Sur un air de Pan

Christophe Chabert | Lundi 2 juillet 2012

L'Été en Cinémascope, le programme de films en plein air de l'Institut Lumière, a commencé mardi dernier avec la projection de César et Rosalie en hommage à Romy Schneider (auquel le Zola consacre aussi une rétrospective cet été, on y reviendra).

Pour sa deuxième séance, c'est le magnifique Le Labyrinthe de Pan qui sera proposé aux spectateurs de la Place Ambroise courtois. Sommet provisoire dans l'œuvre de Guillermo Del Toro (qui, il est vrai, n'a tourné depuis que le beau Hellboy II, se faisant régulièrement éjecter ensuite de tous les projets auxquels il fut associé), le film raconte la guerre d'Espagne du point de vue d'une petite fille dont la mère a épousé en secondes noces un capitaine de l'armée franquiste particulièrement cruel (Sergi Lopez, parfait même s'il n'a pas caché par la suite sa difficulté à s'adapter à la direction très mécanique du cinéaste). Pour affronter la violence de la réalité, elle s'évade dans un monde imaginaire qui n'est pas fait que de merveilles, mais aussi de monstres effrayants et d'aventures périlleuses.

Le dialogue entre ces deux univers n'est jamais simpliste, Del Toro ne faisant pas de l'imagination une consolation, mais une nécessaire catharsis. En cela, Le Labyrinthe de Pan, en dehors de la splendeur de sa mise en scène, est aussi un manifeste pour un cinéma de genre qui ne serait pas seulement un divertissement mais aussi un reflet du monde et de son histoire, refusant le naturalisme mais ne craignant pas le réel. Indispensable.

Le Labyrinthe de Pan
En plein air place Ambroise Courtois, dans le cadre de l'Été en Cinémascope
Mardi 10 juillet à 22h

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L’Été en Cinémascope, le retour

En Plein Air | Hommages et déserts au menu de l’Été en Cinémascope 2021, avec en sus de somptueux plats de résistance. Réservez tout de suite un mardi et sept jeudis ; en plus, c’est gratuit !

Vincent Raymond | Lundi 5 juillet 2021

L’Été en Cinémascope, le retour

Un temps, on a redouté que la place Ambroise-Courtois demeure silencieuse et obscure durant les mois chauds — ce qui eût été une première depuis un bon quart de siècle ! Fort heureusement, il n’en sera rien : du 1er juillet au 31 août (admirez l’amplitude et la précision de la couverture), l’Été en Cinémascope vient meubler nos soirées avec une programmation à l’image de la programmation de l’Institut Lumière dont il dépend : d’un éclectisme sans aucune frontière. S’ouvrant avec Cuisine et dépendances de Philippe Muyl (jeudi 1er juillet à 22h) et une pensée pour Jean-Pierre Bacri, le cycle se poursuit avec une autre histoire d’appartement — totalement de saison —, le délicieux 7 ans de réflexion de Billy Wilder (mardi 6 à 22h) qui incitera à prendre le métro pour rentrer et un bain moussant à la maison. En écho au 40e anniversaire de Jazz à Vienne, la soirée du 13 débutera à 21h par un set musical salsa afro-cubaine par le groupe Guaracha Sabrosa suivi par l’une

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Séances à l'air libre

L’Été en Cinémascope | Il est toujours hasardeux de tenter de trouver un point commun entre les films retenus pour l’Été en Cinémascope. Convenons au moins que l’ensemble respecte certains critères…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Séances à l'air libre

Pas étonnant que vous ayez une impression de déjà-vu : les films projetés depuis des temps immémoriaux sur la place Ambroise-Courtois au dos du monument dédié aux inventeurs du Cinématographe, ont tous vu le jour dans les salles obscures avant de rendre vos nuits estivales plus belles. Mais pour se retrouver au programme, ils doivent constituer un ensemble harmonieux réunissant à la fois des œuvres du patrimoine, des films à très grand spectacle hyper récents, du cinéma d’auteur, des classiques ; un savant mélange du 7e art international compacté en huit films. Cette année, c’est le très beau road movie familial de Matt Ross avec Viggo Mortensen, Captain Fantastic (2016) qui ouvre — grand — les festivités mardi 25 juin : où il est question de liens du cœur plus forts que la mort. Le cœur, toujours lui, bat fort dans Moi, Daniel Blake de Ken Loach : cette seconde Palme d’Or (2016) du Britannique conte les déboires des plus pauvres des pauvres confrontés à la bureaucratie au front de taureau. En hommage

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De Priscilla à Travolta

L’Été en Cinémascope | Peu importe que l’on soit par terre, sur un coussin, une chaise pliable ou un gradin, avec l’Été en CinémaScope, on a peut-être le bas du dos endolori, mais les yeux sont au 7e ciel…

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

De Priscilla à Travolta

« Tenue légère adaptée pour le désert ». Voilà le dress code que l’Été en CinémaScope devrait imposer au public lors de la première séance de sa nouvelle saison… Encore faut-il pouvoir compter sur une météo estivale clémente, ce qui relève hélas de l’utopie. Les courageux et courageuses peuvent oser les escarpins compensés et les bustiers moulants : ils et elles feront sensation mardi 26 juin pour la projection en plein air de Priscilla, folle du désert (1994), road movie musical dans le bush — en anglais, ça veut notamment dire buisson — australien et son Outback — son arrière-pays, si vous voulez. On changera radicalement d’ambiance la semaine suivante (c’est la vertu de ce rendez-vous : zapper d’un style, d’une ambiance, d’un genre à l’autre) en partageant le gigot de la colère servi par Claude Sautet à Vincent, François, Paul et les autres (1972). Une œuvre visionnaire sur l’évolution urbaine et de la classe moyenne pré-soixante-huitarde. Parenthèse asiatique le 10 juillet avec le polar mélancoliq

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Soirée culte aux 400 Coups avec Spielberg et del Toro

Fantastique | Il n’y a pas si longtemps, le Mexicain Guillermo Del Toro et l’Américain Steven Spielberg étaient tous les deux nommés pour l’Oscar du meilleur film... (...)

Margaux Rinaldi | Mardi 29 mai 2018

Soirée culte aux 400 Coups avec Spielberg et del Toro

Il n’y a pas si longtemps, le Mexicain Guillermo Del Toro et l’Américain Steven Spielberg étaient tous les deux nommés pour l’Oscar du meilleur film... Malheureusement pour Pentagon Papers, c’est La Forme de l’eau qui l’a emporté. Et si on remettait en compétition ces deux réalisateurs sur le ring du film fantastique, qui gagnerait ? Voyons ça dans le Beaujolais, aux 400 Coups, lors d'une soirée dédiée à ce genre. Pour un duel intense, mieux vaut choisir deux films cultes. Côté Steven Spielberg, même si la série des Indiana Jones pourrait faire l’affaire, l’un des chefs-d ‘œuvres du réalisateur reste l’histoire de E.T l’Extraterrestre, réalisé en 1982. Alors que le petit Elliot se lie d’amitié avec l’extraterrestre et fait tout pour le cacher au gouvernement, E.T cherche à rentrer parmi les siens. Et si tout le monde retient sans problème la réplique « E.T téléphone maison », on en oublie parfois les quatre Osc

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Guillermo del Toro : « Le genre de mon film ? Un film de moi ! »

Entretien | Lion d’Or à Venise, Golden Globe et Bafta du Meilleur réalisateur (en attendant l’Oscar qui devrait logiquement suivre) pour La Forme de l’eau, Guillermo del Toro a hissé son art et ses monstres au plus haut degré d’excellence. Rencontre avec un maître du cinéma de genre adoubé par le gotha du cinéma mondial.

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Guillermo del Toro : « Le genre de mon film ? Un film de moi ! »

Quand vous avez reçu votre Lion d’Or, vous avez dit « Si vous restez pur et fidèle à ce que vous croyez — et pour moi ce sont les monstres —, alors vous pouvez faire ce que vous voulez ». D’où vous vient cette fascination pour les monstres ? Guillermo del Toro : Tout d’abord, je veux revenir sur cette phrase : à Venise, ils avaient traduit « monsters » par « mustard », c’est-à-dire « moutarde » (rires), trouvant que c’était une métaphore géniale : « il aime les condiments ». Mais sinon pour moi, ça a commencé tôt, presque au berceau, quand j’avais deux ans. Mon psy dit que c’était un mécanisme d’inversion, tellement j’étais effrayé d’être né. Quand j’étais gosse, je me sentais étrange. Déjà, j’étais incroyablement mince — si si —, mes cheveux étaient extrêmement blonds, presque blancs, et j’étais tellement timide que je boutonnais ma chemise jusqu’au col. Je me battais si fréquemment que j’ai commencé à prendre du poids pour être capable de me défendre. Alors forcément, j’éprouvais de l’empathie pour les monstres : je voyais la créature de Frankenstein comme un martyre, comme la figure de Jésu

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Solution amoureuse en milieu aqueux : "La Forme de l'eau - The Shape of Water"

Guillermo del Toro | Synthèse entre La Belle et la Bête et un mélo de Douglas Sirk, ce conte moderne marque le triomphe de Guillermo del Toro, Lion d’Or 2017 qui signe son film le plus consensuel, sans renoncer à ses marottes arty-trashy. Une transgression homéopathique mais un spectacle impeccable.

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Solution amoureuse en milieu aqueux :

États-Unis, début des années 1960. Jeune femme muette menant une existence monotone, à peine égayée par ses caresses matinales et ses visites à son voisin homosexuel, Elisa travaille comme agent d’entretien dans un labo du gouvernement. Un jour, elle entre en contact avec un sujet d’expérience : un étrange être amphibie aux pouvoirs phénoménaux… Une créature que seuls les exclus et/ou les marginaux — les “âmes” innocentes bibliques — ont les ressources affectives pour accueillir et aider ; un méchant (irremplaçable Michael Shannon) ruisselant de cruauté, portant la haine sur son visage et la pourriture au creux du corps… rien de bien nouveau sous la lune, mais on retrouve l’excitation de l’enfant aimant entendre pour la millième fois la même histoire avant de sombrer dans les bras de Morphée. Mémoire de l’eau Guillermo del Toro possède l’art de conter, et

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Les sorties ciné de 2018

Panorama Cinema | Janvier annonce la seconde rentrée cinéma de l’année. Avec son lot de promesses, d’incertitudes et, surtout — on l’espère — d’inconnues. Voyez plutôt…

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Les sorties ciné de 2018

Ce que l’on sait… Préparez-vous à quatre uppercuts d’entrée. D’abord, 3 Billboards, les Panneaux de la vengeance de Martin McDonagh (17 janvier), un brillant western contemporain aux faux-airs de frères Coen qui ne cesse d’épater par ses rebondissements déroutants, ses personnages peaufinés et sa réalisation impeccable. Trois lauréats de la Mostra se succèderont ensuite sur les écrans : L’Insulte du Libanais Ziad Doueiri (31 janvier), ou comment une querelle de voisinage se transforme en affaire d’État (et vaut un prix d’interprétation masculine à Venise) ; Jusqu’à la garde de Xavier Legrand (7 février), glaçant drame de l’après séparation qui sourd d’une tension permanente et le poétique Lion d’or vintage de Guillermo del Toro, La Forme de l’eau (21 février), conte façon Belle et la Bête revisitant la Guerre froide et les fifties. Ce que l’on attend… Le Janus Spielberg, qui n’avait rien livré depuis d

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Guillermo del Toro : « Le genre de mon film ? Un film de moi ! »

Festival Lumière | Lion d’Or à Venise pour La Forme de l’eau, Guillermo del Toro fait escale au Festival Lumière ce week-end pour présenter une sélection de ses œuvres de chevet. Il en profitera pour montrer en avant-première sa romance fantastique entre un homme aquatique et une femme de ménage muette…

Vincent Raymond | Samedi 14 octobre 2017

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Quand vous avez reçu votre Lion d’Or, vous avez dit « Si vous restez pur et fidèle à ce que vous croyez — et pour moi ce sont les monstres —, alors vous pouvez faire ce que vous voulez ». D’où vous vient cette fascination pour les monstres ? Guillermo del Toro : Tout d’abord, je veux revenir sur cette phrase : à Venise, ils avaient traduit « monsters » par « mustard », c’est-à-dire « moutarde » (rires), trouvant que c’était une métaphore géniale : « il aime les condiments ». Mais sinon pour moi, ça a commencé tôt, presque au berceau, quand j’avais deux ans. Mon psy dit que c’était un mécanisme d’inversion, tellement j’était tellement effrayé d’être né. Quand j’étais gosse, je me sentais étrange. Déjà, j’étais incroyablement mince — si si —, mes cheveux étaient extrêmement blonds, presque blancs, et j’étais tellement timide que je boutonnais ma chemise jusqu’au col. Je me battais si fréquemment que j’ai commencé à prendre du poids pour être capable de me défendre. Alors forcément, j’éprouvais de l’empathie pour les monstres : je voyais la cr

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L’Été en CinémaScope

Institut Lumière | Précurseur de la manifestation pluriculturelle Tout l’monde dehors, le rendez-vous estival de l’Institut Lumière joue chaque année à fond la carte de la (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

L’Été en CinémaScope

Précurseur de la manifestation pluriculturelle Tout l’monde dehors, le rendez-vous estival de l’Institut Lumière joue chaque année à fond la carte de la gourmandise cinéphilique en brassant les styles et les époques. Il convoque d’une semaine sur l’autre un réjouissant coq-à-l’âne d’ambiances : d’une saignante critique sociale sur fond de football dans une quelconque ville de province digne d’être une sous-préfecture chabrolienne (Coup de tête, photo) l'on passe à un film à sketches d’Ophuls d’après Maupassant (Le Plaisir), puis l’on roule en Lancia dans l’insouciance de l’Italie ensoleillée (Le Fanfaron), avant de retrouver la vivacité baroque et transformiste d’Almodóvar (Talons aiguilles), l’ambiance lourde d’un thriller post-franquiste (La Isla Minima) et le destin brisé d’une icône autodétruite par ses addictions et son trop plein de souffrance comme de talent (

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Men & Chicken : décalé et incorrect

ECRANS | de Anders Thomas Jensen (Dan, 1h44) avec Mads Mikkelsen, David Dencik, Nicolas Bro…

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Men & Chicken : décalé et incorrect

Pas étonnant que le nouveau Anders Thomas Jensen ait remporté les faveurs du public lors du festival Hallucinations collectives : Men & Chicken était carrossé pour une audience raffolant d’un cinéma de genre décalé, dynamique et incorrect. Un sorte d’hybride dont le Danois s’est fait le champion depuis Les Bouchers verts (2003), avec des réalisations baignées d’un humour noir mettant volontiers à mal ses personnages, comme ceux qui les interprètent. C’est encore le cas ici pour son comédien fétiche Mads Mikkelsen, qui subit niveau maquillage ce que Serrault acceptait jadis de Mocky : un enlaidissement gratiné lui donnant visage presque aussi inhumain que ses malheureux partenaires, joyeuses fratrie de freaks passant leur temps à se flanquer des peignées à coup d’oiseaux empaillés (quand ils ne fabriquent pas du fromage). D’aucuns trouveraient morbide ou malsaine cette inclination pour la tératologie, qui rapproche Jensen du Guillermo del Toro réalisateur du Labyrinthe de Pan et surtout de L’Échine du diable (2001). Tous deux usent de la monstruosité physique comme d’une extériorisation métaphorique des t

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Crimson Peak

ECRANS | Poème tragique beau comme une malédiction gothique, le nouveau Guillermo del Toro tient du conte de Poe et du steampunk. De quoi donner des idées à Tim Burton, qui n’en a plus guère…

Vincent Raymond | Mardi 13 octobre 2015

Crimson Peak

Cela faisait presque dix ans, depuis Le Labyrinthe de Pan (2006), que Guillermo Del Toro n’avait pas livré une œuvre à ce point personnelle. C’est-à-dire nourrie jusqu’à la gueule de toutes ses obsessions et influences — d’ailleurs tellement assimilées et fondues ensemble qu’il n’en reste que des motifs vaguement identifiables, noyés dans l’immensité de sa composition. Cette histoire d’une jeune héritière américaine du XIXe siècle tombant amoureuse d’un nobliau britannique désargenté (flanqué d’une inquiétante sœur) et inventeur d’une machine à extraire de l’argile rouge, a des allures de Barbe bleue revisité à la sauce Shelley puis relu par Edgar Poe. Car les spectres rôdent ; une menace constante et invisible se ligue à l’humidité ambiante pour oppresser le thorax avec l’amoureuse efficacité d’une phtisie d’antan, le tout dans des décors vertigineusement délabrés… J'aurai ton Poe ! L’œil exulte face au spectacle réservé par Del Toro, roi des accords chromatiques (souvenez-vous de L’Échine du diable). Aux séquences new-yorkaises, des alliances chaleureuses d’orangé et de vert ; à la partie britannique, le noi

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Lumière met le nez dehors…

ECRANS | Ça ne chôme pas du côté de l’Institut Lumière ; à peine le Prix Lumière annoncé sous les vivats des spectateurs, c’était déjà le début de l’Été en cinémascope, cycle de (...)

Christophe Chabert | Mercredi 1 juillet 2015

Lumière met le nez dehors…

Ça ne chôme pas du côté de l’Institut Lumière ; à peine le Prix Lumière annoncé sous les vivats des spectateurs, c’était déjà le début de l’Été en cinémascope, cycle de projections estivales en plein air place Ambroise Courtois. Signalons par ailleurs que l’Institut termine sa saison indoor avec une série de films italiens très rares dont le magistral Les Jours contés d’Elio Petri, fable cruelle sur la vie gâchée par le travail découverte au festival Lumière en 2011. Mais revenons à nos moutons extérieurs et à la programmation, comme d’habitude joliment hétéroclite, de L’Été en Cinémascope. On y trouve pêle-mêle du classique populaire (Le Corniaud de Gérard Oury et son «forcément, elle va marcher beaucoup moins bien» bourvilesque), de la comédie musicale (Beau Fixe sur New York du tandem Kelly-Donen, moins connu mais pas moins génial que Chantons sous la plui

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Pacific Rim

ECRANS | Des robots géants contre des monstres géants : avec ce blockbuster dantesque, à l’imaginaire proliférant et à la mise en scène démente, Guillermo Del Toro donne une ampleur spectaculaire à un univers personnel soufflant de beauté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 12 juillet 2013

Pacific Rim

Alors qu’un robot d'une dizaine de mètres défonce plusieurs étages d’un building en se battant contre un monstre sorti des profondeurs du Pacifique, la caméra accompagne le mouvement de son bras mécanique jusqu’à s’immobiliser sur un pendule de Newton. Les billes, d’abord statiques, se mettent alors en mouvement sous l’effet des vibrations alentour, et Guillermo Del Toro stoppe le fracas apocalyptique de la scène pour ne regarder que ces petits chocs métronomiques. Ça ne pourrait être qu’un gag visuel, mais c’est beaucoup plus que ça : tout Pacific Rim est résumé dans ce geste de mise en scène, qui passe du gigantisme à la loupe grossissante en un imperceptible glissement d’échelle. Cela dit autre chose encore : ce qui relie le robot numérique à l’invention scientifique transformée en objet ludique, c’est l’obstination d’un artiste qui pense le cinéma comme un terrain de jeu dans lequel on peut tout fondre ensemble, de la peinture aux jeux vidéo, de la littérature à la bande dessinée, de la science aux sagas populaires. La guerre, c’est mieux à deux

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La Nuit, tous les chats sont Gray

CONNAITRE | Le Festival Lumière lancé, il est temps pour l’Institut Lumière de sortir de son Cinéma Lumière (malheur du journaliste qui abhorre les répétitions, tout (...)

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

La Nuit, tous les chats sont Gray

Le Festival Lumière lancé, il est temps pour l’Institut Lumière de sortir de son Cinéma Lumière (malheur du journaliste qui abhorre les répétitions, tout s’appelle Lumière désormais rue du Premier film) pour investir la place Ambroise Courtois et proposer en plein air et à la tombée de la nuit, un nouvel Été en Cinémascope (qui ne s’appelle pas encore L’Été en Cinémascope Lumière ; ouf !). Cette saison, il y aura du Tsui Hark, du Truffaut, du Woody Allen et du Hitchcock au menu (et aussi du vélo, centenaire du Tour oblige), mais l’apéritif d’ouverture tient déjà bien au ventre, puisqu’il s’agit de La Nuit nous appartient, James Gray cuvée 2007 et sommet de sa trilogie mafieuse. Antidaté dans les années 90, contexte souligné dès une première scène où l’on entend Heart of glass de Blondie à fond les enceintes d’une boîte de nuit pendant que, dans les bureaux, Eva Mendes se prodigue quelque plaisir manuel sous les yeux ébaubis de Joaquin Phoenix — température estimée sur la place à cet instant de la projo : 50°

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Les Cinq légendes

ECRANS | De Peter Ramsey (ÉU, 1h37) animation

Christophe Chabert | Lundi 26 novembre 2012

Les Cinq légendes

À une époque où les studios d’animation américains ont tendance à recycler jusqu’à la mort leurs franchises porteuses, un projet original comme Les Cinq légendes donnait très envie d’être défendu. Transformer le Marchand de sable, le Père Noël, la Fée des dents et le Lapin de Pâques en super-héros unis pour défendre le monde contre les attaques du croque-mitaine, c’est certes psychédélique mais en tout cas, il y a de l’idée neuve là-derrière. Le film a, qui plus est, une vraie séduction graphique, jouant sur les textures et les couleurs pour caractériser ses personnages, inventant un univers crédible pour raconter leurs exploits et refusant l’hystérie animée des précédentes productions Dreamworks. On sent la patte Guillermo Del Toro ici (il est producteur exécutif), et certains passages rappellent les plus belles séquences de Hellboy II. Hélas, cent fois hélas, les auteurs ont carrément perdu de vue la nécessité d’alimenter le scénario en péripéties, et narrativement, le film est exsangue, quand il ne

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Un été à repriser

ECRANS | Très bon été pour les reprises et le cinéma de patrimoine avec un hommage à Romy Schneider au Zola, un cycle consacré aux années 80 au Comœdia et l’incontournable Été en cinémascope sur la place Ambroise Courtois. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 16 juillet 2012

Un été à repriser

Alors que la rentrée s’annonce carrément excitante sur le front du cinéma de patrimoine avec une rétrospective David Lean à l’Institut Lumière (du 30 août au 5 octobre) puis le festival Lumière, dont on a appris cette semaine qui serait l’heureux lauréat du Prix Lumière, à savoir Ken Loach. Passée la surprise — les rumeurs donnaient plutôt un cinéaste américain — le choix n’est pas idiot car, alors qu’on pestait contre les éloges reçus par le très faible La Part des anges, on se disait qu’il serait bon de rappeler que Loach n’est pas l’auteur sérieux de films sociaux plombés qu’on pouvait décrire à la va-vite, mais un metteur en scène qui a su, autour d’un environnement précis (les couches populaires anglaises) tisser d’infinies variations allant du romanesque historique à l’expérimentation narrative, du cinéma de genre à la fable contemporaine. Romy impératrice Mais là, tout de suite, c’est l’été, et entre deux blockbusters et quelques fonds de tiroir pas du tout honteux, il y a de beaux morceaux d’histoire du cinéma projetés à Lyon en juillet/août. À Villeurbanne aussi, puisque le Zola a dégainé le premier avec son hommage à Romy Schneider. Cette sem

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Hellboy II, les légions d’or maudites

ECRANS | La suite des aventures du fils du Diable, toujours signée Guillermo Del Toro, laisse tous les blockbusters de la rentrée loin derrière par ses inventions graphiques et son côté fun et référentiel. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 octobre 2008

Hellboy II, les légions d’or maudites

Le prologue de ce deuxième Hellboy est au bas mot génial : encore gamin, le futur super-héros se laisse conter l’histoire qui deviendra l’argument de cette nouvelle aventure. Un Roi elfe fit construire une armée mécanique en or contrôlée par un sceau en trois parties, dont les morceaux ont ensuite été distribués aux peuples qui acceptèrent de signer la paix. Pour illustrer cette fable d’héroïc fantasy inspirée du Seigneur des anneaux, Guillermo Del Toro a une idée magnifique : la reconstituer avec des pantins de bois, virtuels mais à l’ancienne, et non avec le numérique photoréaliste d’un Peter Jackson. C’est une magistrale déclaration d’intention : par-delà la technologie, il faut faire vivre l’imaginaire pour garder la part d’enfance en chacun de nous. À tous ceux qui pensaient que le réalisateur du Labyrinthe de Pan s’acquittait là d’une commande commerciale, il envoie ainsi la plus personnelle des réponses. Et ce n’est que le début… Autoportrait en geek Des années plus tard, Hellboy est devenu un super-héros mal embouché, frimeur et glandeur. Mais Hellboy a depuis le premier volet u

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Chocs en scope

ECRANS | Cinéma / En cette période de refroidissement climatique, le cinéma en plein air n'est peut-être pas la meilleure idée du monde. Et pourtant, il y a de beaux (...)

Christophe Chabert | Mercredi 18 juillet 2007

Chocs en scope

Cinéma / En cette période de refroidissement climatique, le cinéma en plein air n'est peut-être pas la meilleure idée du monde. Et pourtant, il y a de beaux films à se mettre sous la rétine pour la cuvée 2007 de L'Été en cinémascope. Comme chaque année, l'Institut Lumière pioche sans réelle thématique dans des films venus du monde entier, grands classiques et petites raretés du 7e art lancés à la volée chaque mardi sur la place Ambroise Courtois. Après Un homme et une femme et Le Pigeon, on continue avec Tenue de soirée de Bertrand Blier. Gros succès à l'époque, un peu oublié depuis, le film marque la fin de l'incroyable première partie de carrière du cinéaste et annonce même son affaissement par la suite : si les 45 premières minutes sont du très grand Blier, avec des dialogues salés et un trio d'acteurs (Blanc-Miou Miou-Depardieu) impressionnant, la suite claudique et tire la langue jusqu'à un final inutilement provo. Ensuite, on ne passera pas à côté du Gentleman Jim de Raoul Walsh avec Errol Flynn, chef-d'œuvre d'un genre qui en a produit beaucoup, le film de boxe. Après deux œuvres dont le lyrisme pompier nous laisse de marbre (Le Mariage des moussons de Mira Nair et Frida de

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Le Labyrinthe de Pan

MUSIQUES | GUILLERMO DEL TORO / Wild side vidéo

| Mercredi 18 juillet 2007

Le Labyrinthe de Pan

À tous ceux qui douteraient encore du statut de Guillermo del Toro dans le cinéma contemporain (non pas un grand cinéaste de films fantastiques, mais un auteur à l'univers personnel et aux mises en scène d'une perfection saisissante), on ne peut que conseiller de se procurer au plus vite le DVD du Labyrinthe de Pan. Déjà, le film est de plus en plus génial au fil des visions (notamment toutes les rimes entre le monde réel de l'Espagne franquiste et celui, fantasmé, gardé par le faune) ; mais surtout, Del Toro s'y livre, comme à son habitude, à un passionnant décryptage à la fois technique et poétique de son œuvre. Ainsi, si l'édition simple comprend un commentaire audio passionnant, l'édition double DVD propose en plus des suppléments qui prouvent le soin apporté à chaque détail de la mise en scène (décors, musique, direction d'acteurs, effets spéciaux, design des créatures...). Enfin, Wild side propose une ultime édition presque trop riche, puisqu'elle y ajoute un bouquin de dessins originaux conçus par Del Toro pour le film et le CD de la bande originale, mais aussi un quatrième disque qui est en fait le HD-DVD du Labyrinthe de Pan. L'idée de ne pas choisir entre les supports (DV

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