The Lady

ECRANS | De Luc Besson (Fr-Ang, 2h07) avec Michelle Yeoh, David Thewlis…

Christophe Chabert | Mercredi 23 novembre 2011

Une bio filmée d'Aung San Suu Kyi par notre copain Luc Besson, cela avait de quoi faire trembler. Paradoxalement, c'est l'absurdité de cet attelage qui évite à The Lady le naufrage, comme si Besson, conscient de l'enjeu lié à son sujet, avait décidé de s'appliquer sagement à ne pas commettre d'impairs. On a rarement vu le cinéaste se tenir à un si strict classicisme, au risque de la platitude et de l'académisme (le film n'y échappe pas dans sa partie centrale). Ses défauts habituels (une représentation caricaturale des méchants militaires, quelques apartés de comédie toujours aussi lourdingues) sont, comme son héroïne, sévèrement astreints à résidence. Cela laisse le champ à une évocation du Prix Nobel birman un peu schématique mais qui ménage une bonne surprise (la seule !). Son mari, Michael Aris, est le vrai narrateur du film, qui débute avec un certain culot par l'annonce de son cancer. La portée hagiographique du récit est tempérée par l'annonce de cette mort inéluctable et David Thewlis, excellent, vole souvent la vedette à une Michelle Yeoh habitée mais un poil trop lisse.
Christophe Chabert

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The Lady In The Van

ECRANS | de Nicholas Hytner (G-B/E-U, 1h44) avec Maggie Smith, Alex Jennings, Frances de la Tour…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

The Lady In The Van

Adaptateur monomaniaque de Alan Bennett depuis La Folie du roi George (1995), Nicholas Hytner signe un film britannique tout ce qu’il y a de plus règlementaire, incluant pantalon à velours côtelé, scones et flegme. Un écrin classique pour Jim Broadbent et surtout Maggie Smith, qui surcompose la harpie décomposée de camionnette, vêtue de peaux de chats et embaumant l’urine, pittoresque attraction pour la gentry de Camden. Mais davantage que l’interprétation attendue de Dame Smith, c’est le travail sur la dissociation de l’auteur qui retient l’attention : à la fois narrateur et personnage agissant dans l’histoire, Bennett se dédouble à l’écran ; s’observe dans cette duplication, échangeant avec son alter ego des considérations proustiennes. Il y a dans cette tentative de narration décalée une “réflexion” (dans tous les sens du terme) séduisante, rappelant les chambres à écho construites par Resnais ou Charlie Kaufman. En moins élaborées, quand même — we’re British ! VR

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Malavita

ECRANS | Pur fantasme d’un Luc Besson emballant à la va-vite des concepts de plus en plus boiteux, "Malavita" tente de greffer en Normandie la mythologie du film de mafia new-yorkais. Écrit n’importe comment, sans angle ni point de vue, cette comédie pas drôle sent le naufrage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 26 octobre 2013

Malavita

Un film d’animation pour enfants, une bio d’Aung San Suu Kyi, une comédie de mafia avec De Niro… La filmographie de Luc Besson prend des allures d’inventaire à la Prévert, alignant les versions premium des produits cheaps livrés par EuropaCorp, dont il assure lui-même la réalisation en y apposant un savoir-faire de moins en moins flagrant. Malavita, adapté d’un roman de Tonino Benacquista, portait pourtant en lui une belle promesse : celle de faire se rencontrer la mythologie phare du cinéma américain, celle des films de mafieux new-yorkais façon Scorsese, et la réalité de la France d’aujourd’hui. On y voit ainsi une famille de repentis s’installer dans un bled paumé en Normandie et tenter d’y faire profil bas, même si le naturel revient toujours au galop. De tout cela, il ne sort qu’une médiocre comédie policière, nonchalante dans ses enjeux, incroyablement mal écrite, et où seuls les deux acteurs principaux (De Niro et Pfeiffer) réussissent à tirer leur épingle du jeu en ne cherchant ni à être des parodies de leurs personnages mythiques, ni des pantins au service d’un film opportuniste. Dégénéré Car Besson ne tire absolument rien de son argum

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Far north

ECRANS | D’Asif Kapadia (Fr-Ang, 1h29) avec Michelle Yeoh, Sean Bean…

Christophe Chabert | Vendredi 13 mars 2009

Far north

Réalisateur de The Warrior mais aussi d’un petit film fantastique pas mal du tout (The Return), Asif Kapadia s’aventure dans le «grand Nord» pour une œuvre à la trame minimaliste et à la lenteur calculée. Économie de mots mais aussi de commentaires (historiques, notamment : on ne saura jamais à quelle époque se déroule l’histoire), pour ce qui ressemble à un conte où une femme, «maudite» par un chaman depuis sa naissance, erre dans la nature sauvage aux côtés de celle qu’on croit être sa fille. La rencontre avec un soldat déserteur va bouleverser cet équilibre. La romance de la première heure avec ses paysages très Connaissance du monde est elle aussi chahutée par une surprise scénaristique d’une violence terrible. Ce renversement inattendu vient éclairer l’histoire sous un autre jour, et il faut donc s’armer de patience pour voir l’exotisme virer à la cruauté. CC

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