Cherchez Hortense

ECRANS | De Pascal Bonitzer (Fr, 1h40) avec Jean-Pierre Bacri, Kristin Scott-Thomas, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Depuis Encore, son premier film, le cinéma de Pascal Bonitzer semblait enfermé dans sa propre formule, mélange de parisianisme intello et de lacanisme froid. Cherchez Hortense, d'une certaine manière, n'échappe pas à cette règle : Bonitzer truffe le film de rimes internes aussi ludiques que vaines (un exemple : la femme de Bacri s'appelle Iva, son fils s'appelle Noé) et son intrigue, aussi sophistiquée soit-elle, se réduit in fine à un classique marivaudage avec amant et maîtresse doublé d'un Œdipe tardif. Si le tout est assez mécanique, chaque partie est beaucoup plus libre et enlevée que d'habitude, avec notamment trois séquences extraordinaires qui confrontent Bacri et Claude Rich, entre pure comédie et inquiétude glacée.

Bonitzer arrive certes un peu en retard sur la question des sans-papiers, mais il confère une certaine force à son sujet en filmant les ors de la République et ses serviteurs implacables, tellement engoncés dans leur fonction régalienne qu'ils n'ont plus aucun contact avec les réalités humaines qu'ils traitent. Mais le film vaut surtout pour la prestation, une nouvelle fois fabuleuse, de Jean-Pierre Bacri. On a souvent dit que l'acteur se cantonnait dans des rôles de grincheux aigris. En fait, le terrain de jeu préféré de Bacri, c'est l'angoisse de la fin prochaine et la peur des comptes non soldés. Du coup, rien de plus beau que de le voir passer de la résignation à l'espoir d'une nouvelle vie, rien de moins prévisible que le jeu de ce comédien rare et précieux, spontanément drôle et naturellement émouvant.

Christophe Chabert

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Jean-Pierre Bacri & Agnès Jaoui : « le danger du pouvoir, c’est d’oublier ce qu’on s’était promis »

Place Publique | En moralistes contemporains, Bacri et Jaoui cernent depuis plus d’un quart de siècle les hypocrisies et petites lâchetés ordinaires face à la notoriété ou à l’illusion du pouvoir. Conversation croisée avec un duo osmotique.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Jean-Pierre Bacri & Agnès Jaoui : « le danger du pouvoir, c’est d’oublier ce qu’on s’était promis »

Avec l’expérience, votre manière de collaborer a-t-elle changé ? Agnès Jaoui : Le temps est arrêté : quand on écrit, on reprend nos stylos. On garde les même méthodes. Quel a été le point de départ de l’écriture de Place Publique ? AJ : C’est très difficile pour nous de dire quand et par quoi cela a commencé : plusieurs thèmes à la fois, des idées, des personnages… Et comme souvent, quand on commence l’écriture, on se dit : « tiens, peut-être que ce sera une pièce… » L’unité de temps et de lieu faisait partie de notre cahier des charges personnel, au contraire du film précèdent, Au bout du conte qui avait cinquante-trois décors. Jean-Pierre Bacri : On a des thèmes préférés, comme les rapports de pouvoirs entre les gens — parce qu’il y en a forcément entre deux personnes, c’est comme ça, c’est la nature humaine et ça nous passionne de jouer ça. Avec le désir d’en égratigner certains ? JPB : Si vous observez avec honnêteté, quand v

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L’essence de la défaite : "Place Publique"

Garden Party | Entre cuisine, dépendance et grand jardin, le nouveau ballet orchestré par Jaoui et Bacri tient de la comédie de caractères, s’inscrivant dans la lignée du théâtre de Molière, au point de tendre à respecter la triple unité classique. Une féroce et mélancolique vanité.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

L’essence de la défaite :

Pendaison de crémaillère chez Nathalie, productrice télé über-parisienne qui s’est trouvé un château à la campagne. S’y croisent Castro, star du petit écran en perte de vitesse, son ex- Hélène, leur fille, et une foule de convives plus ou moins célèbres. Ça promet une bonne soirée… D’un côté de petits maîtres cyniques torpillés par leur acrimonie, des jaloux vieillissants renvoyés à leur verte bile, des fats décatis punis par où ils ont péché ; de l’autre une valetaille issue du bas peuple qui finit par s’affranchir de cette caste prétentieuse en s’acoquinant au passage avec sa progéniture… Que d’êtres factices aux egos majuscules ; que d’individus attachants, portant leur misère pathétique en sautoir. Jaoui et Bacri bousculent une nouvelle fois les lois de la chimie en changeant le vinaigre en nectar — mais, après tout, d’aucuns racontent qu’un mage d’antan changeait l’eau en vin… Le buffet des vanités À peine vécue par celle qui l’organise (Léa Drucker, parfaite en Gatsby moderne vissée à

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Nakache, Toledano, Bacri : « Le banal, c’est de rendre plus extraordinaire l’ordinaire »

Le Sens de la Fête | Pour leur sixième long-métrage, Olivier Nakache et Éric Toledano ont partagé le plaisir de l’écriture du scénario avec un maître en la personne de leur interprète, Jean-Pierre Bacri. Entretien exclusif avec trois auteurs unis par le sens de l’affect… et de l’humour à froid.

Vincent Raymond | Mercredi 4 octobre 2017

Nakache, Toledano, Bacri : « Le banal, c’est de rendre plus extraordinaire l’ordinaire »

Ces jours heureux puis Nos jours heureux étaient nourris d’expériences vécues. Est-ce encore ici le cas ou bien avez-vous dû vous documenter sur le monde des traiteurs ? Olivier Nakache : C’est exactement… les deux. Avec Éric, dans notre jeunesse nous avons travaillé dans le milieu de la fête à tout un tas de postes. Et nous avons effectué un travail d’enquête auprès des brigades de serveurs pour pouvoir préparer le scénario au mieux, en s’inspirant de la réalité. Là, on a dû se récréer des anecdotes vraies pour pouvoir les transformer à notre sauce. Par exemple, les feuilletés aux anchois pour faire patienter les convives, ce n’est pas totalement sorti de notre cerveau… Le film démarre par une embrouille entre la brigade de serveurs et l’orchestre pour le monte-charge : on a vu dix fois ces querelles d’ego, et la hiérarchie que chacun veut s’inventer. Éric Toledano : Dans les mariages, on a toujours été touchés par ceux qui auraient voulu être plus. Je pense beaucoup au personnage de Gilles, un chanteur qui aurait voulu jouer devant un vrai public. On a u

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Y a comme une noce… : "Le Sens de la fête" de Éric Toledano & Olivier Nakache

ECRANS | de Éric Toledano & Olivier Nakache (Fr, 1h57) avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Y a comme une noce… :

Depuis trente ans, Max, traiteur exemplaire, organise des mariages. Mais ce soir, il arrive au bout du rouleau : ses vies personnelle et professionnelle semblent s’être concertées pour se déliter au cœur d’une noce compliquée. Pourtant, Max fait comme d’habitude : il gère… Cette comédie douce-amère est taillée sur mesure pour (et un peu par) Jean-Pierre Bacri, idéal en chef-d’orchestre désabusé d’un cortège de bras-cassés, de parasites et d’imprévus. Le droopyssime comédien a en effet mis la main à la pièce montée scénaristique, permettant de judicieuses relances quand le soufflé tend à retomber. On ne fera pas grief à la paire Nakache & Toledano de quelques baisses de régime : il y a tant de “vrais” personnages en jeu — pas des silhouettes — que leur donner de la substance à chacun tient du casse-museau. Essuyant bien des tempêtes, ce mariage-paquebot gouverné par le capitaine Max (seul maître à bord après les réalisateurs) rassem

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"Grand froid" de Gérard Pautonnier : cadavre en cavale

ECRANS | de Gérard Pautonnier (Fr-Bel-Pol, 1h26) avec Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Olivier Gourmet, Fedor Atkine…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

L’entreprise funéraire d’Edmond Zweck ne devrait pas connaître la crise. Mais dans sa petite bourgade au nord de nulle part, personne ne meurt. Sur le point de licencier son fidèle Georges et son apprenti Eddy, il récupère un défunt. Hélas, les obsèques vont tourner au désastre… Distribution de prestige pour cette comédie d’humour noir-givré, rappelant à bien des égards cette frange de cinéma nordique qui joue sur l’absurdité découlant de la dilatation du temps : chez Roy Andersson, van Warmerdam, Kaurismäki, mais aussi les Coen de Fargo, quand le dérisoire devient par la contemplation forcenée un inépuisable réservoir d’extraordinaire et l’incongru totalement banal — tel le restaurant asiatique, inattendu dans ce décor. Si l’insolite surgit pour faire pivoter l’histoire vers un burlesque macabre, il reste des non-dits tout aussi porteurs de bizarrerie dérangeante (en témoignent les relations troubles “unissant” le prêtre à ses enfants de chœur). Il faut toutefois accepter le rythme traînant du début, parce qu’il participe pleinement de l’écriture comique. Pauton

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer, père et fille

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr, 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et de les sadiser pour faire bonne mesure — cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe — histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique ina

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Avant l’hiver

ECRANS | À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Avant l’hiver

À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses journées à jardiner dans une grande demeure qu’elle appelle judicieusement une «cage de verre», s’obsède peu à peu pour une jeune et belle inconnue aux multiples visages ­— serveuse, étudiante, putain — dont il ne sait trop si elle complote contre lui ou si elle est simplement folle amoureuse, prend parfois des allures de thriller hitchcockien. Du point de vue de sa mise en scène, le film, justement, a de l’allure. Claudel a un vrai sens du plan qui fait sens, méticuleusement composé et éclairé, et il parvient à faire entrer de l’inquiétude et de la mélancolie dans son récit par la seule force de l’image. En revanche, son passé littéraire refait surface dans les dialogues, incroyablement démonstratifs et sentencieux, où l’on sent plus le discours de l’auteur que la parole des personnages. Tout cela manque cruellement de santé, et même le mystère qui sous-tend toute l’intrigue finit par être trop clairement élucidé dans le dernier acte. Ce manque de quotidienneté, rien ne le souligne plus que le choix mal

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«Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste»

ECRANS | Entretien avec Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

«Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste»

Comment passez-vous d’un film à l’autre ? Est-ce que par exemple ici, l’envie était de travailler avec de jeunes acteurs ?Agnès Jaoui : Oui et non.Jean-Pierre Bacri : Non et oui. On a voulu écrire pour de jeunes acteurs au début.Agnès Jaoui : Oui, on vieillit ! On commence toujours par établir ce que l’on veut faire, c’est déjà une grande partie du travail. Et ça fait très longtemps qu’on a envie de trouver des formes différentes, puisque le fond, les thèmes sont sensiblement les mêmes. Il y a des archétypes qui se retrouvent…JPB : On a une aire d’exploration et on privilégiera telle ou telle région de cette aire.AJ : En général, on n’arrive pas à trouver cette forme différente. Cette fois, on y est mieux arrivé.JPB : On jubile à l’idée de trouver une forme ludique, comme on aime en voir en tant que spectateur. Je cite toujours Un jour sans fin, mais ça peut être autre chose. On avait imaginé une structure à la Rashomon, ou partir de la fin comme chez Pinter. On n’a pas grand chose à dire au début, donc il fa

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Au bout du conte

ECRANS | Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri font entrer une fantaisie nouvelle dans leur cinéma, en laissant à une génération de jeunes comédiens pris à l’âge des contes de fées le soin de se heurter à leur réalité d’adultes rattrapés par l’amertume et les renoncements. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Au bout du conte

Il était une fois une petite révolution dans le cinéma de Bacri et Jaoui, qui ronronnait gentiment dans sa formule avec Parlez-moi de la pluie. Voilà que ces maîtres du dialogue et du scénario, ces deux acteurs virtuoses, se décident à oser la fantaisie filmique là où jusqu’ici leur caméra se devait d’être transparente. Cure de jouvence effectuée à une double source : celle des contes de fée, dont Au bout du conte transpose dans un contexte contemporain les figures les plus identifiées — le chaperon rouge et son grand méchant loup, la reine cruelle obsédée par sa beauté et par une Blanche-Neige trop jeune, la pantoufle de Cendrillon et son prince charmant ; et ceux qui y croient, des jeunes gens qui sont aussi, réalisme oblige, de jeunes comédiens, tous très bons, même Agathe Bonitzer. Cela change beaucoup à l’écran, mais rien sur le regard que posent Bacri et Jaoui sur le monde ; au contraire, en opposant à ce sang neuf la bile noire et amère coulant dans les veines d’une poignée d’adultes revenus de tout — l’amour, la paternité, le progrès,

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«Chercher Jean-Pierre»

ECRANS | Rencontre autour de la rencontre de Jean-Pierre Bacri et Pascal Bonitzer pour Cherchez Hortense : deux mondes de cinéma a priori étanches, mais unis au cours de l’interview par une vraie complicité. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 septembre 2012

«Chercher Jean-Pierre»

Qui est allé chercher l’autre ? Est-ce un rôle écrit pour Jean-Pierre ? Pascal Bonitzer : C’est moi qui suis allé chercher Jean-Pierre, évidemment… Jean-Pierre Bacri : Ou alors il aurait fallu que je lise par Agnès de Sacy le scénario. Et je lui aurais dit : «S’il te plait, dis-lui de penser à moi !». Mais non… Cela aurait pu être une volonté de travailler avec Pascal Bonitzer… JPB : Certes ! Mais mon orgueil stupide ne m’a jamais permis d’écrire à un metteur en scène. Enfin, ce n’est pas de l’orgueil, plutôt une théorie : un acteur qui n’est pas désiré est très malheureux. De même, quand je ne suis pas désiré par une femme, je ne peux pas la convaincre d’être gentille avec moi. C’est ce qui fait que je n’ai jamais pu écrire une lettre à un metteur en scène pour lui dire que j’aimais beaucoup son travail et que j’aimerais travailler un jour avec lui. Parce que s’il me prend, j’aurai toujours dans la tête cette espèce de ver vorace qui dira : «Évidemment, tu lui as demandé». Donc c’est bien vous, Pascal, qui êtes à l’origine de

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Avant l’aube

ECRANS | De Raphaël Jacoulot (Fr, 1h44) avec Jean-Pierre Bacri, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

Avant l’aube

Belle surprise que ce "Avant l’aube". Raphaël Jacoulot avait signé un premier film passé inaperçu (et depuis introuvable), "Barrage" ; espérons que celui-ci lui offrira la reconnaissance qu’il mérite. L’action se déroule dans un hôtel isolé des Pyrénées tenu par Jacques Couvreur, un bourgeois hautain (Bacri, fantastique, utilise habilement sa sympathie bougonne pour rendre ambivalent son personnage). Pour camoufler un accident mortel et préserver la réputation d’un fils que pourtant il n’estime guère, il prend sous son aile le seul témoin, Frédéric, un ancien délinquant en réinsertion (Vincent Rottiers, acteur instinctif et physique, toujours aussi passionnant). Jacoulot installe avec patience les rouages de la double mécanique qui se referme sur Frédéric : celle du polar, huilée par de nombreuses zones d’ombre (crime crapuleux ou acte de lâcheté ordinaire ?) ; et celle, plus dure encore, de l’illusion d’une ascension sociale favorisée par un transfert de paternité. Sans tapage mais avec une réelle maîtrise du temps et de l’espace — quoique ouverte à inattendue, comme dans cette séquence à Andorre, territoire cinématographique vierge et fascinant que le cinéaste peint en Hong-Ko

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Nowhere boy

ECRANS | De Sam Taylor-Wood (Ang, 1h38) avec Aaron Johnson, Kristin Scott-Thomas…

Christophe Chabert | Mercredi 1 décembre 2010

Nowhere boy

Que nous apprend "Nowhere boy" sur la jeunesse de John Lennon ? Rien d’inexact, au demeurant : il découvre que sa mère, qu’il pensait partie vivre très loin, habitait en fait à quelques pas de chez sa tante devenue sa tutrice ; il était rebelle à toute forme d’autorité ; MacCartney, sage et réfléchi, était son antithèse ; et les Beatles sont nés presque par accident, d’une bande de gamins glandant dans le même quartier. Mais, comme dans tout (mauvais) biopic, Sam Taylor-Wood fait de cette collection de faits une petite machine explicative et psychologique qui bannit le hasard, la liberté et in fine, le mystère de la création artistique et de la naissance d’un artiste. Explorer des fêlures, créer de l’identification, sublimer les traumas ; "Nowhere boy" est un travail de psy, pas une œuvre de cinéaste. CC

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Elle s’appelait Sarah

ECRANS | De Gilles Paquet-Brenner (Fr, 1h51) avec Kristin Scott-Thomas, Mélusine Mayance…

Christophe Chabert | Mardi 5 octobre 2010

Elle s’appelait Sarah

Deuxième film cette année à aborder la rafle du Vel d’Hiv’ (après le pitoyable "La Rafle", qui nous vaut actuellement d’être traité d’Hitler par sa réalisatrice Rose Bosch...), "Elle s’appelait Sarah" a au moins un mérite : au sarkozisme rampant de "La Rafle" avec ses Français tous courageux et humains, il se tient sur une ligne chiraquienne nettement plus acceptable qui ne cache pas la lâcheté et la culpabilité de la France face au drame. Pour le reste, ce n’est pas glorieux… Problème majeur : accepter l’énorme coïncidence qui permet au récit de s’enclencher, à savoir le fait qu’une journaliste qui enquête sur la rafle découvre que l’appartement dans lequel elle emménage a appartenu à une des familles déportées. Les va-et-vient temporels qui en découlent ne sont pas plus heureux, notamment la reconstitution de la rafle et du camp, où Paquet-Brenner (réalisateur des deux Gomez et Tavarès, quand même…) ne se pose aucune question de morale dans sa mise en scène. Bizarre aussi, le choix de priver la jeune rescapée de parole lorsqu’elle devient adulte, sans justification scénaristique. Et on ne parle pas de la conclusion, qu’on voit venir à vingt kilomètres et qui traduit le peu de

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Adieu Gary

ECRANS | De Nassim Amaouche (Fr, 1h15) avec Jean-Pierre Bacri, Dominique Reymond… (sortie le 22 juillet)

Christophe Chabert | Vendredi 10 juillet 2009

Adieu Gary

Grand prix de la Semaine de la critique au dernier festival de Cannes, Adieu Gary est effectivement une jolie découverte, malgré ses petits défauts (de jeunesse ?). Après des années d’absence, Samir revient dans son «pays», une cité ouvrière ardéchoise figée après la fermeture de l’usine, et y retrouve son père et ses amis, tous plombés par la résignation. Le décor étonnant du film est pour beaucoup dans sa séduisante étrangeté : dans cette ville fantôme, les personnages sont effectivement en train de devenir des spectres de leur humanité passée. La manière dont Amaouche aborde les questions sociales contemporaines (le deal de drogue, le chômage endémique, l’immigration), sans s’y appesantir mais avec d’étonnantes ellipses de mise en scène, témoignent d’un réel talent de cinéaste. Dommage dès lors que son travail en vignettes subisse un réel passage au vide en son milieu (le film, pourtant très court, est encore un peu long). Il faut donc attendre les dernières séquences, très touchantes, pour que les personnages sortent de leur apathie et se remettent à espérer, ensemble. Christophe Chabert

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Largo Winch

ECRANS | De Jérôme Salle (Fr, 1h48) avec Tomer Sisley, Kristin Scott-Thomas, Gilbert Melki…

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

Largo Winch

Il faut préciser, avant de parler de ce Largo Winch, que son réalisateur avait auparavant commis l’involontairement comique Anthony Zimmer et son twist en carton démarquant Usual Suspects. Le voilà, par les miracles de la production française, aux commandes de ce blockbuster foireux transposant en live les aventures du héros créé par Franck et Van Hamme. C’est parti pour le refrain habituel : surproduit à coup de musique envahissante, de lumières clippées et de ralentis chics, le film est incapable de développer des scènes d’action cohérentes, surdécoupant jusqu’à la bouillie en confondant rythme et épilepsie. Niveau script, on passe de Largo Winch begins à La Vengeance dans Largo Winch, preuve que Salle aime les mêmes films que nous. Quant aux enjeux, c’est carrément pas de bol ! En antidatant l’action de ce thriller financier entre septembre et octobre 2008, les auteurs se prennent la crise dans les dents et patatras pour la crédibilité. Seul point positif : on est content de voir un film d’action français sans Gilles Lellouche ni Clovis Cornillac, mais avec des acteurs inattendus comme Melki ou Anne Consigny. CC

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Le Crime est notre affaire

ECRANS | De Pascal Thomas (Fr, 1h49) avec André Dussollier, Catherine Frot, Claude Rich…

Christophe Chabert | Mercredi 8 octobre 2008

Le Crime est notre affaire

Pendant que Belisair Dussollier met son ordinateur «à la poubelle», Prudence Frot lui lance un cinglant «Ça sent le vieux !». Sacré Pascal Thomas ! Il faut être sûr de son coup pour ouvrir un film sur une séquence qui résume, avec humour, toute son œuvre récente. Alors, oui, cette suite de Mon petit doigt m’a dit sera encore plus old school et fière de l’être. Après le bâclé L’Heure zéro, Le Crime est notre affaire fait preuve d’un solide sens de la mise en scène, et l’intrigue d’Agatha Christie a cette fois suffisamment de substance pour contenter le spectateur jusqu’à la dernière séquence. Mais ça, à la limite, on s’en fout ! Scindant son couple de détectives amateurs en deux pour les besoins de l’histoire, Pascal Thomas propulse Prudence dans un château enneigé. Elle y découvre une famille partiellement rescapée du dernier Desplechin qu’un vieillard pingre — Claude Rich, avec une réplique géniale : «Elle est bonne, la soupe !» — couvre de reproches. De ce choc générationnel, il ressort que les vieux ne sont pas ceux que l’on croit, et qu’une quadra bien conservée suscite un appétit sexuel plus affolant qu’une blonde minette — qui court en jupe plissée dans les couloirs, au cas o

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Parlez-moi de la pluie

ECRANS | Le troisième film d’Agnès Jaoui reprend, avec un peu trop d’évidence, les thèmes développés dans les deux précédents, mais y fait entrer une nouvelle figure : Jamel Debbouze, impressionnante raison d’être de cette comédie douce-amère. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 4 septembre 2008

Parlez-moi de la pluie

Il arrive à Agnès Jaoui ce qui est arrivé, au mitan des années 80, à Woody Allen (cinéaste qu’elle a toujours considéré comme un modèle) : une sensation de redite brillante, de trop grande maîtrise dans l’écriture et de sécurité tranquille dans la mise en scène, invisible plutôt que transparente. Son nouveau film, Parlez-moi de la pluie, s’articule autour de deux axes : un reportage autour d’une femme se lançant en politique et ses retrouvailles avec sa sœur dans la maison familiale. Jaoui y reprend le thème de Comme une image : les rapports de vassalité entre ceux qui sont destinés, par atavisme ou par ambition, à réussir et ceux qui avancent dans la vie avec un pied-bot social. Quant aux difficiles relations humaines au sein d’une fratrie, Jaoui les avait déjà évoqués comme auteur dans Un air de famille et Cuisines et dépendances. La présence, formidable mais familière, de Jean-Pierre Bacri en documentariste mytho, rajoute à cette sensation d’être en territoire déjà connu. Certes, les dialogues sont brillants, les situations justes, parfois hilarantes, et l’envie d’élaborer un discours en conservant une subtile dialectique est louable. Mais

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Le Grand Alibi

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr, 1h33) avec Miou-Miou, Lambert Wilson, Valeria Bruni Tedeschi, Maurice Bénichou...

Dorotée Aznar | Mardi 29 avril 2008

Le Grand Alibi

Le charme des films de Pascal Bonitzer repose sur la folie douce de ses personnages bloqués dans leurs errements amoureux. Dans son dernier film Le Grand Alibi, adaptation d'un roman d'Agatha Christie, il parvient à tenir le suspense de l'enquête. Ce qui n'est pas rien. Jusqu'au bout, on ne s'ennuie pas, cherchant à connaître l'auteur des deux meurtres, épaulé par le truculent Maurice Bénichou en charge du dossier. Pourtant, le vrai sujet de film, les passions amoureuses, est négligé. Ce qui aurait pu donner un film intense reste un métrage imprécis, notamment lors de la scène de résolution, un rien bâclée. Les premières scènes, pourtant, mettent l'eau à la bouche : échanges cinglants entre des personnages dont on découvre les relations peu saines. Les tons se mélangent : farce noire, vaudeville amoureux teinté de morbide, comédie de mœurs, polar, où est-on ? Un peu dans tout cela. Dans une immense maison bourgeoise perdue dans la campagne parisienne, un sénateur passionné d'armes (Pierre Arditi), et sa femme (étonnante Miou-Miou), épouse manipulatrice sous des apparences d'idiote, reçoivent pour le week-end. Deux jeunes filles, que le spectateur pourrait prendre pour l

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Acteur sans alibi

SCENES | Maurice Bénichou partage avec Léa Drucker l’affiche de «Blackbird» aux Célestins et celle du «Grand Alibi» de Pascal Bonitzer au cinéma. Rencontre avec un acteur exigeant et habité par ses rôles et par son métier. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 24 avril 2008

Acteur sans alibi

Petit Bulletin : Comment avez-vous été contacté pour ce rôle dans Blackbird ? Connaissiez-vous le texte de David Harrower ? Maurice Bénichou : Je l’ai découvert à cette occasion. Léa Drucker et Claudia Stavisky m’ont demandé si je souhaitais jouer le rôle masculin, j’ai lu le texte qui m’a beaucoup plus, et j’ai accepté. C’est très simple. Qu’est-ce qui vous a intéressé ? Le personnage ? Le sujet ? La langue ? Tout. Le personnage, bien sûr, mais pas seulement. Je trouve qu’il y a une forme tout à fait remarquable, que l’on retrouve dans la traduction. Il y a une réflexion sur le langage qui est étonnante. Ce sont des gens perdus dans leurs souvenirs et dans l’impossibilité de communiquer ; il doivent attendre la fin de la pièce pour pouvoir communiquer normalement. L’argument est très simple : c’est l’histoire d’un homme qui a une vingtaine d’années de plus qu’une jeune femme. Ils se sont connus alors qu’elle avait douze ans et lui quarante, il y a eu acte de pédophilie, mais en vérité ils étaient amoureux l’un et l’autre, et on le découvre à l’occasion de leurs retrouvailles. C’est une histoire d’a

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Il y a longtemps que je t’aime

ECRANS | de Philippe Claudel (Fr, 1h55) avec Kristin Scott-Thomas, Elsa Zylberstein…

Dorotée Aznar | Mercredi 12 mars 2008

Il y a longtemps que je t’aime

Romancier reconnu, Philippe Claudel débarque au cinéma avec une fausse modestie assez énervante. Narrant les retrouvailles entre deux sœurs, dont l’une sort de quinze années de prison et entame une difficile reconversion à la vie civile, Il y a longtemps que je t’aime démarre comme un mol téléfilm en HD (pas très bien utilisée, d’ailleurs), mais avec quelques idées intéressantes : Claudel ne dit rien des raisons qui ont conduit Juliette en prison, filmant Kristin Scott-Thomas comme un bloc opaque (l’actrice s’en sort d’ailleurs plutôt bien, à l’inverse d’une Zylberstein catastrophique). Mais ça ne dure pas : l’auteur-réalisateur finit par lever le lièvre, et c’est parti pour une dose massive de clichés et de séquences appuyées, dont le point culminant reste la visite au zoo avec ses dialogues épais. Le film sombre progressivement dans un néant sans retour, de plus en plus laid, de plus en plus bête, de plus en plus complaisant envers une bourgeoisie égoïste, inculte et même raciste, qui s’en sort pourtant à bon compte. Cri du cœur : Claude Chabrol, reviens ! CC

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