Lumière, jour 2 : Grands enfants

ECRANS | Portrait d’une enfant déchue de Jerry Schatzberg. Dites-lui que je l’aime de Claude Miller.

Dorotée Aznar | Jeudi 6 octobre 2011

Il y a une histoire qui lie Jerry Schatzberg à l'Institut Lumière. Il a fait partie des cinéastes qui ont rejoué "La Sortie des usines Lumière" pour le centenaire du cinématographe ; quelques années après, il avait été invité pour présenter "L'Épouvantail", et la projection dans la salle du hangar fut pour lui l'occasion de redécouvrir sur grand écran et dans le format scope original un film qu'il n'avait plus revu depuis des années ; pour la première édition du festival Lumière, il avait investi le village et y avait présenté ses photographies récentes, le cinéaste retrouvant, peut-être contraint et forcé, sa vocation initiale. La photographie, de rock et de mode, c'est ce qui quarante ans auparavant lui avait permis de passer à la réalisation avec "Portrait d'une enfant déchue", présenté à Lumière 2011 dans une copie neuve fulgurante de beauté. Du coup, rien d'étonnant à le voir, ce mardi, passer la journée seul dans ce même village, assis à une table, visiblement heureux d'être là. Schatzberg est un peu chez lui à Lyon, et chacune des projections de son film est l'occasion d'un bel hommage des spectateurs, venus nombreux découvrir cette première œuvre d'une bluffante modernité. Car Portrait d'une enfant déchue est sans doute le film le plus audacieux de Schatzberg. Par son propos, qui met au centre de l'intrigue une femme (Faye Duanaway, au-delà de tout éloge), mannequin racontant ses souvenirs à Aaron, un photographe espérant tirer un film de sa vie. Ce photographe n'est pas seulement le témoin objectif de l'ascension puis de la chute de Lou Andreas Sand (pseudonyme transparent qu'elle s'est choisie à l'époque où elle était encore naïve et idéaliste) ; il en a aussi été un acteur décisif, amant éphémère et amour secret de la star. Le titre français a choisi de remplacer le «Puzzle» du titre original par «Portrait». Dommage, car dans ce «puzzle», il y a déjà toute la forme du film, qui ne raconte pas la vie de Sand de façon linéaire, mais comme un miroir brisé, dont les morceaux éparpillés puis rassemblés forment un portrait déformé par le double jeu de la mémoire défaillante (l'alcool, la drogue et les traitements de choc sont passés par là) et du mensonge (aux autres et à soi-même). On pourrait citer des dizaines d'exemples de cette fragmentation pratiquée par Schatzberg au cours du film, mais on s'en tiendra à deux, emblématiques. Lorsque Sand se dispute avec Mark (Roy Scheider), leur querelle se termine par un coup violent ; mais Schatzberg monte, de façon presque subliminale, deux versions : dans la première, Sand prend par accident une porte dans la figure, et dans la seconde, elle reçoit une gifle. Cette ambiguïté se répercute dans la séquence suivante : Sand s'est réfugiée chez Pauline, son agent, un énorme cocard sur l'œil, et elle refuse de laisser entrer Mark, expliquant que celui-ci l'a battue. Dit-elle la vérité ? Et à qui ? À son agent ou à celui qui l'interviewe ? Autre exemple, magnifique : Lou est dans une voiture avec Aaron, le photographe dont elle est amoureuse. Elle lui propose de coucher avec lui, mais auparavant, ils devront se livrer à un jeu de rôle. Elle ira dans un bar, elle s'appellera Emily, il viendra la draguer, elle acceptera de le suivre jusqu'à un hôtel, ils feront l'amour… Non seulement Schatzberg fait des allers-retours entre les instructions de Lou dans la voiture et leur application par Aaron, mais il laisse traîner sur la bande-son un bruit de ressac, celui qui baigne la maison dans laquelle la star déchue vit recluse et où, des années après, elle raconte à Aaron, comme s'il était un inconnu, la scène qu'ils ont vécu ensemble. Vertigineuse mise en abyme, où l'on ne sait plus qui se souvient de quoi, qui a joué avec qui, qui a été sincère et qui a abusé l'autre, et l'abuse peut-être encore. Ultime mise en abyme : du photographe de la fiction voulant réaliser un film au propre parcours de Schatzberg, il n'y a qu'un pas que le cinéaste, à l'intérieur de son film, n'hésite pas à franchir, en inscrivant son vrai nom sur une liste au-dessus de celui de son personnage. Le portrait de l'enfant déchue est donc aussi l'autoportrait de son amant irrégulier, revenu vampirisé l'histoire de celle qu'il a peut-être contribué à briser, par intérêt et par culpabilité. Après ce chef-d'œuvre, le film de Claude Miller Dites-lui que je l'aime semblait sortir d'un autre âge du cinéma. Devenu très rare, ayant laissé d'excellents souvenirs chez les spectateurs qui l'avaient découvert des années auparavant, le film a pris un sacré coup de vieux. Ce n'est pas qu'une question d'époque ; "La Meilleure façon de marcher", tourné trois ans auparavant, et "Garde à vue", que Miller réalise deux années plus tard, sont des films bien plus indémodables. L'ambition du cinéaste, avouée dès le début, est de retrouver, dans un contexte naturaliste très français, l'esprit des mélodrames hitchcockiens teintés de fantastique ("Rebecca", que Depardieu et Miou-Miou vont voir au début). Le mélodrame, c'est celui de ce comptable qui n'est jamais vraiment sorti de l'enfance (Depardieu), au point de ne pouvoir oublier son premier amour, Lise (Dominique Laffin), qu'il harcèle par des lettres enflammées, qu'il suit dans la rue, et dont il va chercher à briser l'entourage. Pendant ce temps-là, sa voisine (Miou-Miou) se consume d'amour pour lui, mais il la rejette, ne supportant pas que le désir d'une autre se porte sur lui. Dans sa partie la plus réaliste, "Dites-lui que je l'aime" est plutôt raté : les scènes de night-club, les personnages secondaires pittoresques (le concierge obséquieux joué par Claude Piéplu, le collègue de bureau coureur de jupons incarné par Christian Clavier), tout cela semble sortir des années 50. En revanche, plus Miller s'aventure vers l'étrange, l'inquiétude et même, dans son étonnante conclusion, le surnaturel, repoussant par la seule volonté de son personnage les limites du temps et de l'espace, plus le film est passionnant. Quant à Depardieu, il s'essayait alors à un registre nouveau pour lui : plus intérieur, moins explosif, dans la fièvre retenue plutôt que dans la passion échevelée. C'est encore un peu gauche, mais quand Depardieu tient le truc, il l'envoie très haut. Notamment dans l'époustouflante scène de dispute avec le mari de Lise, où l'acteur oscille entre le jeu enfantin avec sa proie et la violence froide du psychopathe. Sur le fil du rasoir, ultra-spectaculaire dans ses ruptures de jeu, Depardieu s'offre un grand moment d'acteur comme il en délivrera encore beaucoup par la suite. Ce serait criminel de ne pas montrer cette séquence lors de l'hommage qui lui sera rendu samedi soir à l'Amphithéâtre 3000.

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Lucas Belvaux : « il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Des hommes | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, Des hommes rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions “supérieures“ prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux…

Vincent Raymond | Mardi 25 mai 2021

Lucas Belvaux : « il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Il y a un lien manifeste entre Chez Nous (2017) et ce film qui en constitue presque une préquelle… Lucas Belvaux : Il est un peu né du précédent, oui. J’avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l’époque j’avais voulu prendre les droits et l’adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà, et puis il est tombé malade et n’a pas eu le temps de le faire. J’avais laissé tombé et, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m’y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J’ai relu le livre, je l’ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l’adapter était était intacte — ce qui est bon signe après dix ans. Outre “l’actualité” de votre désir, il y a celle du sujet : on a l’impression qu’on ne fait que commencer avec le traitement de “liquidation“ de la Guerre d’Algérie. C’est encore neuf… Étra

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Guillaume Nicloux : « le cinéma, c’est le traitement du mensonge »

Les Confins du monde | Le prolifique Guillaume Nicloux a mené Gaspard Ulliel aux tréfonds de la jungle et de l’Histoire pour ce qui pourrait être un prélude français à "Apocalypse Now". Rencontre en tête à tête avec un réalisateur qui compte.

Vincent Raymond | Jeudi 13 décembre 2018

Guillaume Nicloux : « le cinéma, c’est le traitement du mensonge »

La Guerre d’Indochine fait figure d’oubliée de l’Histoire, mais aussi du cinéma. Comment vous êtes-vous intéressé à ce conflit ? Guillaume Nicloux : Il y a d’abord une date : le 9 mars 1945 qui m’ a été murmurée à plusieurs reprises de façon insistante par ma productrice Sylvie Pialat et Olivier Radot, mon directeur artistique. Mais ça n’a jamais résonné plus que ça. Un jour, il sont revenus à la charge en me disant de regarder ce qui s’était passé. Et j’ai vu : les Japonais — qui à l’époque occupaient l’Indochine parce qu’Hitler les avaient autorisés à prendre possession de ces territoires pour faire la guerre à la la Chine par les terres — avait décidé le même jour à la même heure d’envahir les garnisons et de tuer soldats, femmes et enfants. Ça a été un massacre terrible, une sorte de coup de force opéré par les Japonais pour convaincre De Gaulle de renoncer aux colonies. Comme il n’était absolument pas soutenu pas Roosevelt à l’époque, qui ne voulait pas que la France étende son pouvoir colonial, ça été une espèce d’anarchie, de débandade pour l’armée française. Le temps

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Dragueur de Minh : "Les Confins du monde"

Guerre | de Guillaume Nicloux (Fr, 1h43) avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Gérard Depardieu…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Dragueur de Minh :

Indochine, 1945. Rescapé par miracle de l’exécution d’un village où son frère a péri, le soldat Robert Tassen reprend du service afin de châtier l’auteur du massacre, un chef rebelle. S’il n’hésite pas pour cela à recruter d’anciens ennemis, il est aussi chamboulé par Maï, une prostituée… Deux séquences étrangement symétriques encadrent ce film dont le décor et l’histoire sont imprégnés par la guerre, mais qui transcendent ce sujet. Deux séquences où l’absence de mots dits font résonner le silence ; un silence éloquent renvoyant indirectement à l’assourdissante absence de représentation de la Guerre d’Indochine, cette grande oubliée des livres d’Histoire, enserrée qu’elle fut entre 39-45 et les “événements“ algériens. Une guerre sans mémoire (ou presque), dont l’essentiel de la postérité cinématographique repose sur Pierre Schoendoerffer. Une quasi “terre vierge“ historique donc, où Nicloux greffe ses obsessions, notamment le principe d’une quête (ici dissimulée en vengeance) plus métaphysique que réelle. La forme, volontairement elliptique,

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Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Vendredi 1 juin 2018

 Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? Daniel Auteuil : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quel genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a de fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de rêve et tout ce qu’on pouvait montrer. Que les rêves, ressemblent à

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Sale rêveur : "Amoureux de ma femme"

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Sale rêveur :

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe. Daniel Auteuil signe un film comme on n'en fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l’imaginaire d’un

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Saint Amour

ECRANS | Le millésime 2016 des plus illustres cinéastes grolandais est arrivé, et il n’a rien d’une pochade : derrière son nez rouge de clown, Saint Amour dissimule une histoire d’amour(s) tout en sobriété.

Vincent Raymond | Mercredi 2 mars 2016

Saint Amour

Pour un réalisateur seul, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern & Delépine n’étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; ils partageaient en outre leur science du jus de la treille. Cette… “communion d’esprit” explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver, en nochers précis. Spirituel ou spiritueux Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l’essence de ce road movie, c’est le voyage de quelques centimètres que vont parcourir un père et un fils l’un vers l’autre. Un rapprochement sensible et enivrant — facilité par leur hâbleur de chauffeur — donnant l’occasion d’apprécier Depardieu, plus fragile qu’un roseau dans son corps de chêne, lorsqu’il tente avec une maladresse rustaude de parler à son Bruno de fils,

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Valley of Love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of Love

«Putain, la chaleur !» dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie — étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert — et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of Love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec elles. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars — notamment le beau

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L’Homme qui rit

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Marc-André Grondin, Christa Theret…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

L’Homme qui rit

Il y a quelque chose d’involontairement comique à voir sortir, deux semaines après Le Hobbit, cet Homme qui rit signé Jean-Pierre Améris. Là où Jackson étire chaque ligne de Tolkien jusqu’à la nausée, Améris compresse façon César le roman de Victor Hugo ; là où Le Hobbit surjoue l’épique, L’Homme qui rit ramène tout le grandiose hugolien à une platitude de téléfilm tourné dans les pays de l’Est. De la tempête initiale au grand discours de Gwynplaine devant le Parlement, la mise en scène est d’une pauvreté désarmante, incapable de donner du souffle aux images sinon en les inondant d’une musique pompière ou en creusant les fonds verts de décors numériques laids à pleurer. C’est simple, on se croirait dans un plagiat de Tim Burton filmé par Josée Dayan ! Si Depardieu reste digne au milieu du naufrage, Marc-André Grondin ne sait visiblement pas dans quel film il est embarqué, et Christa Theret, qu’on aime beaucoup pourtant, joue les aveugles comme au temps du muet, les yeux écarquillés et les bras tendus en avant. Gr

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Thérèse Desqueyroux

ECRANS | Avec cette adaptation de François Mauriac, Claude Miller met un très beau point final à son œuvre : réquisitoire contre une bourgeoisie égoïste, cruelle et intolérante, le film fait vaciller son rigoureux classicisme par une charge de sensualité et d’ambiguïté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 novembre 2012

Thérèse Desqueyroux

Quatre gouttes d’arsenic dans un verre d’eau. C’est le rituel quotidien qu’effectue Bernard Desqueyroux, riche bourgeois girondin un peu hypocondriaque, pour calmer ce qu’il pense être des alertes cardiaques. Pour sa femme Thérèse (Audrey Tautou, dans un grand rôle à sa mesure), avec qui il s’est uni par intérêt, ce rituel est comme le reflet d’un ordre qui l’étouffe. Un jour, elle décide de le fausser et son geste va tout faire vaciller. À commencer par la mise en scène de Claude Miller : jusqu’ici, il racontait avec un classicisme élégant l’histoire de Thérèse Desqueyroux, préférant la chronologie aux flashbacks du roman de Mauriac. Le trouble venait d’ailleurs : de cette ouverture pleine de sensualité où deux jeunes adolescentes se livraient à des jeux aux relents érotiques, baignées dans la lumière dorée de l’été aquitain ; de ce voilier qui passe au loin et dont le propriétaire, Jean Azevedo, n’est qu’un «juif» pour Bernard Desqueyroux ; dudit Azevedo qui séduit la sœur de Bernard, passion fougueuse qui ébranle un temps la discipline bourgeoise de la famille. C’est d’ailleurs lors d’une lune de miel pétrifiée dans l’ennui de Baden Baden que Miller

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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Lumière, clap de début

ECRANS | Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le (...)

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Lumière, clap de début

Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le coup d’envoi. OK. Mais il y aura aussi au cours de cette soirée un grand film et un grand cinéaste à l’honneur, ce qui est quand même l’essentiel pour un festival qui s’intéresse au patrimoine cinématographique. En l’occurrence Jerry Schatzberg et son Épouvantail daté 1973, parfait résumé de ce Nouvel Hollywood qui s’intéressait aux outsiders de l’Amérique et les emmenait sur les routes pour des trajets autant physiques qu’existentiels. Au centre, le tandem Hackman/Pacino, l’un jovial, l’autre torturé, soit une certaine idée de la perfection dans le jeu. La mise en scène de Schatzberg capte leur énergie entre désir de classicisme (le Scope, les grands espaces) et modernité (un fabuleux travail de déconstruction sonore et visuelle qu’il avait déjà expérimenté dans Portrait d’une enfant déchue, son premier film). Le lendemain, c’est bombance avec le début des grandes rétros

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L'Épouvantail en ouverture du festival Lumière

ECRANS | C'est finalement L'Épouvantail, le film de Jerry Schatzberg, palme d'or à Cannes en 1973, qui sera présenté à la Halle Tony Garnier le lundi 15 octobre en (...)

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

L'Épouvantail en ouverture du festival Lumière

C'est finalement L'Épouvantail, le film de Jerry Schatzberg, palme d'or à Cannes en 1973, qui sera présenté à la Halle Tony Garnier le lundi 15 octobre en ouverture du festival Lumière. La copie, retsaurée en HD, sortira tout droit des laboratoires de Warner, et le cinéaste sera là pour le présenter aux spectateurs et aux invités du festival. Parmi eux, Guillaume Canet devrait rendre hommage à Schatzberg, lui qui citait littéralement L'Épouvantail dans ses Petits mouchoirs et qui doit au cinéaste un de ses premiers grands rôles au cinéma dans The day the ponies come back.

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Lumière, le week-end : Dernier atout

ECRANS | Bilan avant fermeture…

Dorotée Aznar | Lundi 10 octobre 2011

Lumière, le week-end : Dernier atout

Comme d’habitude, on a fini le festival absolument cramé des neurones, et trempé de la tête aux pieds, la météo ayant décidé à mi-parcours de passer de l’été à l’automne sans transition. Un peu indécis aussi, sur cette édition de Lumière 2011. Si on la juge à la quantité de bons films vus, il n’y a rien à redire. Si on mesure son succès à l’affluence des spectateurs, pas de souci, sinon peut-être celui des charters de scolaires ayant parfois servi à remplir les séances, selon la méthode bien rôdée du théâtre public subventionné qui va compléter ses budgets avec la manne de l’éducation nationale et le racket des parents d’élèves. Mettons que c’est de bonne guerre… Enfin, si on s’attarde sur les invités et surtout, sur la qualité de leurs présentations, il faut reconnaître que Lumière a fait un sacré bond : on n’oubliera pas de sitôt cette séance mythique où Depardieu, Kervern, Delépine, Gianolli et Dupontel sont venus parler de Pialat et de "Sous le soleil de Satan", arrivant à concilier analyse sérieuse, anecdotes drôlissimes et évocation émouvante. 30 minutes hallucinantes, passionnantes, qui résument la générosité avec laquelle Depardieu a empoigné l’hommage qui lui a été rendu,

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Lumière, jour 3. Ne travaillez jamais !

ECRANS | I Giorni contati d’Elio Petri. Édouard et Caroline de Jacques Becker.

Dorotée Aznar | Vendredi 7 octobre 2011

Lumière, jour 3. Ne travaillez jamais !

Après un petit moment de flippe le premier jour, où les films vus n’étaient jamais à la hauteur de nos attentes, et suite aux retours enthousiastes sur la rétrospective Wellman que l’on avait décidée de laisser de côté, on se demandait si le choix de traverser le festival Lumière en privilégiant raretés et inédits étaient la bonne solution. On enviait les gens qui, de retour d’une projection de "Loulou" ou de "Casque d’or" qu’ils découvraient pour la première fois, étaient encore sous le choc de ce qu’ils venaient de voir. Mais ce jeudi, deux films nous ont finalement donné raison et on a vu, dans des registres fort différents, du très grand cinéma, incontestablement. I Giorni contati, deuxième film d’Elio petri selon Alberto Barbera (troisième selon IMDb), a complètement effacé le souvenir un peu mitigé de "L’Assassin". Petri trouve ici à la fois son style et son ton, et fait bien plus qu’annoncer ses réussites futures : il est déjà au sommet de son art. Le film raconte l’odyssée de Cesare, un plombier qui, en prenant le bus un matin pour aller travailler, est confronté à une mort scandaleusement ordinaire. Le contrôleur demande son billet à un passager, avant

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Le regard du mannequin

ECRANS | Reprise au Comoedia du premier film de Jerry Schatzberg, après sa présentation au festival Lumière : ou comment les souvenirs d'une mannequin se transforment en un miroir brisé dont le cinéaste recolle les morceaux dans un savant désordre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 7 octobre 2011

Le regard du mannequin

Mythique, invisible depuis sa sortie, fantasmé par les cinéphiles, Portrait d'une enfant déchue est enfin de retour sur les écrans. C'est un choc, disons-le. Jerry Schatzberg mettait dès son premier film la barre très haut, comme peu de cinéastes débutants l'ont fait avant ou après lui. En même temps, Schatzberg n'était pas exactement un jeune réalisateur ; il avait déjà quarante ans, dont treize passés à devenir un photographe réputé, notamment pour son travail dans la mode. Or, Portrait d'une enfant déchue est justement l'histoire d'un photographe qui va interviewer une mannequin recluse sur une île pour qu'elle lui raconte son histoire, avec l'idée d'en tirer un film. Autobiographie ? Probable, et Schatzberg ne fait rien pour contredire l'hypothèse. Mais l'histoire du film est plus trouble encore et sa forme, reflet d'une mémoire déformée par les brumes d'alcool, de drogues et des traitements de choc, mais aussi par les mensonges et les contradictions de son personnage, intensifie cette incertitude. Façon puzzle Lou Andreas Sand a tout perdu : la gloire, la jeunesse, l'amour, les illusions. Mais au départ,

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Lumière 2011, jour 1 : Les enragés

ECRANS | Falbalas de Jacques Becker. L'Assassin d'Elio Petri. The Plague dogs de Martin Rosen.

Dorotée Aznar | Mercredi 5 octobre 2011

Lumière 2011, jour 1 : Les enragés

La vocation du cinéphile est chose complexe. C’est ce qu’on se disait en rentrant chez nous après une première journée bien remplie au festival Lumière. Débutée par une rencontre passionnante avec Ned Price, responsable du mastering à la Warner, venu présenter la restauration colossale (un an et demi de travail) de "Ben Hur" à UGC Ciné Cité ce mercredi soir, elle s’est poursuivie avec trois films présentés par des personnalités fort différentes : un couturier, un responsable de cinémathèque et un cinéaste. Quatre manières de regarder le cinéma : technique pour Price, qui se définit dans son métier comme «agnostique», c’est-à-dire œuvrant à la préservation d’un catalogue sans porter de jugement de valeur sur les films qu’il restaure ; intime pour Jean-Paul Gauthier, qui expliqua à quel point "Falbalas" de Jacques Becker avait forgé sa détermination à travailler dans la haute-couture, et même impacter sur sa personnalité et sa manière de parler (effectivement, le parallèle entre les intonations de Raymond Roulleau dans le film et celles de Gauthier sont troublantes) ; professionnel pour Alberto Barbera, directeur de la cinémathèque de Turin, à l’origine de la restauration de "L’As

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Depardieu, évidemment…

ECRANS | Entretien / Jean-Paul Rappeneau, cinéaste rare, précieux et exigeant, présentera au troisième festival Lumière la copie restaurée du Sauvage et, pour la séance de clôture, celle de Cyrano de Bergerac, en hommage à Gérard Depardieu, Prix Lumière 2011. Propos recueillis par Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 30 septembre 2011

Depardieu, évidemment…

L’année dernière vous êtes venu présenter La Vie de château avec Pierre Lhomme, votre chef opérateur, au festival Lumière. Quelles avaient été vos impressions ?Jean-Paul Rappeneau : J’en garde un souvenir magnifique. Ni moi, ni Pierre Lhomme n’avions vu le film depuis longtemps, en tout cas pas en salles. Se retrouver avec un public très nombreux, notamment beaucoup de garçons et de filles qui ne l’avaient jamais vu parce qu’ils étaient trop jeunes, et qui à la fin applaudissent longuement, c’était formidable. En plus, cette année, avec l’hommage à Gérard Depardieu, Cyrano de Bergerac va être projeté dans la Halle Tony Garnier ; du coup, je vais venir avec un de mes petits-fils de 8 ans, et j’ai hâte de voir la tête qu’il va faire quand il verra le film dans cette salle ! Vous avez deux actualités pendant le festival : cette projection de Cyrano, et la copie restaurée du Sauvage. Comment avez-vous été associé à cette restauration ?Le négatif original du Sauvage avait été abîmé parce qu’on avait tiré trop de copies, et il n’était plus possible d’en tirer d’autres. Pour préserver le film, il fallait restaurer.

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Le grand Gégé en pleine Lumière

ECRANS | Événement / À partir de vendredi, il n’y en aura plus que pour lui. Les trois derniers jours du festival Lumière vont voir Gérard Depardieu écraser de sa (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 30 septembre 2011

Le grand Gégé en pleine Lumière

Événement / À partir de vendredi, il n’y en aura plus que pour lui. Les trois derniers jours du festival Lumière vont voir Gérard Depardieu écraser de sa stature d’acteur hors du commun (car c’est bien ce qu’on pense de Depardieu ici) le festival. Ses apparitions, qui devraient être plus nombreuses que celles d’Eastwood et Forman les années précédentes, risquent d’être inoubliables — le samedi, avant la remise du Prix Lumière, il va faire le tour des salles pour présenter les films de la rétrospective qui lui est consacrée. Ses amis comédiens et cinéastes se retrouveront tous le soir dans l’Amphithéâtre 3000 pour la fameuse cérémonie du Prix Lumière avec la projection de La Femme d’à côté de Truffaut (un bon film tourné dans la région, bien avant que celle-ci ne s’entiche de produire des films, et pas des bons !). Mais certains s’offriront un clin d’œil spécial, comme Gustave Kervern et Benoît Délépine, qui l’ont sublimé dans Mammuth et qui iront animer une séance autour de Sous le soleil de Satan, chef-d’œuvre de Maurice Pialat dans lequel Depardieu délivre une de ses prestations les plus fines et marquantes. Enfin, le dimanche après-midi, c’est à la Halle Tony Garnier que l’on

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Lumière en piste

ECRANS | Le festival Lumière commence ce lundi avec la projection à la Halle Tony Garnier de The Artist. Avant un premier défilé d’invités le lendemain venus présenter des trésors du patrimoine cinématographique. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Dimanche 25 septembre 2011

Lumière en piste

En général, la soirée d’ouverture d’un festival donne le là de ce qui va se passer par la suite. Mais cette année, le festival Lumièrefait une infidélité à la règle. Car, même s’il s’agit d’un hommage au cinéma muet des années 30, celui qui va être bousculé par l’arrivée du parlant, The Artist est bel et bien un film contemporain, réalisé par Michel Hazanavicius avec son acteur-fétiche, Jean Dujardin, qu’il avait déjà transcendé dans les deux OSS 117, et qui livre une fois de plus une prestation montrant l’étendue de son talent — physique, précise et fantaisiste. Mais voilà : le film est décevant, terriblement décevant (son accueil à Cannes est grandement lié à la surestimation systématique des comédies au sein de la compétition). Le scénario est basique, les personnages monolithiques, les gags répétitifs. On y reviendra, puisque le film sort le 12 octobre, mais comme 7000 spectateurs vont se retrouver là-devant dans une ambiance «festive», dans une Halle Tony Garnier bourrée de people grimpant sur la scène pour tenter un hurlement choral («Nous déclarons le troisième festival Lumière ouvert»), il y a fort à parier que le mirage collectif cannois va perd

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Inédits (mais plus pour longtemps)

ECRANS | Parmi les films présentés lors du prochain festival Lumière, les cinéphiles pourront découvrir un certain nombre d’inédits en salles, et parfois même en vidéo. Petit tour d’horizon de ces raretés qui ne doivent pas être oubliées au milieu des événements de l’événement. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Lundi 19 septembre 2011

Inédits (mais plus pour longtemps)

En feuilletant le (beau) catalogue du troisième festival Lumière, on découvre avec étonnement que, dans la rétrospective Yakuza !, la plupart des films présentés sont inédits en salles. Certes, les cinéphiles ont pu découvrir Police contre syndicat du crime ou Guerre des gangs à Okinawa grâce aux éditions DVD signées Wild side. Mais ces œuvres tournées dans un scope majestueux, aux couleurs explosives et aux mises en scène spectaculaires méritent d’être vues sur un grand écran. Au fil des thématiques et des cycles proposés au cours du festival, les inédits sont nombreux : une partie de la rétrospective Wellman, le film turc La Loi de la frontière présenté par Fatih Akin, le film polonais Jowita… Ou encore cet énigmatique dessin animé américain, The Plague dogs, signé par un certain Martin Rosen, dont les organisateurs viennent d’annoncer qu’il pourrait être présenté par rien moins que Roger Avary, mythique co-scénariste de Pulp fiction et réalisateur des très bons Killing Zoé et Les Lois de l’attraction. À suivre, de près ! Enquête sur un cinéaste au-dessus de tout soupçon En choisissant le Musée national du cinéma de Turin co

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Trois questions à Thierry Frémaux

ECRANS | Petit Bulletin : La présentation de The Artist en ouverture du festival à la Halle Tony Garnier ne pose-t-elle pas le même problème que l’avant-première à Bercy (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 1 septembre 2011

Trois questions à Thierry Frémaux

Petit Bulletin : La présentation de The Artist en ouverture du festival à la Halle Tony Garnier ne pose-t-elle pas le même problème que l’avant-première à Bercy du dernier Harry Potter ?Thierry Frémaux : Il y a un flou juridique. Ce n’est pas illégal de la part de la Warner de faire des opérations commerciales payantes autour de ses films. On a proposé à l’ARP [Société civile des Auteurs-Réalisateurs-Producteurs, NdlR] et aux exploitants de faire un dépaysement de la billetterie, mais ils n’ont pas voulu, jugeant que c’était trop compliqué. Le plus drôle, c’est que Michel Hazanavicius, réalisateur de The Artist, est aussi membre de l’ARP. Finalement, ce sera juste une avant-première exceptionnelle d’un film qui sortira dix jours après. Vous avez prévu un hommage pour les 20 ans de Rhône-Alpes cinéma, mais vous ne montrez pas de films co-produits par la structure. Parce qu’ils ne sont pas montrables ?C’était pour ne pas faire de jaloux parmi les cinéastes qui ont tourné dans la Région. Il y aura peut-être une avant-première d’un des films coproduits récemment par Rhône-Alpes cinéma. Nous invi

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Toute la lumière sur Lumière

ECRANS | On connaît enfin la programmation complète du festival Lumière, et notamment celle de l’hommage rendu à Gérard Depardieu. Quelques bonnes surprises figurent aussi dans la liste des films et des invités. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 septembre 2011

Toute la lumière sur Lumière

Après un été d’attente fébrile, la voici, la voilà : la liste complète des films et des événements (mais aussi, déjà, un certain nombre d’invités) du prochain festival Lumière. À commencer par le film d’ouverture projeté à la Halle Tony Garnier. Surprise, ce ne sera pas un classique mais un film tellement récent qu’il n’est pas encore sorti. On peut comprendre le choix de The Artist, l’hommage de Michel Hazanavicius au cinéma muet américain des années 30, dans lequel Jean Dujardin joue un acteur star soudain bousculé par l’irruption du parlant ; on peut aussi discuter la qualité du film, plaisant dans sa première demi-heure, laborieux par la suite, la faute à un scénario qui semble avoir été écrit à l’époque ; on peut enfin s’interroger sur les problèmes économiques posés par cette séance — sur ce point, la réponse de Thierry Frémaux est très claire (lire ci-dessous). Six jours plus tard, au même endroit, le festival s’achèvera avec la projection de Cyrano de Bergerac, pour lequel Depardieu (comme Dujardin cette année) avait obtenu le prix d’interprétation masculine à Cannes, et qui est effectivement un des sommets de son travail d’acteur. Le film de Rappeneau se regarde toujour

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La griffe du passé

ECRANS | Kazan, Polanski, Monicelli et Welles pour la première moitié de saison de la ciné-collection, William Klein pour démarrer celle de l’Institut Lumière : le cinéma de patrimoine fait aussi sa rentrée. CC

Christophe Chabert | Mercredi 24 août 2011

La griffe du passé

On le guette désormais avec curiosité et bonheur : le programme de la ciné-collection itinérante dans les salles du GRAC est souvent un bon baromètre pour la saison cinéphile à venir. Favorisé par le dynamisme des distributeurs, qui n’hésitent plus à restaurer et faire circuler tout au long de l’année les trésors du patrimoine cinématographique, le rendez-vous prend chaque année de l’ampleur. Pour cette fin 2011, les cinq films choisis parlent d’eux-mêmes : "À l’est d’Eden", par exemple, dont l’aura mythique liée à la carrière éclair de James Dean cache le fait qu’il était devenu difficile à voir sur grand écran. La mise en scène flamboyante d’Elia Kazan, en cinémascope et technicolor, y trouve pourtant toute son ampleur. De même, il est bon, à l’heure où la religion devient inattaquable et où les films d’horreur satanistes ne font plus peur à personne, d’aller se remettre "Rosemary’s baby" en mémoire. Polanski, en 1968, s’y livrait à un grand exercice de terreur quotidienne et à une attaque subtile contre les croyances de son époque, les adorateurs du malin y proliférant sur les ruines du christianisme terrassé par la mode hippie. Klein d’œil

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Jacques, Gérard, William, Roger et les autres…

ECRANS | Le troisième festival Lumière consacrera Gérard Depardieu après Eastwood et Forman, au milieu d’une brochette de cycles, hommages et rétrospectives à l’hétérogénéité revendiquée. Détail en quatre points. CC

Christophe Chabert | Lundi 29 août 2011

Jacques, Gérard, William, Roger et les autres…

1. Depardieu Le grand Gégé a certes encore fait des siennes cet été (mais n’est-ce pas pour ça qu’on l’aime ?), mais aucune raison de bouder son plaisir à l’idée de le voir présenter, au milieu de ses amis comédiens et cinéastes, quelques fleurons de son œuvre d’acteur. Lesquels ? On n’en sait toujours rien à l’heure où nous écrivons ces lignes, mais s’il y a dans la liste Rêve de singe, La Dernière femme, Buffet froid, Danton, Loulou et 1900, on sera ravis. Quoiqu’il en soit, il recevra le Prix Lumière le samedi 8 octobre à la salle 3000 de la Cité internationale.  2. Becker Pas Jean (quoiqu’ici, on a toujours défendu ses films…), mais son père, Jacques, le réalisateur de Casque d’or et de Touchez pas au Grisbi, mais aussi de Goupi mains rouges et du Trou (chef-d’œuvre !), ou encore des discutables Montparnasse 19 et Ali baba et les quarante voleurs — avec Fernandel, peuchère ! L’intégrale de son œuvre sera présentée en copies neuves pendant le festival, et c’est le morceau de choix de cette édition.  3. Wellman L’ombre de Bertrand Tavernier va planer au-dessus de c

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Je n'ai rien oublié

ECRANS | De Bruno Chiche (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Alexandra Maria Lara, Niels Arestrup…

Dorotée Aznar | Jeudi 24 mars 2011

Je n'ai rien oublié

Involontairement grotesque et d'une lourdeur sidérante, "Je n'ai rien oublié" s'impose comme le pinacle d'une longue tradition de nanars dont nous sommes les garants. Roman de gare jamais sublimé autour d'une famille bourgeoise menacée par son lourd secret, le film de Bruno Chiche ressemble à du Chabrol dégénéré. Du chacha téléfilmé, avec un Depardieu alzheimerisé (toute l'intrigue repose là-dessus), qui n'a jamais été aussi je m'en foutiste et aberrant. Pauvre en tout, ce thriller pour grabataires définitivement perdus invite à se poser cette question : c'est quoi, finalement, le cinéma français ? À bien regarder son histoire, la grandeur y est presque une anomalie dans un océan de médiocrité. Jérôme Dittmar

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La Tête en friche

ECRANS | Après "Deux jours à tuer", Jean Becker revient en province avec un joli film à l’humanisme sincère, porté par un très grand Gérard Depardieu. CC

Christophe Chabert | Mercredi 26 mai 2010

La Tête en friche

Il est de bon ton de se moquer du cinéma de Jean Becker, son goût pour la France profonde, son cinéma où le texte a plus d’importance que la mise en scène, souvent réduite à un cinémascope dispensable et une lumière proprette. Pour les mêmes raisons, on pourrait dire de Becker qu’il est un auteur mineur, dont les réussites et les échecs dépendent du matériau qu’il adapte — ici, un livre de Marie-Sabine Roger. Depuis la mort de Sébastien Japrisot, qui lui avait écrit ses meilleurs films, le cinéma de Becker est inégal, mais on sent s’y affirmer une sincérité totale, un projet humain autant que cinématographique. La première partie de Deux jours à tuer par exemple ne trompait personne : la cruauté y sonnait faux, et le récit finissait par expliquer pourquoi. La Tête en friche n’a pas besoin de ce genre d’artifices pour toucher juste. Oui, c’est un film gentil, c’est même un film sur la gentillesse, mais où la violence est un vestige du passé qu’il faut s’arracher du crâne tel un éclat d’obus… Des livres et lui Pour Germain, gros nounours rustre mais aimable qui cultive son jardin et travaille au noir pour survi

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Depardieu, seul au sommet

ECRANS | Portrait / L’année 2010 permet à Gérard Depardieu de retrouver de grands rôles dans de bons films. CC

Christophe Chabert | Mercredi 14 avril 2010

Depardieu, seul au sommet

Dire que Depardieu effectue en 2010 un come-back sur les écrans est assez absurde. Car les écrans, Depardieu ne les a jamais quittés ; mais il se contentait de prêter sa silhouette à des personnages furtifs qu’il rendait toutefois inoubliables. Deux exemples : Guido, le mentor de Mesrine dans L’Instinct de mort et Abel, mauvaise conscience de l’escroc Miller dans À l’origine. Xavier Gianolli fut un des premiers à lui refaire confiance pour porter un film entier sur ses épaules ; il avait raison car même si Quand j’étais chanteur est plutôt emmerdant, Depardieu y est formidable. Lassitude Le problème de Depardieu, c’est son statut d’acteur populaire condamné à apparaître dans tout ce qui se fait de pire en matière de blockbuster français. Il fallait le voir dans Disco ou Coco, simple donneur de répliques masquant à grand peine sa lassitude du plateau. Usé par trop d’Astérix, décrédibilisé par d’improbables daubes comme Michou d’Auber, Rrrrhhhh, Olé ou San Antonio, Depardieu avait fini par oublier deux choses : il est un comédien instinctif

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Mammuth

ECRANS | De Gustave Kervern et Benoît Delépine (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Yolande Moreau, Isabelle Adjani, Miss Ming…

Christophe Chabert | Mercredi 14 avril 2010

Mammuth

Quelles traces laisse un homme dans un monde où le travail est devenu la vraie mesure de la vie ? Des bulletins de salaire, des attestations de cotisation retraite… Mais ces traces, la société libérale n’est-elle pas en train de les effacer à coups de concentrations industrielles, de délocalisations et de faillites ? C’est l’expérience que va vivre Serge Pilardosse ; à l’orée de ses soixante ans, il doit faire le tour de ses anciens employeurs pour espérer toucher une pension à taux plein. Il enfourche donc sa vieille moto allemande (une Munchen Mammut) et part sur les routes à la recherche des précieux documents. Sauf que… Entre patrons grabataires, entreprises envolées, rencontres malheureuses ou au contraire libératrices, Serge va perdre de vue sa quête et découvrir autre chose… Parti comme une suite logique de leur précédent Louise-Michel (une charge vacharde contre l’absurdité capitaliste), Mammuth, comme son personnage, bifurque en cours de route. Kervern et Delépine aussi : leur film est sans doute le plus libre, le plus grisant et le plus touchant qu’ils aient réalisés. Loin des plans millimétrés d’Aaltra et d’Avida, la chair filmique

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L'Autre Dumas

ECRANS | De Safy Nebou (Fr, 1h45) avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Dominique Blanc…

Christophe Chabert | Mardi 2 février 2010

L'Autre Dumas

Après Molière et La Fontaine, Dumas a à son tour droit à un film qui, loin du biopic classique, fantasme en toute liberté un épisode réel de sa vie. Pas de thèse donc dans "L’Autre Dumas", mais un angle : les rapports entre l’écrivain et son nègre Auguste Macquet, aussi raide, laborieux et royaliste que son maître est bon vivant, génial et républicain. Le film joue sur ces trois tableaux (les mœurs, la création, la politique) à travers un gentil vaudeville prétexte et une mise en scène qui fuit l’académisme (caméra portée et plans serrés) sans toujours y parvenir. L’intérêt de "L’Autre Dumas" n’est pas là, de toute façon — ni dans la prestation de Poelvoorde, très bon mais… Non, le film, c’est Depardieu. L’acteur d’abord, qui rappelle ici qui est le patron, en donnant un relief colossal à toutes ses répliques, imposant une présence phénoménale, toujours dans l’action, jamais dans la démonstration. Mais aussi l’homme, car ce Dumas-là a beaucoup à voir avec Depardieu lui-même : ses problèmes avec les femmes, sa tendresse maladroite avec sa fille, son goût pour la bouffe, pour le vin, pour l’excès. "L’Autre Dumas" aurait pu s’appeler "Le Vrai Depardieu", tant c’est lui qui bouffe l

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À l'origine

ECRANS | Remonté et raccourci après sa présentation cannoise, le quatrième film de Xavier Gianolli y a gagné en force, cohérence et mystère, donnant à l’odyssée d’un petit escroc construisant un tronçon d’autoroute un caractère épique et fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 novembre 2009

À l'origine

Lors du dernier festival de Cannes, 'À l’origine' avait surtout frappé par sa durée un peu mégalo (2h35 !) et son désir de tout expliquer, frisant la surdose psychologique. Xavier Gianolli a depuis revu sa copie, dans le bon sens : la version qui sort en salles est bien meilleure, puisqu’elle ressert et opacifie les enjeux, se concentre sur l’action et relègue les motivations à l’arrière-plan (il en reste toutefois quelques traces dans des dialogues qui, parfois, mettent dans la bouche des personnages les intentions de l’auteur). Ainsi du protagoniste de l’histoire ; on ne sait plus rien du passé de ce type bizarre qui, dès les premiers plans, monte un «coup» aussi énorme qu’étrange. Il se fait passer pour Philippe Miller, patron d’une filiale fictive de la CGI, une entreprise de travaux publics qui a arrêté net la construction d’une autoroute sous la pression des écologistes locaux défendant une race de scarabées. Miller fait croire qu’il va la remettre en chantier. Son plan fonctionne au-delà de ses attentes : dans une région dévastée par le chômage, il apparaît comme un messie moderne, ressuscitant les rêves de travail de la population, élus ou citoyens, entrepreneurs ou simples

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«Un effet de réel maximum»

ECRANS | Claude Miller explique l’étonnante gestation de 'Je suis heureux que ma mère soit vivante', du fait-divers initial raconté par Emmanuel Carrère à sa coréalisation avec son fils Nathan. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mercredi 23 septembre 2009

«Un effet de réel maximum»

«En 1995, dans ce qui s’appelait encore 'L’Événement du Jeudi', Emmanuel Carrère avait écrit un article sur ce fait-divers. Jacques Audiard avait voulu en faire un film, et avait demandé à Alain Le Henry de développer le scénario. Comme cela arrive parfois, il a eu envie de faire autre chose, mais le producteur pensait que ça valait le coup de continuer le projet. Ils m’ont proposé de reprendre le film, en pensant que cette histoire d’enfance difficile pouvait m’intéresser. Je me suis donc réapproprié le scénario. Comme j’avais besoin d’un coscénariste et que j’avais envie de travailler avec mon fils, j’ai demandé à Nathan de le réécrire avec moi». Carrère, Audiard et Miller se connaissent bien. Miller avait adapté 'La Classe de neige', le livre d’Emmanuel Carrère (un enfant abusé sexuellement par son père), et Jacques Audiard avait écrit, avec son père Michel, le scénario de 'Mortelle Randonnée', qui traitait… d’un père qui recherchait sa fille ! «C’est pain béni pour les journalistes, ce genre de coïncidences ! Mais je vous jure que ce n’était pas quelque chose de conscient…» Toujours est-il que la collaboration entre Miller père et Miller fils ira, pour la deuxième fois après

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Je suis heureux que ma mère soit vivante

ECRANS | Après le fastidieux 'Un secret', Claude Miller cosigne avec son fils Nathan un film inattendu, sec et noir, qui emmène le fait-divers initial vers des abîmes d’ambiguïté. Et révèle un très grand acteur, Vincent Rottiers. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 septembre 2009

Je suis heureux que ma mère soit vivante

Le début du nouveau film de Claude (et Nathan) Miller provoque une certaine confusion. On y voit un gamin et un adolescent qui sont peut-être le même personnage, deux mères, un père qui a l’air de souffrir d’un mal inconnu… Deux environnements aussi : les vacances ensoleillées à la mer et l’atmosphère étouffante d’un appartement plongé dans le noir. La suite du film remettra les pièces de ce puzzle dans l’ordre, mais cette introduction éclatée aura semé le germe de l’inquiétude dans l’esprit du spectateur : quelque chose cloche dans la vie de Thomas, quelque chose lié à sa petite enfance, quand on l’appelait encore Tommy. Enlevé par l’assistance publique à une mère négligente, placé dans une famille idéale de petits-bourgeois accueillants, sur la voie d’une certaine stabilité sociale, il n’a pourtant jamais fait le deuil de ses origines. Révolté à l’adolescence, il profite de sa majorité pour partir à la recherche de sa «vraie» mère. Et la découvre dans une cité HLM, avec nouveau mec et nouvel enfant, encore jeune, encore désirable, toujours aussi peu responsable. Thomas ne sait pas quelle place prendre auprès de cette mère si peu maternelle, et elle ne sait pas vraiment quoi fa

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L’œil de Schatzberg

ECRANS | Cinéaste et photographe américain mythique, le grand Jerry Schatzberg sera l’invité du «village de jour» du festival Lumière pour une exposition inédite où son regard singulier s’est porté sur… Lyon ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 21 septembre 2009

L’œil de Schatzberg

Jerry Schatzberg est devenu, au fil des années, un «ami» de l’Institut Lumière. Il faisait partie des cinéastes qui, cent ans jour pour jour après le premier film tourné par les Frères Lumière, en avaient joué un remake au même endroit, les Usines Lumière devenues entre temps Hangar du Premier film. Et on se souvient de son émotion quand il était venu assister à la projection de son chef-d’œuvre, 'L’Épouvantail' : il n’avait pas revu le film sur grand écran depuis sa sortie ! Schatzberg est une figure mythique du nouvel Hollywood dans les années 70, mais son parcours est assez singulier par rapport à ceux de Coppola, Scorsese ou De Palma. Avant de passer derrière la caméra avec ce triptyque fondamental composé de 'Portrait d’une enfant déchue', 'Panique à Needle Park' (le premier rôle d’Al Pacino) et 'L’Épouvantail' (Palme d’or à Cannes en 1971), il avait obtenu la reconnaissance pour son travail de photographe au cours des années 60. Schatzberg a immortalisé toute la contre-culture de la décennie à travers des portraits publiés dans les magazines les plus hypes de l’époque ('Vogue', 'Life' ou 'Esquire'). Une de ses photos de Bob Dylan va même passer à la postérité, puisqu’elle

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Bellamy

ECRANS | De Claude Chabrol (Fr, 1h50) avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Jacques Gamblin…

Christophe Chabert | Vendredi 20 février 2009

Bellamy

«Terminus en gare de Sète» : dans un raccourci rigolard, Claude Chabrol commence son dernier film par une fin funeste, cadrant dans un panoramique la tombe de Georges Brassens et une voiture calcinée en bord de mer, son conducteur décapité à ses côtés. Quelques minutes plus tard, l’apparition du commissaire Bellamy, plus pépère que Navarro et Derrick réunis, laisse entendre que le polar promis sera remis à un autre film. Il y a bien un crime, mais l’assassin, joué par un Jacques Gamblin guignolesque et inspiré, avoue tout de suite, et la vague enquête se traîne entre un repas sardonique chez un couple gay et une querelle entre époux à la maison. Il faut donc regarder ailleurs, vers la relation entre Bellamy et son demi-frère Jacques (Clovis Cornillac, en grande forme), faite de rivalité, de jalousie, de remords et de regrets. Dans ce drôle de film anti-dramatique, au sens où tout événement est noyé dans un quotidien terne et morne, Chabrol suggère au spectateur que l’homme est ainsi fait qu’il ne s’intéresse qu’à l’anecdotique et loupe ce qui dans une vie en constitue l’essentiel. Bellamy préfère la souffrance du criminel à celle de ce frère paumé, son rôle de flic à son rôle de ch

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Mesrine, l’instinct de mort

ECRANS | de Jean-François Richet (Fr-Canada, 1h53) avec Vincent Cassel, Cécile de France, Gérard Depardieu…

Christophe Chabert | Mercredi 15 octobre 2008

Mesrine, l’instinct de mort

Difficile d’évoquer ce premier volet du diptyque Mesrine sans signaler que non seulement sa seconde partie est meilleure, mais qu’elle se passe largement de cette longue introduction. C’est la grande faiblesse de L’Instinct de mort : au bout de deux heures remplies jusqu’à la gueule d’explosions, de péripéties et de suspense, on ne sait toujours rien de Jacques Mesrine, et surtout pas ce que Richet veut raconter du personnage. Ici, c’est plutôt Kill Mesrine : trimballé à coups d’ellipses béantes d’époque en époque, de pays en pays, de genre en genre, Mesrine n’est qu’un pantin, prétexte à un exercice de style assez vain et parfois ridicule. Mesrine fait la guerre d’Algérie, Mesrine en Espagne, Mesrine trouve un deuxième souffle et enfin, gratinés, Mesrine au Québec et Mesrine en Amérique avec vieil Indien et Grand Canyon fordien. N’importe quoi ? Oui, et ce serait ludique si Richet s’avérait aussi inspiré que dans ses précédents films. Mais quand il filme une scène d’évasion comme du Peter Berg avec caméra épileptique et montage illisible, ça sent plus le pop-corn que la mise en scène. Curieuse entrée en matière donc : L’Instinct de

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Disco

ECRANS | de Fabien Onteniente (Fr, 1h43) avec Franck Dubosc, Emmanuelle Béart, Gérard Depardieu...

Dorotée Aznar | Mardi 25 mars 2008

Disco

Les Ch'tis peuvent dormir tranquilles... Ce n'est pas cet abominable Disco qui va leur faire de l'ombre ; au contraire, on espère que les spectateurs seront cohérents et infligeront à cette comédie cynique le camouflet commercial qu'elle mérite ! Après Camping, Onteniente et Dubosc touchent le fond : ils se débarrassent en cinq minutes de leur exposition pour s'enfoncer dans le développement fastidieux d'un scénario rachitique (un vieux beau espère gagner un concours de disco pour emmener son fils en vacances en Australie) reposant sur son seul acteur principal, qui ne joue à l'écran que de sa stupéfiante autosatisfaction. Le film s'enfonce alors dans un culte de la ringardise qui nie l'essentiel : l'esprit libertaire qui animait les années disco. Réac (la famille, l'amour, l'amitié virile contre la femme castratrice) et raciste (les Polonais en prennent pour leur grade), dialogué et filmé n'importe comment, il n'y a que deux leçons à tirer de ce nanar antipathique : même embourbé dans des projets improbables, Depardieu garde la classe. Et Le Havre, qu'Onteniente cherche pourtant à montrer comme un sommet de grisaille, est une bien belle ville ! CC

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Astérix aux jeux Olympiques

ECRANS | De Thomas Langmann et Frédéric Forestier (Fr-All-Esp-It, 1h55) avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Alain Delon, Benoît Poelvoorde...

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2008

Astérix aux jeux Olympiques

L'échec artistique de ce troisième Astérix, patent et douloureux, peut se résumer facilement. Le projet de blockbuster paneuropéen de Thomas Langmann voulait fédérer les talents de chaque pays coproducteur. Des talents, il y en a (Depardieu, Poelvoorde, Delon, Cornillac, Astier, Segura, Garcia...), mais chacun est réduit à jouer sa partition en solo, souvent dans le registre qu'on lui connaît déjà. Ni le scénario, basique, ni la réalisation, occupée à justifier le budget du film, n'assure le liant. Langmann tenait aussi à se démarquer de la vision donnée par Chabat dans le précédent volet, jugé trop «Canal». Pourtant, dès le monologue de Delon, ce que l'on voit à l'écran, c'est un immense acteur en train de jouer en live son guignol. Rupture tranquille, donc, qui au fil du film se déporte de la chaîne cryptée vers TF1, avec la sainte trinité variétoche/comédie populaire/sport en ligne de mire. Sur le modèle des superproductions américaines formatées, Astérix aux jeux Olympiques ne repose que sur des équations marketing hasardeuses où chaque séquence est supposée répondre aux attentes d'une catégorie de spectateurs. C'est l'aveu terrible des 15 dernières minutes où il n'

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