marlowe, Welles, Frears, Hooper… La royauté britannique constitue, plus que tout autre monarchie, une source inépuisable d’inspiration pour la scène et l’écran. Au-delà de la fascination désuète qu’elle exerce sur son peuple et ceux du monde, elle forme en dépit des heurts dynastiques une continuité obvie dans l’Histoire anglaise, lui permettant de s’incarner à chaque époque dans l’une de ses figures, fût-elle fantoche. Telle celle d’Anne (1665-1717). Son humeur fragile la fit ductile, favorisant un jeu d’influences féminin inédit que La Favorite raconte sans trop trahir l’authenticité des faits, dan

Continuer à lire

La drogue, c’est mal : "My Beautiful Boy"

Drame | de Felix van Groeningen (É-U, avec avert. 2h01) avec Steve Carell, Timothée Chalamet, Jack Dylan Grazer…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

La drogue, c’est mal :

David tombe de haut lorsqu’il découvre que son fils aîné, Nicolas, étudiant apparemment sans histoire, est accro depuis la sortie de l’enfance à toutes les substances stupéfiantes que l’on puisse imaginer. David va tenter tout, et même davantage pour que Nic décroche… Franchir l’Atlantique n’a pas spécialement dévié Felix van Groeningen de ses thèmes de prédilection : les familles dysfonctionnelles et passablement infectées par l’intoxication — en général alcoolique. Si les intérieurs et les costumes changent (nous ne sommes plus dans le prolétariat flamand, mais dans la bonne société étasunienne), les addictions sont aussi destructrices. Il ne s’agit évidemment pas de tirer la larme sur le malheureux destin des pauv’ petits gosses de riches, mais de montrer à quel point leurs proches se trouvent désarmés et aveugles face à leur dépendance, misère qui transcende les classes. Hors cela, van Groeningen signe un film témoignage “propre“ et conforme aux canons (pas ceux que l’on écluse), où les comédiens accomplissent la prestation que l’on attend d’eux (mensonge fil

Continuer à lire

No zob in lob : "Battle of the Sexes"

ECRANS | de Jonathan Dayton & Valerie Faris (G-B-E-U, 2h02) avec Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

No zob in lob :

Auteur·e·s d’un redoutable hold up aux bons sentiments et au box office il y a une décennie avec sa grossière contrefaçon de "pitit" film indépendant (Little Miss Sunshine), la paire mixte Jonathan Dayton & Valerie Faris reprend les raquettes. Pour un biopic se doublant d’un sujet de société pile dans l’air du temps : l’inégalité de traitement salarial entre les hommes et les femmes, spectacularisée lors du match de tennis mixte opposant l’ancien champion Bobby Riggs — rien à voir avec L’Arme fatale — à la n°1 mondiale Billy Jean King. Joueur compulsif et macho invétéré, le premier fanfaronnait qu’aucune athlète féminine n’était apte à défaire un porteur de testicules. Jusqu’à ce qu’il se retrouve la queue entre les jambes (6-4, 6-3, 6-3). Les boules pour lui ! Ruisselant d’une musique “contexte temporel” omniprésente, ce catalogue de grimaces attendues s’intéresse moins au sport, à la politique ou au cinéma qu’à la potentielle quantité de citations au Golden Globe et à l’Oscar qu’il peut ravir en surfant sur du consensuel lisse et joliment photographié. Ah sinon, ça fait plai

Continuer à lire

La suite à l’anglaise : "Kingsman - Le Cercle d’or" de Matthew Vaughn

Espionnage | de Matthew Vaughn (G-B-EU, 2h21) avec Taron Egerton, Colin Firth, Mark Strong, Julianne Moore…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

La suite à l’anglaise :

Promu Agent Galahad et fiancé à une princesse scandinave, le jeune Eggsy a tout l’avenir devant lui. Las ! La trafiquante de drogue psychopathe Poppy Adams éradique Kingsman. Pour se venger, Eggsy va pouvoir compter sur Merlin et les cousins d’Amérique de l’Agence Statesman… Stupéfiante combinaison entre un spoof et un action movie (à la violence hallucinante, mais monstrueusement bien chorégraphiée), Kingsman (2015) aurait difficilement pu demeurer à l’état de singleton — d’autant qu’il s’était révélé des plus rentables. Certes, ce nouvel opus ne bénéficie plus de l’effet de surprise du précédent, mais il renoue avec les fondamentaux de ce qu’il faudra donc considérer comme la matrice de la franchise, plaçant dès l’ouverture sa séquence de bravoure : une poursuite dans les rues de Londres dont la réalisation n’a rien à envier aux MI où cavale Tom “Peter Pan” Cruise. Si Kingsman est ouvertement plus décalé que James Bond, longeant volontiers les rives du fantastique ou de la parodie sarcastique, il se montre a

Continuer à lire

"La La Land" : Je m’voyais déjà…

ECRANS | À Los Angeles, cité de tous les possibles et des destins brisés, l’histoire en cinq saisons de Mia, aspirante actrice, et Seb ambitionnant d’ouvrir son club de jazz. Un pas de deux acidulé vers la gloire ou l’amour réglé à l’ancienne par l’auteur du pourtant très contemporain Whiplash. Un aspirateur à Oscar ?

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

N’est-il pas agréable, parfois, de se rencogner dans de vieux vêtements assouplis par le temps, de déguster un mets régressif ou de revoir un film jadis adoré ? Ces doux instants où l’on semble s’installer au-dedans de soi procurent un réconfort magique… à condition qu’ils demeurent brefs. Plaisant à visiter, la nostalgie est ce territoire paradoxal où il est déconseillé de s’attarder, au risque de se trouver prisonnier de ses charmes trop bien connus. Lorsqu’un artiste succombe à la tentation de ressusciter le passé par le simulacre, il s’attire de bien faciles sympathies : celles des résidents à plein temps dans le "c’était-mieux-avant", auxquels se joignent les fervents amateurs des univers qu’il cite ou reproduit — ici, un canevas digne de Stanley Donen/Gene Kelly, habillé de tonalités musicales et colorées à la Jacques Demy/Michel Legrand, émaillé de jolis tableaux façon Bernstein/Robbins ou Minnelli. Vintage d’or hollywoodien Attention, il ne s’agit pas de minorer les mérites ni le talent de Damien Chazelle :

Continuer à lire

Café Society : Hollywoody boulevard

ECRANS | Le 47e opus de Woody Allen-réalisateur semble avoir été taillé sur mesure pour effectuer l’ouverture de la 69e édition du festival de Cannes : glamour, artifices et nostalgie des vieilles bobines s’y bousculent. On passe un charmant moment, sans être transporté…

Vincent Raymond | Jeudi 12 mai 2016

Café Society : Hollywoody boulevard

Un film situé, au moins partiellement, dans les arcanes du Hollywood de l’âge d’or ne pouvait que finir (ou, à tout le moins, commencer sa carrière) sur la Croisette. Café Society tend une sorte de miroir temporel pareil à une vanité à la foule des producteurs, cinéastes, comédiens, agents qui se pressent aux marches du Palais et dans les réceptions pour participer à la gigantesque sauterie cannoise. Car du cinéma, il ne montre absolument rien si ce n’est un extrait de La Dame en rouge (1935) de Robert Florey. En cela, il se situe aux antipodes de Avé César des frères Coen qui avait effectué l’ouverture de la Berlinale. Ici, les stars demeurent cachées dans leurs résidences exubérantes, ou des noms évoqués par paquets de dix, d’éphémères symboles de puissance dans l’Usine à rêve, totalement privées de substance et d’incarnation. Woody et ses doubles C’est plus la nostalgie jazzeuse, l’élégance du cadre et les vestes cintrées qui intéressent Woody Allen dans ce décor-prétexte. Les plateaux, il leur a déjà réglé leur compte dans Hollywood Ending (2002), comédie décriée et pourtant débordant

Continuer à lire

Diversion

ECRANS | John Requa et Glenn Ficarra revisitent le film d’arnaque dans une comédie pop fluide et élégante portée par le couple glamour Will Smith / Margot Robbie. Divertissement longtemps irrésistible, "Diversion" rate de peu sa sortie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

Diversion

Fondre en un seul geste la forme et le fond pour distraire le spectateur : c’est un programme de cinéma mais aussi une méthode d’arnaque éprouvée. Diversion en a conscience et c’est un beau tour de passe-passe qu’orchestrent le duo John Requa et Glenn Ficarra, ici un cran au-dessus de leurs deux premiers films — I Love You Philip Morris et Crazy Stupid Love. Le titre original, Focus, plus que son équivalent français, marque d’ailleurs cette parenté entre la mise en scène (du film) et les coups montés par Nicky avec sa bande et sa nouvelle partenaire — et amante — Jess : il s’agit de déplacer la focale et d’orienter le regard pour mieux tromper la victime-spectateur. Cela nécessite souplesse, charme et élégance ; il faut donc avant tout un couple glamour au possible : ici, Will Smith, dans un exercice sobre d’underplaying appris chez Shyamalan, et Margot Robbie, qui confirme après Le Loup de Wall Street qu’elle a un t

Continuer à lire

Birdman

ECRANS | Changement de registre pour Alejandro Gonzalez Iñarritu : le cinéaste mexicain laisse son désespoir misérabiliste de côté pour tourner une fable sur les aléas de la célébrité et le métier d’acteur, porté par un casting exceptionnel et une mise en scène folle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Birdman

Partons du titre complet de Birdman : la surprenante vertu de l’ignorance. De la part d’un cinéaste aussi peu modeste qu’Alejandro Gonzalez Iñarritu, ce sous-titre a de quoi faire peur, tant il nous a habitué dans ses films précédents à donner des leçons sur la misère du monde sous toutes ses formes. Or, Birdman séduit par sa volonté de ne pas généraliser sa fable, circonscrite entre les murs d’un théâtre à Broadway : ici va se jouer à la fois une pièce adaptée de Raymond Carver et la tragi-comédie d’un homme ridicule, Riggan Thompson. Des années avant, il était la star d’une série de blockbusters où il jouait un super héros ; aujourd’hui, il tente de relancer sa carrière et gagner l’estime de ses contemporains en jouant et mettant en scène du théâtre "sérieux". Le naufrage de son existence ne se résume pas seulement à ses habits de has been : sa fille sort d’une cure de désintox, son mariage a sombré et il se fait écraser par une star mégalomane et égocentrique, Mike Shiner, plus roué et cynique que lui pour conquérir les faveurs de la critique et du public. Pour filmer les secousses qui vont bousculer Thompson dans le

Continuer à lire

Foxcatcher

ECRANS | Histoire vraie, acteurs visant la performance, mise en scène arty, sous-texte politique lourdement appuyé : Bennett Miller se montre incapable de légèreté pour traiter cette histoire de mentor toxique cherchant à transformer un lutteur en futur médaillé olympique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Foxcatcher

Qu’aime-t-on dans le cinéma américain lorsque celui-ci s’aventure hors de ses sentiers les plus commerciaux ? Sa capacité à traiter avec simplicité les sujets les plus ambitieux, à mettre le spectacle et l’efficacité au profit de leur exact contraire, une approche critique et dialectique du monde. Récemment, J. C. Chandor avec son extraordinaire A Most Violent Year en a fait la démonstration éclatante : voilà un cinéaste qui ose raconter des choses complexes sur son pays et son économie sans perdre de vue le plaisir du spectateur. Depuis son premier film — le biopic Truman Capote — Bennett Miller semble, à l’inverse, adopter une posture particulièrement hautaine par rapport à ce cinéma-là, comme s’il devait faire sentir à tous les niveaux sa supériorité d’artiste et le sérieux de sa démarche. Foxcatcher ne fait qu’enfoncer le clou, tant il clame dès ses premières images son envie de ne pas sombrer dans la vulgarité d’un tout-venant qu’au demeurant il est assez seul à exécrer. Miller bannit ainsi toute forme de légèreté de son film,

Continuer à lire

Maps to the stars

ECRANS | David Cronenberg signe une farce noire et drôle sur les turpitudes incestueuses d’Hollywood et la décadence d’un Los Angeles rutilant et obscène. Un choc ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Maps to the stars

La «carte des stars» du titre fait référence à ces dépliants indiquant l’emplacement des villas appartenant aux célébrités hollywoodiennes à Los Angeles ; la carte du dernier film de David Cronenberg se résume en revanche à un cercle d’une demi-douzaine de personnages portant des prénoms impossibles, gravitant dans l’univers du cinéma et unis par des liens scénaristiques mais aussi par de tortueux liens du sang. Il y a un jeune acteur de treize ans arrogant et cynique, star d’une franchise ridicule (Bad babysitter) et déjà passé par la case réhab', son père moitié gourou, moitié thérapeute new age, une comédienne vieillissante obsédée par le fantôme de sa mère morte dans un incendie, un chauffeur de limousine qui se rêve scénariste et acteur… Et, surtout, une fille mystérieuse qui s’incruste dans leur vie, un peu folle et portant sur son corps les stigmates de graves brûlures. Film choral ? Pas vraiment, car Maps to the stars tisse assez vite une toile réjouissante où chacun va illustrer la décadence dans laquelle s’enfonce un Los Angeles corrompu au dernier degré, réplique vulgaire et morbide de celui décrit par John Schlesinger dans s

Continuer à lire

Gangster squad

ECRANS | De Ruben Fleischer (ÉU, 1h52) avec Josh Brolin, Ryan Gossling, Sean Penn…

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Gangster squad

Le ratage de ce Gangster squad est plutôt surprenant : un casting en or, une relecture du film de gangsters par un cinéaste habile à revigorer les codes des genres (son Zombieland était grandiose à ce niveau)… Assez vite, il faut se rendre à l’évidence : le script n’est qu’un laborieux décalque de celui des Incorruptibles, sans les dialogues admirables de David Mamet, mais avec beaucoup de grandes phrases toutes plus ridicules les unes que les autres. Du coup, les acteurs sortent les rames. Sean Penn a beau en faire des caisses dans le rôle de Mickey Cohen, on ne voit que son maquillage qui lui donne des allures de freak grotesque. Très mauvais aussi, Josh Brolin, mâchoire serrée et front plissé tout du long. On aimerait sauver le duo archi-glamour Emma Stone-Ryan Gossling du naufrage, mais leur couple ressemble plutôt à des icônes lisses sorties d’un poster d’époque. Quant à la mise en scène, desservie par une photo numérique d’une absolue laideur, elle tente de noyer le poisson en en rajoutant dans la violence (et même le

Continuer à lire

The Amazing Spider-Man

ECRANS | Après un ravalement de casting, Spider-Man revient pour raconter à nouveau ses origines. Entre faiblesse des enjeux, mise en scène approximative et acteurs sous-employés, était-ce vraiment nécessaire ? Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Jeudi 28 juin 2012

The Amazing Spider-Man

Hollywood a toujours pratiqué l'amnésie forcée. Suites, remakes et désormais reboot ; recycler ou faire table rase est une pratique courante. Dix ans après le premier film de Sam Raimi, Sony remet donc les compteurs de Spider-Man à zéro pour relancer sa licence. Mais comment tout recommencer avec si peu d'intervalle entre les films ? En ne changeant rien. The Amazing Spider-Man n'a pas la prétention de raconter autre chose que l'histoire de son héros adolescent, et tant pis si elle est connue. Tout ou presque ce qui fait la mythologie du personnage est donc rapatrié ici : la figure du geek transformé en justicier, la découverte des pouvoirs et la responsabilité qui en découle, la perte de l'oncle Ben et la fabrication d'une icône héroïque populaire. Si le film se veut malgré tout une variation (le Lézard remplace le Bouffon vert ; Gwen Stacy devient la première amoureuse de Peter Parker), il suit les mêmes traces que son aîné, sauf que le casting a changé, et ce n'est qu'une partie du problème. Cahier des charges

Continuer à lire

La Couleur des sentiments

ECRANS | De Tate Taylor (ÉU, 2h26) avec Emma Stone, Jessica Chastain…

Dorotée Aznar | Mercredi 19 octobre 2011

La Couleur des sentiments

Pour ceux qui l’ignoraient, dans le Mississipi des années 60, la ségrégation entre les noirs et les blancs était encore monnaie courante. Il fallait donc au moins 2h25 de mélodrame pâteux pour nous rappeler ce fait oublié. Le film n’existe d’ailleurs que par son sujet, le reste n’étant qu’habillage décoratif et grimaces larmoyantes. Si Tate Taylor prend clairement partie pour ses aides noires, il le fait avec un procédé pour le moins discutable : il ridiculise à outrance les bourgeoises blanches qui les exploitent. Ridicule est le mot : que de grandes actrices comme Jessica Chastain ou Bryce Dallas Howard cabotinent dans des décors ripolinés avec des costumes et des coiffures qui lorgnent vers Mad Men mais ressemblent surtout à de vieux chromos publicitaires, fait franchement peine à voir. Seule la géniale Emma Stone échappe à ce festival de minauderies et impose, non sans mal, une pointe de naturel. Tout cela provoque donc un certain embarras, lié aussi à la mollesse d’une mise en scène à la traîne des séries télés contemporaines (le film aurait sans doute été plus à sa place en feuilleton de prestige sur HBO). Il y a toutefois une maladresse significative dans La Coule

Continuer à lire

Tout va bien, The Kids are all right

ECRANS | De Lisa Cholodenko (ÉU, 1h46) avec Annette Bening, Julianne Moore, Mark Ruffalo…

Christophe Chabert | Lundi 4 octobre 2010

Tout va bien, The Kids are all right

Au croisement de deux sujets forts (l’homoparentalité et la question de l’insémination artificielle du point de vue des enfants), "The Kids are all right" s’avère un film incroyablement normé, rabattant tous les enjeux possibles de son scénario sur un vaudeville prévisible. C’est sans doute le but de Cholodenko : montrer que des questions comme la famille, le couple ou la recherche de son identité sont universelles, non réductibles à la sexualité des parents ou à l’origine biologique des enfants. Il y aurait même matière à en rire, mais le film est si standardisé, dans sa forme comme dans ses péripéties, que la comédie s’avère poussive et attendue. Baigné dans le rock branché, estampilllé à chaque plan cinéma indépendant Sundance, "The Kids are all right" étonne par son manque d’envergure, sa transparence cinématographique et le cabotinage un peu lourd de son casting (Moore et Ruffalo, notamment, on fait beaucoup mieux). CC

Continuer à lire

Crazy night

ECRANS | De Shawn Levy (ÉU, 1h28) avec Steve Carell, Tina Fey…

Christophe Chabert | Dimanche 9 mai 2010

Crazy night

"Crazy night", c’est la réunion de deux vedettes populaires de la télé américaine, l’une (Carell) ayant déjà fait ses preuves sur grand écran, l’autre (Fey) s’y cherchant une crédibilité, pour une screwball comedy taillée sur mesure. Un couple de quadras englués dans la routine conjugale décide de s’encanailler au cours d’une virée à Manhattan, mais un quiproquo les entraîne dans une sombre affaire impliquant un ponte de la mafia, des flics ripoux, un politicien érotomane… Non seulement "Crazy night" manque cruellement de rythme, mais sa raison d’être semble avoir échappé à son réalisateur, le tâcheron Shawn Levy, qui ne laisse jamais l’espace nécessaire à ses deux comédiens pour s’exprimer. Plutôt que de les laisser improviser leurs numéros, il surdécoupe, monte à la serpe et pratique des inserts absurdes, là où il aurait fallu laisser la caméra tourner tranquillement. Du coup, seuls les gags purs fonctionnent à peu près à l’écran. Mais la photo horrible, les caméos inutiles ou pathétiques (pauvre Ray Liotta !), la morale familialiste rampante ; tout concourt à rendre "Crazy night" plus glauque que distrayant. CC

Continuer à lire

Blindness

ECRANS | Une épidémie de cécité conduit à des mesures sanitaires radicales : une fable au futur récent signée Fernando Meirelles, soutenue par une mise en scène expérimentale et terrifiante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2008

Blindness

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Oui, mais s’il n’y a même plus de borgne pour gouverner ? C’est, à peu de choses près, le pitch de Blindness, troisième film de Fernando Meirelles, réalisateur remarqué avec La Cité de Dieu et The Constant gardener. Dans une ville inconnue, un automobiliste est frappé en pleine rue par une forme étrange de cécité qui s’avère contagieuse. Un ophtalmo, une prostituée, un voleur et un barman font partie des premières victimes, parquées dans un hôpital transformé en prison militaire où chaque dortoir établit ses propres règles de vie. À la démocratie du dortoir 1 répond la dictature violente du dortoir 3, qui cherche à régner sur les autres groupes. La parabole du livre original de Saramago, reprise par Meirelles, affirme ainsi que cet aveuglement est un révélateur des bassesses d’une humanité qui plonge dans les ténèbres. La Cécité de Dieu D’un pessimisme absolu malgré la lueur d’espoir qu’incarne la femme du médecin (dans le film, aucun personnage n’a de nom) interprétée par Julianne Moore, qui cache aux autres qu’elle n’est pas touchée par la maladie, Blindness

Continuer à lire

Max la menace

ECRANS | de Peter Segal (ÉU, 1h49) avec Steve Carell, Anne Hathaway…

Dorotée Aznar | Jeudi 4 septembre 2008

Max la menace

Hollywood n’en finit plus de racler les fonds de tiroir de la nostalgie télévisuelle… C’est aujourd’hui au tour du héros créé par Mel Brooks dans les années 60 de subir un lifting - soit un agent secret qui compense ses maladresses sur le terrain par des dons de déduction extraordinaires allant jusqu’au grotesque. Le film de Peter Segal a beau vouloir jouer la carte d’un comique de situation un minimum recherché (mais alors, vraiment un minimum) et tenter d’atténuer le côté convenu de son intrigue par des scènes d’action rébarbatives, jamais il ne parvient à dépasser son statut de produit estival inoffensif. On retiendra uniquement à son crédit d’avoir propulsé Steve Carell en tête d’affiche, garant d’une poignée de sourires chez le spectateur contrit. On enjoindra plutôt les fans du grand Steve à se procurer la saison 3 de The Office US, sortie en DVD cet été… FC

Continuer à lire