Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout

ECRANS | Dernier-né des studios d’animation anglais Aardman, Les Pirates ! est un fourre-tout à la fois insipide et fatiguant, ni vraiment drôle, ni franchement trépidant, un produit indigne des créateurs de "Wallace et Gromit" et "Shaun le mouton". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 25 mars 2012

Photo : © Sony Pictures Animation INC.


Bons à rien, mauvais en tout, dit le sous-titre, afin de bien faire comprendre aux spectateurs que l'héroïsme ambivalent qui caractérise les flibustiers des mers est à chercher ailleurs. C'est vrai : à côté du Capitaine Pirate, même Jack Sparrow est un monstre de courage et d'abnégation. Alors oui, la dernière production Aardman taille des croupières au mythe du pirate cupide, méchant mais valeureux en montrant une galerie d'incapables qui n'ont plus qu'une seule ambition dans la vie, attendre la prochaine «nuit du jambon». Mais il faut avoir vécu dans une grotte hermétiquement close à toute image cinématographique pour ne pas se rendre compte que le monde de l'animation, de Pixar à Dreamworks, a fait de ce renversement des clichés un fonds de commerce juteux et, comme toute bonne idée exploitée à outrance, aujourd'hui passablement tarie. Du coup, Les Pirates ! a d'entrée un bon train de retard.

Le pirate reste à venir

Se rattrape-t-il avec son scénario, ses personnages, sa technique à l'ancienne (la plasticine, ici passée en 3D) ? Pas vraiment. Niveau intrigue, on est dans le bric-à-brac où l'objectif du Capitaine (remporter le titre de meilleur pirate de l'année) croise celui de Charles Darwin (qui cherche de son côté à décrocher un concours scientifique pour à fins toutes personnelles) et de la Reine Victoria. Il y avait ici matière à créer un double-fond pertinent entre les mythes à bout de course, la raison scientifique et la rigidité monarchique. Mais non, rien, sinon quelques private jokes culturelles avec les sœurs Brönté et John Merrick, et un amusant personnage de chimpanzé humanisé. Rien à déclarer non plus sur les seconds couteaux de l'affaire, ébauche de pistes jamais développées (comme cette fille qui se déguise en homme pour rejoindre la confrérie des pirates). Enfin, pour ce qui est de l'animation, le choix de la 3D fait perdre aux déjà rares scènes de poursuite (le point fort des productions Aardman, qu'on se souvienne de celles, énormes, dans les Wallace et Gromit) leur frénésie visuelle, obligeant à ralentir et à découper le mouvement pour garder l'action lisible. Bref, à vouloir sortir de son artisanat pour aller concurrencer les blockbusters américains, Aardman y a manifestement perdu son âme.

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Un sport qui se joue à bronze contre bronze : "Cro Man"

Animation | de Nick Park (Fr, 1h29) avec les voix (v.o./v.f.) de Eddie Redmayne/Pierre Niney, Maisie Williams/Kaycie Chase, Tom Hiddleston…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Un sport qui se joue à bronze contre bronze :

La tenue de la Coupe du Monde en juin prochain est un prétexte commode pour nous faire manger du ballon rond à toutes les sauces : en salade russe en l’honneur du pays hôte, à la française (en hommage aux vingt ans de la victoire de 1998), et même en pâte à modeler dans Cro Man grâce aux Studios Aardman — jadis mieux inspirés. A priori, rien ne laisse supposer qu’un film se déroulant à l’âge du bronze se raccroche ainsi à la grand-messe footballistique. Elle en est pourtant l’alpha et l’omega, puisque Nick Park y “dévoile” les origines accidentelles du jeu, en attribuant son invention à des hommes des cavernes pré-mancuniens. Et il montre comment leurs héritiers, menés par Doug, doivent affronter l’équipe de l’âge de Bronze dirigée par le cupide Lord Nooth, afin de conserver leur vallée. Même si les productions Aardman, référence dans le domaine du stop-motion, restent d’une constante qualité technique, Cro Man se révèle une petite déception, à l’instar de Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout

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Deux bonnes pâtes : "Wallace & Gromit - Cœurs à modeler"

Animation | de Nick Park (G-B, 0h59) animation

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Deux bonnes pâtes :

Têtes de gondole de la maison Aardman, Wallace et Gromit reviennent ces derniers mois sur les écrans à la faveur de rééditions aussi agréables à revoir que frustrantes : depuis Le Mystère du Lapin-Garou (2005), les deux comparses semblaient avoir été délaissés au profit d’un personnage plus mignon ou plus lucratif puisqu’il est devenu le héros d’une série autonome, Shaun le mouton. Composé de deux courts-métrages, Cœurs à modeler accentue ce double sentiment puisqu’il réunit A Close Shave (1995) — une fantaisie fantastique entre Delicatessen et Terminator, marquant d’ailleurs la “naissance” du jeune ovidé Shaun — et A Matter of Loaf and Death (2008), un inédit où Wallace, reconverti dans la boulange, tombe sous le charme d’une femme fatale aux allures d’ogresse jetant son dévolu sur tous les mitrons. Heureusement que l’enfariné benêt pourra compter sur la clairvoyance muette de Gromit pour le tirer de ce fichu pétrin… Bourrée d’astuces visuelles virtuoses et rythmée par un sens du gag irrési

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Shaun le mouton

ECRANS | Les studios Aardman se sont transcendés avec cette adaptation des aventures de Shaun, dont Mark Burton et Richard Starzac respectent les partis pris initiaux — gags burlesques, rythme trépidant et pas une ligne de dialogue — en y ajoutant un esprit anar réjouissant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Shaun le mouton

La jeunesse, c’est l’âge de l’enthousiasme, des grands projets, de la vie libre et insouciante. Et puis le train-train quotidien s’installe, la routine du travail, des jours qui se ressemblent et des amis que l’on ne regarde plus. En cinq minutes déjà formidables, Shaun le mouton raconte ainsi comment un fermier passe de la joie d’élever son cheptel de moutons à l’application machinale d’un planning abrutissant pour lui, mais aussi pour ses animaux, proches de la dépression. À la faveur d’une publicité entrevue sur le flanc d’un bus, les moutons se prennent à rêver d’évasion, échafaudant un plan pour échapper à la surveillance de leur berger et de son chien Bitzer, lui aussi en plein relâchement. Commence alors une aventure débridée et impossible à décrire tant elle fourmille de trouvailles visuelles. On n’est pas des moutons ! Car Shaun le mouton, adaptation d’une série animée autour d’un personnage apparu dans Rasé de près, une des aventures de Wallace et Gromit, est avant tout un défi de mise en scène : raconter une histoire sans avoir recours aux dialogues, remplacés par des borborygmes et une gamme presque symphoniq

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Creature comforts

ECRANS | PETER LORD / Aardman/Elephant

| Mercredi 13 décembre 2006

Creature comforts

Profitant malicieusement de la sortie en salles de Souris City, Elephant sort les deux premières saisons de Creature Comforts, série d'animation animalière produite par les studios Aardman. Soit 22 épisodes de 8 minutes où des animaux en pâte à modeler apportent leurs témoignages sur des sujets comme la médecine, le travail, la famille, le sport, les extra-terrestres... Reprenant la grammaire de n'importe quel reportage de JT (plan moyen et fixe avec micro dans le champ !), Creature comforts ne trompera pas longtemps les spectateurs sur sa véritable ambition : dresser un portrait d'une ampleur documentaire inédite sur l'état de l'Angleterre (dans la deuxième saison, les animaux donnent même leur avis sur la manière dont la famille Royale gère les affaires de la couronne !). Les auteurs sont donc partis interviewer des Anglais pris au hasard, ont enregistré leurs opinions, en ont gardé tout ce qui pouvait faire fonctionner le double-sens, avant de les rejouer avec un maximum de réalisme. Un tour de force technique plus tard (car Aardman fait encore de l'animation image par image, loin des facilités du numérique...), et voilà une série qui en dit long sur la résignation politique d'u

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