Droit de ciné

Christophe Chabert | Vendredi 2 mars 2012

Photo : Le Prix du danger d'Yves Boisset


Les Rencontres Droit, justice et cinéma organisées par l'Université Lyon 3 et le Barreau de Lyon entrent cette année dans leur troisième édition. Ils convient à cette occasion Yves Boisset, en pleine promo de son livre de souvenirs. Celui-ci présentera le 12 mars à l'Institut Lumière Le Prix du danger, où le cinéaste imaginait les dérives de la télévision spectacle à travers une fable d'anticipation au cachet très années 80. Bon, allez, on ne va pas mentir, Michel Piccoli en Drucker faisant lui-même les slogans des sponsors de l'émission ou Gérard Lanvin lançant des «bande d'enculés» dans tous les sens, c'est plus drôle qu'angoissant, et c'est ce qui arrive quand des films font passer leur discours avant leur mise en scène. Par ailleurs, Yves Boisset a choisi pour ces rencontres deux immenses films du non moins immense Sidney Lumet, Douze hommes en colère (le 13 mars au Comœdia) et Le Verdict (le 15 au même endroit), qui prouvent qu'on peut avoir un point de vue sur des grands sujets (la justice, ici) et les traduire par de vrais choix de cinéma. On ne sait trop si ils l'ont fait exprès, mais les organisateurs des Rencontres ont aussi choisi d'organiser un débat autour de Polisse de Maïwenn (le 13 mars au Comœdia), qui est justement l'équivalent du cinéma de Boisset pour notre époque. Enfin, pour illustrer la question «Les réseaux sociaux sur Internet : des entreprises comme les autres ?», les Rencontres projetteront le génial The Social Network de David Fincher (le 14 mars au Comœdia), un cinéaste pas comme les autres, lui.
Christophe Chabert

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"Polisse", Prix Jacques Deray 2012

ECRANS | Après À bout portant l'an dernier, c'est Polisse de Maïwenn qui recevra le Prix Jacques Deray récompensant le meilleur film policier français de l'année. Il (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 26 janvier 2012

Après À bout portant l'an dernier, c'est Polisse de Maïwenn qui recevra le Prix Jacques Deray récompensant le meilleur film policier français de l'année. Il sera remis à la réalisatrice le samedi 11 février à 19h à l'Institut Lumière. La remise du prix et la projection du film seront précédées à 16h45 du très rareDoucement les basses de Jacques Deray.

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Polisse

ECRANS | Avec son troisième film, Maïwenn tente de sortir de l'autobiographie en mettant en scène une brigade de protection des mineurs. Mais sa fiction chorale est rattrapée par une mise en scène qui ne cherche qu'à reproduire les codes du reportage télé. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 12 octobre 2011

Polisse

Au terme des 2 heures de Polisse et de son insupportable conclusion, ultime faute de goût d'un film qui en commet beaucoup, une question se pose : que veut Maïwenn avec cette chronique hystérique, répétitive et sans enjeu d'une brigade de protection des mineurs où le défilé des cas alterne avec la difficulté pour ces flics à mener à bien leur vie personnelle ? Le film n'est que coups de poing et baffes envoyées sans répit dans la figure du spectateur, avec un style pseudo-documentaire qui s'inspire plus de Zone interdite que de Ken Loach. Quelque chose ici traduit une peur phobique de la fiction, les personnages marinant dans leur stéréotype, de la femme bafouée au policier intello de gauche (Jérémie Elkaim, ah, ah, ah !), du couple soudé à la fille trop seule. Quant à Maïwenn, elle débarque dans son film avec un rôle-alibi transparent et révélateur : une photographe bourgeoise venue faire un reportage dans la vraie vie. Mue par la curiosité puis par l'indignation, l'actrice-réalisatrice ne connaît que deux registres pour raconter son histoire : l'engueulade ou la scène-choc. Dans le premier, Polisse est lassant ; dans le second, il est parfois efficace, notamm

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Le geek face à lui-même

ECRANS | Le plaisant "Paul", sorti la semaine dernière, marque une nouvelle étape dans la mutation de la figure geek, entamée avec "The Social Network" de David Fincher. CC

Christophe Chabert | Vendredi 4 mars 2011

Le geek face à lui-même

"The Social Network", "Scott Pilgrim", "The Green Hornet" et maintenant "Paul" : voilà quatre films qui auront permis au geek de ne plus être qu’une cible pour les costards-cravates du marketing mais aussi un enjeu complexe de cinéma. Il ne s’agit plus de leur tirer le portrait comme dans les films produits par Judd Apatow, mais de les confronter à l’écran à leurs fantasmes soudain devenus réalité. Chaque film se focalise sur un des piliers de la culture geek plutôt que de la saisir dans sa globalité : l’informatique ("The Social Network"), les jeux vidéos ("Scott Pilgrim"), les super-héros ("The Green Hornet") et la science-fiction ("Paul"). Mais la stratégie est similaire : Fincher en donne le mode d’emploi dans la séquence extraordinaire où Zuckerberg invente le site Facemash dans sa piaule d’Harvard. En parallèle, on assiste à une soirée privée où deux étudiantes dénudées grimpent sur une table devant le regard lubrique et aviné de leurs camarades. Zuckerberg, en virtualisant ce clash féminin, le rend public et, du même coup, entre là où il n’avait jamais eu le droit de rentrer. Le rêve du geek devient réalité si c’est lui qui le recrée avec ses propres armes.

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Fincher, 10 ans d’histoire

ECRANS | Analyse / Vilipendé à la sortie de Fight club, David Fincher est dix ans plus tard acclamé pour les mêmes raisons : sa capacité à créer des héros ambivalents synchrones avec l’ère numérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 8 octobre 2010

Fincher, 10 ans d’histoire

Dans Fight club, Edward Norton se retrouvait piégé dans un environnement aseptisé, reflet d’une société de consommation standardisée, made in Ikea, qu’il pulvérisera en s’inventant un double anarchiste et punk ; dans The Social Network, Mark Zuckerberg crée un site à travers lequel chacun peut se créer une identité virtuelle, dans laquelle on raconte sa vie, réelle ou fantasmée. Comme une parenthèse ouverte à l’aune des années 2000 et close quelques mois après leur fin, David Fincher a tourné deux films, l’un visionnaire, l’autre récapitulatif, sur le bouleversement majeur de la décennie : l’irruption du virtuel et du numérique comme un événement fondamental. Des rides et des pixels Cinématographiquement pourtant, tout a changé. La furia visuelle de Fight club, avec ses images subliminales, ses plans impossibles qui traversent les corps et les murs, ses décors qui s’animent comme un catalogue vivant, a laissé la place à un cinéma de la parole et des visages, où la direction artistique est toujours aussi remarquable mais nettement moins ostentatoire. Par ailleurs, les effets numériques de Fight club s

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"The Social Network" : quand David Fincher conte la naissance de Facebook

Biopic | David Fincher et Aaron Sorkin retracent l’ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, de ses années à Harvard jusqu’aux deux procès intentés contre lui, dans un film passionnant et d’une folle ambition sur la naissance d’une nouvelle forme de capitaliste.

Christophe Chabert | Mercredi 6 octobre 2010

Première séquence de The Social Network : Mark Zuckerberg et sa petite amie Erica discutent autour d’une bière. Il lui explique avec arrogance l’intérêt d’entrer dans les clubs selects de Harvard, et qu’elle n’y parviendra pas sans lui ; en retour, elle le plaque sèchement, ce qui trouble à peine sa détermination. Prologue brillant où s’épanouit la verve inimitable d’Aaron Sorkin ; le créateur d’À la maison blanche retrouve ici son terrain de prédilection : les coulisses de l’Histoire racontées comme des marivaudages quotidiens, au plus près de la parole et des problèmes personnels de ses protagonistes. Restait à savoir comment le texte de ce virtuose allait être interprété par un cinéaste qu’on qualifie, par paresse, de "visuel" : David Fincher. Plus que jamais proche de l’intelligence cinématographique d’un Kubrick, Fincher a choisi d’adapter sa mise en scène à ce matériau scénaristique, ne cherchant ni à l’aérer, ni à l’agiter gratuitement, sans pour autant refuser d’y apposer une vision personnelle. C’est la première et immense qualité de The Social Network : la rencontre

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Course en solitaire

ECRANS | La Ciné-collection du GRAC commence bien l’année 2010 avec un film immense, "À bout de course" de Sidney Lumet, où le cinéaste faisait le bilan, à la fin des années 80, de l’héritage des années 70. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 3 janvier 2010

Course en solitaire

Peu de films ont, comme À bout de course, réussi à synthétiser par leur sujet l’enjeu profond d’une décennie de cinéma. À travers la cavale d’une famille dont les parents, Arthur et Annie Pope, sont poursuivis par le FBI après un attentat commis contre une usine de fabrication de Napalm en 1971, Sidney Lumet s’interroge sur ce qu’il reste des années 70 dans le cinéma américain, menacé de stérilité à la fin des années 80. Sa réponse est à la fois limpide et extrêmement subtile : contre la superficialité des blockbusters, il réaffirme la valeur d’un récit démocratique où chaque personnage a le droit d’exister dans sa complexité morale ; contre les mises en scène qui recyclent les principes de l’image MTV, il prend le temps de regarder ses acteurs et d’inscrire les séquences dans une durée mélancolique. Car si Lumet constate qu’il y a encore des choses à tirer de cet héritage cinématographique, le récit fait de cette transmission un douloureux cas de conscience. Les braises du passé Contre toute logique hollywoodienne, À bout de course se refuse à adopter le point de vue unique de Danny, fils adolescent de la famille (interprété

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Les couleuvres du pouvoir

ECRANS | Cinéaste majeur, longtemps tenu dans l’ombre des grands auteurs américains des années 70, Sidney Lumet peut aujourd’hui être apprécié à sa juste valeur : un infatigable procureur des disfonctionnements du système démocratique. La preuve avec la rétro de son œuvre à l’Institut Lumière. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 19 février 2009

Les couleuvres du pouvoir

Il est rare que la filmographie entière d’un cinéaste soit résumée dans son premier film. C’est le cas avec Sidney Lumet : 12 hommes en colère (1957) synthétise les deux axes qui vont marquer profondément son cinéma futur, à savoir son goût pour le huis clos d’inspiration théâtrale et sa manière d’ausculter les institutions pour en pointer les déviances et les dangers. Adapté d’une pièce de théâtre (Lumet a commencé par être acteur à Broadway, prenant la suite de son père, célèbre comédien yiddish), 12 hommes en colère montre comment un citoyen ordinaire (Henry Fonda) va retourner l’opinion des onze membres de son jury populaire, tous convaincus de la culpabilité de l’homme sur le banc des accusés, guidés par leurs préjugés et négligeant les failles de la procédure. Lumet pose en creux la question du fonctionnement d’une justice qui s’appuie, des deux côtés de la barrière, sur des individus égaux en droit, mais loin de l’être dans les faits. L’individu contre le système devient alors son thème de prédilection : délinquant marginal contre la puissance conjointe de l’état et des médias (Un après-midi de chien — 1975) ; flic intègre contre policiers corro

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Serpico

ECRANS | Reprise à l’Institut Lumière d’un classique du cinéma politique des années 70, où le tandem Lumet-Pacino fait trembler les murs de l’institution policière. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 13 mars 2008

Serpico

Comme quantité de films américains des années 70, Serpico commence par sa fin, désespérée. Une balle en pleine poire, le flic incarné par Al Pacino est transporté d’urgence à l’hôpital. Flingué par les siens, Frank Serpico paie donc cher son héroïsme et sa lutte contre la corruption au sein de la police new-yorkaise. Car, flash-back, le barbu hirsute pissant le sang à l’arrière d’une voiture était, quelques mois auparavant, un jeune policier idéaliste découvrant, en l’espace de quelques séquences, les mœurs de ses collègues : menus à l’œil au restaurant du coin, interrogatoires musclés et arbitraires, pesanteurs bureaucratiques et hiérarchiques… Laissant son uniforme, Serpico décide de devenir un flic infiltré, opérant dans la rue et en civil, pensant ainsi passer outre la lourdeur du système. Or, ce qu’il découvre, c’est que celui-ci est gangrené à tous les étages, que les trafics ne se font pas dans le dos de la police mais en son sein, du simple grouillot jusqu’au plus gros ponte. Al contre les ripoux Film crucial, Serpico est le premier volet d’un triptyque passionnant consacré par son réalisateur

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7h58 ce samedi-là

ECRANS | À 83 ans, l'étonnant Sidney Lumet signe un nouveau chef d'œuvre dans sa déjà magistrale filmographie : un polar subtilement déconstruit pour faire apparaître d'insolubles nœuds familiaux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 3 octobre 2007

7h58 ce samedi-là

C'est l'histoire d'un casse qui tourne mal, point de départ mais aussi moment central du film. Un casse aussi minable que celui qui ouvrait Un après-midi de chien, autre grand film de Sidney Lumet, dans une bijouterie tenue par une vieille dame qui se rebiffe et plombe son agresseur. La scène est tétanisante, mais on ne sait alors ni d'où elle vient, ni où elle va aboutir. Car, alors qu'on rejoint le complice du braqueur resté sagement dans la voiture, l'image se met à sauter, et nous voilà propulsés quelques jours auparavant aux côtés de deux frères : Andy, comptable ordinaire en proie à un contrôle fiscal, et Hank, qui cherche du pognon pour payer la pension alimentaire de son ex-femme. Première traversée des apparences : ce n'est pas le frangin dans la dèche qui a eu l'idée du casse, mais celui qui, a priori, mène une vie sans histoire. Tous les autres renversements scénaristiques, nombreux et toujours surprenants, ne doivent pas être révélés à moins de trahir le plaisir du spectateur devant ce film (très) noir à l'intelligence admirable et aux visées existentielles impressionnantes. Miroir brisé Car son mécanisme narratif (changer sans arrêt de point de vue

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