Lumière, jour 3. Ne travaillez jamais !

ECRANS | I Giorni contati d’Elio Petri. Édouard et Caroline de Jacques Becker.

Dorotée Aznar | Vendredi 7 octobre 2011

Après un petit moment de flippe le premier jour, où les films vus n'étaient jamais à la hauteur de nos attentes, et suite aux retours enthousiastes sur la rétrospective Wellman que l'on avait décidée de laisser de côté, on se demandait si le choix de traverser le festival Lumière en privilégiant raretés et inédits étaient la bonne solution. On enviait les gens qui, de retour d'une projection de "Loulou" ou de "Casque d'or" qu'ils découvraient pour la première fois, étaient encore sous le choc de ce qu'ils venaient de voir. Mais ce jeudi, deux films nous ont finalement donné raison et on a vu, dans des registres fort différents, du très grand cinéma, incontestablement. I Giorni contati, deuxième film d'Elio petri selon Alberto Barbera (troisième selon IMDb), a complètement effacé le souvenir un peu mitigé de "L'Assassin". Petri trouve ici à la fois son style et son ton, et fait bien plus qu'annoncer ses réussites futures : il est déjà au sommet de son art. Le film raconte l'odyssée de Cesare, un plombier qui, en prenant le bus un matin pour aller travailler, est confronté à une mort scandaleusement ordinaire. Le contrôleur demande son billet à un passager, avant de s'apercevoir qu'il a été terrassé par une crise cardiaque. S'identifiant au trépassé, Cesare se met à cogiter sur le temps qui lui reste avant de quitter cette terre, et surtout, sur ce qu'il peut encore en faire. À 52 ans, il décide donc d'arrêter de travailler, et de passer ses journées à faire tout ce qu'il n'a pas pu accomplir jusqu'ici. Utopie d'un monde où l'homme arrache son existence au productivisme ambiant, sans pour autant tomber dans un hédonisme facile : les journées de Cesare ne se fondent pas sur le plaisir ou la paresse, mais sur la curiosité. Il va traîner dans un musée, suit une manifestation dans un bidonville (séquence hallucinante, digne d'un Peter Watkins), discute avec la fille de sa logeuse en lui donnant quelques conseils de vie… Quelque chose, toutefois, ne prend pas dans cette tentative de reprendre son destin en main. La scène du musée, par exemple, se termine par la rencontre avec un marchand d'art qui emmène Cesare dans son appartement où œuvre une caricature d'artiste contemporain, entre Jackson Pollock et les actionnistes viennois. On pense que le marchand veut initier Cesare à une autre forme d'art ; mais non, il l'a amené pour déboucher les canalisations obstruées par les restes de peinture. Comme si le métier de quelqu'un primait sur sa vie intérieure aux yeux du monde. Plus subtilement encore, c'est la façon dont Petri filme l'action qui prépare à l'issue tragique de cette utopie. Le cinéaste ne met jamais sa caméra à hauteur d'homme : toujours légèrement surélevée, comme dans ce travelling magnifique qui accompagne Cesare traversant un passage piéton en train d'être repeint, à quelques mètres du Colisée, ou au contraire en complète contre-plongée. Le style Petri, que l'on retrouve dans "La Classe ouvrière va au Paradis", cette manière de refuser le réalisme pour y substituer une distance critique et une réelle et littérale hauteur de vue, est aussi une manière de dire que l'homme n'a jamais le mot de la fin dans les sociétés capitalistes. Ce n'est pas une force obscure qui l'opprime, mais lui-même, ses atermoiements, ses compromis, ses erreurs. Cesare souffre de ne pouvoir être un modèle, incompris, mal compris ou traité avec dédain par son entourage. Pessimiste, le cinéma de Petri ne se résigne qu'en dernière limite : le reste du temps, il croit dans les vertus de la colère, mais aussi, dans ce superbe film qu'est "I Giorni contati", de la mélancolie. Changement de ton, d'époque et de pays avec Édouard et Caroline de Jacques Becker. La relative déception face à "Falbalas" avait pu laisser craindre une certaine surestimation du cinéaste, sorti de ses films les plus célèbres. Que nenni ! Édouard et Caroline est une merveille, une comédie irrésistible qu'il faudrait montrer à tous les tâcherons actuels du cinéma comique français pour leur donner des leçons de rythme, d'élégance, de direction d'acteurs et de direction artistique. En restant très français, dans l'univers qu'il dépeint comme dans les dialogues et les situations, Becker réussit à égaler les plus grands maîtres américains de son temps. Le film repose sur un postulat volontairement frivole, un simple quiproquo vestimentaire : Édouard et Caroline forment un couple de bourgeois «bohème» (c'est dit dans le film…), lui pianiste talentueux mais encore inconnu, elle fille de ce qu'on imagine une grande famille mais dont elle peine à reproduire le mode de vie. Invité à une soirée mondaine chez l'oncle de Caroline où Édouard devra donner un récital pour les hôtes, le couple se dispute pour une histoire de gilet perdu et de robe raccourcie. S'ensuit une série de péripéties dignes d'un Feydeau ou d'un Labiche (plus que de Musset ou Marivaux, comme l'a un peu vite dit Bertrand Tavernier au cours de son introduction), où Becker témoigne d'un tempo parfait à tous les niveaux : tout glisse dans la plus parfaite fluidité, le moindre second rôle est dessiné avec la plus grande méticulosité, jusqu'à une conclusion qui rappelle, ce n'est pas rien, certaines comédies de Lubitsch ou MacCarey. Par ailleurs, Becker se livre à un réjouissant jeu de trompe-l'œil autour de la société dont il tire le portrait. Les grands bourgeois du film sont ridicules, mesquins, méprisants envers le peuple, et Becker s'en amuse sans jamais tomber dans la caricature ou la satire. Hormis son très beau couple (Daniel Gélin et Anne Vernon, ultra-sexy et flirtant, pendant quelques plans, avec les limites de la nudité acceptable à l'écran pour l'époque), il sauve deux personnages dans le récit : un serveur russe à moustache et un mécène américain lucide et visionnaire. Que ce soit les Français qui dégustent pendant que les frères ennemis de l'après-guerre pactisent tacitement dans l'architecture discrète de l'intrigue n'est sans doute pas innocent, et prouve que Becker était non seulement un fin cinéaste, mais aussi un humaniste en avance sur son temps.

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Becker en Ciné-Collection

ECRANS | Dans son Voyage à travers le cinéma français, Bertrand Tavernier révèle que son premier souvenir de cinéma se rattache à la vision de Dernier Atout (1942) de (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Becker en Ciné-Collection

Dans son Voyage à travers le cinéma français, Bertrand Tavernier révèle que son premier souvenir de cinéma se rattache à la vision de Dernier Atout (1942) de Jacques Becker ; ce même réalisateur connu pour avoir immortalisé Saint-Germain-des-Prés, révélé Lino Ventura et Michel Constantin, ou inspiré à François Truffaut le concept de “politique des auteurs“. Trop tôt disparu, ce Howard Hawks français laisse une petite dizaine de films d’un étourdissant éclectisme, où cependant le genre noir s’octroie la part du lion. Parmi ces perles en figurent deux monumentales, reprises ici pour le cycle Ciné-Collection, chacune ayant contribué à fonder des légendes du 7e art. D’abord Casque d’Or (1952), un drame de la jalousie se déroulant au XIXe siècle dans le monde des apaches parisiens, illuminé par l’irrésistible beauté vénéneuse de la nouvelle-venue Simone Signoret, rendant fou le malheureux Serge Reggiani. Ensuite, Touchez pas au grisbi

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À Vaulx Jazz comme des images

ECRANS | Chaque édition d’À Vaulx Jazz donne l’occasion de rappeler combien fécondes peuvent être les noces entre ce genre musical et le cinéma, combien intacte demeure leur complicité.

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

À Vaulx Jazz comme des images

L’un et l’autre nés à la fin du XIXe siècle, ces deux vecteurs d’expression populaire ont prospéré en marge dans les rues ou les foires, avant de se tailler leur place parmi les disciplines artistiques considérées comme ”nobles“. On en arrive même à un formidable paradoxe aujourd’hui, où tout film pourvu d’une bande originale jazzy se trouve d’emblée doté d’une aura de raffinement vintage, voire d’un brevet d’intellectualisme woodyallenien ! Parfaites girouettes, les mentalités ont une stabilité comparable aux gouvernements de la IVe République… Quatuor de choc Justement, parmi les quatre films retenus dans la programmation de cette année figure un classique de cette époque : Rendez-vous de juillet (1949). Signé par Jacques Becker, le Howard Hawks français, ce film aspire l’air ambiant autant qu’il s’en inspire — en particulier celui des caveaux jazz ayant fleuri après la Libération à Paris. Révélant les comédiens Maurice Ronet et Nicole Courcel, il a aussi le flair de capter les notes du jeune Claude Luter et de ses “Lorientais”. Revendiquant en musique des goûts éclectiques (« de Duke Ellington

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Lumière est un long film fleuve tranquille

ECRANS | Plus éclatée que lors des éditions précédentes, la programmation de Lumière 2012 ménagera films monstres, raretés, classiques restaurés, muets en musique et invités de marque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Lumière est un long film fleuve tranquille

Elle aura tardé à arriver, mais la voici, presque définitive — manquent encore le film d’ouverture et le film choisi pour la remise du Prix Lumière à Ken Loach : la programmation du festival Lumière 2012. Autant dire tout de suite que par rapport à ce qui avait été annoncé en juin, beaucoup de choses ont changé ou se sont affinées : ainsi, la rétro Ken Loach se concentrera sur la deuxième partie de sa carrière, de Raining stones à Route Irish, avec en guise de curiosité le téléfilm Cathy Come Home. En revanche, plus de traces des raretés du cinéma américain des années 70, remplacées par l’intégrale de la saga Baby Cart, fameux sérial cinématographique hongkongais avec son samouraï promenant un bébé dans une poussette. Six films qui auront droit à une journée de projection au Cinéma opéra, ce qui marque d’ailleurs une des tendances du festival cette année : les marathons cinématographiques. Que ce soient les quinze heures de The Story of film (documentaire monstre sur l’histoire du cinéma), les 4h15 d’Il était une fois en Amérique dans sa versio

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Coupable, forcément coupable…

ECRANS | En 1961, Elio Petri, jusqu’ici scénariste, signe son premier film en tant que réalisateur, L’Assassin. Débuts prometteurs, même si Petri n’a pas encore abouti (...)

Christophe Chabert | Jeudi 14 juin 2012

Coupable, forcément coupable…

En 1961, Elio Petri, jusqu’ici scénariste, signe son premier film en tant que réalisateur, L’Assassin. Débuts prometteurs, même si Petri n’a pas encore abouti pleinement ce qui fera par la suite la force de son cinéma. Un matin, la police vient arrêter Nello Poletti, antiquaire friqué, hautain et magouilleur (Marcello Mastroianni). On l’accuse du meurtre de sa maîtresse (Micheline Presle), mais lui clame son innocence. Ce pourrait être une fable kafkaïenne sur les méthodes arbitraires de la police (qui en prend pour son grade, toutefois), mais Petri et ses co-scénaristes (dont Tonino Guerra et Pasquale Festa Campanile) ont une autre idée en tête. Car si Nello est innocent du crime dont on l’accuse, chaque retour sur les lieux où il vécut cette liaison révèle une culpabilité plus profonde, plus morale : celle d’un possédant pour qui les femmes n’ont pas plus de valeur que les objets qu’il revend, et qui peuvent donc être sacrifiées si celles-ci troublent le cours de son existence. L’idée, très forte, de faire de Nello une victime (d’une machine étatique soucieuse d’efficacité) mais aussi un salaud forcé de reconnaître ses torts, circulera ensuite dans les

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Lumière, le week-end : Dernier atout

ECRANS | Bilan avant fermeture…

Dorotée Aznar | Lundi 10 octobre 2011

Lumière, le week-end : Dernier atout

Comme d’habitude, on a fini le festival absolument cramé des neurones, et trempé de la tête aux pieds, la météo ayant décidé à mi-parcours de passer de l’été à l’automne sans transition. Un peu indécis aussi, sur cette édition de Lumière 2011. Si on la juge à la quantité de bons films vus, il n’y a rien à redire. Si on mesure son succès à l’affluence des spectateurs, pas de souci, sinon peut-être celui des charters de scolaires ayant parfois servi à remplir les séances, selon la méthode bien rôdée du théâtre public subventionné qui va compléter ses budgets avec la manne de l’éducation nationale et le racket des parents d’élèves. Mettons que c’est de bonne guerre… Enfin, si on s’attarde sur les invités et surtout, sur la qualité de leurs présentations, il faut reconnaître que Lumière a fait un sacré bond : on n’oubliera pas de sitôt cette séance mythique où Depardieu, Kervern, Delépine, Gianolli et Dupontel sont venus parler de Pialat et de "Sous le soleil de Satan", arrivant à concilier analyse sérieuse, anecdotes drôlissimes et évocation émouvante. 30 minutes hallucinantes, passionnantes, qui résument la générosité avec laquelle Depardieu a empoigné l’hommage qui lui a été rendu,

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Lumière, jour 2 : Grands enfants

ECRANS | Portrait d’une enfant déchue de Jerry Schatzberg. Dites-lui que je l’aime de Claude Miller.

Dorotée Aznar | Jeudi 6 octobre 2011

Lumière, jour 2 : Grands enfants

Il y a une histoire qui lie Jerry Schatzberg à l’Institut Lumière. Il a fait partie des cinéastes qui ont rejoué "La Sortie des usines Lumière" pour le centenaire du cinématographe ; quelques années après, il avait été invité pour présenter "L’Épouvantail", et la projection dans la salle du hangar fut pour lui l’occasion de redécouvrir sur grand écran et dans le format scope original un film qu’il n’avait plus revu depuis des années ; pour la première édition du festival Lumière, il avait investi le village et y avait présenté ses photographies récentes, le cinéaste retrouvant, peut-être contraint et forcé, sa vocation initiale. La photographie, de rock et de mode, c’est ce qui quarante ans auparavant lui avait permis de passer à la réalisation avec "Portrait d’une enfant déchue", présenté à Lumière 2011 dans une copie neuve fulgurante de beauté. Du coup, rien d’étonnant à le voir, ce mardi, passer la journée seul dans ce même village, assis à une table, visiblement heureux d’être là. Schatzberg est un peu chez lui à Lyon, et chacune des projections de son film est l’occasion d’un bel hommage des spectateurs, venus nombreux découvrir cette première œuvre d’une bluffante modernit

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Lumière 2011, jour 1 : Les enragés

ECRANS | Falbalas de Jacques Becker. L'Assassin d'Elio Petri. The Plague dogs de Martin Rosen.

Dorotée Aznar | Mercredi 5 octobre 2011

Lumière 2011, jour 1 : Les enragés

La vocation du cinéphile est chose complexe. C’est ce qu’on se disait en rentrant chez nous après une première journée bien remplie au festival Lumière. Débutée par une rencontre passionnante avec Ned Price, responsable du mastering à la Warner, venu présenter la restauration colossale (un an et demi de travail) de "Ben Hur" à UGC Ciné Cité ce mercredi soir, elle s’est poursuivie avec trois films présentés par des personnalités fort différentes : un couturier, un responsable de cinémathèque et un cinéaste. Quatre manières de regarder le cinéma : technique pour Price, qui se définit dans son métier comme «agnostique», c’est-à-dire œuvrant à la préservation d’un catalogue sans porter de jugement de valeur sur les films qu’il restaure ; intime pour Jean-Paul Gauthier, qui expliqua à quel point "Falbalas" de Jacques Becker avait forgé sa détermination à travailler dans la haute-couture, et même impacter sur sa personnalité et sa manière de parler (effectivement, le parallèle entre les intonations de Raymond Roulleau dans le film et celles de Gauthier sont troublantes) ; professionnel pour Alberto Barbera, directeur de la cinémathèque de Turin, à l’origine de la restauration de "L’As

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Depardieu, évidemment…

ECRANS | Entretien / Jean-Paul Rappeneau, cinéaste rare, précieux et exigeant, présentera au troisième festival Lumière la copie restaurée du Sauvage et, pour la séance de clôture, celle de Cyrano de Bergerac, en hommage à Gérard Depardieu, Prix Lumière 2011. Propos recueillis par Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 30 septembre 2011

Depardieu, évidemment…

L’année dernière vous êtes venu présenter La Vie de château avec Pierre Lhomme, votre chef opérateur, au festival Lumière. Quelles avaient été vos impressions ?Jean-Paul Rappeneau : J’en garde un souvenir magnifique. Ni moi, ni Pierre Lhomme n’avions vu le film depuis longtemps, en tout cas pas en salles. Se retrouver avec un public très nombreux, notamment beaucoup de garçons et de filles qui ne l’avaient jamais vu parce qu’ils étaient trop jeunes, et qui à la fin applaudissent longuement, c’était formidable. En plus, cette année, avec l’hommage à Gérard Depardieu, Cyrano de Bergerac va être projeté dans la Halle Tony Garnier ; du coup, je vais venir avec un de mes petits-fils de 8 ans, et j’ai hâte de voir la tête qu’il va faire quand il verra le film dans cette salle ! Vous avez deux actualités pendant le festival : cette projection de Cyrano, et la copie restaurée du Sauvage. Comment avez-vous été associé à cette restauration ?Le négatif original du Sauvage avait été abîmé parce qu’on avait tiré trop de copies, et il n’était plus possible d’en tirer d’autres. Pour préserver le film, il fallait restaurer.

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Lumière en piste

ECRANS | Le festival Lumière commence ce lundi avec la projection à la Halle Tony Garnier de The Artist. Avant un premier défilé d’invités le lendemain venus présenter des trésors du patrimoine cinématographique. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Dimanche 25 septembre 2011

Lumière en piste

En général, la soirée d’ouverture d’un festival donne le là de ce qui va se passer par la suite. Mais cette année, le festival Lumièrefait une infidélité à la règle. Car, même s’il s’agit d’un hommage au cinéma muet des années 30, celui qui va être bousculé par l’arrivée du parlant, The Artist est bel et bien un film contemporain, réalisé par Michel Hazanavicius avec son acteur-fétiche, Jean Dujardin, qu’il avait déjà transcendé dans les deux OSS 117, et qui livre une fois de plus une prestation montrant l’étendue de son talent — physique, précise et fantaisiste. Mais voilà : le film est décevant, terriblement décevant (son accueil à Cannes est grandement lié à la surestimation systématique des comédies au sein de la compétition). Le scénario est basique, les personnages monolithiques, les gags répétitifs. On y reviendra, puisque le film sort le 12 octobre, mais comme 7000 spectateurs vont se retrouver là-devant dans une ambiance «festive», dans une Halle Tony Garnier bourrée de people grimpant sur la scène pour tenter un hurlement choral («Nous déclarons le troisième festival Lumière ouvert»), il y a fort à parier que le mirage collectif cannois va perd

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Inédits (mais plus pour longtemps)

ECRANS | Parmi les films présentés lors du prochain festival Lumière, les cinéphiles pourront découvrir un certain nombre d’inédits en salles, et parfois même en vidéo. Petit tour d’horizon de ces raretés qui ne doivent pas être oubliées au milieu des événements de l’événement. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Lundi 19 septembre 2011

Inédits (mais plus pour longtemps)

En feuilletant le (beau) catalogue du troisième festival Lumière, on découvre avec étonnement que, dans la rétrospective Yakuza !, la plupart des films présentés sont inédits en salles. Certes, les cinéphiles ont pu découvrir Police contre syndicat du crime ou Guerre des gangs à Okinawa grâce aux éditions DVD signées Wild side. Mais ces œuvres tournées dans un scope majestueux, aux couleurs explosives et aux mises en scène spectaculaires méritent d’être vues sur un grand écran. Au fil des thématiques et des cycles proposés au cours du festival, les inédits sont nombreux : une partie de la rétrospective Wellman, le film turc La Loi de la frontière présenté par Fatih Akin, le film polonais Jowita… Ou encore cet énigmatique dessin animé américain, The Plague dogs, signé par un certain Martin Rosen, dont les organisateurs viennent d’annoncer qu’il pourrait être présenté par rien moins que Roger Avary, mythique co-scénariste de Pulp fiction et réalisateur des très bons Killing Zoé et Les Lois de l’attraction. À suivre, de près ! Enquête sur un cinéaste au-dessus de tout soupçon En choisissant le Musée national du cinéma de Turin co

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Trois questions à Thierry Frémaux

ECRANS | Petit Bulletin : La présentation de The Artist en ouverture du festival à la Halle Tony Garnier ne pose-t-elle pas le même problème que l’avant-première à Bercy (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 1 septembre 2011

Trois questions à Thierry Frémaux

Petit Bulletin : La présentation de The Artist en ouverture du festival à la Halle Tony Garnier ne pose-t-elle pas le même problème que l’avant-première à Bercy du dernier Harry Potter ?Thierry Frémaux : Il y a un flou juridique. Ce n’est pas illégal de la part de la Warner de faire des opérations commerciales payantes autour de ses films. On a proposé à l’ARP [Société civile des Auteurs-Réalisateurs-Producteurs, NdlR] et aux exploitants de faire un dépaysement de la billetterie, mais ils n’ont pas voulu, jugeant que c’était trop compliqué. Le plus drôle, c’est que Michel Hazanavicius, réalisateur de The Artist, est aussi membre de l’ARP. Finalement, ce sera juste une avant-première exceptionnelle d’un film qui sortira dix jours après. Vous avez prévu un hommage pour les 20 ans de Rhône-Alpes cinéma, mais vous ne montrez pas de films co-produits par la structure. Parce qu’ils ne sont pas montrables ?C’était pour ne pas faire de jaloux parmi les cinéastes qui ont tourné dans la Région. Il y aura peut-être une avant-première d’un des films coproduits récemment par Rhône-Alpes cinéma. Nous invi

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Toute la lumière sur Lumière

ECRANS | On connaît enfin la programmation complète du festival Lumière, et notamment celle de l’hommage rendu à Gérard Depardieu. Quelques bonnes surprises figurent aussi dans la liste des films et des invités. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 septembre 2011

Toute la lumière sur Lumière

Après un été d’attente fébrile, la voici, la voilà : la liste complète des films et des événements (mais aussi, déjà, un certain nombre d’invités) du prochain festival Lumière. À commencer par le film d’ouverture projeté à la Halle Tony Garnier. Surprise, ce ne sera pas un classique mais un film tellement récent qu’il n’est pas encore sorti. On peut comprendre le choix de The Artist, l’hommage de Michel Hazanavicius au cinéma muet américain des années 30, dans lequel Jean Dujardin joue un acteur star soudain bousculé par l’irruption du parlant ; on peut aussi discuter la qualité du film, plaisant dans sa première demi-heure, laborieux par la suite, la faute à un scénario qui semble avoir été écrit à l’époque ; on peut enfin s’interroger sur les problèmes économiques posés par cette séance — sur ce point, la réponse de Thierry Frémaux est très claire (lire ci-dessous). Six jours plus tard, au même endroit, le festival s’achèvera avec la projection de Cyrano de Bergerac, pour lequel Depardieu (comme Dujardin cette année) avait obtenu le prix d’interprétation masculine à Cannes, et qui est effectivement un des sommets de son travail d’acteur. Le film de Rappeneau se regarde toujour

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La griffe du passé

ECRANS | Kazan, Polanski, Monicelli et Welles pour la première moitié de saison de la ciné-collection, William Klein pour démarrer celle de l’Institut Lumière : le cinéma de patrimoine fait aussi sa rentrée. CC

Christophe Chabert | Mercredi 24 août 2011

La griffe du passé

On le guette désormais avec curiosité et bonheur : le programme de la ciné-collection itinérante dans les salles du GRAC est souvent un bon baromètre pour la saison cinéphile à venir. Favorisé par le dynamisme des distributeurs, qui n’hésitent plus à restaurer et faire circuler tout au long de l’année les trésors du patrimoine cinématographique, le rendez-vous prend chaque année de l’ampleur. Pour cette fin 2011, les cinq films choisis parlent d’eux-mêmes : "À l’est d’Eden", par exemple, dont l’aura mythique liée à la carrière éclair de James Dean cache le fait qu’il était devenu difficile à voir sur grand écran. La mise en scène flamboyante d’Elia Kazan, en cinémascope et technicolor, y trouve pourtant toute son ampleur. De même, il est bon, à l’heure où la religion devient inattaquable et où les films d’horreur satanistes ne font plus peur à personne, d’aller se remettre "Rosemary’s baby" en mémoire. Polanski, en 1968, s’y livrait à un grand exercice de terreur quotidienne et à une attaque subtile contre les croyances de son époque, les adorateurs du malin y proliférant sur les ruines du christianisme terrassé par la mode hippie. Klein d’œil

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Jacques, Gérard, William, Roger et les autres…

ECRANS | Le troisième festival Lumière consacrera Gérard Depardieu après Eastwood et Forman, au milieu d’une brochette de cycles, hommages et rétrospectives à l’hétérogénéité revendiquée. Détail en quatre points. CC

Christophe Chabert | Lundi 29 août 2011

Jacques, Gérard, William, Roger et les autres…

1. Depardieu Le grand Gégé a certes encore fait des siennes cet été (mais n’est-ce pas pour ça qu’on l’aime ?), mais aucune raison de bouder son plaisir à l’idée de le voir présenter, au milieu de ses amis comédiens et cinéastes, quelques fleurons de son œuvre d’acteur. Lesquels ? On n’en sait toujours rien à l’heure où nous écrivons ces lignes, mais s’il y a dans la liste Rêve de singe, La Dernière femme, Buffet froid, Danton, Loulou et 1900, on sera ravis. Quoiqu’il en soit, il recevra le Prix Lumière le samedi 8 octobre à la salle 3000 de la Cité internationale.  2. Becker Pas Jean (quoiqu’ici, on a toujours défendu ses films…), mais son père, Jacques, le réalisateur de Casque d’or et de Touchez pas au Grisbi, mais aussi de Goupi mains rouges et du Trou (chef-d’œuvre !), ou encore des discutables Montparnasse 19 et Ali baba et les quarante voleurs — avec Fernandel, peuchère ! L’intégrale de son œuvre sera présentée en copies neuves pendant le festival, et c’est le morceau de choix de cette édition.  3. Wellman L’ombre de Bertrand Tavernier va planer au-dessus de c

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