Sport de filles

ECRANS | De Patricia Mazuy (Fr, 1h41) avec Marina Hands, Bruno Ganz…

Dorotée Aznar | Lundi 23 janvier 2012

Il y a un grand film à réaliser sur le dressage équestre, les rapports entre le cavalier et son animal, leurs correspondances indicibles – mais de toute évidence, ce n'est pas celui-ci. Le gros problème, c'est qu'on ne sait pas vraiment de quoi cause Sport de filles, tant sa forme est en permanence à contretemps du fond. Le script embrasse plusieurs pistes qu'une mise en scène et un montage indolents peinent à suivre ; même les compositions originales de John Cale semblent victimes d'une greffe ratée sur les séquences qu'elles illustrent. On peut se reposer sur les honnêtes performances d'un casting foutraque et attachant pour passer le temps, et on ne pourra pas s'empêcher, pendant toute la durée du film, de rêver aux promesses du Cheval de guerre de Steven Spielberg.
François Cau

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Patricia Mazuy : « il faut garder John Cale sur les rails sans l’empêcher de partir ailleurs »

Paul Sanchez est revenu ! | Avec sa franchise bienvenue, la trop rare réalisatrice de "Saint-Cyr" ou "Sport de filles" évoque la conception de son thriller et tout particulièrement sa troisième collaboration avec l’ancien du Velvet Underground, compositeur de la bande originale de "Paul Sanchez est revenu !".

Vincent Raymond | Mardi 24 juillet 2018

Patricia Mazuy : « il faut garder John Cale sur les rails sans l’empêcher de partir ailleurs »

Est-ce l’affaire Dupont de Ligonnès en particulier qui vous a inspirée ? Patricia Mazuy : Je me suis surtout intéressée à une boulimie de Faites en entrer l’accusé : dans quel état cela nous met quand on s’abandonne dans les faits divers les plus morbides qui soient ? On est content de se coucher après en se disant « c’est pas nous ! ». Ce qui est rigolo au cinéma, c’est que l’on pousse les choses à l’extrême, on va plus loin que dans le réel — le film n’est pas du tout naturaliste. C’était bien de travailler cette matière-là. Le film est très ancré dans le Var. Or peu de personnages, notamment parmi les gendarmes, ont l’accent du midi. Cela est-il voulu ? Absolument. Parce que les gendarmes sont souvent mutés, il fallait qu’on retrouve cela — seuls deux ou trois ont l’accent. Et je ne voulais pas tomber dans le syndrome Gendarme de Saint-Tropez : on serait parti sur une autre piste, et on était certain de ne pas en sortir. Cela dit, quand j’étai

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Identification d’un homme : "Paul Sanchez est revenu !"

Policier | de Patricia Mazuy (Fr, 1h51) avec Laurent Lafitte, Zita Hanrot, Idir Chender…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

Identification d’un homme :

Aux Arcs-sur-Argens, la gendarmerie a été informée qu’un meurtrier recherché depuis dix ans, Paul Sanchez, a été identifié dans un train. Volontariste, mais souvent gaffeuse, la jeune Marion se lance sur ce dossier dédaignée par ses collègues militaires. Et si elle avait raison d’y croire ? Cinéaste rare faisant parfois des incursions bienvenues devant la caméra (son tempérament pince-sans-rire y est hélas sous-exploité), Patricia Mazuy a toujours su animer des caractères atypiques, et tout particulièrement des francs-tireuses imposant leur loi à l’intérieur de cadres pourtant rigides : Peaux de vaches, Saint-Cyr ou Sport de filles étaient ainsi portés par des battantes qui, si elle n’étaient guère victorieuses, infléchissaient les règles. Marion la gendarme est du même bois, ce qui ne l’exonère pas d’une certaine maladresse la rendant plus attachante et réaliste. Dans ce thriller en forme de chasse à l’homme, davantage que la menace c’est l’omniprésence de la fragilité qui transparaît : la gendarmerie enregistre son lo

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Pascal Rambert se noie dans les bons sentiments avec "Actrice"

Théâtre | L'auteur et metteur en scène Pascal Rambert signe un nouveau spectacle ampoulé où, à trop clamer son amour pour son art, il se noie dans les bons sentiments et de vrais/faux règlements de comptes.

Nadja Pobel | Mardi 27 février 2018

Pascal Rambert se noie dans les bons sentiments avec

C'est ce qui s'appelle un beau spectacle. 2h15. Un décor touffu composé de gerbes de fleurs en vases par dizaines, un lit d'hôpital vagabond et quelques bancs. Une quinzaine de comédiens et comédiennes, dont deux principales qui n'ont plus à démontrer leur talent (Marina Hands et Audrey Bonnet). Et un texte avec de grandes phrases bien cousues, sur le chagrin notamment (« dans les larmes d'Eugénia, nous voyons notre pays » / « les larmes sont des chiens qui nous mordent en silence »...). Pascal Rambert, quinqua multi couronné et traduit, livre une "pièce russe", imaginée pour la troupe du théâtre d'art de Moscou. Si elle ne s'est toujours pas montée là-bas, la voici ici, créée aux Bouffes du Nord en décembre. Une "actrice" va mourir au fait de sa gloire. Pendant qu'au dehors, nous dit-on, patientent des fans inquiets, autour de son lit funeste défilent ses vieux parents, sa sœur de retour d'exil, ses enfants dont elle s'est peu occupée et ses acolytes de travail. À chaque fois, Pascal Rambert décline des sentences sur la liberté que confère l'art et sa déperdition annoncée puisque « les salles so

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"Jamais contente" : Plein l’dos, l’ado !

ECRANS | de Émilie Deleuze (Fr, 1h29) avec Léna Magnien, Patricia Mazuy, Philippe Duquesne…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Mal dans sa peau en famille et au collège, seule parmi ses copines à redoubler, Aurore commence l’année dans la déprime. Mais avec ce prof de lettres moins nul que les autres et ce beau gosse lui proposant de rejoindre son groupe de rock, elle va trouver des raisons d’espérer… Cette adaptation de Marie Desplechin offre une alternative moins bécasse à ces films pour ados qu’on croirait d’habitude écrits par d’aspirants-ados de tous âges. Pour autant, il n’y a pas de quoi frôler l’extase ni la pâmoison : on parcourt de jolis lieux communs, un peu dépassés mais charmants, en compagnie du prof révélateur de potentiel (Alex Lutz, dans sa version sérieuse) et d’un groupe de garage comme il s’en constituait il y a trente ans. On peut se montrer disons… réservé sur l’habillage jaune bubble-gum du film, mais l’essentiel est ailleurs : le choix judicieux de l’interprète principale, la jeune Léna Magnien, une gamine en apparence insignifiante et renfermée, qui envoie du bois au micro. Elle trouve en la réalisatrice Patricia Mazuy, ici comédienne, une mère criante de vérité molle.

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Jappeloup

ECRANS | De Christian Duguay (Fr, 2h10) avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil…

Christophe Chabert | Mercredi 6 mars 2013

Jappeloup

Plus scandaleux que l’affaire des lasagnes, l’acharnement du cinéma français à mettre du cheval à toutes les sauces sur les écrans. Après la comédie hippique qui pique comme un vin éventé (Turf), voici le biopic de la monture et de son destrier certifié 100% histoire vraie, avec la fine fleur des acteurs cavaliers dans les rôles principaux. Jappeloup cherche d’un bout à l’autre un angle pour raconter cette success story à la française, pendant que son réalisateur Christian Duguay, yes man canadien à qui on a curieusement accordé un titre de séjour, lui cherche vainement une forme. On sent l’armada de monteurs venus sortir le truc de la panade, tentant de dynamiser l’alternance mécanique de gros plans, plans à la grue et ralentis sur le canasson qui saute un obstacle, pendant qu’un groupe de script doctors prenait la décision, absurde, de changer toutes les trente minutes de sujet : d’abord le jockey indécis, puis le lien père/fils, puis la réflexion sur le cavalier qui doit aimer son cheval, puis le triomphe seul contre to

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Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour…

ECRANS | De Pascal Thomas (Fr, 1h39) avec Marina Hands, Julien Doré, Guillaume Gallienne…

Dorotée Aznar | Jeudi 1 avril 2010

Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour…

On aime bien Pascal Thomas, mais il y a des limites. Pour comprendre ce qui coince avec Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour, il faut convoquer Le Grand Appartement, petit chef d’œuvre de comédie vitaliste, bordélique, généreuse, libre et sereinement irresponsable. Un petit chef d’œuvre volontairement naïf aussi, ce qu’aimerait être ce roman photo un peu aberrant dont accouche ici Thomas. Si l’on retrouve des points communs (un même ton, joyeux, bouffon, malin, entier et marginal), c’est d’abord l’opérette (citée dans Le Grand Appartement) que le film veut revisiter - sans parole ni musique, plutôt une question de style et d’état d’esprit. Pas forcément une mauvaise idée, sauf que le casting ne suit pas. Ainsi Marina Hands et Julien Doré jouent aux candides amoureux tels deux ados attardés, l’humeur est pouet pouet comme l’humour, et l’image, cheap, n’a pas peur du mauvais goût puisqu’elle l’assume ; en témoignent les génériques empruntant leur habillage au plus hideux des faire-part de mariage. Décalé tout en se voulant premier degré, le film se cherche sur le terrain de la bluette extatique et satirique alors qu’il se ré

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Story of Jen

ECRANS | De François Rotger (Fr-Can, 1h52) avec Laurence Leboeuf, Marina Hands…

Dorotée Aznar | Lundi 8 juin 2009

Story of Jen

Bienvenue chez les rednecks : Jen vit avec sa jeune mère dans un coin paumé d’Amérique, où les voisins n’ont pas grand-chose d’autre à faire que de pérorer et de lancer des rumeurs sur leur compte. Quand une figure vaguement paternelle s’installe dans leur grange, Jen cède à des impulsions inédites… La seconde réalisation de François Rotger nous cueille dans sa dernière partie, où le drame limite claustro se transforme avec une certaine évidence en survival abstrait, mis en valeur par des choix esthétiques pertinents. Le seul souci, c’est l’installation, souvent fastidieuse, précédant ce troublant zénith artistique. Rotger y succombe à de nombreux tics d’un cinéma d’auteur français confondant mélancolie et pose, installe les jalons d’une atmosphère mortifère bien trop vaporeuse pour réellement toucher au but. Un déséquilibre qui malheureusement aurait tendance à amoindrir l’impact de sa pourtant convaincante conclusion. FC

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