L'Apollonide, souvenirs de la maison close

ECRANS | De Bertrand Bonello (Fr, 2h05) avec Jasmine Trinca, Hafsia Herzi, Noémie Lvovsky…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 septembre 2011

Avec L'Apollonide, Bertrand Bonello nous enferme dans un bordel à la charnière du XIXe et du XXe siècles, avec ses filles (belles, dénudées, frivoles, solidaires), sa mère maquerelle (qui gère et protège sa maison) et ses clients (obsessionnels plus qu'obsédés). La structure du film est celle d'une spirale ou d'un disque rayé, la scène initiale et traumatique (une des filles a été défigurée et ses cicatrices la condamnent à un sourire perpétuel et inquiétant) revenant à intervalles réguliers pour souligner le crépuscule dans lequel s'enfonce cette maison close. Bonello a au moins réussi cela : créer par sa narration, son ambiance sonore et ses images la sensation opiacée d'un monde qui disparaît. Le problème, énorme, de L'Apollonide, c'est que son réalisateur ne résiste jamais à la tentation de se mettre en avant au détriment de ce qu'il raconte : accumulant les références à des cinéastes qui le dépassent de la tête et des épaules (Cronenberg, Kubrick, Argento, Hou Hsiao Hsien, et même Renoir !), sautant sur la première idée couillonne qui passe (une scène grotesque où les filles dansent sur Nights in white satin des Moody Blues, un client qui court après sa panthère en répétant «Vuitton ! Vuitton ! Vuitton !»), Bonello plombe le tout d'un discours kouglof sur le capitalisme et l'individualisme détruisant la solidarité (le personnage «sarkoziste» d'Adèle Haenel, qui ne pense qu'au fric et traite son corps comme un instrument de tremplin social). Quand il cessera de faire le malin pour épater ses copains critiques parisiens, Bonello sera peut-être enfin cinéaste (il ne l'a jamais autant été qu'ici).
Christophe Chabert

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Faire écran à l’amour : "À cœur battant" de Keren Ben Rafael

Romance | Une curiosité, avec Judith Chemla et Noémie Lvovsky.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Faire écran à l’amour :

Le titre international, The End of Love, est un divulgâcheur de première ! Oui, les deux amants se parlant durant tout le film par Skype interposé, vont rompre à la fin. Anticipant avec une prescience stupéfiante “l’effet Zoom“ du confinement, Keren Ben Rafael montre la déliquescence d’un couple binational séparé par l’attente d’un visa. Elle en France, lui en Israël, leur amour ne survit pas à l’éloignement des corps malgré un bébé et l’omniprésence des écrans. S’il n’a rien de révolutionnaire, le dispositif est ici utilisé de manière très efficace dans un film ménageant d’authentiques séquences de tension dramatique (voire de suspense) en posant l’éternelle question de la difficulté de surmonter des cultures différentes. Une curiosité. À Cœur battant ★★☆☆☆ Un film de Keren Ben Rafael (Fr-Isr, 1h30) avec Judith Chemla, Arieh Worthalter, Noémie Lvovsky…

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Les mamans et les putains : "Filles de joie"

Drame | Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Les rêves en berne, l’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Les mamans et les putains :

Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich ne s’y adonne pas par plaisir. Ce qu’il révèle surtout d’un point de vue sociologique, c’est que le recours au commerce de son corps, jadis réservé aux plus pauvres des plus pauvres, à ce quart-

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Juliette Binoche et l’école des femmes : "La Bonne Épouse"

Comédie | La brutale disparition de son époux oblige Paulette Van Der Beck à prendre les commandes de l’école ménagère familiale en déclin qu’il était censé diriger. Mais en cette veille de mai 68, les jeunes élèves ne tiennent plus à devenir des fées du logis soumises en tout point à leur mari…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Juliette Binoche et l’école des femmes :

Sortant avec une certaine malice quelques jours après que l’on a célébré la Journée internationale des droits des femmes, La Bonne Épouse rappelle avec un second degré évident les vertus et commandements jadis prodigués aux jeunes filles ; le hiatus entre les us de l’époque patriarcale serinés par une institution vitrifiée dans la tradition et l’éclosion d’une nouvelle société n’en paraît que plus comique ! Dans cette ambiance provinciale patinée façon Choristes, Martin Provost bénéficie de surcroît d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche (apprêtée et maniérée comme Micheline Presle dans Les Saintes Chéries) en directrice prenant la vague de l’émancipation féminine, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par ces changements insolites et surtout Noémie Lvovsky en bonne-sœur revêche, évoquant un Don Camillo en guimpe — parfaite dans ce registre qu’on ne lui connaissait pas encore. Cœur sensible, Provost complète son histoire d’une romance au

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Enfermées dehors : "Les Invisibles"

Comédie | De Louis-Julien Petit (Fr, 1h42) avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Enfermées dehors :

Manu dirige L’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes SDF. La tutelle municipale ayant décidé de sa prochaine fermeture, Manu et ses éducatrices entrent en campagne pour accélérer la réinsertion de leurs habituées. Quitte à outrepasser leur rôle et à tricher avec les règles… Louis-Julien Petit va-t-il devenir le porte-voix des sans-voix, le relai des opprimés et des victimes du déclassement social, avec Corinne Masiero en égérie ? Discount (2015) pointait les aberrations éthiques d’une grande distribution préférant détruire des denrées au seuil de péremption plutôt que de les distribuer aux nécessiteux ; Les Invisibles dénonce dans la foulée les rigidités administratives du secteur social, ainsi que la disparition de l’humain dans la “gestion“ (prenons à dessein des expressions comptables, c’est dans l’air du temps) d’une misère déplacée dans des méga-complexes hors des villes. S’il recourt volontiers à la comédie de caractères réaliste et aigre-douce prisée par Paul Laverty — en manifestant une nette pr

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"Sex Doll" : London Darling

ECRANS | de Sylvie Verheyde (Fr, 1h42) avec Hafsia Herzi, Ash Stymest, Karole Rocher…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Escort girl travaillant à Londres pour le compte de Raphaëlle et menant grand train, Virginie est approchée par Rupert, un mystérieux jeune homme fréquentant souvent les prostituées de son genre. Dans un but très précis… On ne changera pas Sylvie Verheyde, qui n’aime rien tant que décrire les faunes populo-marginales et les filmer entre chien et loup. Sauf qu’elle en tire des histoires arty confuses se regardant la misère (du Claire Denis, mais en plus sinistre), bien cachées derrière un alibi social — ce qui ne manque pas d’arriver, ici encore. Oh, on voudrait bien y croire, ne serait-ce que pour lui faire plaisir ; seulement, il y a un hic : l’interprète du rôle principal, Hafsia Herzi. Ses qualités de jeu ne sont pas en cause, entendons-nous bien ; elle n’a juste pas le physique bimboesque requis pour rendre crédible sa situation de demi-mondaine. Lorsqu’on y songe, c’est plutôt rassurant pour la comédienne…

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"Nocturama" : une nuit close vue par Bertrand Bonello

Le Film de la Semaine | Après deux films en costumes (L’Apollonide et Saint Laurent), Nocturama signe le retour de Bertrand Bonello au plus-que-présent de l’allégorique pour l’évocation d’une opération terroriste menée par un groupuscule de jeunes en plein Paris. Brillant, brûlant et glaçant.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Voici des temps absurdes où l’on en vient à redouter les attentats autant pour leur inqualifiable barbarie que pour leurs conséquences sur la diffusion des œuvres cinématographiques susceptibles de les évoquer. Où, en somme, des auteurs proposant une lecture analytique souvent clairvoyante des métaphénomènes sociétaux, voient la carrière de leur film avortée parce que leur fiction s’accorde avec l’actualité, ou lui fait un cuisant écho. Made in France de Nicolas Boukhrief et Bastille Day de Peter Watkins ont déjà payé un lourd tribut en étant retirés de l’affiche ; quant à l’extraordinaire Les Cow-boys de Thomas Bidegain, il a senti le vent du boulet. Espérons que Nocturama,

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Rosalie Blum

ECRANS | de Julien Rappeneau (Fr, 1h35) avec Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi, Alice Isaaz, Anémone…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Rosalie Blum

On se réjouissait de voir portée à l’écran une BD parmi les plus originales de cette dernière décennie. Dommage que pour son premier film en tant que réalisateur, le scénariste Julien Rappeneau ait manqué le coche en signant cette adaptation de l’œuvre de Camille Jourdy. A-t-il été trop fidèle à l’original ? Pas assez rigoureux sur la direction d’acteurs ? Seul le décor urbain d’une province insipide (pardon pour la ville de tournage) semble ne pas souffrir de la transposition. Ce n’est pas le cas de certains personnages. Si Kyan Khojandi offre une neutralité bienveillante au sien, Noémie Lvovsky, dans le rôle-titre, surjoue l’effacement chuchoté avec une affection calamiteuse. Révélée dans des emplois pétulants, à l’aise lorsqu’il s’agit de faire passer force ou menace, la réalisatrice-actrice se montre beaucoup moins convaincante dans les minauderies. On se console ici avec des comédiens égaux à eux-mêmes (au point qu’ils doivent être inquiétants dans la vie quotidienne), Anémone et Philippe Rebbot. VR

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Le Dos rouge

ECRANS | D’Antoine Barraud (Fr, 2h07) avec Bertrand Bonello, Jeanne Balibar, Géraldine Pailhas, Joana Preis…

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Le Dos rouge

Dans Le Dos rouge, Bertrand Bonello est Bertrand, cinéaste en quête d’inspiration pour un nouveau projet autour de l’idée de "monstruosité". Mais dans cette autofiction, les choses ne sont pas si simples : lorsque Bonello va présenter un de ses films à la Cinémathèque, c’est en fait un de ses scénarios non tournés — un remake de Vertigo du point de vue de Madeleine — qui est projeté ; et si certains acteurs jouent leur propre rôle (Pascal Greggory, Isild Le Besco), d’autres incarnent des personnages (notamment celui de Célia, tenu alternativement par une Jeanne Balibar en pleine autoparodie et par Géraldine Pailhas). Autant dire qu’aborder le film d’Antoine Barraud sans un certain nombre de clés rend sa vision pour le moins difficile, surtout qu’on ne sait jamais vraiment si le cinéaste prend au sérieux certains dialogues ridiculement pédants ou des séquences à la limite du grotesque — la chanson au téléphone, digne d’un Christophe Honoré, ou les conversations avec un Nicolas Maury pathétique d’absence à l’écran. Pourtant, comme dans son précédent Les Gouffres, Barraud a un sens réel de l’étrangeté, une envie de tordre ses images po

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Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réac' de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive — la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle — mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début ni fin, visiblement rapiécées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentrée littéraire et disparaissent en

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Saint Laurent

ECRANS | En dépassant l’exercice du biopic poli, Bertrand Bonello dépeint un Saint Laurent en gosse paumé au centre d’une ruche en constante ébullition. Et s’intéresse uniquement aux difficultés qu’a eues le couturier à accepter son statut d’icône. Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 23 septembre 2014

Saint Laurent

C’est sa mère qui lui dit qu’il vit «hors du monde», c’est un mannequin qui explique que son défunt chien était «son seul lien» avec le réel, c’est son amant qui le qualifie de «gosse»... Dans son film, Bertrand Bonello prend la figure mythique de Saint Laurent avec une irrévérence tendre qui donne tout son intérêt au biopic. Une démarche à l'inverse de celle privilégiée en début d’année par Jalil Lespert dans son appliqué et terne Yves Saint Laurent, sans doute intimidé par le mythe et par un Pierre Bergé qui contrôle encore plus l’image de son compagnon depuis la mort de ce dernier en 2008.Chez Bonello, exit la figure de Bergé (qui n’avait d’ailleurs pas donné son approbation au projet), ramenée à un personnage de plus dans la galaxie d’un génie tourmenté. Une galaxie que Bonello filme comme un défilé de mode où chaque mannequin intervient sporadiquement dans le cadre, avec une distribution haut de gamme – Jérémie Renier en Pierre Bergé dépassé, Léa Seydoux en bienveillante Loulou de la Falaise, Amira Casar en pointilleuse directrice a

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Une autre vie

ECRANS | D’Emmanuel Mouret (Fr, h35) avec JoeyStarr, Jasmine Trinca, Virginie Ledoyen…

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Une autre vie

Aurore, pianiste qui ne joue plus depuis la mort de son père, rencontre Jean, électricien spécialisé dans la pose d’alarmes, qui vit avec Dolores, modeste vendeuse de chaussures. S’ensuit un triangle amoureux mélodramatique, à l’émotion contenue par une mise en scène qui préfère les chuchotements aux cris, la pudeur à l’hystérie, et qui revient comme un aimant sur la question centrale du cinéma d’Emmanuel Mouret : une phénoménologie du sentiment amoureux qui scrute les lapsus, les actes manqués et les hésitations plutôt que les discours emplis de certitudes. En délaissant son ton habituel de fantaisie légère à la Rohmer pour les violons du drame conjugal à la Truffaut — et en laissant sa place à l’écran à un JoeyStarr un peu pétrifié par l’enjeu — Mouret se prend les pieds dans le tapis du pléonasme. Film sérieux ne veut pas forcément dire film qui se prend au sérieux, et c’est tout le problème d’Une autre vie, dont on se demande sans cesse ce qui l’empêche de rétrouver ne serait-ce qu’un peu de cette quotidienneté badine qui faisait le charme de Changement d’adresse ou de

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Miele

ECRANS | De Valeria Golino (It-Fr, 1h36) avec Jasmine Trinca, Carlo Cecchi…

Christophe Chabert | Lundi 23 septembre 2013

Miele

L’entrée en matière de Miele est intrigante et réussie : on suit une jeune femme fébrile et sur la brèche, entre l’Italie, l’Amérique et le Mexique, accrochée à ses écouteurs, sans savoir exactement ce qu’elle cherche. Junkie ? Dealeuse ? La révélation est plus inattendue : sous le pseudonyme de Miele, Irène pratique illégalement des suicides assistés. La scène où on découvre son activité est forte, décrivant avec précision ce protocole qui doit prendre en compte les victimes tout en dissimulant les preuves de ce qui reste un délit. Jasmine Trinca est d’ailleurs au diapason de ce mélange de froideur et d’empathie, vraiment formidable. Mais Valeria Golino choisit ensuite de centrer son film autour de la relation entre Miele et un homme misanthrope et blasé qui décide de mourir par affliction. La cinéaste s’embourbe alors dans une ode au retour à la vie qui confond sensibilité et sensiblerie, mais surtout vient entériner sans le vouloir l’idée que le suicide assisté n’est pas forcément légitime médicalement. Cela reste latent, car Golino insiste surtout sur la métamorphose de Miele, qui à son tour

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Camille redouble

ECRANS | Noémie Lvovsky signe son meilleur film avec cette comédie à la fois burlesque et mélancolique où une quadragénaire revit ses 16 ans, retrouve ses parents défunts et son grand amour. Comme si Nietzsche, Coppola et la psychanalyse étaient passés à la moulinette d’une fantaisie foutraque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Camille redouble

Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, quadragénaire larguée par son mari Eric, Camille voit son existence partir à vau-l’eau, se laissant glisser dans les volutes de cigarettes et les vapeurs d’alcool — apesanteur retranscrite dans un générique génial, comme on n’en voit pas souvent dans le cinéma français. Par la grâce d’un horloger un peu sorcier (Jean-Pierre Léaud, apparition émouvante) et après un nouvel an entre copines très arrosé, elle fait un malaise et se réveille le 1er janvier 1985 à l’hôpital, quelques jours avant de rencontrer Eric et quelques semaines avant la mort de sa mère. Elle a toujours quarante ans dans sa tête mais pour son entourage elle en a à nouveau seize. Magie de la mise en scène : Noémie Lvovsky, qui a choisi avec courage de se mettre en scène dans le rôle de Camille, n’opère aucun rajeunissement physique pour marquer cette transformation. Ce coup de force figuratif est à l’image du film tout entier : absolument libre, s’appuyant sur la croyance du spectateur et lui offrant en retour un joyeux foutoir dans lequel se glissent de beaux moments de mélancolie. Grande école Camille est donc confrontée

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La Source des femmes

ECRANS | De Radu Mihaileanu (Fr, 2h04) avec Leila Bekhti, Hafsia Herzi, Hiam Habass…

Christophe Chabert | Mardi 25 octobre 2011

La Source des femmes

Avec Le Concert, Radu Mihaileanu avait prouvé qu’il aimait bien les clichés ethniques et pittoresques pour construire de la comédie à vocation internationale. Au moins faisait-il preuve d’un petit talent de storyteller… Avec La Source des femmes, il n’y a plus que la maladresse et les clichés, le scénario se délayant dans une longue et confuse fiction chorale illustrée façon téléfilm de luxe. Chez Mihaileanu, au nom du conte, on peut prendre des actrices françaises et résumer grossièrement leurs origines (pas marocaines, algériennes ou tunisiennes ; juste arabes) ; oui, mais c’est un film féministe ! On peut aussi diviser l’orient en deux catégories : les musulmans gentils (poètes, tolérants, respectueux de leurs femmes) et les musulmans méchants (le Coran à la main pour flanquer des roustes à leurs épouses) ; oui, mais c’est un film humaniste ! On peut enfin, en guise de conclusion rassurante façon feel good movie, terminer son film par de la danse et des chansons, des beaux costumes, des youyous et tout le monde est content ; oui, mais c’est un film d’auteur ! Au secours…Christophe Chabert

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Présumé coupable

ECRANS | De Vincent Garenq (Fr, 1h45) avec Philippe Torreton, Noémie Lvovsky…

Marlène Thomas | Mercredi 31 août 2011

Présumé coupable

Un cran au-dessus d’Omar m’a tuer, mais pas beaucoup plus, Présumé coupable revient sur l’affaire d’Outreau à travers le regard d’Alain Marécaux, huissier de justice accusé à tort de viols pédophiles en réunion, puis victime d’un engrenage judiciaire conduit par le tristement célèbre juge Burgaud. C’est justement ce regard univoque, cette absence de contrechamp au drame de Marécaux qui emmène Présumé coupable sur les rails rouillés du film-dossier. Le protagoniste est absolument innocent aux yeux du spectateur, comme il est absolument coupable aux yeux de la justice ; son calvaire ne donne lieu qu’à de l’indignation, jamais à des interrogations. De même, les personnages qui l’entourent sont enfermés dans un manichéisme démonstratif (Burgaud, chargé au-delà de toute limite) ou par le style télévisuel français (l’avocat parle comme un avocat, les flics comme des flics …). La mise en scène de Garenq trouve parfois son ton, mais surtout quand elle l’emprunte au Audiard d’Un prophète. Quant à Philippe Torreton, il a beau payer physiquement de sa personne pour être crédible, il n’arrive jamais tout à fait à faire oublier l’acteur derrière le

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Jimmy Rivière

ECRANS | De Teddy Lussi-Modeste (Fr, 1h30) avec Guillaume Gouix, Hafsia Herzi…

Dorotée Aznar | Vendredi 4 mars 2011

Jimmy Rivière

Ça y est, à force de nous imposer ses crises de foi en série, le cinéma d’auteur français nous a soulevé le bide. Malgré ses maigres bonnes intentions, ce chemin de croix d’un jeune gitan tiraillé entre sa nouvelle confession pentecôtiste et ses passions pour la boxe et le corps de sa copine est aussi incertain que son héros et semble même pétrifié à l’idée de traiter véritablement son sujet. La mise en scène hésite en permanence entre naturalisme et esthétisation, pour un rendu tout sauf immersif. Le scénario, tout en boucles mal fermées et répétitions pénibles, s’enfonce dans le sol à force de piétiner, et la direction d’acteurs chaotique (même Hafsia Herzi en devient insupportable) achève malheureusement de rendre la vision de ce premier film assez douloureuse. FC

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Les Secrets

ECRANS | De Raja Amari (Fr-Tun-Alg, 1h31) avec Hafsia Herzi, Sondos Belhassen, Wassila Dari…

Dorotée Aznar | Vendredi 14 mai 2010

Les Secrets

Il faudrait réécrire l’article de Truffaut sur le cinéma français. On pourrait dire, notamment, que ce qui le distingue du cinéma américain, plutôt tourné vers l’action (au sens descriptif, historique et politique), tient au fait qu’ici nous préférons un cinéma des idées. Et on pourrait prendre pour illustrer, par exemple, Les Secrets de Raja Amari, puisqu’on l’a sous la main. Pour son second film, la réalisatrice, d’origine tunisienne mais ex-élève de la Fémis (donc un peu française), passe son temps à filmer une idée. Celle que le titre résume tel un paradigme. Les Secrets est donc un film sur les secrets, autant dire un pléonasme. Problème : Raja Amari pense que sa mise en scène sert et justifie la démonstration de cette idée. Qu’elle spatialise à travers une maison étrange et le corps de trois femmes, sur plusieurs générations, vivant dans l’anonymat, cachées, sous la coupe quasi carcérale de la plus âgée. Rien de sociologique, heureusement. Plutôt l’envie de tutoyer le film de genre, tout en élaborant un cinéma théorique, plastique, sensible, féminin. Sauf qu’au troisième plan, la cinéaste a tout dit. Le reste n’étant qu’une illustration des tensions et frustrations dont le

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Le Roi de l’évasion

ECRANS | D’Alain Guiraudie (Fr, 1h45) avec Ludovic Berthillot, Hafsia Herzi… (sortie en salles le 15 juillet)

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Le Roi de l’évasion

Armand est gros, pédé et il vend des tracteurs dans le Tarn. C’est une donnée objective, naturelle du nouveau film d’Alain Guiraudie, la norme de son héros qui, comme tous les héros, va la bousculer pour sortir de ce monde devenu trop étroit. Après sa rencontre avec Curly, jeune fille de seize ans (Hafsia Herzi, superbe de sensualité naïve), il vire sa cuti, l’arrache à ses parents et part avec elle sur les chemins de traverse pour une cavale sexuelle où les deux amants se défoncent à la dourougne. La dourougne ? Un «champignon qui tire sur le kiwi avec un arrière-goût de vanille», en fait un super-aphrodisiaque qui provoque instantanément une accélération maousse de la libido. Guiraudie nous avait habitué à ce genre d’inventions poético-bizarres, et il ne s’est jamais privé pour inscrire ses récits contemporains dans des grands espaces de (sud-)western. Mais le mélange d’amateurisme et d’auteurisme qui plombait son œuvre est gommé dans Le Roi de l’évasion par une rigueur nouvelle qui est un pas de géant vers le spectateur : les comédiens sont (presque) tous bons, les méandres du scénario n’ont rien d’arbitraire, le discours n’est jamais surplombant.

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