Cloclo

ECRANS | De Florent Emilio Siri (Fr, 2h28) avec Jérémie Renier, Benoît Magimel, Sabrina Seyvecou...

Jerôme Dittmar | Vendredi 9 mars 2012

Pouvait-on imaginer pire idée qu'une biographie filmée de Claude François ? Non. Sauf qu'en regardant le film de Florent Emilio Siri, revenu de son Platoon (L'Ennemi intime), on se surprend à reconsidérer la question. Non que le film soit une réussite, au contraire, il fait un peu pitié. Avec son patron de biopic plus balisé que le plus stéréotypé des biopics hollywoodiens, Cloclo ne fait pas dans la dentelle. Difficile de faire plus scolaire et sérieux tant le film s'acharne à ressortir la grande trajectoire psychologique et familiale, avec le trauma paternel qui explique tout et les signes balourds du destin à n'en plus finir. L'omniprésence abusive et respectueuse du scénario n'est pas davantage aidée par le maniérisme hollywoodien un peu vain de la mise en scène. Siri est comme Cloclo (fasciné et frustré devant Sinatra qui lui doit My Way), il rêve d'Amérique, mais ne sera jamais à la hauteur. Le film a toutefois le mérite de ne pas idolâtrer son personnage et l'égratigner en insistant, lourdement, sur son perfectionnisme maladif qui le mènera vers la tombe ; le portrait en creux d'un Cloclo en chef d'entreprise pré-sarkozyste fait aussi son effet. Mais le vrai film qu'on regrette car jamais vraiment tourné, c'est celui d'une époque et sa musique. Non moins le biopic de l'homme que la star, dont on s'étonne à réévaluer les tubes en même temps que la boulimie d'énergie. La scène est toujours plus excitante que les coulisses, ici trop occupées par des acteurs au mimétisme grotesque.

Jérôme Dittmar

 

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Philippe Le Guay : « on a tous en nous des choses que l’on refoule »

L’Homme de la cave | Décrivant la mécanique du complotisme et du harcèlement, le nouveau Philippe Le Guay éclaire le présent par le passé et met en lumière les penchants sinistres de l’âme humaine. Conversation avec le cinéaste et ses interprètes, François Cluzet et Jérémie Renier.

Vincent Raymond | Mercredi 13 octobre 2021

Philippe Le Guay : « on a tous en nous des choses que l’on refoule »

D’où vient cet “homme de la cave” ? Est-il une métaphore ?Philippe Le Guay : Absolument. C’est la conjonction de plusieurs choses. D’abord une histoire, et puis un thème autour d’une sorte de fléau contemporain qui est le complotisme — ces gens capables de dire inlassablement : « est-ce que la vérité est vraiment la vérité ? Il faut se méfier des vérités officielles, on va poser des questions… », non pas pour arriver à une vérité plus haute comme ça doit être le cas pour les savants et les historiens, mais pour brouiller la vérité. Enfin, avec le fait que le personnage de Françoise Cluzet est dans une cave, il y a quelque chose de beaucoup plus émotionnel, d’angoissant, qui se rattache à la grande tradition du thriller. Cette conjonction a été un détonateur. Un tel film, qui explore des zones sombres de la nature humaine comme les souterrains d&

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"L'Homme de la cave" de Philippe Le Guay : le démon intérieur

Thriller | Un négationniste s’installe dans la cave d’une famille juive et lui pourrit la vie tout en faisant croire qu’elle le persécute. Aidé par un François Cluzet effrayant, Philippe Le Guay renoue avec l’acuité mordante à laquelle il avait depuis longtemps renoncée dans cette illustration de la perverse religion du complotisme et de la manière dont ses apôtres fidélisent, en flattant leurs plus bas instincts ou les brossant dans le sens du poil, de nouveaux séides.

Vincent Raymond | Mercredi 13 octobre 2021

Paris, de nos jours. Parce qu’il n’en a pas l’usage, Simon Sandberg vend la cave de l’appartement familial. Parce qu’il a confiance, il accepte l’offre de Jacques Fonzic, prof grisonnant et plaintif en quête d’un local pour entreposer les affaires de sa défunte mère. L’affaire conclue, Fonzic va habiter le réduit et révéler son vrai visage : celui d’un négationniste, instillant son venin partout dans l’immeuble et surtout dans la famille Sandberg, rescapée de la Shoah. L’enfer commence… N’était la traditionnelle mention figurant au générique indiquant que l’argument est tiré de faits réels, l’on pourrait croire à un conte philosophique tant il y a d’études de caractères, de portraits sociologiques, d’interprétations métaphoriques et/ou psychanalytique et de morales à tirer dans cette histoire. À bien des égards, elle est exemplaire : contemporaine et universelle, &eacut

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"Slalom" de Charlène Favier : sortie de piste

Drame | Un impeccable duo Noée Abita-Jérémie Renier pour un film s'emparant avec justesse d'une double actualité, la mise au jour de scandales dans l’univers des sports de glace et le mouvement #MeToo.

Vincent Raymond | Mercredi 19 mai 2021

Lyz, 15 ans, intègre une classe de ski-études. Délaissée par ses parents, l’adolescente douée va rapidement passer sous la coupe d’un entraîneur abusif… À l’instar de la pratique du ski, le traitement de certains sujets sensibles réclame du tact et de l’équilibre ; le moindre faux-pas entraînant une chute fatale. Celui dont Charlène Favier s’empare à beau croiser une double actualité — la mise au jour de scandales dans l’univers des sports de glace en particulier et l’avénement du mouvement #MeToo en général —, il n’était pas exempt d’un risque de manichéisme, en (sur)chargeant facilement le coupable, ou en édulcorant ce qu’elle représente. Au contraire a-t-elle choisi de montrer la construction d’une mécanique d’emprise dans son détail, dans la complexité de son irrésistible déploiement, ne cachant pas l’existence d’une responsabilité collective — un “terreau favorable” pour un prédateur. En découle l’apparente acceptation de la victime, son mutisme malgré les appels

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Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

Nous finirons ensemble | Personnage pivot des "Petits mouchoirs", Vincent est à nouveau interprété par Benoît Magimel. Conversation avec un comédien sur la manière d’appréhender un rôle et son métier à l’occasion des Rencontres du Sud d’Avignon…

Vincent Raymond | Lundi 6 mai 2019

Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

Figuriez-vous parmi les comédiens les plus heureux de retrouver leur personnage ? Benoit Magimel : Le plus heureux, je ne sais pas, mais lorsque Guillaume me l’a proposé j’ai tout de suite dit oui. C’est une chance si rare de pouvoir retrouver un personnage au cinéma dix ans plus tard, de vieillir avec lui ; forcément, c’est une expérience assez unique. Retrouver Vincent, sa voix, était une évidence. J’étais ravi. Sa situation, son statut et ses rapports avec les personnages, cela l’était-il également ? Oui, bien sûr. À partir de 40 ans, j’ai l’impression que plus les années passent, plus on accepte de vivre un peu plus pour soi, un peu moins pour les autres. La façade, le masque tombent, on s’accepte un peu plus, on se connaît mieux. Ce personnage est très hésitant, ses sentiments assez contradictoires : l’attirance qu’il avait pour Max dans le premier était de l’ordre d’une amitié forte : il considérait qu’il était plus heureux avec lui qu’avec sa femme ; ce n’est pas par hasard qu’il rencontre Alex — ce qui n’empêche pas qu'il éprouve toujours des sentiments pour

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Blues de la blouse : "L'Ordre des médecins"

Urgences | De David Roux (Fr-Bel, 1h33) avec Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Blues de la blouse :

Médecin hospitalier avalé par les urgences quotidiennes d’un métier vocation-passion, Simon fait admettre sa mère pour une rechute cancéreuse. Face à la gravité du mal, à l’inertie de certains collègues et à la résignation de sa mère, il se met en congé pour s’occuper d'elle… Ce premier long-métrage de David Roux mérite de se frayer son chemin singulier dans la jungle des films (et désormais de la série) “médicaux“ initiés par Thomas Lilti. Car en dépit de ce que le titre peut laisser supposer, il s’agit ici surtout des ordre et désordre d’un médecin en particulier ; de sa vie réduite par la force des choses à la pratique hospitalière — par contiguïté, on devine que l’addiction de Simon est largement partagée, même si tous ne vivent pas leur métier comme un apostolat. D’une certaine manière, il est la pathologie de son existence tout en étant son remède — la dose fait le poison, pour reprendre Paracelse. Le grand mérite de ce film est d’opérer (si l’on ose) un virage à 180° à l’intérieur de l’institution, permettant au soignant de la contempler en position distan

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Rien sur Robert : "La Douleur"

Drame | de Emmanuel Finkiel (Fr, 2h06) avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Rien sur Robert :

L’ironie sordide de l’actualité fait que ce film sort sur les écrans peu après la disparition de Paul Otchakovsky-Laurens, l’éditeur ayant publié le livre dont il est l’adaptation. Un livre qui aurait pu demeurer dans une confidence obstinée : Marguerite Duras prétendait avoir oublié jusqu’à l’existence de la rédaction de cette partie de son journal intime — la mémoire sait être sélective pour s’épargner certaines souffrances. Son mari Robert Antelme ayant été arrêté puis déporté, Marguerite jette sur des cahiers le cri muet de son attente quotidienne ; cette douleur sourde avivée par l’incertitude et la peur pour l’autre, pour le réseau, pour soi. Dans la moiteur d’une Occupation expirante, un flic collabo profite de l’absence de nouvelles (bonnes ou mauvaises) pour engager avec elle un jeu pervers de séduction… Mais qui instrumentalise qui ? Mémoire effacé

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"L’Amant double" de François Ozon : maux comptent double

ECRANS | Une jeune femme perturbée découvre que son ancien psy et actuel compagnon mène une double vie. Entre fantômes et fantasmes, le nouveau François Ozon transforme ses spectateurs en voyeurs d’une œuvre de synthèse. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Mercredi 31 mai 2017

Conseillée par sa gynécologue, Chloé, une jeune femme perturbée, entame une psychanalyse auprès de Paul Meyer. Mais après plusieurs séances, la patiente et le thérapeute s’avouent leur attirance mutuelle. Le temps passe et ils s’installent ensemble. C’est alors que Chloé découvre que Paul cache d’étranges secrets intimes, dont une identité inconnue… L’an dernier sur la Croisette, c’est Elle de Verhoeven qui avait suscité une indignation demi-molle en sondant les méandres obscurs du désir féminin et en démontant sa machinerie fantasmatique — sans pleinement convaincre, pour X ou Y raison. Au tour de François Ozon de s’y employer, dans le même registre élégamment sulfureux et chico-provocateur. Car l’on sait, à force, que le réalisateur adore frayer avec les tabous, s’amusant à les titiller sans jamais outrepasser les frontières de la bienséance : courtiser le scandale est à bien des égards plus excitant (et moins compromettant) que d’a

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"L’Ami, François d’Assise et ses frères" : Un biopic en ordre mineur

ECRANS | de Renaud Fely & Arnaud Louvet (Fr, 1h27) avec Jérémie Renier, Elio Germano, Yannick Renier…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Sortez vos bréviaires, règle numéro un du petit sanctifié : s’il veut que son message bénéficie d’une postérité, un prédicateur doit toujours être trahi par l’un de ses proches — voyez Jésus, qui a d’ailleurs prédit la traîtrise de Judas à ses ouailles lors de son dernier banquet. Pour Saint-François-d’Assise, c’est pareil : il aura fallu qu’un de ses apôtres assouplisse en douce les commandements rigides de sa radicale fraternité de mendiants pour que l’Église consente à la reconnaître comme étant de sa Maison. Ah, ces bonnes intentions pavant la route vers l’enfer… C’est bien joli ces plans extatiques avec petits oiseaux devant la caméra de Fely & Louvet. Et puis la verte nature rugueuse mais bienfaisante, l’hostilité du haut clergé méfiant face au vœu de pauvreté, et celle des gens d’armes imperméables aux farandoles exaltées de ces gueux hurlant leur amour… Du nanan pour le catéchisme. Bon, on ne verse pas non plus dans l’hagiographie mystique d’un Delannoy déclinant : il y a quand même des corps derrière ces esprits. Et surtout un défilé de têtes, qui porte à croire que la totalité des comédiens italiens francophones disponibl

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"La Fille de Brest" : potion amère

ECRANS | de Emmanuelle Bercot (Fr, 2h08) avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel…

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Une pneumologue brestoise découvre une corrélation entre prise d’un médicament, le Mediator, et atteinte cardiaque. Elle se battra quasi-seule face au lobby pharmaceutique et à ses confrères parisiens pour que les autorités reconnaissent la nocivité du produit… Bien moins inspirée que pour son viscéral La Tête haute (2015), Emmanuelle Bercot signe une adaptation longue, pesante et scolaire du combat acharnée du Dr Frachon. À sa décharge, un tel exercice n’a certes rien d’une sinécure. Et pour qu’une histoire “reposant-sur-des-faits-réels” récente farcie de procédures judiciaires et de jargon technique se transmute en épopée attractive, il faut au moins l’écriture divergente d’un Aaron Sorkin (The Social Network, Steve Jobs) ! Si Sid

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"La Fille inconnue" : les Dardenne, inconnus à cette maladresse

ECRANS | de Luc & Jean-Pierre Dardenne (Bel-Fr, 1h46) avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémie Renier…

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Une jeune médecin s’estimant responsable de la mort d’une fille à qui elle avait refusé d’ouvrir la porte de son cabinet, mène son enquête en parallèle de la police pour établir son identité. Ses recherches gênent… Jamais, auparavant, les Dardenne n’ont donné cette impression de passer à côté de leur film en racontant une histoire à laquelle on ne croit pas ; où l’on anticipe le moindre retournement scénaristique, même le plus improbable. Tous leurs ingrédients habituels se trouvent pourtant réunis : précarité, lâcheté, culpabilité, Gourmet, Renier, rédemption… Mais ici, ça ne prend pas. Rien que le fait de contenir une actrice explosive comme Adèle Haenel — revoyez Les Ogres ou Les Combattants, pour bien apprécier l’énergie de

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants — lumineuse et passionnée Catherine Deneuve — qui sermonne une mère irresponsable — Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries — prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le "la" du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose

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Pour une femme

ECRANS | De Diane Kurys (Fr, 1h50) avec Benoît Magimel, Mélanie Thierry, Nicolas Duvauchelle…

Christophe Chabert | Mardi 25 juin 2013

Pour une femme

Ouvertement — et lourdement — autobiographique, Pour une femme est pour Diane Kurys l’occasion de creuser un peu plus ses racines familiales, déjà abordées dans Coup de foudre et Diabolo Menthe — ses deux premiers et meilleurs films. Force est de constater qu’entre-temps — trente ans — son cinéma s’est englué dans un académisme télévisuel à base de reconstitution proprette et partant jamais crédible, de dialogues sur-écrits placés tels quels dans la bouche des acteurs, et de clichés à l’eau de rose ou plutôt au parfum éventé qui donne son titre au film. L’ennui gagne très vite face à ce ménage à trois sur fond de communisme après-guerre, d’envoyés de Moscou chargés de traquer et liquider les dignitaires nazis préparant leur exil, et de réussite sociale dans le prêt-à-porter. Les allers-retours entre le présent, où une Sylvie Testud tapote le scénario dans des chambres d’hôtel lyonnaises sur son Mac antique et rend visite à un Magimel outrageusement grimé, et le passé, mélodrame sans fougue et sans chair où deux frères convoitent la même femme, participent de la paresse dramaturgique ambi

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Elefante blanco

ECRANS | Sans atteindre les hauteurs de son précédent "Carancho", le nouveau film de Pablo Trapero confirme son ambition de créer un cinéma total, à la fois spectaculaire, engagé, personnel et stylisé, à travers un récit qui mélange foi, politique et désir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Elefante blanco

Le prologue très Werner Herzog d’Elefante blanco semble avancer en territoire inconnu. Pour échapper à des guerilleros, Nicolas (Jérémie Rénier) se réfugie dans la jungle avant de dériver sur un fleuve. Entre l’urgence et le lyrisme, Pablo Trapero affirme son envie d’un film qui embrasserait tout ce que le cinéma peut offrir comme spectacle. Déjà, dans son précédent Carancho, il disait le désespoir social de l’Argentine à travers un récit codifié façon film noir, ponctué d’éclats de violence et de grandes envolées stylistiques. Elefante blanco tente de réitérer l’exploit — et y parvient presque. La patte Trapero Nicolas est en fait un prêtre missionnaire. Il est envoyé dans un bidonville de Buenos Aires où exerce son ami Julian (le toujours parfait Ricardo Darin), prêtre lui aussi, qui tente depuis des années de renouer un lien social en construisant un hôpital. Cachant la maladie qui le ronge, sentant sa fin approcher, il voit en Nicolas un successeur possible. Mais leurs tempéraments sont opposés : Julian est calme, raisonné, diplomate ; Nic

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Possessions

ECRANS | Pour son troisième film, Éric Guirado s’inspire de l’affaire Flactif pour explorer, à travers une mise en scène passant sans cesse du chaud au froid et un quatuor d’acteurs excellents, le fossé grandissant entre les possédants et les dépossédés. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 1 mars 2012

Possessions

L’affaire Flactif (ou affaire du Grand Bornand) avait marqué la France : un couple de prolos du nord avait assassiné puis tenté de faire disparaître les corps d’une famille, dont les époux étaient aussi leurs propriétaires. Qu’on le prenne par tous les bouts, le fait-divers disait avec une grande brutalité l’écart béant qui se creusait entre ceux qui ont tout (réussite, argent, maison) et ceux qui doivent leur donner le peu qu’ils ont. Éric Guirado, en transposant librement cette histoire traumatisante, fait lui aussi un grand écart avec l’optimisme réconciliateur du Fils de l’épicier : Possessions est une œuvre au noir, jamais rassurante, et c’est cette obstination à plonger au fond de l’horreur qui en fait le prix. L’or blanc vire au rouge Le couple formé par Jérémie Rénier (gras et lourd : parfait !) et Julie Depardieu (inquiétante de ressentiment contenu) a tout du cliché : lui adepte du tuning, elle braquée sur des images de bonheur superficiel, co

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Des vents contraires

ECRANS | de Jalil Lespert (Fr, 1h31) avec Benoît Magimel, Isabelle Carré, Ramzy Bedia…

Jerôme Dittmar | Jeudi 8 décembre 2011

Des vents contraires

Cinéma français et roman hexagonal font rarement bon ménage. Adapté du livre éponyme d'Olivier Adam, déjà coupable de Je vais bien ne t'en fais pas, Des vents contraires emprunte la même voie d'un terrorisme émotionnel en quête de vérité sur la vie. Suivant la reconstruction d'un père et ses deux enfants immigrés à Saint Malo après la disparition inexpliquée de la mère, le film trouve dans ce macguffin un pur prétexte de scénario pour filmer moins l'absence de l'autre au monde, que ce qui autorise à compenser le manque en soi. Cinéma de l'égoïsme et de l'état d'âme brulé au fer rouge par son ignoble petite intrigue rondement menée, Des vents contraires ne parle que de culpabilité et de fautes à excuser ; jamais d'un authentique amour en suspens. Du côté des pères qui en bavent, Lespert filme la vie comme une épreuve et avec le réalisme d'une thérapie de plateau télé. L'auteur est plus fin lorsqu'il observe les enfants, mais il a hélas pris le pire bouquin : gris, déprimant, vain.Jérôme Dittmar

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Mon pote

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h45) avec Edouard Baer, Benoît Magimel…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

Mon pote

Il le dit lui-même en conférence de presse : Marc Esposito est un gentil. D’ailleurs, quand il évoque la base autobiographique de son nouveau film, voyant un directeur de publication engager un taulard repentant dans une rédaction pour le sortir du mitard, il précise même qu’à l’époque, à Studio Magazine, il ne pouvait bosser qu’avec des gentils. Vous l’aurez donc compris, le meilleur compliment et en même temps la pire insulte qu’on puisse faire à Mon pote, c’est de dire que c’est un film gentil. Au sens “bien brave“, inoffensif, totalement inconséquent. On ne va même pas pinailler sur l’absence totale de mise en scène (qu’Esposito assume, en toute gentillesse), sur la fin du film et sa maladresse toute pataude, ce serait inutile. Ça reviendrait à tirer non pas sur l’ambulance, mais sur un stand de barbe à papa qui écoule toute sa marchandise gratos. FC

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Les Petits Mouchoirs

ECRANS | De Guillaume Canet (France, 2h34) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel

Dorotée Aznar | Jeudi 14 octobre 2010

Les Petits Mouchoirs

Quels meilleurs qualificatifs que gentil et inoffensif pour définir Guillaume Canet ? Naïf ? Fade ? Nul ? On est méchant ? C’est vrai, mais il le faut. Car s’il manquait une preuve à ses admirateurs après le surestimé et invraisemblablement récompensé Ne le dis à personne, Les Petits Mouchoirs devrait mettre tout le monde d’accord. Inspiré par un florilège bâtard de références où se croisent pêle-mêle Jean-Marie Poiret, Yves Robert, Claude Sautet, Lawrence Kasdan et Cassavetes (sic), Canet s’offre un film de potes, avec ses potes (Cluzet, Lellouche, Dujardin etc.), pour la bagatelle de 25 millions d’euros. Un peu cher pour un projet dont l’ambition se résume, grosso modo, à filmer les tracas existentiels et sentimentaux de petits-bourgeois en vacances. Rien ne fonctionne dans ce grand film personnel sur la vie et l'amour selon Saint-Guillaume : le scénario s’acharne à combler du vide et tresser laborieusement des enjeux ; la mise en scène est molle et insignifiante ; le casting en pilotage automatique ; les personnages aussi passionnants à regarder qu’un poster de l’UMP – la palme à Marion Cotillard en anthropologue bisexuelle fumeuse de joints. L’envi

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Sans laisser de traces

ECRANS | De Grégoire Vigneron (Fr, 1h35) avec Benoît Magimel, François-Xavier Demaison…

Christophe Chabert | Jeudi 4 mars 2010

Sans laisser de traces

Le tandem Vigneron / Tirard responsable du "Petit Nicolas" nous vend un thriller qui se voudrait immoral, mais qui est surtout très bête. Résumons : un futur PDG, presque self-made-man (il a quand même épousé la fille du patron), a des remords. Le produit qui a fait sa gloire au sein de l’entreprise repose sur un brevet spolié à un petit inventeur. Pensant aller le dédommager pour régler ses problèmes de conscience, il finit par le buter avec l’aide d’un ancien pote loser. Le reste est à l’avenant de ce début branlant : mou comme de la chique, reposant sur un casting improbable (Magimel, comme absent à lui-même, et Demaison, qui est loin de savoir tout jouer…), des dialogues affreux et surtout, un parfait connard en guise de protagoniste, qui blâme le monde entier de la médiocrité de ses actes sans jamais se remettre en question. Son apologie de la «chance» ressemble en fait à un plaidoyer pour un monde décomplexé face à l’argent, au crime, à la goujaterie, etc. CC

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Le Silence de Lorna

ECRANS | de Jean-Pierre et Luc Dardenne (Fr-Belg, 1h45) avec Arta Dobroshi, Jérémie Rénier…

Dorotée Aznar | Jeudi 28 août 2008

Le Silence de Lorna

Lorna a obtenu la nationalité belge en épousant Claudy, héroïnomane paumé qui voit dans cette expatriée albanaise glaciale sa planche de salut. Mais Fabio, truand à l’origine du mariage blanc, veut que Lorna se débarrasse de son “époux“ afin de la jeter dans les bras d’un mafieux russe. Encore plus que dans L’Enfant, les frères Dardenne installent ici un dispositif cinématographique à la cohérence implacable. L’apparente froideur du récit, développée au gré d’une poignée de scènes à l’impact émotionnel fracassant, se délite peu à peu pour accompagner avec justesse le revirement psychologique de leur héroïne. Les audaces de la mise en scène s’intensifient avec maîtrise, le récit se permet de (fausses) digressions et des ellipses fulgurantes, bouleversant sans cesse l’âme et le propos du film. Autant de partis pris courageux, qui trouvent leur pleine justification dans l’immédiate réception de cette œuvre coup de poing. On sort groggy de la projection, terrassé par ce chant du cygne d’idéaux bafoués, au nom d’une quête de simili respectabilité sociale dont chaque étape se paie au prix fort. Rarement personnage aura, dans l’œuvre cinématographique des frères Dardenne, autant joué

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Coupable

ECRANS | de Laetitia Masson (Fr, 1h45) avec Hélène Fillières, Jérémie Rénier, Denis Podalydès…

Dorotée Aznar | Mercredi 20 février 2008

Coupable

Après un déjà pénible Pourquoi (pas) le Brésil, c’est la chute libre pour Laetitia Masson. Dès le prégénérique, ça sent le roussi : Michel Onfray donne en voix-off un cours de philo, les personnages parlent face caméra sur un ton sentencieux d’un fait-divers auquel on ne comprend rien, Jean-Louis Murat pianote quelques mélodies pour payer ses factures… Le reste, heureusement plus linéaire, n’en est pas moins gonflant. Un riche bourgeois a été tué, sa femme sombre dans la dépression, sa jeune et opaque maîtresse jette de l’huile sur le feu, un avocat en tombe amoureux et délaisse son épouse, pendant qu’un flic solitaire rode nonchalamment autour de ce manège. Masson cherche un ton tragi-comique à ce polar des sentiments, mais n’arrive qu’à une forme arty et prétentieuse, dont on se demande sans arrêt si elle vise une quelconque vérité humaine — si c’est le cas, c’est raté. Masson se prendrait-elle alors pour Godard, comme on le redoute à la vision du film ? Caramba ! Encore raté, car Coupable moissonne de la psychologie de bazar derrière son avant-gardisme de façade, à la manière de la littérature qui encombre les rayons des libraires à

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