Ulysse, souviens-toi

ECRANS | De Guy Maddin (Can, 1h34) avec Jason Patric, Isabella Rossellini…

Christophe Chabert | Jeudi 16 février 2012

Photo : DR


Représentant d'un cinéma d'avant-garde qui n'aurait pas totalement jeté les amarres avec la figuration et la narration, Guy Maddin trace un sillon déconcertant et construit une œuvre où tout ne se vaut pas, loin de là. Après le très ludique Des trous dans la tête qui, bien avant Michel Hazanavicius et The Artist, tentait l'aventure du film muet contemporain, Ulysse, souviens-toi réécrit L'Odyssée dans une maison abandonnée peuplée de fantômes et de gangsters, de filles nues et de conversations ésotériques. Un grand foutoir plutôt habituel pour Maddin mais qui, cette fois-ci, s'accompagne d'un assez saoulant délire formel à base de surimpressions permanentes, de plans de traviole montés au hachoir et de musique dissonante. Par moments, on se croirait dans une parodie de David Lynch faite par un étudiant en cinéma ! Curieusement, Maddin a embarqué dans cette affaire expérimentale un tas de comédiens connus qui ont l'air aussi largués que leurs personnages, à commencer par Jason Patric, dont on ne sait trop s'il est là pour relancer sa carrière ou pour la flinguer définitivement.
Christophe Chabert

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Jeux de dames : "Vita & Virginia"

Biopic | Londres, 1922. La romancière mondaine Vita Sackville-West, vivant en union très libre avec son diplomate d’époux, engage une relation intellectuelle, amicale et physique avec la réservée Virginia Woolf qu’elle admire. Mais Vita est volage et Virginia, fragile…

Vincent Raymond | Mardi 9 juillet 2019

Jeux de dames :

Au rayon des films-d’Anglaises-qui-boivent-du-thé-en-lisant, faites une place de choix à Vita & Virginia qui coche toutes les cases — il ne manque que Jane Austen et/ou Emma Thomson et/ou James Ivory pour que la grille soit complète. Convoquant autant le féminisme en costumes que des amours réprouvées forcément malheureuses, cette reconstitution soignée dessine de Virginia Woolf une silhouette plus complexe et moins éthérée que celle traditionnellement véhiculée, l’intellectuelle mélancolique y gagnant un corps sans perdre son âme. Mais si ce film s’avère édifiant d’un point de vue historique et documentaire sur la question de l’émancipation féminine, il pêche par deux coquetteries venant singulièrement l’égratigner. La première concerne la musique : la partition choisie joue la carte de la contemporanéité, un parti-pris toujours curieux quand on veille aussi scrupuleusement à la véracité historique. Est-ce une manière discrète de nous faire comprendre les échos de cette époque avec la nôtre ? Quant à la seconde, elle s’applique à bon nombre de biopics (notamment

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Luz 2014

ECRANS | Pedro Almodóvar Prix Lumière, des rétrospectives consacrées à Capra et Sautet, des invitations à Ted Kotcheff, Isabella Rossellini et Faye Dunaway, des ciné-concerts autour de Murnau, des hommages à Coluche et Ida Lupino… Retour sur les premières annonces de Lumière 2014. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Luz 2014

C’est donc Faye Dunaway qui viendra inaugurer la sixième édition du Festival Lumière à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre. Actrice mythique, que l’on avait pu redécouvrir à Lumière dans un de ses plus grands rôles — celui de Portrait d’une enfant déchue de Schatzberg — elle présentera la version restaurée de Bonnie and Clyde, classique du film criminel et rampe de lancement d’un certain Nouvel Hollywood dont son réalisateur, Arthur Penn, fut un agitateur discret mais essentiel. On le sait, Lumière se targue d’être un festival de cinéma grand public et, après le doublé Belmondo / Tarantino de l’an dernier, la barre était placée assez haute en matière d’invités prestigieux. Pour donner le change, le Prix Lumière atterrira donc en 2014 dans les mains de Pedro Almodóvar ; le festival prépare sa venue tout au long du mois de septembre avec une séance spéciale d’Attache-moi — pas forcément son meilleur film, cela dit — et une autre de La Mauvaise éducation précédée d’une confé

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Enemy

ECRANS | Tournée dans la foulée de "Prisoners" avec le même Jake Gyllenhaal, cette adaptation de José Saramago par Denis Villeneuve fascine et intrigue, même si sa mise en scène atmosphérique se confond avec une lenteur appuyée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Enemy

Coïncidence des sorties : à quelques jours d’intervalle, deux films s’attaquent au thème du double. Celui de Richard Aoyade transpose Dostoievski dans un quotidien gris et bureaucratique ; Denis Villeneuve s’est lui inspiré de L’Autre comme moi de José Saramago pour prolonger sa collaboration avec Jake Gyllenhaal, entamée avec le brillant Prisoners. Villeneuve est peut-être encore plus abstrait qu'Aoyade dans son traitement d’une ville déshumanisée, réduite à une salle de fac et à quelques appartements anonymement coincés dans des barres d’immeuble rappelant la Défense filmée par Blier dans Buffet froid. Un monde glacial dans lequel Adam répète sans cesse la même routine : il donne un cours, rentre chez lui, reçoit un coup de fil de sa mère (Isabella Rossellini), puis sa copine lui rend visite (Mélanie Laurent), ils font l’amour, elle rentre chez elle et il finit sa nuit seul. Routine brisée après une discussion anodine avec un de ses collègues, qui le conduit à louer dans un vidéoclub une comédie «locale» où un homme lui ressemblant trait po

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Elle portait du velours bleu…

ECRANS | C’est en janvier 1987 avec la sortie de Blue Velvet, auréolé d’un Grand Prix à Avoriaz, que la légende David Lynch commence. Après le succès culte d’Eraserhead, (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Elle portait du velours bleu…

C’est en janvier 1987 avec la sortie de Blue Velvet, auréolé d’un Grand Prix à Avoriaz, que la légende David Lynch commence. Après le succès culte d’Eraserhead, puis celui mondial d’Elephant Man et le bide artistique comme public de son adaptation de Dune, Lynch remet les compteurs à zéro. Bienvenue dans une paisible bourgade américaine, où les fleurs poussent dans des jardins bien tondus, où les rossignols chantent et où… le mal grouille au fond de la terre, prêt à surgir lorsqu’un brave bougre s’écroule victime d’un infarctus. Son fils — Kyle MacLachlan, pas encore canonisé en Dale Cooper dans Twin Peaks — vole à son chevet ; en revenant de l’hôpital, il trouve dans un talus une oreille humaine coupée. Se muant en enquêteur, il suit les traces d’une chanteuse de bar, Dorothy Vallens — Isabella Rossellini, future épouse du cinéaste — victime d’un gangster shooté à l’oxygène liquide qui retient son fils et son mari en otage. Notons que la prestation, inoubliable, de Dennis Hopper relancera durablement sa carrière… Cette découverte se fait depuis un placard dans lequel le garçon, à moitié nu, observe ce manège inquiétan

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La Solitude des nombres premiers

ECRANS | Un garçon et une fille bloqués par des traumas enfantins se croisent sur quatre époques dans ce film magistral et poignant où Saverio Costanzo déconstruit la narration et emprunte les codes du cinéma de genre pour pénétrer au cœur du drame de ses personnages. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 29 avril 2011

La Solitude des nombres premiers

En 1984, Mattia et Alice sont deux enfants vifs, intelligents, épanouis. Sept ans plus tard, Mattia est introverti, Alice est la souffre-douleur des autres filles. Sept ans s’écoulent à nouveau et ils se retrouvent au mariage d’une camarade de classe dont Alice fut brièvement l’amie. Enfin en 2007, désormais adultes, ils sont devenus des îlots de solitude, éloignés géographiquement mais toujours liés par une même connexion existentielle. Mattia et Alice sont comme les «nombres premiers» du titre, solitaires mais surtout singuliers, uniques, irréductibles. Et la manière dont Saverio Costanzo raconte leur histoire (d’après un roman à succès de Paolo Giordano) semble répondre à une logique mathématique, en faisant des allers-retours entre chaque époque, différant ainsi la révélation des traumas qui ont affecté le développement affectif de Mattia et Alice. Labyrinthe affectif Le cinéma contemporain nous a habitué à ces exercices de déconstruction, Iñarritu et son scénariste Guillermo Arriaga s’en sont même fait les champions. Pour Saverio Costanzo, il ne s’agit en aucun cas de manipuler le spectateur, le préparer à un coup de théâtre ou créer des r

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Winnipeg mon amour

ECRANS | De Guy Maddin (Canada, 1h19) avec Darcy Fehr, Ann Savage…

Dorotée Aznar | Lundi 19 octobre 2009

Winnipeg mon amour

Il était une fois un réalisateur complètement hors du temps nommé Guy Maddin. Son œuvre, toute aussi expérimentale que profondément ludique, repose en grande partie sur une esthétique datée -empruntant au cinéma muet son noir et blanc syncopé- et sur son travestissement jouissif pour narrer des contes déviants, où l’imagerie transgressive se mêle à des touches d’autobiographie. Avec ce nouveau long-métrage, le cinéaste franchit encore un cap en s’attaquant à l’histoire de sa ville natale, Winnipeg, et, du même coup, à la construction de son propre imaginaire. Loin de fonctionner en vase clos, le film est au contraire plus abordable que son opus précédent, l’hystérique Des trous dans la tête, et constitue même la meilleure introduction à l’univers barré de son créateur. D’une liberté formelle rare, célébration d’une nostalgie se nourrissant du passé pour réinventer le présent, Winnipeg mon amour est une nouvelle déclaration d’amour de Guy Maddin au cinéma. François Cau

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Des trous dans la tête

ECRANS | De Guy Maddin (Canada-ÉU, 1h35) avec Isabella Rossellini…

Christophe Chabert | Jeudi 18 septembre 2008

Des trous dans la tête

En vingt ans de carrière et une dizaine de longs-métrages, Guy Maddin s’est affirmé comme un cinéaste absolument singulier, artiste têtu d’une œuvre sans équivalent, parfois déroutante, toujours surprenante. Des trous dans la tête appartient à sa meilleure veine : à la manière d’un film muet en noir et blanc raconté par une voix off et des cartons, il propose une reconstitution fantasmée de l’enfance du réalisateur. L’histoire, située sur une île perdue où trône un phare ô combien symbolique, est franchement baroque : pendant que le père de Maddin fabrique un sérum de jouvence tiré du cerveau d’orphelins, sa sœur vit une romance avec un ado détective qui est en fait une fille travestie, alors que sa mère, terrifiante, couve son rejeton d’un peu trop près… Derrière ses atours expérimentaux, le film est une déclaration d’amour au cinéma des premiers temps, celui de Méliès et de Feuillade, et aux feuilletons enfantins façon Club des cinq, relus avec beaucoup de malice à travers le prisme de la psychanalyse contemporaine. Christophe Chabert

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