Hanezu, l'esprit des montagnes

ECRANS | De Naomi Kawase (Jap, 1h31) avec Tôta Komizu, Hako Oshima…

Dorotée Aznar | Mercredi 25 janvier 2012

On n‘a rien contre le cinéma contemplatif ; encore faut-il qu'il contemple autre chose que des montagnes brumeuses filmées de loin avec une image pleine de grain. On n'a rien contre le cinéma dispositif héritier des installations d'art contemporain ; encore faut-il qu'il instaure quelque chose d'un brin plus ludique que de simples correspondances entre les légendes ancestrales et la crise au sein d'un couple d'aujourd'hui. On n'a rien contre le cinéma d'auteur ; encore faut-il que l'auteur en question porte en lui des interrogations viscérales et qu'il les retranscrive avec un minimum de mise en scène et d'émotions. On n'a rien contre Naomi Kawase mais franchement, Hanezu, c'est tout bonnement pas possible.
Christophe Chabert

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Juliette Binoche et graine de mystère : "Voyage à Yoshino"

ECRANS | de Naomi Kawase (Jap-Fr, 1h49) avec Juliette Binoche, Masatoshi Nagase, Takanori Iwata…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Juliette Binoche et graine de mystère :

Vingt ans après une mystérieuse épreuve intime, Jeanne est de retour dans la forêt de Yoshino en quête d’une plante médicinale très rare aux vertus universelles, Vision. Hébergée par Tomo un forestier taciturne, elle apprend à lire les signes annoncés par une vieille aveugle un peu mage… Naomi Kawase aime le vent, les forêts, la nature, les cérémonials prandiaux, les mourants et les morts. Un joyeux programme qu’elle recombine à l’envi et avec une frénésie enviable, et des succès inégaux. Ce Voyage… fait penser à Un beau soleil intérieur de Claire Denis ou à Sils Maria d’Assayas : des prétextes à filmer Juliette Binoche — qui le mérite et parvient à elle seule, par la grâce de sa personne à justifier ou à porter un film à l’intrigue ténue. Cette quête semi-ésotérique de la plante miracle, bercée par la poésie relaxante de longs plans contemplatifs du vent balançant les arbres et appuyée par des calculs de nombres premiers ou les apparitions spectrales d’êtres aimés, se

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Paroles, paroles : "Vers la lumière"

ECRANS | Dans la queue de la comète des films de Cannes 2017 (avec In the Fade de Fatih Akin, la semaine prochaine), ce conte de Naomi Kawase est un objet (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Paroles, paroles :

Dans la queue de la comète des films de Cannes 2017 (avec In the Fade de Fatih Akin, la semaine prochaine), ce conte de Naomi Kawase est un objet discret, où elle explore une fois encore la question de la perte et de la résilience. On y suit la rencontre entre Misako, audio-descriptrice pour le cinéma et Masaya, photographe rogue ayant perdu la vue, à l’occasion de projections tests d’un film. Deux êtres malheureux, en quête d’absolu et d’épure, dont les solitudes, peu à peu, finiront par s’accorder… Kawase perd en maniérisme ce qu’elle gagne en sentimentalité. Qu’importe l’origine de cet assouplissement de l’âme, puisqu’il bénéficie au public. Au-delà de la bluette amoureuse, ce film s’expose à un terrible paradoxe, puisqu’il a recours à de splendides compositions et lumières pour évoquer la compensation de la cécité par la parole. Par ailleurs, il se révèle particulièrement bavard, ce qui risque de limiter la possibilité de lui offrir une audio-description efficace. Vers la lumière s’adresse donc peu à ceu

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Les Délices de Tokyo

ECRANS | De Naomi Kawase (Jap, 1h53) avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Délices de Tokyo

Auteure de l’éprouvant Forêt de Nogari (2007) – condensé de cinéma abscons – Naomi Kawase trouve dans Les Délices de Tokyo une manière de rédemption en abordant la thématique de la gastronomie : elle insuffle une sensualité simple et joyeuse à son cosmos – toujours autant focalisé sur la transmission in extremis entre les générations. Car la nourriture a cette irremplaçable vertu d’assouplir les âmes, en plus de réjouir les papilles ou les pupilles ; les précédents Le Festin de Babette de Gabriel Axel (1987) ou Au petit Marguery de Laurent Bénégui (1995) en témoignent. Discipline suivant une liturgie complexe, exercée par des artistes dans l’abnégation d’eux-mêmes, la tradition culinaire est ici montrée comme un ciment culturel intime et poétique. Elle est aussi le révélateur de ce Japon à la mémoire si sélective, toujours prompt à brandir avec fierté l’héritage d’un Empire millénaire, en occultant les aspects gênants de son histoire contemporaine. Les clients se pressent pour dévorer des gâteaux à la pâte de haricot rouge ; ils vont lâchement déserter en apprenant que celle qui les a confectionnés

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