Time out

ECRANS | Dans cette fable politique où le temps remplace l’argent, mais où la lutte des classes est toujours à l’ordre du jour, Andrew Niccol semble avoir oublié de remplacer les clichés par du cinéma. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 18 novembre 2011

Photo : © Twentieth Century Fox 2011


Un bon film d'anticipation parle toujours du temps présent. Andrew Niccol, qui jusque-là avait mené un parcours sans faute, de Gattaca au scénario du Truman show en passant par Lord of war, démontre avec Time out que les mauvais films d'anticipation aussi… Pas besoin d'avoir lu Indignez-vous de Stéphane Hessel et Qu'ils s'en aillent tous de Jean-Luc Mélenchon pour saisir de quelle réalité nous parle le cinéaste derrière sa métaphore. Nous sommes dans un futur proche (en attestent les décors, reproduction à peine outrée des quartiers pauvres et des centres d'affaires d'aujourd'hui) où chaque individu, arrivé à son vingt-cinquième anniversaire, ne vieillira plus. Argument houellebecquien (le culte de la jeunesse comme ultime valeur de nos sociétés consuméristes) qui s'accompagne d'un bémol de taille : passée l'année de crédit offerte, il faudra gagner du temps au sens le plus littéral de l'expression, celui-ci étant devenu l'unité monétaire du pays. Mais cela ne change rien à l'affaire sociale : les riches vivent éternellement à un rythme de sénateur, les pauvres triment toute la journée et courent comme des lapins pour ne pas perdre leurs précieuses secondes.

Le temps, c'est de l'argent

Niccol, il l'a prouvé, a le sens du concept ; en tant que cinéaste, il a l'intelligence d'aller piquer les collaborateurs des frères Coen pour donner de l'élégance à ses mises en scène (ici, Roger Deakins à la photo). Mais avec Time out, il se heurte aux limites évidentes de son scénario, malin mais guère subtil. Dès que son héros prolo (Justin Timberlake, toujours intéressant) s'aventure dans New Greenwich, le quartier des banques de temps et des nantis décadents, le film ne semble plus avoir qu'une obsession : filer sa métaphore en un maximum de scènes signifiantes et clins d'œil à l'actualité. Ni la romance très Bonnie and Clyde, ni le côté Robin des montres du combat Obama-like mené par Timberlake (redistribuons le capital-temps ! Luttons contre la spéculation et l'inflation !) ne font décoller une intrigue bourrée de péripéties redondantes et peuplée d'une multitude de méchants qui s'annulent les uns les autres. Résultat : le film se traîne paresseusement entre son premier et son dernier acte, comme s'il suffisait d'avoir des choses à dire pour assurer le spectacle. Dommage car cet appel à l'insurrection nous était sympathique sur le principe.

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While We’re Young

ECRANS | Après Frances Ha, Noah Baumbach continue d’explorer le New York branché et sa bohème artistique, transformant "Solness le constructeur" d’Ibsen en fable grinçante et néanmoins morale où des bobos quadras se prennent de passion pour un couple de jeunes hipsters. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

While We’re Young

Quarante ans, toujours pas parents ; Josh et Cornelia — couple inattendu mais crédible formé par Ben Stiller et Naomi Watts — sont en pleine crise. Tandis que leurs amis BoBos new-yorkais s’assurent une descendance, eux semblent frappés de stérilité. Celle-ci n’est pas seulement sexuelle, elle est aussi créative, en particulier pour Josh, en galère pour terminer un documentaire fleuve qui, manifestement, n’intéresse que lui. Jusqu’au jour où ils rencontrent Jamie et Darby — Adam Driver et Amanda Seyfried, prototypes de hipsters ayant fait de la bohème une règle de vie. À leur contact, Josh et Cornelia trouvent une seconde jeunesse, revigorés par ce couple qui semble vivre dans un présent perpétuel. Noah Baumbach se livre alors à une comédie de mœurs contemporaine, même s’il s’inspire très librement d’une pièce vieille d’un siècle — Solness le constructeur d’Ibsen. Le ton y est mordant et le monde actuel en prend pour son grade : tandis que Josh se débat avec son portable, ses CD et son appartement design, Jamie ne jure que par les vinyles, les VHS et le mobilier vintage. La jeunesse s’empare des objets ringards de ses aînés et les rends

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Inside Llewyn Davis

ECRANS | Nouvelle merveille des frères Coen, l’odyssée d’un chanteur folk raté des années 60 qui effectue une révolution sur lui-même à défaut de participer à celle de son courant musical. Triste, drôle, immense… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Inside Llewyn Davis

Les dernières répliques de Burn after reading valent définitivement comme maxime du cinéma des frères Coen. Llewyn Davis, leur dernier anti-héros, n’échappe pas à cette loi : au terme d’un cycle narratif étourdissant, il n’a rien appris, sinon qu’il ne le refera pas — mais cet éternel retour laisse entendre qu’en fait si, il se fourvoiera dans la même impasse sombre… Llewyn Davis n’est pas un mauvais chanteur folk : les Coen le prouvent en le laissant interpréter en ouverture un de ses morceaux dans son intégralité, et c’est effectivement très beau. Mais le talent ne garantit pas le succès et Llewyn collectionne surtout les déconvenues. Ses disques ne se vendent pas, son manager le fait tourner en bourrique — scène admirablement écrite où la surdité du vieux grigou devient paravent à sa pingrerie — il met enceinte la copine d’un autre chanteur, qui lui répète en boucle son statut de loser. Et il n’est même pas foutu de veiller sur le chat de ses hôtes, fil rouge d’un premier acte d’une

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"The Social Network" : quand David Fincher conte la naissance de Facebook

Biopic | David Fincher et Aaron Sorkin retracent l’ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, de ses années à Harvard jusqu’aux deux procès intentés contre lui, dans un film passionnant et d’une folle ambition sur la naissance d’une nouvelle forme de capitaliste.

Christophe Chabert | Mercredi 6 octobre 2010

Première séquence de The Social Network : Mark Zuckerberg et sa petite amie Erica discutent autour d’une bière. Il lui explique avec arrogance l’intérêt d’entrer dans les clubs selects de Harvard, et qu’elle n’y parviendra pas sans lui ; en retour, elle le plaque sèchement, ce qui trouble à peine sa détermination. Prologue brillant où s’épanouit la verve inimitable d’Aaron Sorkin ; le créateur d’À la maison blanche retrouve ici son terrain de prédilection : les coulisses de l’Histoire racontées comme des marivaudages quotidiens, au plus près de la parole et des problèmes personnels de ses protagonistes. Restait à savoir comment le texte de ce virtuose allait être interprété par un cinéaste qu’on qualifie, par paresse, de "visuel" : David Fincher. Plus que jamais proche de l’intelligence cinématographique d’un Kubrick, Fincher a choisi d’adapter sa mise en scène à ce matériau scénaristique, ne cherchant ni à l’aérer, ni à l’agiter gratuitement, sans pour autant refuser d’y apposer une vision personnelle. C’est la première et immense qualité de The Social Network : la rencontre

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