Lumière pas tout à fait allumé

ECRANS | En l’absence d’annonce du prochain Prix Lumière, repoussée sine die, la programmation du prochain festival Lumière fait figure de poulet sans tête : on ne commentera donc que les plumes et les pattes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 20 juin 2012

Tout le monde attendait Scorsese pour le Prix Lumière 2012, et ce ne sera pas lui ! Qui à sa place (et pour prendre la suite de Eastwood, Forman et Depardieu) ? Eh bien, on n'en sait rien, car visiblement Thierry Frémaux et son équipe se sont retrouvés coincés par les disponibilités de leur invité(e) potentiel(le)… L'annonce du nom qui sortira du chapeau se fera donc sans tambour, ni trompette, ni date précise — on espère juste que cela ne se passera pas en plein cœur de l'été, quand tout le monde, critiques et cinéphiles compris, ont la tête et les jambes en vacances.

La tête — car c'est bien de cela qu'il s'agit : une tête couronnée par un festival qui établit peu à peu un hall of fame de l'art cinématographique, manque donc pour cette future édition de Lumière, mais le reste du corps est déjà esquissé. À commencer par les rétrospectives qui oscillent entre classicisme et innovation. D'un côté, hommage à Vittorio De Sica, le cinéaste du Voleur de bicyclette, patron du néo-réalisme, confirmant après Leone, Visconti et l'an dernier, les deux beaux films d'Elio Petri, la relation privilégiée et transalpine entre Lumière et l'Italie ; autre hommage attendu, celui rendu à Max Ophüls, dont l'Institut Lumière avait déjà programmé l'œuvre il y a deux ans, mais qui bénéficiera cette fois-ci de copies numériques restaurées.

Plus original — même si le choix des films reste encore flou, l'hommage à Dean Martin acteur, qui fut introduit pour la présentation par la séquence chantée de Rio Bravo, aussi mythique que discutable quant à sa présence dans ce film par ailleurs parfait.

Enfin, on trouvait dans le dossier de presse à la sortie la trace d'une suite potentielle aux raretés américaines des années 70 qui nous avaient enchantées il y a deux éditions, mais curieusement celle-ci ne fut pas évoquée au cours de la présentation par Thierry Frémaux. Pour ne pas recréer la fausse joie de voir annoncée la présence des deux films de Jeremy Paul Kagan, comme il y a deux ans justement ? À suivre donc (et de près).

Par contre, fut largement introduite la projection de la version intégrale et restaurée de La Porte du paradis de Michael Cimino, chef-d'œuvre absolu qui, ironie, est aussi l'acte de décès du cinéma américain frondeur et personnel des années 70. La présence de Cimino n'est pas encore certaine, mais si c'était le cas, ce serait un sacré événement.

Au rayon invités de marque, Max Von Sydow, dont le festival montrera trois films (on ne sait pas lesquels) et Lalo Schifrin, compositeur des musiques de Dirty Harry, Bullitt, mais aussi du score  légendaire de Mission : Impossible.

Pour ce qui est des restaurations, cette année devrait être la bonne pour deux films déprogrammés les éditions précédentes (Cléo de 5 à 7 d'Agnès Varda et Les Misérables de Raymond Bernard), et on verra, après sa projection à Cannes Classics, la version de 4h15 d'Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. Sans oublier la fameuse version restaurée par Wild side de La Nuit du chasseur, un des plus grands films de l'Histoire du cinéma que le festival analysera à l'aide des boni du Blu-Ray patiemment confectionnés par l'éditeur. C'est à peu près tout niveau films, et il faudra donc ronger son frein encore quelques temps avant d'en savoir plus (et tirer, déjà, quelques perspectives sur cette future édition).

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Le festival Lumière 2012 a fait le plein !

ECRANS | La 4e édition a été fréquentée par près de 100 000 personnes en six jours (du 15 au 21 octobre) avec 72 000 spectateurs de films, 27 000 visiteurs des villages (...)

Christophe Chabert | Jeudi 25 octobre 2012

Le festival Lumière 2012 a fait le plein !

La 4e édition a été fréquentée par près de 100 000 personnes en six jours (du 15 au 21 octobre) avec 72 000 spectateurs de films, 27 000 visiteurs des villages du festival, des expositions, de la bourse «Cinéma Monplaisir» et des animations et rencontres organisées autour des projections.Achevé devant 4000 spectateurs ayant assisté à la projection de La Porte du paradis en présence du réalisateur Michael Cimino et de l’actrice Isabelle Huppert, le festival a couronné cette année Ken Loach.Le réalisateur britannique s’est vu remettre des mains d’Eric Cantona, son acteur dans Looking for Richard, le Prix Lumière. Il succède ainsi à Clint Eastwood, Milos Forman et Gérard Depardieu.L'ex-joueur, devenu comédien, a décrit le cinéaste comme «un homme à la hauteur des convictions qu'il défend. Un des deux êtres exceptionnels rencontrés dans [sa] vie avec Alex Ferguson [entraîneur de Manchester United].» De son côté, le récipiendaire a voulu redire tout ce que la France et le Festival de Cannes avaient fait pour lui et, sou

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Une histoire de films

ECRANS | Dans une édition 2012 remplie d’œuvres fleuves, d’"Il était une fois en Amérique" à "La Porte du Paradis", Lumière 2012 propose un film qui les englobe tous, "Story of film", gigantesque encyclopédie filmée signée Mark Cousins. 15 heures pour résumer 115 ans d’Histoire du cinéma : un pari aussi fou que génial. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 12 octobre 2012

Une histoire de films

Il y aura deux manières de vivre intensément Lumière 2012. La première, classique, consistera à poser une semaine de vacances et à piocher dans la très riche programmation du festival, dans ses rétrospectives, ses événements, ses rencontres… La seconde, plus audacieuse, consiste à demander son jeudi à son généreux employeur et à se rendre au Pathé Cordeliers dès 9 heures du matin pour suivre les 15 heures de Story of film de Mark Cousins. Car si plus de 70 films seront projetés au cours du festival, Story of film est celui qui les contient tous. Vous voulez savoir quelle est l’importance de Vittorio De Sica et de son scénariste Cesare Zavattini dans le courant néo-réaliste italien et ce qui les oppose à Roberto Rossellini ? Vous vous interrogez sur l’importance du Septième sceau dans l’œuvre d’Ingmar Bergman ? Vous avez envie de découvrir pourquoi le Nouvel Hollywood s’est fracassé sur La Porte du Paradis ? Vous voulez saisir ce qu’il y a de neuf dans le regard que pose Agnès Varda sur Corinne Marchand dans Cléo de 5 à 7 ? Vous désirez retourner à la source du réalisme social anglais dont Ken Loach est aujourd’hui le dépositai

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L’esprit Loach

ECRANS | Pour avoir suivi de près les trois premières éditions de Lumière, on sait d’expérience à quel point le choix de la personnalité pour recevoir le Prix Lumière influe (...)

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

L’esprit Loach

Pour avoir suivi de près les trois premières éditions de Lumière, on sait d’expérience à quel point le choix de la personnalité pour recevoir le Prix Lumière influe sur l’esprit général du festival. La star Eastwood avait tout écrasé en 2009, et Depardieu avait laissé planer un parfum de nostalgie plombante sur l’édition 2011. En revanche, la simplicité et la vitalité de Milos Forman, son envie intacte de faire du cinéma au présent, expliquaient grandement la réussite de Lumière 2010, équilibré, joyeux et populaire. On s’avance sans doute, mais on pressent que l’édition 2012 sera du même acabit, tant Ken Loach est lui aussi un cinéaste peu enclin à regarder en arrière. C’est l’âme même de ses films, qui ne baissent jamais les bras même lorsqu’ils sondent des abîmes de noirceur et de désespoir. Mais son engagement politique et citoyen, sa passion pour le foot, son humour british, tout cela devrait irradier la fin de la manifestation. Dans la rétrospective de son œuvre, il y a de belles perles à découvrir pour toute une génération de spectateurs : Kes, bien sûr, mais aussi Raining stones, Ladybird, Land and freedom, Sweet si

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Paradis retrouvé

ECRANS | Morceau de choix pour terminer le festival : la version restaurée et intégrale de "La Porte du Paradis", film maudit devenu film mythique, date-clé de l’Histoire du cinéma qui marque la fin d’une utopie hollywoodienne mais aussi le purgatoire d’un cinéaste immense, Michael Cimino.

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Paradis retrouvé

Qui a vu La Porte du Paradis ? Du moins, qui a vu sa version intégrale ? Aux Etats-Unis, où la sortie du film provoqua la faillite de United Artists, le studio qui l’avait produit, presque personne. En France, sans doute un peu plus puisqu’à l’initiative de Patrick Brion, infatigable animateur du Cinéma de minuit sur France 3, le film fut finalement distribué en 1989 dans le montage de 3h45 souhaité par Michael Cimino. Les bizarreries des droits ont voulu que seul le DVD américain reprenne cette version, le DVD français exploitant celle de 2h20, qui n’est pas seulement un "raccourcissement" mais une véritable réécriture de son propos. De toute façon, qui a envie de voir La Porte du Paradis en DVD ? Car ce film monde et monstre ne prend son sens que sur un très grand écran, avec ses centaines de figurants, sa passion du détail, son ampleur décorative, son sens de l’espace. Dernière frontière Le fiasco du film est resté comme une blessure profonde dans l’histoire hollywoodienne. On a parlé de la mort de United Artists, mais c’est surtout la fin d’une utopie que cet échec entérine : le Nouvel Hollywood, dont Michael Cimino fut le temps d

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Lumière, clap de début

ECRANS | Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le (...)

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Lumière, clap de début

Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le coup d’envoi. OK. Mais il y aura aussi au cours de cette soirée un grand film et un grand cinéaste à l’honneur, ce qui est quand même l’essentiel pour un festival qui s’intéresse au patrimoine cinématographique. En l’occurrence Jerry Schatzberg et son Épouvantail daté 1973, parfait résumé de ce Nouvel Hollywood qui s’intéressait aux outsiders de l’Amérique et les emmenait sur les routes pour des trajets autant physiques qu’existentiels. Au centre, le tandem Hackman/Pacino, l’un jovial, l’autre torturé, soit une certaine idée de la perfection dans le jeu. La mise en scène de Schatzberg capte leur énergie entre désir de classicisme (le Scope, les grands espaces) et modernité (un fabuleux travail de déconstruction sonore et visuelle qu’il avait déjà expérimenté dans Portrait d’une enfant déchue, son premier film). Le lendemain, c’est bombance avec le début des grandes rétros

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Lumière est un long film fleuve tranquille

ECRANS | Plus éclatée que lors des éditions précédentes, la programmation de Lumière 2012 ménagera films monstres, raretés, classiques restaurés, muets en musique et invités de marque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Lumière est un long film fleuve tranquille

Elle aura tardé à arriver, mais la voici, presque définitive — manquent encore le film d’ouverture et le film choisi pour la remise du Prix Lumière à Ken Loach : la programmation du festival Lumière 2012. Autant dire tout de suite que par rapport à ce qui avait été annoncé en juin, beaucoup de choses ont changé ou se sont affinées : ainsi, la rétro Ken Loach se concentrera sur la deuxième partie de sa carrière, de Raining stones à Route Irish, avec en guise de curiosité le téléfilm Cathy Come Home. En revanche, plus de traces des raretés du cinéma américain des années 70, remplacées par l’intégrale de la saga Baby Cart, fameux sérial cinématographique hongkongais avec son samouraï promenant un bébé dans une poussette. Six films qui auront droit à une journée de projection au Cinéma opéra, ce qui marque d’ailleurs une des tendances du festival cette année : les marathons cinématographiques. Que ce soient les quinze heures de The Story of film (documentaire monstre sur l’histoire du cinéma), les 4h15 d’Il était une fois en Amérique dans sa versio

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Lueurs et Lumière

ECRANS | Prix Lumière à Ken Loach, hommages à Max Ophüls, Vittorio De Sica, Dean Martin et Max Von Sydow, versions intégrales et restaurées de "La Porte du Paradis" et d’"Il était une fois en Amérique", ciné-concert autour de "Loulou" : le prochain festival Lumière a déjà ses contours, en attendant d’en remplir le centre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 août 2012

Lueurs et Lumière

Tombée en plein milieu du mois de juillet, l’annonce du Prix Lumière aura donc été précédée de trois semaines de suspens et de rumeurs. C’est finalement Ken Loach qui viendra chercher le trophée à la Salle 3000 de la Cité Internationale le vendredi 19 octobre, et aura droit durant le festival à une rétrospective de son œuvre. Loach peut se réjouir : il vient de connaître un de ses plus grands succès public en France avec La Part des anges (en plus d’un très généreux Prix du jury à Cannes). Les cinéphiles semblent prêts à faire le tri dans sa filmographie, qui a avancé depuis vingt ans au pas de course, un film par an ou presque, dans des registres assez divers, avec comme dénominateur commun une vision politique de l’histoire passée et contemporaine de son pays, l’Angleterre. On s’amusera de l’ironie qui veut qu’un cinéaste d’ultra-gauche prenne la succession d’un acteur (Depardieu) qui, cette année, aura surtout fait parler de lui par son soutien tonitruant à Nicolas Sarkozy au cours de la dernière présidentielle : l’alternance, c’est aussi ce

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Ken Loach : un Prix Lumière en rouge et noir

ECRANS | Après trois semaines de suspense, c’est finalement le réalisateur anglais, chef de file d’un cinéma social plus noué qu’on ne le croit, qui se verra décerner le quatrième Prix Lumière en octobre prochain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 12 juillet 2012

Ken Loach : un Prix Lumière en rouge et noir

Les rumeurs laissaient entendre que le quatrième lauréat du Prix Lumière serait à chercher du côté des États-Unis. Surprise : c’est finalement un nouveau cinéaste européen qui fait figure d’heureux élu, puisqu’il s’agit du Britannique Ken Loach, 76 ans en juin dernier, et une filmographie imposante d’une trentaine de longs-métrages, dont la production s’est accélérée à l’aube des années 90, sans doute sa période la plus incontestablement passionnante. Loach démarre, comme beaucoup de ses compatriotes cinéastes à l’époque (Frears, Mike Leigh…) à la télévision, avant de franchir le cap du grand écran en 1967 avec Poor cow (Pas de larmes pour Joy), beau mélodrame avec un formidable Terence Stamp. Dès ce premier film, Loach, à travers un réalisme synchrone avec les nouvelles vagues qui naissent un peu partout dans le monde, s’intéresse aux classes populaires anglaises et à leurs difficultés d’existence, même si le film cherche aussi à capter l’élan amoureux de la jeunesse dans un mouvement pop typique de l’Angleterre sixties. Deux ans plus tard, Kes propulse Loach dans la cour des grands. Le film e

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