Mains armées

ECRANS | De Pierre Jolivet (Fr, 1h45) avec Roschdy Zem, Leïla Bekhti…

Christophe Chabert | Vendredi 6 juillet 2012

Que le polar ne soit qu'un prétexte pour raconter quelque chose de plus intime et existentiel, c'est un fait vieux comme Hérode. Encore faut-il que le texte (le polar) soit palpitant et que le sous-texte (le drame) soit pertinent. Ce n'est le cas ni de l'un ni de l'autre dans Mains armées, qui montre un Pierre Jolivet plus consciencieux que d'ordinaire, mais toujours aussi à la ramasse du cinéma de l'époque. Suivant un flic d'une brigade d'intervention spéciale marseillaise (Zem) qui doit collaborer avec les stups parisiens dans laquelle officie sa propre fille (Bekhti), qu'il n'a jamais vraiment connue, Jolivet tente d'imbriquer son récit, assez confus, avec une étude psychologique plutôt grossière (la fille qui tente de plaire à son père en allant le défier sur son propre terrain), échouant à être à la fois efficace et profond. Seul intérêt : le duo de comédiens. Toujours à la limite du surjeu lorsqu'ils sont séparés, leur rencontre est à l'inverse passionnante, cherchant un territoire commun de virilité et de fragilité pour exprimer ce qui peut les rapprocher. Grâce à eux, le film évite de justesse la vacuité.

Christophe Chabert

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Roubaix" : prix Jacques Deray

ECRANS | (À lire à haute voix, façon Stéphane de Groodt) « —Prenons les paris, ce sera Roubaix. —Quoi donc ? —Le César, à Paris le 28 février. —Sauf si Ly l'a, (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

(À lire à haute voix, façon Stéphane de Groodt) « —Prenons les paris, ce sera Roubaix. —Quoi donc ? —Le César, à Paris le 28 février. —Sauf si Ly l'a, évidemment. —Quel lilas ? —Non, le Ly, Ladj. —Le Ly qui l'Oscar n'a pas eu ? —Celui-là même. —Admettons. —Mais à Lyon, sans pari, Roubaix aura le 22 son Prix. -De consolation ? —Non, Deray. —Comme Odile ? —On s'égare… —D’ailleurs pourquoi la Gare de Lyon est à Paris et pas à Roubaix ? —Parce que Paris est tout petit pour ceux qui Zem comme nous d'un si grand amour… » etc. Roubaix À l’Institut Lumière ​le samedi 22 février

Continuer à lire

Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

La Fille au bracelet | Stéphane Demoustier signe un “film de prétoire“ inspiré d’un fait divers argentin en forme d’énigme absolue. Un film où la question de la culpabilité apparaît au second plan, derrière une étude fine de l’adolescence contemporaine…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

Pourquoi avoir voulu questionner l’adolescence à travers la justice ? Stéphane Demoustier : Parce que je trouve ça captivant ! On m’a parlé de ce fait divers argentin et, à la faveur de cette affaire, c’était un super moyen d’aborder l’adolescence comme de faire le portrait de cette jeune fille. Il y avait aussi la volonté de faire un film sur une question qui me hantait et que j’avais envie de partager : “connaît-on oui ou non ses enfants ?“. Un procès est un moment idéal pour cela : le père découvre sa fille sous un jour nouveau. Cette affaire m’a convaincu de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune fille et de faire en creux le portrait de son altérité. Cette idée d’altérité est exacerbée au moment de l’adolescence. Acusada de Gonzalo Tobal a-t-il été un obstacle entre ce fait divers et votre film ? Oui, car il était tiré du même fait divers. Je l’ai su et tout de suite s’est posée la question de leur angle. Ils étai

Continuer à lire

Maillons à partir avec la justice : "La Fille au bracelet"

Drame | Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents...

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Maillons à partir avec la justice :

Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentours ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la “règle du jeu“ au public : « voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience ». Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en “s’invitant“ dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, bien au contraire. Il offre aussi des portraits pondérés de l’entourage, c’est-à-dire les parents confrontés à l’étonnant pouvoir de dissimulation de leurs ados ou à leur aveuglement, peinant à admettre que leurs “petits“ ont des désirs, bes

Continuer à lire

Requiem pour un film : "Chanson Douce"

Drame | Un couple de trentenaires parisiens épanouis recherche la perle rare pour s’occuper de leurs deux enfants afin que la mère puisse reprendre son activité professionnelle. Leur choix s’arrête sur Louise, une quinquagénaire en tout point parfaite. Plus que parfaite, même. En apparence…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Requiem pour un film :

De l’éternel gouffre séparant un livre de son adaptation cinématographique… Sous la plume de Leïla Slimani, Chanson douce fut un roman d’une épouvantable précision, menant avec une limpidité rigoureuse et clinique vers le dénouement macabre annoncé dès ses premières pages. Ni “objet“ littéraire surstylisé (bien que couronné par le Prix Goncourt), ni polar des familles, cette œuvre profonde et captivante rendait compte d’un faisceau de vérités sociologiques contemporaines — notamment que la précarité peut conduire de la déréliction à la névrose, l’inconsciente arrogance des privilégiés servant alors de catalyseur à une effroyable tragédie. Sur le papier, il y avait tout pour construire un thriller et faire vibrer l’écran. La distribution elle-même était prometteuse — mais ne l’était-elle pas trop ? Le rendez-vous s’avère manqué. Parce que Karin Viard est trop prévisible dans le rôle d’une nounou désaxée, que Leïla Bekhti et Antoine Reinartz se révèlent

Continuer à lire

Conte à pâte de velours : "La Fameuse invasion des ours en Sicile"

Animation - dès 6 ans | En ce temps où les ours et les humains vivaient en paix, le jeune Tonio, fils du roi des ours, se fit capturer par des chasseurs en Sicile. Aidé par un magicien, son père envahit la plaine des Hommes et remporta la victoire. Commença alors une cohabitation entre les deux espèces…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Conte à pâte de velours :

Depuis le temps que l’univers de Mattotti taquinait le cinéma, il fallait bien qu’il franchisse pleinement le pas ; cela aura été par l’entremise d’un roman du génial Dino Buzatti. De par sa structure de conte, cette histoire se prêtait à ses somptueuses fantaisies graphiques (aplats texturés, couleurs chaudes, formes stylisées…) comme aux extensions lui étant ici offertes. En somme, le film accomplit un double travail “d’enluminure“ du texte original en proposant d’une part l’adaptation visuelle par Mattotti et en développant de l’autre le propos philosophique par un enchâssement de récits — lequel fait également écho à la tradition orale du conte. Au scénario, si l’on n’est guère étonné de trouver la présence de Fromental, grand habitué de la transposition de la BD à l’écran — l’homme appartient aux deux mondes —, on se réjouit de découvrir que Thomas Bidegain, brillant auteur et habile cinéaste, a non seulement contribué à l’écriture, mais aussi prêté sa voix à l’un des personnages. Ce faisant, il côtoie au générique son aîné Jean-Claude Carrière, dessinan

Continuer à lire

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

Roubaix, une lumière | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer un film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre avec le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre… (attention, spoilers)

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis Cannes ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez leur offrir cet accueil. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : « celui-là, on va compter avec lui ». Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement bien. Après toute sa carrière, Indigènes… Il a une performance meurtrie de vie dans un film qui m’avait bouleversé, La Fille de Monaco. Ce n’est pas un film “noble“ — il n’avait pas co

Continuer à lire

Divers faits d’hiver : "Roubaix, une lumière"

Thriller | Arnaud Desplechin retourne dans son Nord natal pour saisir le quotidien d’un commissariat de police piloté par un chef intuitif et retenu. Un polar humaniste où la vérité tient de l’épiphanie, et la parole du remède. Le premier choc de la rentrée cinématographique.

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Divers faits d’hiver :

L’arrivée d’un nouveau lieutenant, des incendies, une disparition de mineure, le crime d’une personne âgée… Quelques jours dans la vie et la brigade de Yacoub Daoud, patron du commissariat de Roubaix, pendant les fêtes de Noël… « On est de son enfance comme on est de son pays », écrivait Saint-Exupéry. Mais quid du pays de son enfance ? En-dehors de tous les territoires, échappant à toute cartographie physique, il délimite un espace mental aux contours flous : une dimension géographique affective personnelle, propre à tout un chacun. Et les années passant, le poids de la nostalgie se faisant ressentir, ce pays se rappelle aux bons (et moins bons) souvenirs : il revient comme pour solder un vieux compte, avec la fascination d’un assassin de retour sur les lieux d’un crime. Aux yeux du public hexagonal, voire international, Arnaud Desplechin incarne la quintessence d’un cinéma parisien — un malentendu né probablement de l’inscription de La Sentinelle et de Comment je me suis disputé dans des élites situées, jacobinisme ob

Continuer à lire

Pierre Jolivet : « mon luxe ? Je ne fréquente pas de cons »

Victor et Célia | Aux Rencontres d’Avignon, puis à celles de Gérardmer, Pierre Jolivet a présenté son nouveau couple de cinéma, Victor et Célia. Deux jeunes gens d’aujourd’hui combatifs, épris l’un de l’autre autant que de leur liberté. Il en a aussi profité pour parler de l’état de la production hexagonale à l’heure de Netflix…

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Pierre Jolivet : « mon luxe ? Je ne fréquente pas de cons »

Est-il plus difficile de faire un film ou d’ouvrir un salon de coiffure ? Pierre Jolivet : Je ne sais pas… Il y a de l’entrepreneuriat dans les deux. Faire un film, c’est aussi monter une petite entreprise de plusieurs millions en deux-trois ans. Je n’ai jamais ouvert un salon de coiffure ! À la différence des deux petits coiffeurs qui m’ont inspiré le film. Au départ, j’étais allé me faire couper les cheveux dans un petit salon du XVe, là où j’habite. Ils étaient stressés parce que j’étais leur premier client, et ils m’ont raconté leur histoire. Qu’ils ne dormaient plus, qu’ils s’étaient endettés, qu’ils souffraient et étaient exaltés en même temps par la liberté qu’ils avaient. C'est ce mélange, cette vibration très particulière du passage à l’acte que j’ai essayé d’attraper. La thématique des petites entreprises vous tient à cœur… Celle des chômeurs aussi, beaucoup…J’ai grandi dans une banlieue populaire où il y avait plein de petites entreprises qui ont maintenant disparu. Si nous sommes ce que nous faisons, les artisans sont ce qu’ils fabriquent de leur

Continuer à lire

Et si on passait au salon ? : "Victor et Célia"

Comédie | De Pierre Jolivet (Fr, 1h31) avec Arthur Dupont, Alice Belaïdi, Bruno Bénabar…

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Et si on passait au salon ? :

Même si l’affaire n’est pas bouclée à 100%, c’est sûr : Victor et Ben vont ouvrir le salon de coiffure de leurs rêves. Hélas, Ben meurt brutalement et Victor part en quête de l’associé ou associée idéale. Tout le dirige vers Célia, son ancienne *partenaire* de l’école de coiffure. Il reste encore à la convaincre… De l’entreprise à l’artisanat, Pierre Jolivet se sera penché sur toutes les formes de sociétés ou de commerces à périmètre humain. Car justement, ce sont les transactions entre les individus qui l’intéressent, davantage que les affaires de négoce génératrices de profit. Le cinéaste excelle dans la description de ces entraves susceptible de contrarier l’épanouissement personnel, qu’il s’agisse d’obstacles administratifs, de fâcheux, de fatalité voire d’une romance — ce dernier point (également connu sous le dicton “no zob in job“) étant à nuancer : on ne divulgâchera rien en sous-entendant que Victor et Célia vont être tendrement de mèche. C’est d’ailleurs leur relation amoureuse un brin contrariée par leurs scrupules mutuels (elle est en couple, lui trop

Continuer à lire

La rançon de la gloire (et la monnaie de sa pièce) : "Le Prix du succès" de Teddy Lussi-Modeste

Drame | de Teddy Lussi-Modeste (Fr, 1h32) avec Tahar Rahim, Maïwenn, Roschdy Zem…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

La rançon de la gloire (et la monnaie de sa pièce) :

Sur scène, Brahim fait rire. Et son succès profite à toute sa famille, en particulier à son irascible aîné Mourad qui le cornaque depuis toujours. Violent, jaloux de Linda (la fiancée et metteuse en scène de Brahim) Mourad devient un obstacle dont son frère décide de se séparer. Sans le lui dire… Teddy Lussi-Modeste quitte le monde gitan servant de décor à Jimmy Rivière, sa première réalisation, mais n’abandonne pas pour autant les histoires d’emprises claniques, où la parole (autant le verbe que la promesse) joue un rôle central. Il reste également proche des Écritures : ces histoires de bisbille entre frères, de prodigalité, de respect des anciens, de trahison des proches, de tentation… tout cela à des relents ma foi bien bibliques. Mais si la progression dramatique de son intrigue impliquait un inéluctable virage vers le genre polar, celui-ci intervient hélas trop tard, dans un croupion de film — alors qu’il y avait matière à en faire un ressort pal

Continuer à lire

Chocolat

ECRANS | Avec quatre réalisations en dix ans — dont trois depuis juin 2011 — on va finir par oublier que Roschdy Zem a commencé comme comédien. Il aurait intérêt à ralentir la cadence : son parcours de cinéaste ressemble à une course forcenée vers une forme de reconnaissance faisant défaut à l’acteur…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Chocolat

Rien de tel, pour un réalisateur désireux de s’assurer un consensus tranquille, qu’un bon vieux film-dossier des familles ou la biographie d’une victime de l’Histoire. Qu’importe le résultat artistique : il sera toujours considéré comme une entreprise morale nécessaire visant à rétablir une injustice et réduit à sa (bonne) intention de départ, si naïve qu’elle soit — on l’a vu il y a peu avec le documentaire mou du genou Demain de Cyril Dion & Mélanie Laurent, encensé pour les vérités premières qu’il énonce, malgré sa médiocrité formelle et sa construction scolaire. Chocolat est de ces hyper téléfilms néo-qualité française qui embaument la reconstitution académique et s’appuient sur une distribution comptant le ban et l’arrière-ban du cinéma, figée dans un jeu "concerné", dans l’attente de séquences tire-larmes. La bande originale de Gabriel Yared, étonnamment proche des mélodies de Georges Delerue — mais ce doit être un hasard, Yared étant plutôt connu pour ses “hommages” à John Williams — incitant fortement à l’usage du mouchoir. Un

Continuer à lire

L’Astragale

ECRANS | De Brigitte Sy (FR, 1h37) avec Leïla Bekhti, Reda Kateb…

Aurélien Martinez | Mardi 7 avril 2015

L’Astragale

Leïla Bekhti est une actrice fascinante qui, film après film (des comédies populaires, du cinéma d’auteur, des pubs pour du colorant à cheveux…), impose une présence magnétique. Dans L’Astragale, elle forme un duo efficace avec Reda Kateb, autre nouvelle figure remarquée du cinéma français. Le charme du deuxième long métrage de Brigitte Sy, ancienne compagne de Philippe Garrel, découle aussi bien de la rencontre entre les deux comédiens que de l’amour fou qui réunira les deux personnages. Elle vient de s’évader de prison à tout juste 19 ans (et, dans sa fuite, s’est cassé l’astragale, os du pied qui donne son titre au film) ; lui, repris de justice, la recueille mais ne peut rester à ses côtés. Leur romance sera donc en pointillé, alors qu’elle ne rêve que de le retrouver. Basé sur le roman autobiographie d’Albertine Sarrazin, L’Astragale se place délibérément du côté des sentiments avec en point d’ancrage ce personnage de femme libre que la société de la fin des années 1950 veut faire taire. Pourquoi pas. Mais malgré un joli noir et blanc, des décors d’époque et un maximum de clopes fumées en 1h30, Brigitte Sy peine à in

Continuer à lire

Jamais de la vie

ECRANS | De Pierre Jolivet (Fr, 1h35) avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton…

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Jamais de la vie

Courant manifestement après sa veine de polar social dont le sommet — et un de ses plus gros succès — reste Fred avec Vincent Lindon, Pierre Jolivet est allé débaucher Olivier Gourmet pour incarner ce gardien de nuit, ex-taulard et ex-syndicaliste revenu de tout, observant avec fatalisme la crise lui dérober ses dernières illusions et découvrant qu’un casse se prépare dans l’hyper qu’il doit surveiller. Gourmet est formidable, évidemment, mais le film, pour ainsi dire, ne le mérite pas. On aura rarement vu scénario aussi pépère et mise en scène aussi manifestement sous Lexomil ; c’est bien simple, n’importe quel épisode de série télé française a aujourd’hui plus conscience de la nécessité d’insuffler rythme et tension à son récit. Mais Jolivet préfère engourdir l’ensemble, histoire de bien faire passer ses messages politico-sociaux ; sauf que, lorsqu’il s’agit de peindre la banlieue et son quotidien, il ne se rend même pas compte qu’il conforte les clichés au lieu de les renverser — ici, les jeunes des quartiers, même gentils et serviables, restent des petits délinquants. Mais on n’a même pas envie de lui chercher des noises sur ce terrain-là ; on a

Continuer à lire

La Rançon de la gloire

ECRANS | Cette odyssée dérisoire de deux pieds nickelés décidés à voler le cercueil de Charlie Chaplin creuse surtout la tombe de son réalisateur Xavier Beauvois, qui signe un film apathique à tous les niveaux, sans forme ni fond. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

La Rançon de la gloire

Eddy sort de prison après y avoir passé quelques années pour des trafics dont on ne saura jamais la nature, et se voit recueilli par Osman, éboueur à Vevey, Suisse. Il vit avec sa fille dans une caravane, tandis que sa femme est à l’hôpital à cause d’une lourde maladie. Nous sommes en 1977, peu avant Noël, et c’est justement ce jour-là que Charlie Chaplin casse sa pipe au bord du lac Léman. Eddy et Osman décident de déterrer son cercueil et de demander une rançon. La Rançon de la gloire est inspiré d’une histoire vraie, comme le précédent film de Xavier Beauvois, le triomphal Des hommes et des Dieux. Entre les deux, le cinéma français n’a cessé d’adapter faits divers et affaires célèbres, dans une quête de véracité qui va de pair avec un assèchement progressif de sa foi en la fiction. Beauvois, justement, semble avoir glissé sur la même pente : ici, l’anecdote, pourtant mince, ne débouche jamais sur un projet plus vaste où les personnages et le récit conduiraient à une forme de fantaisie ou de grâce, et où l’argument de départ ne se

Continuer à lire

Bodybuilder

ECRANS | De et avec Roschdy Zem (Fr, 1h44) avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Bodybuilder

Faire un film réaliste et honnête sur le milieu du bodybuilding français est un défi inattendu de la part de Roschdy Zem, dont c’est le troisième long en tant que réalisateur après deux tentatives — Mauvaise foi et Omar m’a tuer — assez catastrophiques, chacune à leur manière. La vision de ces corps monstrueux et l’appréhension de l’esprit quasi philosophique qui préside à leur transformation produit d’ailleurs parfois un certain vertige. Mais c’est surtout grâce à la présence incroyable de Yolin François Gauvin, sommet de virilité tranquille dont le visage et la voix impassibles semblent déconnectés de son impressionnante masse musculaire, que le film trouve une vraie raison d’être. Il rejoint ainsi la belle lignée des Ventura ou Michel Constantin, anciens boxeurs devenus acteurs charismatiques du cinéma populaire français. Mais Zem n’est pas Melville ou Giovanni, et plutôt que de lui offrir une solide intrigue de polar, il le plonge dans une très banale histoire de transmission père / fils compliquée, dans laquelle Vincent Rottiers fait assez

Continuer à lire

Maintenant ou jamais

ECRANS | De Serge Frydman (Fr, 1h35) avec Leïla Bekhti, Nicolas Duvauchelle, Arthur Dupont…

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Maintenant ou jamais

Charles et Juliette rêvent de s’installer avec leurs enfants dans une maison à la campagne, loin des appartements parisiens étriqués. Alors que le chantier démarre, Charles est licencié par la banque qui l’employait ; et, un soir, Juliette se fait voler son sac par un inconnu. Plutôt que de le dénoncer à la police, elle finit par proposer à ce petit voleur sans envergure un deal : organiser le braquage de la banque sus-citée. Maintenant ou jamais commence donc comme Une vie meilleure (déjà avec Leïla Bekhti) et se poursuit à la façon de Sur mes lèvres, avec une femme qui révèle une nature héroïque au contact du crime. L’addition mécanique de deux bons films n’accouche pas forcément d’une merveille, et Serge Frydman a bien du mal à camoufler les invraisemblances de son scénario. Le coup de force initial — le basculement de Juliette et son plan parfaitement orchestré qui surgit tel le lapin du chapeau —pèse lourd sur les péripéties à venir — dont une obscure visite à des malfrats belges trafiquants sur les champs de course ; quant aux at

Continuer à lire

On a failli être amies

ECRANS | D’Anne Le Ny (Fr, 1h31) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos, Roschdy Zem…

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

On a failli être amies

Au départ d’On a failli être amies, il y a un beau sujet : comment deux femmes en viennent à échanger leurs rôles, l’une par ennui de sa vie conjugale, l’autre par envie d’une aventure sentimentale. Au lieu de se jouer sur le terrain du vaudeville, cela se fait par le biais du travail : la conseillère Pôle Emploi tente de recaser professionnellement sa rivale pour lui piquer son patron de mari. Curieusement, Anne Le Ny ne choisit pas de creuser ce regard profondément inquiet sur une époque où la compétition libérale se répercute même dans les rapports amoureux ; elle préfère broder une comédie vieillotte et télévisuelle aux dialogues impossibles et à la musique régulièrement à côté de la plaque, où tout sonne faux et où le boulevard reprend sans cesse le dessus sur l’observation sociale. Ce mix de calibrage et de décisions hasardeuses fait un dommage collatéral : les deux actrices, qu’on a rarement vues autant à la peine. Il faut dire aussi que Karin Viard et Emmanuelle Devos trustent tellement les écrans depuis un an — et même six mois pour Viard — qu’on a l’impression de ne plus voir que leurs tics de jeu et pas les personnages qu’elles défendent.

Continuer à lire

Avant l’hiver

ECRANS | À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Avant l’hiver

À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses journées à jardiner dans une grande demeure qu’elle appelle judicieusement une «cage de verre», s’obsède peu à peu pour une jeune et belle inconnue aux multiples visages ­— serveuse, étudiante, putain — dont il ne sait trop si elle complote contre lui ou si elle est simplement folle amoureuse, prend parfois des allures de thriller hitchcockien. Du point de vue de sa mise en scène, le film, justement, a de l’allure. Claudel a un vrai sens du plan qui fait sens, méticuleusement composé et éclairé, et il parvient à faire entrer de l’inquiétude et de la mélancolie dans son récit par la seule force de l’image. En revanche, son passé littéraire refait surface dans les dialogues, incroyablement démonstratifs et sentencieux, où l’on sent plus le discours de l’auteur que la parole des personnages. Tout cela manque cruellement de santé, et même le mystère qui sous-tend toute l’intrigue finit par être trop clairement élucidé dans le dernier acte. Ce manque de quotidienneté, rien ne le souligne plus que le choix mal

Continuer à lire

Prix Jacques Deray 2013

ECRANS | Chaque année depuis 2005, le Prix Jacques Deray, créé par l'Institut Lumière et par l'Association des Amis de Jacques Deray (cinéaste qui fut vice-Président de (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 30 janvier 2013

Prix Jacques Deray 2013

Chaque année depuis 2005, le Prix Jacques Deray, créé par l'Institut Lumière et par l'Association des Amis de Jacques Deray (cinéaste qui fut vice-Président de l'Institut), récompense le meilleur film policier français de l’année. Pour 2013, le Prix est attribué à Une Nuit, film qui, on le confesse, a échappé à notre vigilance et au générique duquel figurent Roschdy Zem, Sara Forestier, Samuel Le Bihan et Richard Bohringer. Il succède au navrant Polisse de Maïwenn. Il sera remis à son réalisateur, Philippe Lefebvre, en sa présence et en celle de Bertrand Tavernier, le président de l'Institut, samedi 16 février au terme de la projection d'une oeuvre de Deray.

Continuer à lire

Nous York

ECRANS | De Géraldine Nakache et Hervé Mimran (Fr, 1h45) avec Géraldine Nakache, Leïla Bekhti, Manu Payet, Baptiste Lecaplain…

Christophe Chabert | Mardi 30 octobre 2012

Nous York

Après l’excellente surprise que constituait Tout ce qui brille, le tandem Nakache/Mimran a visiblement cherché à reproduire ce qui en avait fait le succès : Nous York interroge à nouveau l’amitié à l’épreuve de la maturité et tente de faire le portrait générationnel d’une jeunesse grandie dans les quartiers, le tout délocalisé du centre de Paris à New York. Mais cette fois-ci, rien ne marche. La personnalité des trois compères (Payet, Boussandel et Lecaplain, tous trois très biens, surtout le dernier) n’est pas assez affirmée, les gimmicks de dialogue («To the…») ont l’air forcés, et certains enjeux sont carrément flous : rien n’explique pourquoi Bekhti et Nakache se tirent la gueule au début ; du coup, on ne pige jamais vraiment pourquoi elles se réconcilient ensuite. Le film oscille ainsi entre un sous-régime scénaristique où tout semble flotter à la surface du récit et un sur-régime déjà observé dans le dernier acte de Tout ce qui brille. Un exemple, frappant : quand Mimran et Nakache veulent illustrer un thème, il faut

Continuer à lire

Une vie meilleure

ECRANS | De Cédric Kahn (Fr-Can, 1h50) avec Guillaume Canet, Leila Bekhti…

Dorotée Aznar | Jeudi 22 décembre 2011

Une vie meilleure

Antidote absolu au pensum mélodramatique de Philippe Lioret Toutes nos envies, Une vie meilleure marque le retour au premier plan de son cinéaste, Cédric Kahn, qui signe ici son meilleur film. Yann (Canet, incroyablement bon, ce qui n’était pas gagné), cuistot dans une cantine scolaire, rencontre Nadia (Leïla Bekhti, définitivement une des actrices passionnantes du cinéma français), serveuse dans un restaurant chic. Coup de foudre. Elle a déjà un enfant, lui rêve d’avoir sa propre affaire. Ensemble, ils achètent une grande maison en forêt qu’ils retapent pour en faire un restau cosy, mais les normes draconiennes, le piège des crédits et les banques intraitables les plongent dans la précarité. Kahn raconte ce premier acte avec une sécheresse de trait implacable : collant aux objectifs de ses personnages et à leurs actions, laissant des ellipses béantes dans la narration pour éviter tout schéma explicatif, il crée une sensation d’urgence proche du cinéma des frères Dardenne. Lorsque le couple se sépare et que le récit se recentre sur Yann et l’enfant, le

Continuer à lire

La Source des femmes

ECRANS | De Radu Mihaileanu (Fr, 2h04) avec Leila Bekhti, Hafsia Herzi, Hiam Habass…

Christophe Chabert | Mardi 25 octobre 2011

La Source des femmes

Avec Le Concert, Radu Mihaileanu avait prouvé qu’il aimait bien les clichés ethniques et pittoresques pour construire de la comédie à vocation internationale. Au moins faisait-il preuve d’un petit talent de storyteller… Avec La Source des femmes, il n’y a plus que la maladresse et les clichés, le scénario se délayant dans une longue et confuse fiction chorale illustrée façon téléfilm de luxe. Chez Mihaileanu, au nom du conte, on peut prendre des actrices françaises et résumer grossièrement leurs origines (pas marocaines, algériennes ou tunisiennes ; juste arabes) ; oui, mais c’est un film féministe ! On peut aussi diviser l’orient en deux catégories : les musulmans gentils (poètes, tolérants, respectueux de leurs femmes) et les musulmans méchants (le Coran à la main pour flanquer des roustes à leurs épouses) ; oui, mais c’est un film humaniste ! On peut enfin, en guise de conclusion rassurante façon feel good movie, terminer son film par de la danse et des chansons, des beaux costumes, des youyous et tout le monde est content ; oui, mais c’est un film d’auteur ! Au secours…Christophe Chabert

Continuer à lire

Omar m’a tuer

ECRANS | De Roschdy Zem (Fr, 1h25) avec Sami Bouajila, Denis Podalydès…

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

Omar m’a tuer

Projet porté par Rachid Bouchareb qui en a finalement confié la réalisation à Roschdy Zem, Omar m’a tuer conserve toutefois la marque du cinéaste de Hors la loi. Ennemi de la dialectique et partisan d’un cinéma à thèse dont le but est d’avoir un écho sur les bancs de l’assemblée, Bouchareb traite l’affaire Omar Radad selon deux points de vue qui enfoncent le même clou : l’enquête menée par Jean-Marie Rouard (dont le nom a mystérieusement été changé dans le film) pour disculper Omar, et la reconstitution des mois qui suivirent l’arrestation du jardinier accusé d’homicide. Dans les deux cas, aucune ambiguïté : Radad est un coupable fabriqué par la justice et la police (on ne voit rien à l’écran de cette mécanique-là, et on le regrette), un brave type pris dans une machination dont le film se garde bien de révéler les commanditaires. Au-delà de ce parti-pris discutable, Omar m’a tuer frappe par son manque de souffle, ses fausses bonnes idées (la narration alternée est laborieuse) et la prestation gênante de Sami Bouajila, acteur lettré qui fait ici de visibles efforts pour baragouiner un français approximatif. La faiblesse de la mise en scène fait que l’u

Continuer à lire

Toi, moi, les autres

ECRANS | D’Audrey Estrougo (Fr, 1h30) avec Leila Bekhti, Benjamin Siksou…

Christophe Chabert | Mercredi 16 février 2011

Toi, moi, les autres

Un jeune de Neuilly tombe amoureux d’une beurette de Belleville qui prépare le concours d’avocate pour défendre ses amis sans-papiers. Comme en France, tout finit par des chansons, il va lui faire sa déclaration sur l’air de "Pour un flirt". Car "Toi, moi, les autres" est une comédie musicale tendance variétés du samedi sur TF1, avec en plus produit la présence d’un perdant de la Nouvelle Star, Benjamin Siksou. Soit un projet de producteurs qui a visiblement tourné vinaigre, dévoré par son horizon télévisuel : les dialogues sonnent comme du "Plus belle la vie", les chorégraphies font passer Kamel Ouali pour Pina Bausch, et les arrangements des chansons, pourtant signés Stremler et De la Simone, sentent le supermarché. Le film coupe tellement les cheveux en quatre que tout y paraît simple, y compris la manière de faire libérer une clandestine menacée d’expulsion (il suffit de chanter "Quand on a que l’amour"). Pour en finir avec ce genre de purge, une solution s’impose même au plus facho d’entre nous : la régularisation massive.CC

Continuer à lire

À bout portant

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h25) avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

À bout portant

La deuxième réalisation de Fred Cavayé est grosso modo une variation plus frénétique de "Pour elle" (il y est encore question d’un homme “ordinaire“ embringué dans une intrigue de thriller pour sauver la femme de sa vie), avec les mêmes écueils – des raccourcis narratifs parfois énormes, des dialogues globalement faiblards, et des personnages secondaires mal dégrossis (mention spéciale à Gérard Lanvin et ses inénarrables moues crispées pour bien montrer qu’il a les plus grosses cojones du cinéma français). Une fois ces scories mises de côté, il faut reconnaître au garçon des talents indéniables de metteur en scène, à la fois dans les scènes d’intimité (pourtant flanquées de l’intolérable Gilles Lellouche), mais surtout dans ses dynamiques de suspense et d’action. Vu le caractère peu convaincant des dernières tentatives en la matière, on en viendrait presque, horreur suprême, à comprendre le mépris du 7e art français d’aujourd’hui pour le cinéma de genre. Fred Cavayé, disons-le, fait partie des rares réalisateurs actuels à pouvoir inverser la tendance… Il suffirait juste qu’il se dégotte un meilleur co-scénariste. FC

Continuer à lire

Hors-la-loi

ECRANS | De Rachid Bouchareb (Fr-Alg, 2h18) avec Roschdy Zem, Djamel Debbouze, Sami Bouajila…

Christophe Chabert | Mardi 14 septembre 2010

Hors-la-loi

Hors-la-loi cherche, à la manière d’"Il était une fois en Amérique" de Sergio Leone ou de "L’Armée des ombres" de Melville, à raconter la naissance du FLN à travers le parcours de trois enfants ayant connu le massacre de Sétif le 8 mai 1845. Bouchareb, qui avait réussi à marier épique et grand sujet dans "Indigènes", n’arrive ici qu’à un résultat péniblement académique. Les personnages n’ont aucune liberté, pieds et poings liés au discours du film ; quand ils ouvrent la bouche, c’est pour faire une grande phrase sentencieuse. Et encore, les hommes ont le droit de l’ouvrir, car les femmes, elles, sont réduites à un silence assourdissant… La reconstitution est tout aussi empesée, entre costumes sentant encore le loueur et bidonvilles géants survolés avec une overdose de plans à la grue. Même la musique n’est qu’un plagiat ridicule de celle de "Dark Knight". Les acteurs s’expriment avec des accents arabes qui sonnent faux, les scènes d’action sont illisibles, les rebondissements téléphonés et l’ensemble tire vers un manichéisme assez choquant au nom des codes du genre (la police française torture, point). Le plus embarrassant, c’est quand Bouchareb fait de gros clins d’œil à l’actu

Continuer à lire

Happy few

ECRANS | D’Antony Cordier (Fr, 1h47) avec Roschdy Zem, Marina Foïs, Élodie Bouchez…

Christophe Chabert | Mardi 7 septembre 2010

Happy few

Qu’ont donc les cinéastes français trentenaires avec la question de la liberté sexuelle ? Après "Peindre ou faire l’amour" des frères Larrieu, Antony Cordier, qui avait signé le déjà surestimé "Douches froides", en remet une couche : deux couples se rencontrent, et échangent leur partenaire tout en restant ensemble. Peu de drames, pas de vagues, tout cela est montré avec une normalité qui sent le volontarisme. Cette banalité contamine tous les étages du film : l’image est affreuse, la caméra à l’épaule produit plus de flous que de nets, les dialogues sont exsangues… On nage dans l’auteurisme le plus creux, jusqu’au dernier tiers où Cordier se rend quand même compte qu’il va falloir faire entrer un peu de scénario dans son film. D’où une série de renversements qui non seulement sont totalement factices, mais finissent par produire un discours réactionnaire bien de son temps, comme un sursaut moralisateur dans un film plus faux-cul que vraiment cul. CC

Continuer à lire

Tête de Turc

ECRANS | De Pascal Elbé (Fr, 1h27) avec Roschdy Zem, Pascal Elbé, Samir Makhlouf…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 mars 2010

Tête de Turc

En cinq minutes, Tête de Turc donne le ton : une banlieue sous pression, des personnages aux destins croisés, un flic nerveux et son frère médecin sauvé de la mort par l’adolescent qui a manqué de le tuer, leurs familles respectives, l’immigration, les politiques, les media. Pascal Elbé, acteur, tourne son premier film et il est ambitieux. Bien. Sauf que passé les premiers plans, on a tout pigé : Elbé est le premier disciple déclaré d’Iñàrritu. À tel point que son film décalque, en les recolorant à peine voire en les citant maladroitement, 21 grammes et Babel. Inutile alors d’aller plus loin. Quand Iñàrritu, docteur en tragédie cosmique, devient une référence, on se dit que le cinéma français a vraiment un problème. JD

Continuer à lire

Tout ce qui brille

ECRANS | Excellente surprise : le premier film de Géraldine Nakache et Hervé Mimran fait oublier les récentes comédies françaises réactionnaires en imposant un ton doux-amer, un regard social pertinent et un vrai désir de cinéma populaire et ambitieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 17 mars 2010

Tout ce qui brille

Deux filles sur un banc à Puteaux, à dix minutes de Paris en métro. Ely (Géraldine Nakache) est de retour chez ses parents, dont un papa chauffeur de taxi aussi effacé que dévoué à sa famille ; Lila (Leila Bekhti) n’est jamais partie de chez sa mère, et fait lentement le deuil d’un père qui a refait sa vie ailleurs. Elles tchatchent avec un langage plein de codes qui scelle leur complicité ; et elles rêvent d’aller faire la fête dans les clubs branchés de la capitale, histoire d’oublier leur quotidien morose — Lila vend du popcorn dans un multiplexe Pathé, placement produit du producteur du film pour une fois assez savoureux ! Si le titre du film sent la fable morale, la première réalisation de Géraldine Nakache et Hervé Mimran est avant tout une comédie subtile qui illustre une réalité pas drôle : l’impossibilité de sortir de sa classe sociale et la honte qui accompagne cette impasse. Quiproquos sociaux Ely va rencontrer un couple de lesbiennes avec enfant (étonnant duo entre Virginie Ledoyen et Linh-Dan Pham), a priori «open», qui l’invite d’abord à leurs soirées avant de la cantonner dans un rôle humiliant de baby-sitter. L

Continuer à lire

Commis d’office

ECRANS | D’Hannelore Cayre (Fr, 1h31) avec Roschdy Zem, Jean-Philippe Ecoffey…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Commis d’office

Disons-le tout de go : au bout de vingt minutes, on a laissé tomber ce truc qui avait réussi à nous mettre les nerfs en pagaille à force de néant, et dont on n’a pas décoléré depuis ! En vingt minutes, on a eu droit à des raccourcis scénaristiques hallucinants (en trois plans, l’avocat idéaliste joué par Roschdy Zem se convertit au bling bling et au cynisme), une réalisation d’un amateurisme surprenant (jump cut sur le même Zem ouvrant une porte !) et de la caricature démente (des dealers tous noirs ou arabes parlant comme des zyvas). Amis lecteurs qui tiendrez jusqu’au bout, dites-nous si le reste est à l’avenant… CC

Continuer à lire

La très très grande entreprise

ECRANS | de Pierre Jolivet (Fr, 1h45) avec Roschdy Zem, Jean-Paul Rouve, Marie Gillain…

Christophe Chabert | Jeudi 30 octobre 2008

La très très grande entreprise

Après une comédie romantique déplorable qui flattait les nouveaux riches comblés par l’élection de Sarkozy (Je crois que je l’aime), l’insaisissable Pierre Jolivet pourfend ici le méchant libéralisme qui broie les vies d’honnêtes travailleurs. Comprenne qui pourra… C’est une comédie, mais une comédie grise, un film de bureaux et d’appartements exigus, qui tente de compenser cette claustrophobie par quelques gimmicks de réalisation (la fiche signalétique des employés de l’entreprise, idée bien maladroite…). Ça se regarde comme un téléfilm mou du genou, inoffensif sur le fond (les portes ouvertes sont régulièrement enfoncées), et n’était le talent des acteurs (Roschdy Zem et surtout Jean-Paul Rouve, vraiment bien), on s’ennuierait ferme. CC

Continuer à lire