Cannes jour 1 : Woody et les chevaux

ECRANS | Woody Allen : un documentaire. Après la bataille.

Christophe Chabert | Vendredi 18 mai 2012

Le film d'ouverture de Cannes est-il un bon présage de la sélection à venir ? Si oui, alors Cannes 2012 devrait être exceptionnel, tant le Moonrise kingdom de Wes Anderson nous a littéralement enchanté. On en parle ailleurs, donc pas la peine de s'appesantir sur le sujet. Mais pour revenir à la question de l'ouverture comme signe annonciateur de la qualité globale, il faut se souvenir qu'en 2010, qualifiée par les festivaliers qui l'ont vécue d'annus horribilis, avait débuté avec le lamentable Robin des bois de Ridley Scott, et le reste avait été à l'avenant.  En revanche, le bon cru de 2011 avait été lancé par l'excellent Minuit à Paris de Woody Allen, qui restera par ailleurs comme un des meilleurs souvenirs de l'ex-première dame de France - on s'égare.

Or, avec une certaine malice, Thierry Frémaux a choisi de proposer aux festivaliers non pas le Woody Allen annuel (To Rome with love, privé de Cannes pour cause de sortie avancée en Italie), mais un documentaire consacré au cinéaste prolifique. En près de deux heures, on visite au pas de course une partie de la vie et de l'œuvre allenienne en compagnie de quelques compagnons de route, de critiques américains éminents et même d'un prêtre, ce qui est un peu 'What the fuck ?', disons-le. On n'y apprend pas grand chose, mais cette promenade dans la filmo du maître figure une agréable madeleine de Proust pour le cinéphile. Quelques séquences valent toutefois le détour : Woody expliquant face à son antique machine à écrire sa méthode à base de bouts de notes agrafées au scénario ; son envie de tourner vite, obligeant à adopter des formules toute faites face à des acteurs soucieux de trop bien faire histoire de passer rapidement à la prise suivante ; ou encore l'explication du furieux chaos sentimental lié à sa rupture avec Mia Farrow durant le tournage de Maris et femmes, renforçant le trouble nœud autobiographique autour du film.

Le plus amusant, du moins pour nous autres habitués du festival, débarque à la fin. D'abord avec la présentation cannoise de Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, où Woody Allen laisse éclater son mépris pour ce genre de rituels promotionnels, le temps de quelques scènes qui nous remettent en place avec virulence. Puis vient le temps de la sortie triomphale de Minuit à Paris, plus grand succès à ce jour du cinéaste, ce que Owen Wilson commente d'un rigolo : "The dude is Michael Bay !". Surtout, on assiste à l'étrange spectacle d'une boucle bouclée, comme l'éternel retour du Cannes circus : il y a un an jour pour jour, au même endroit, nous étions les acteurs de ce documentaire, et nous avons le sentiment de contempler le temps passé avec une pointe de nostalgie.

Puis vint le temps du deuxième film de la compétition, l'Égyptien Après la bataille de Yousri Nasrallah. On ne va pas tergiverser : l'affaire est très vite mal barrée. Nasrallah cherche à la fois à faire acte de fiction tout en se référant à un épisode de la Révolution Égyptienne où le pouvoir de Moubarak a fait appel à des cavaliers habitués à faire visiter les pyramides pour gagner leur vie afin de disperser les manifestants place Tahrir. Le cinéaste se sépare rapidement de cette anecdote historique et documentaire pour mettre en place ses personnages : une journaliste engagée dans la Révolution et un des cavaliers, dont elle tombe amoureuse avant de se rendre compte qu'il a participé à cette action. Celui-ci a des excuses : non seulement il n'avait pas conscience de son geste politique, mais il s'est ridiculisé face aux nombreuses caméras amateurs braquées sur l'événement, puisqu'il est tombé de son cheval et a failli être lynché par la foule.

Deux énormes problèmes se posent dans Après la bataille. D'abord, l'inflation dialoguée qui le fait ressembler à une mauvaise sitcom, qui plus est interprétée par des acteurs incertains. Nasrallah cherche de surcroît à tout aborder à l'intérieur : questions politiques et sociales (la place de la femme, le problème de l'exploitation par le pouvoir des couches populaires, la démocratie déjà confisquée par les mafieux corrompus) mais aussi enjeux sentimentaux. Il passe la plupart du temps sans transition de l'un à l'autre, créant des séquences bavardes et statiques qui s'enchaînent à un rythme monotone, à peine bousculées par quelques incartades sur le vif où les comédiens vont se mêler à la foule des révolutionnaires. Mais surtout, surtout, Après la bataille est d'une grande pauvreté cinématographique : la direction artistique est piteuse, la photo juste correcte et les quelques tentatives de la mise en scène pour se sortir du piège du champ contrechamp sont la plupart du temps ratées. On voit bien que Nasrallah, qui ne fut pas pour rien l'assistant de Youssef Chahine, a envie de prendre le relais d'une tradition ambitieuse du mélodrame égyptien. Il n'en offre hélas qu'une version Plus belle la vie, où rien, finalement, n'a d'importance : ni le présent, ni la fiction, ni le discours.

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Après la bataille

ECRANS | De Yousry Nasrallah (Egypte, 2h02) avec Mena Shalaby, Bassem Samra…

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Après la bataille

L’occasion était trop belle : le cinéma égyptien veut aussi faire son Printemps, et Yousry Nasrallah tente dans Après la bataille de mettre à jour la tradition du mélo égyptien en le parachutant au milieu de la Révolution, en cours durant le tournage. Le point de départ politique (des cavaliers jusqu’ici guides touristiques autour des pyramides sont recrutés par le régime pour aller mâter les manifestants) est donc redoublé par une intrigue amoureuse (l’un d’entre eux vit une histoire sentimentale complexe avec une journaliste proche des révolutionnaires). Le problème, c’est que Nasrallah ne crée de lien entre ces deux plans qu’en sombrant dans le schématisme et une esthétique de téléfilm aux dialogues lourdement démonstratifs. Chaque séquence semble là pour illustrer un aspect du problème, et les personnages (incarnés par des acteurs au jeu approximatif) finissent toujours par se lancer dans de grands discours au moment où, au contraire, ils devraient se laisser aller à de l’intimité et à de la quotidienneté. C’est finalement le plus grand échec d’Après la bataille : ne pas savoir mettre en scène les sentiments sinon à la manière, artificielle, des telenovelas

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Cannes : l’Amour dure 15 jours

ECRANS | Palmarès décevant pour festival décevant : Cannes 2012 a fermé ses portes le dimanche 27 mai, laissant une poignée de beaux films, une Palme logique et quelques figures récurrentes d’un film à l’autre. Dernier bilan. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 31 mai 2012

Cannes : l’Amour dure 15 jours

La semaine dernière, on promettait la Palme d’or à Leos Carax et à son Holy motors. On y croyait, persuadés que Nanni Moretti allait être sensible à cette ode enthousiaste à un cinéma finissant, dont les relents autobiographiques n’étaient pas sans rapport avec son Journal intime. Finalement, c’est l’incontestable Amour de Michael Haneke qui l’a emporté, le film le plus abouti de la compétition, un chef-d’œuvre certes mais qui paraissait presque trop attendu dans ce rôle. Après Oncle Boonmee et Tree of life, on rêvait à nouveau d’un film hors norme au sommet d’un festival 2012 beaucoup trop normé. Ce que le reste du palmarès, pas loin d’être indigne, n’a fait que souligner : surestimation d’œuvres imparfaites (Au-delà des collines, Reality), sacre de cinéastes dans une mauvaise passe (Reygadas, dont la sorcellerie a viré au charlatanisme, Loach et son téléfilm paresseux)… Seule la Caméra d’or au fabuleux Beasts of the southern wild n’a pas fait un pli. Le jury a même oublié un très beau film surgi au dernier jour du festival : le magnifique

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Cannes 2012, le palmarès : Et maintenant, on va où ?

ECRANS | Pendant tout le festival de Cannes, nous avions en tête l’édition 2010, «l’édition de la mort» comme on a pris la peine de l’appeler, celle où la compétition (...)

Christophe Chabert | Lundi 28 mai 2012

Cannes 2012, le palmarès : Et maintenant, on va où ?

Pendant tout le festival de Cannes, nous avions en tête l’édition 2010, «l’édition de la mort» comme on a pris la peine de l’appeler, celle où la compétition avait été particulièrement médiocre. Cette année-là, le Palmarès de Tim Burton et de son jury avait sauvé les meubles en récompensant Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakuhl. Ce n’était pas le meilleur film de la compétition — selon ses goûts, on pouvait préférer Poetry, Another year ou Des hommes et des Dieux ; mais c’était celui qui ouvrait le plus de perspectives sur le cinéma du futur. En 2012, la compétition, faiblarde, comportait tout de même à l’arrivée plus de grands films qu’en 2010. On en a compté cinq : Amour, Holy Motors, Mud, De rouille et d’os et Moonrise kingdom. Il y avait donc largement de quoi confectionner un palmarès qui allait laisser un bon souvenir de cette édition. Mais Nanni Moretti a réussi l’exploit jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’aux raisons avancées pour la remise d’une Palme pourtant logique, de souligner au contraire à quel point le festival avait failli cette année. Commençons donc par cette

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Cannes jours 10 et 11 : In the Mud for love

ECRANS | Mud de Jeff Nichols. L’Ivresse de l’argent de Im sang-Soo. Thérèse Desqueyroux de Claude Miller.

Christophe Chabert | Dimanche 27 mai 2012

Cannes jours 10 et 11 : In the Mud for love

Si c’était un scénario, ce serait un coup de théâtre ; si c’était un match de foot, on parlerait de but dans les arrêts de jeu ; mais nous sommes au festival de Cannes, et la présentation de Mud de Jeff Nichols le dernier jour de la compétition, à 8h30, a vraiment tout bouleversé. Ce film-là, c’est celui qu’on n’attendait plus, celui qui vient remplir un vide criant jusque-là : la grande œuvre américaine, romanesque et ample, n’ouvrant aucun horizon nouveau dans le cinéma mais prolongeant ce qui est peut-être sa ligne la plus essentielle, passant par Moonfleet, La Nuit du chasseur, Cyclone à la Jamaïque ou plus récemment True Grit… C’est une petite surprise de la part de Jeff Nichols. S’il n’en est qu’à son troisième film, on avait déjà quelques idées arrêtées sur son œuvre : Shotgun stories et Take shelter laissaient deviner un cinéaste ambitieux, cherchant à

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Cannes jour 9 : Grillés

ECRANS | The Paperboy de Lee Daniels. Dans la brume de Sergeï Loznitsa.

Christophe Chabert | Vendredi 25 mai 2012

Cannes jour 9 : Grillés

Il sera temps, d’ici le palmarès dimanche soir, de tirer un bilan définitif de ce Cannes 2012, mais on affûte déjà nos couteaux, tant les jours qui viennent de s’écouler ne plaident pas en sa faveur. Reste un (immense) espoir demain avec le Mud de Jeff Nichols — on vient de voir le Im Sang Soo, pas mal mais quand même très mineur, on en reparlera demain ; mais il faut le dire, arrivé à un tel stade de désillusion globale, on préfère ne plus s’attendre à rien. Au moins pourra-t-on être agréablement surpris. Car depuis jeudi soir, toutes les personnes croisées, journalistes, exploitants ou simples cinéphiles faisaient le même constat : «Vivement que ça se termine !». À la traditionnelle fatigue du marathon cannois s’ajoutait ainsi un certain agacement quant à la longue série de mauvais films vus en compétition, et ce n’est pas pour rien si le rythme des projections s’est spectaculairement ralenti pour nous : deux films et demi jeudi, deux ce vendredi, au lieu des quatre ou cinq quotidiens pendant le reste du festival. À un moment, plus rien ne suit : ni le corps, ni l’esprit, et cela conduit même à de fâcheuses situations, comme la projo de

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Cannes, entre la panne et le moteur

ECRANS | Curieuse édition du festival de Cannes, avec une compétition de bric et de broc pleine de films d’auteurs fatigués et dont le meilleur restera celui qui annonça paradoxalement la résurrection joyeuse d’un cinéma mort et enterré. Du coup, c’est le moment ou jamais de parler des nouveaux noms que le festival aura mis en orbite. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 mai 2012

Cannes, entre la panne et le moteur

Comme il y a deux ans, le jour férié nous oblige à boucler avant la fin du festival de Cannes et la remise de la Palme d’or. Mais comme il y a deux ans, on a déjà hâte que l’affaire se termine, tant la compétition aura été laborieuse, et même parfois pénible à suivre. Surtout, sa diversité n’a pas été payante. En quelques heures, on pouvait passer d’un navet faussement personnel et vraiment putassier (le redoutable Paperboy de Lee Daniels, qui mérite des tomates après son déjà horrible Precious) à un sommet d’académisme moderniste à base d’acteurs inexpressifs, de dialogues séparés par d’interminables et grossiers silences et de plans sous tranxène sur des gars qui marchent dans les bois (le soporifique Dans la brume de Sergeï Loznitsa, qui mérite des œufs pourris après son déjà pontifiant My joy). Et on n’oubliera pas dans la liste le très Vogue Homme Sur la route de Walter Salles, où la beat generation réduite à un clip publicitaire sur la mode des hipsters, ou encore le téléfilm de Ken Loach, La Part des anges, d’une fainéantise hallucinante que ce

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Cannes jour 8 : Suicide mexicain

ECRANS | Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas. Elefante blanco de Pablo Trapero.

Christophe Chabert | Jeudi 24 mai 2012

Cannes jour 8 : Suicide mexicain

Cette huitième journée cannoise restera comme la première journée post-Holy Motors. Il est vrai que le film de Carax a tellement retourné les festivaliers (à quelques exceptions près, comme les rédacteurs de Positif, étrangement agressifs à son encontre) que toute la journée, en plus d’y repenser — hier, par exemple, on a complètement omis de préciser qu’on y voit à l’intérieur une séquence appelée à devenir mythique, celle dite de l’entracte — on n’imaginait plus que le film puisse repartir sans la Palme d’or. Hier soir après la projection, le festival avait l’air de commencer enfin. Mais dès ce matin, il avait surtout l’air d’être fini. Bizarre. Ce n’est pas le pénible Sur la route qui allait dissiper cette impression. On en parle ailleurs, donc pas besoin de disserter ici sur ce monument de cinéma culturel, académique et scolaire. Mais le deuxième film de la compétition ce jour, signé Carlos Reygadas, nourrissait de sérieux espoirs de rajouter un bon film pour relever le niveau. Il ne faut pas longtemps pour comprendre que cette question (bon

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Cannes jour 7 : Leos Carax’ Holy Grail

ECRANS | Killing them softly d’Andrew Dominik. Le Grand soir de Gustave Kervern et Benoît Délépine. Holy Motors de Leos Carax.

Christophe Chabert | Mercredi 23 mai 2012

Cannes jour 7 : Leos Carax’ Holy Grail

En cours d’après-midi, le soleil est enfin revenu sur la Croisette, et ça tombe bien car à la fatigue, logique après une semaine de festival, s’ajoutait une petite déprime liée à la pluie incessante et au ciel bouché. Sans parler de cette compétition maudite qui commençait insidieusement à nous taper sur le système — on a vraiment eu du mal à digérer le téléfilm de Ken Loach mais aussi les réactions complaisantes d’une partie de la presse et du public à sa présentation. L’éclaircie, d’ailleurs, est d’abord venue ce matin avec la présentation de Killing them softly, nouveau film d’Andrew Dominik qui reforme avec Brad Pitt la paire de L’Assassinat de Jesse James. Disons-le, on aime bien le film, qui pourtant ne fait rien pour être aimé et lance régulièrement de gros fucks aux spectateurs. Exemples : vous venez voir la star du film ? Patientez donc une bonne vingtaine de minutes avant de la voir se pointer à l’écran. Vous avez envie d’assister à un bon polar ? L’intrigue est alambiquée, et quand on la pose à plat, paraît bien banale. Vous voulez de l’action ? Il n’y en aura quasiment pas, et le seul meurtre spectaculaire du film est désamo

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Cannes jour 6 : Le Crépuscule des vieux

ECRANS | No de Pablo Larrain. Vous n’avez encore rien vu d’Alain Resnais. La Part des anges de Ken Loach

Christophe Chabert | Mardi 22 mai 2012

Cannes jour 6 : Le Crépuscule des vieux

Dans ce journal quotidien (ou presque) du festival, on n’a pas le temps de parler de tout ce que l’on voit au fil des projections (déjà 23 films au compteur, quand même). Parmi les oublis que l’on ne se pardonne pas, il y a le formidable No de Pablo Larrain, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, et qui restera comme un des sommets de cette édition. Larrain aborde pour la troisième fois consécutive les années Pincochet après Tony Manero et Post mortem, films certes forts et pertinents, mais un brin auteurisants et fermés sur leur dispositif formel. Avec No, le cinéaste chilien passe une sacrée vitesse, puisque ledit dispositif se résume en une seule idée : No ressemble à une vieille VHS des années 80, avec ses couleurs baveuses et son écran 4/3. Coquetterie moche ? Pas du tout, mais alors pas du tout. Dans No, Larrain raconte la campagne autour du plébiscite pro-Pinochet de 1988, signe d’ouverture démocratique qui devait théoriquement conforter le pouvoir du dictateur vieillissant. En adoptant la forme télévisuelle de l’époque, il peut donc intégrer toutes les archives, véridiques quoique souvent a

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Cannes Jours 4 et 5 : Les yeux (et tout le reste) mouillés

ECRANS | Lawless de John Hillcoat. Jagten de Thomas Vinterberg. Like someone in love d’Abbas Kiarostami. Amour de Michael Haneke.

Christophe Chabert | Lundi 21 mai 2012

Cannes Jours 4 et 5 : Les yeux (et tout le reste) mouillés

Ce festival de Cannes restera sans doute dans les mémoires pour au moins une raison : la météo particulièrement capricieuse. La journée de dimanche aura été pour le moins agitée : traversée épique de la Croisette sous des bourrasques qui retournaient les parapluies et faisaient s’effondrer les barrières, queue interminable dans des files d’attente de gens frigorifiés et trempés jusqu’à l’os (et sans rouille), arrivée dans le Palais surpeuplé transformé en camps de réfugiés connectés (les réseaux sont saturés cette année, chacun étant venu minimum avec un ordi, un smartphone et une tablette !) et patinoires à l’entrée des salles lorsque tout le monde referme son pépin, créant une mare glissante pour les festivaliers. Le plan vigipirate draconien en a volé en éclats : plus personne ne fouillait rien du tout, tellement la situation devenait critique. Mieux vaut en rire, d’autant plus que la compétition continue clopin clopant. Ce fut d’abord le redoutable Lawless de John Hillcoat. Pour ceux qui se demandaient après le raté La Route

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Cannes jour 3 : Par-delà les limites

ECRANS | Au-delà des collines de Cristian Mungiu. Laurence Anyways de Xavier Dolan. Beasts of the southern wild de Benh Zeitlin

Christophe Chabert | Dimanche 20 mai 2012

Cannes jour 3 : Par-delà les limites

Les projections s'enchaînent à la vitesse de l'éclair, confirmant que si Cannes 2012 n'a pas encore prouvé qu'il était un bon cru, il s'avère particulièrement riche en propositions, au risque de ne plus savoir où donner de la tête. Commençons par la compétition qui, pour l'instant, ne décolle pas vraiment. On misait gros sur le nouveau film de Cristian Mungiu, récipendiaire de la Palme pour son excellent 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Mais Au-delà des collines est une déception, et si on ne participera pas au lynchage qui a commencé à la fin de la projection de presse, force est de reconnaître que le cinéaste a sans doute pêché par excès d'orgueil. Le pêché est au centre du film, qui raconte les retrouvailles entre deux filles, amantes lorsqu'elles vivaient ensemble dans le même pensionnat et qui se sont séparées temporairement. Alina est allée travailler comme serveuse en Allemagne ; Voichita a trouvé refuge dans un monastère orthodoxe isolé sur une colline au-dessus de la ville. Alina revient en Roumanie espérant emmener avec elle Voichita, mais celle-ci tergiverse, visiblement tiraillée entre sa foi nouvelle et son ancienne amoureuse.

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Beaucoup d’amour, peu d’érections

ECRANS | Le 65e festival de Cannes arrive déjà à mi-parcours de sa compétition, et celle-ci paraît encore bien faible, avec ce qui s’annonce comme un match retour de 2009 entre Audiard et Haneke et une forte tendance à la représentation du sentiment amoureux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 20 mai 2012

Beaucoup d’amour, peu d’érections

Serait-ce la nouvelle loi cannoise ? Pour une année de compétition passionnante, la suivante serait forcément décevante ou mineure. Le cru 2009 était exceptionnel, celui de 2010 fut cauchemardesque ; l’édition 2011 était brillante, celle de 2012 a démarré piano. Tout avait pourtant bien commencé avec un film d’ouverture extraordinaire, Moonrise kingdom de Wes Anderson, et la projection du Audiard, De rouille et d’os. Puis vint le temps des désillusions : par exemple Après la bataille de Yousri Nasrallah, qui se complait dans une forme de soap opéra ultra-dialogué alors qu’il avait manifestement l’envie de retrouver le lustre des grands mélodrames égyptiens. Évoquant la Révolution récente, le cinéaste tombe dans le piège du cinéma à sujet, didactisme balourd que l’intrigue sentimentale ne vient pas alléger, au contraire. Nasrallah veut aborder tous ses enjeux en même temps, mais oublie complètement de les mettre en scène. Catastrophe aussi avec Paradis : Amour d’Ulrich Seidl, où la misanthropie du réalisateur éclate à tous les plans. Fustigeant à la fois les vieilles Autrichiennes qui vont au Kenya pour se payer une tranche de tourisme sexuel e

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Cannes jour 2 : La réalité et ses doubles

ECRANS | Reality de Matteo Garrone. Paradis : Amour d'Ulrich Seidl.

Christophe Chabert | Samedi 19 mai 2012

Cannes jour 2 : La réalité et ses doubles

Alors que la pluie commence à s'abattre sur les festivaliers, la compétition dessine peu à peu ses enjeux. Les sentiments sont à vifs cette année, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c'est Moonrise kingdom et De rouille et d'os ; le pire, c'est Après la bataille et l'affreux Paradis : Amour d'Ulrich Seidl, qui a pris tranquillou la place du film à détester de la sélection. Comment pourrait-il en être autrement quand le cinéaste autrichien, creusant un sillon qui ne semble plus intéresser que lui, déballe d'entrée toute sa misanthropie, le temps d'une séquence insupportable où des handicapés mentaux se rentrent dedans avec des auto-tamponneuses, la caméra vissée au pare-brise pour insister sur leurs visages grimaçants. Ulrich Seidl déploie ensuite sa haine envers ses compatriotes avec quelques scènes en famille où la laideur le dispute à l'enfer du quoti

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Moonrise kingdom

ECRANS | Poussant son art si singulier de la mise en scène jusqu'à des sommets de raffinement stylistique, Wes Anderson ose aussi envoyer encore plus loin son ambition d'auteur, en peignant à hauteur d'enfant le sentiment tellurique de l'élan amoureux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 16 mai 2012

Moonrise kingdom

Revoici Wes Anderson, sa griffe de cinéaste intacte, dès les premiers plans de Moonrise kingdom. Sa caméra explore frontalement une grande demeure comme s'il visitait une maison de poupée dont il découperait l'espace en une multitude de petits tableaux peuplés de personnages formidablement dessinés. Au milieu, une jeune fille aux yeux noircis au charbon, cousine pas si lointaine de Marion Tenenbaum, braque une paire de jumelles vers nous, spectateurs. Ce n'est pas un détail : d'observateurs de ce petit théâtre, nous voilà observés par cette gamine énigmatique, dont on devine déjà qu'elle a un train d'avance sur les événements à venir. L’art de la fugue Par ailleurs, la bande-son se charge, via un opportun tourne-disque, de nous faire un petit cours autour d'une suite de Benjamin Britten. Où l'on apprend que le compositeur, après avoir posé la mélodie avec l'orchestre au complet, la rejoue façon fugue en groupant les instruments selon leur famille. Là encore, rien d'anecdotique de la part d'Anderson. Cet instant de pédagogie vaut règle du jeu du film à venir, où il est question d'enfance (qui n'est pas un jeu), de fugue (qui n'est pas musicale)

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Cannes 2012 : J-1…

ECRANS | Cette année, le festival de Cannes s’annonce musclé : pas seulement à cause de sa compétition, face à laquelle on nourrit quelques sérieux espoirs, mais aussi grâce à ses sections parallèles, particulièrement alléchantes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 mai 2012

Cannes 2012 : J-1…

Comme on dit dans les films : nous voilà arrivés sur site. Accréditation retirée, premières mains serrées, programme étudié à la loupe et c’est déjà les starting blocks pour découvrir demain matin, à peu près en même temps que vous lecteurs, Moonrise kingdom de Wes Anderson, film d’ouverture de ce 65e festival de Cannes. C’est la particularité de cette édition, et c’est loin d’être une mauvaise chose : les spectateurs pourront découvrir en synchrone avec les festivaliers, quatre œuvres parmi les plus attendues de la compétition… Moonrise kingdom donc, mais aussi De rouille et d’os, le nouveau Jacques Audiard, Sur la route que Walter Salles a adapté de Jack Kerouac, et Cosmopolis, que David Cronenberg a lui tiré de Don De Lillo. Les 17 autres films de la compét’ procurent quelques beaux frissons d’excitation, à commencer par le quatuor «américain» (même si deux cinéastes sur quatre sont d’origine australienne !) : Killing them softly d’Andrew Dominic avec Brad Pitt, Lawless de John Hillcoat avec un putain de c

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